‹ Les Gueux de mer et la prise de la Brille (1568-1572) [microform]Chapitre 3 sur 8 · CHAPITRE II {suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE II {suite

On a vivement déploré les torrents de sang et de larmes «u'a fait couler une lutte si longue et si acharnée, et 1 on a eu raison. Mais n'est-ce pas là le sort de toutes les grandes révolutions? Hélas! c'est au travers de monceaux de ruines et de cadavres que l'Allemagne s'est élevée a la liberté de conscience, l'Angleterre à la liberté politique et la France à l'égalité civile.

Personne plus que le prince d'Orange ne souffrait des inexprimables désordres des gueux. Aussi a peine en fut-il informé qu'il résolut d'y porter remède. Ses vaisseaux qui allaient à l'aventure le long des rives de la patrie et des côtes de la France, avaient besoin d un chet solide, investi d'un pouvoir dictatorial et dont la nomination annulât les pouvoirs donnés aux autres chefs, même

les intérêts deviennent féroces; c'est pourquoi les guerres (le religon sont de toutes les plus atroces, les plus souillées par la dévastation, Fincendie et le meurtre. A la question religieuse se joignait ensuite la question de la patrie et de la liberté; car quoique la majorité des gueux fût calviniste, il ne s'en trouva pas moins parmi eux un grand nombre de catholiques qui ne se battaient que pour le rétablissement des privilèges et la destruction des Espagnols. Mais quoiqu'il s'agît de l'État et de l'Eglise, du spirituel et du temporel, de l'indépendance du pays et du salut de la liberté, il y avait encore, au fond, une question de propriété et d'existence matérielle, soulevée par les confiscations, l'exil, la famine et la misère. De là la dégradation des mœurs militaires et tous les désordres qui en étaient la suite. La guerre dans les formes ne pouvait pas exister entre le spoliateur et le spolié, entre le proscnpleur et le proscrit, entre le maître et l'esclave. Chacun jetait à son adversaire les dénominations de brigand, de forban, et d'âutres encore plus flétrissantes.

Dans une crise de cette nature le chaos est partout : point de tribunal impartial, nulle justice régulière à invoquer; il n'y a de droit que le droit du glaive {jus gladii), La guerre intérieure est devenue la condition permanente du pays : c'est le règne universel de la dictature vagabonde des chefs des bandes.

« Depuis que le noble sang des comtes d'Egmont et de Homes a été répandu sur l'échafaud, toutes les victimes de la tyrannie du duc d'Albe réclament, disent les gueux, d'horribles funérailles. C'est du sang que veulent les ombres du brave d'Andelot, frappé quatre fois par la hache du bourreau avant de recevoir le coup fatal ; de l'infortuné Van Siraelen, égorgé dans son fauteuil à Vilvorde; des héroïques enfants Batenbourg marchant à la mort sans peur, sans angoisses, la télé haute, les regards librement dirigés sur la foule; c'est du sang que demandent mille autres exécutions et surtout les froids assassinats de Yalenciennes. Et puisqu'on nous dépouille des garan-

ties assurées à l'homme et au citoyen, puisqu'on met nos têtes à prix, hé bien l la révolution accepte. Guerre donc ! guerre d'extermination, guerre sans miséricorde! La révolution ramasse le défi qui lui est jeté. »

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