CHAPITRE n (suite
On a vivement déploré les torrents de sang et de larmes qu'a fait couler une lutte si longue et si acharnée, et l'on a eu raison. Mais n'est-ce pas là le sort de toutes les i^randes révolutions? Hélas ! c'est au travers de monceaux de ruines et de cadavres que l'Allemagne s'est élevée a la liberté de conscience, l'Angleterre à la liberté politique et la France à l'égalité civile.
Personne plus que le prince d'Orange ne souffrait des inexprimables désordres des gueux. Aussi a peine en fut-il informé qu'il résolut d'y porter remède. Ses vaisseaux qui allaient à l'aventure le long des rives de la patrie et des côtes de la France, avaient besoin d'un chet solide, investi d'un pouvoir dictatorial et dont la nomination annulât les pouvoirs donnés aux autres chefs, même
ceux que Louis de Nassau avait délivrés, en 1S68, dans
la nrovince de Frise. ,
Celte mesure avait été conseillée à Guillaume par le frère de Colignv, le cardinal de Ctiâtillon, esprit étrange, nui revêtu de ïa pourpre romaine, faisait célébrer la cène calviniste dans sa cathédrale et assistait au sacre avec sa femme , cardinale et comtesse île Beauvais. Converti a la relieion protestante par son frère d'Andelot, guerrier audacieux et calviniste ardent, il avait un grand crédit auprès de la reine Elisabeth, et il l'employait au triomphe de la cause protestante. Il croyait, d'ailleurs, avoir assez de motifs pour faire adopter cette mesure au prince : il était convaincu que les actions des gueux, quand même ils conquerraient le monde entier, ne pourraient être d aucune utilité pour le prince ni sa cause, d'autant plus que dans les ports de France, ils s'étaient conduits de façon que, le 23 avril 1570, le roi avait donne ordre de les arrêter. On avait même été forcé de faire feu sur eux, et Charles IX avait porté des plaintes formelles a Chatillon, nui en avertit amicalement Guillaume, en le priant d aviser h ce qu'il y avait à faire '. Ce fut alors que le prince appela aux fondions d'amiral Guislain de Fiennes, d une ancienne noblesse de l'Artois et un des premiers signataires du Compromis. Sa commission était datée du 10 août 1S70. Guillaume y avait réglé quelques points d'ordre et de discipline, parmi lesquels l'intérêt gênerai figurait au premier plan. H y insistait aussi sur la moralité chrétienne et sur la nécessité de faire régner, dans ce pays, « la pure parole de Dieu » : désormais plus de reprouvés de justice sur la flotte des gueux, plus même de chefs étrangers , sauf les exceptions autorisées par le prince. Il était, d'ailleurs, formellement enjoint a chaque capitaine de tenir sur son vaisseau un ministre de l evan-
I Groen Van Prinsierer, Archives de la maison d'Orange-Nassau, t III, p. 375-377. — CAPEFIGIE, Histoire de la Réforme, t. Il, p. 19- (Bruxelles, 1834.) — Van Grosingen, p. 56 et 57.
eile- mais il est difficile de savoir jusqu'à quel point cet § dr'e fut exécuté. Quant au butin, il fut statue qu.l en serait fait trois parts : la première pour le prince, la seconde pour les chefs, la troisième pour les équipages, un dixième de l'ensemble pour l'amira • Personne ne pouvait être maltraité, à l'e.xception du duc dAlbe et de
'''culïSe espéra que désormais les gueux pourraient s'emparer do l'une ou de l'autre das villes marUimes de la Hollande et de la Zélande, ^ d'Enkhuizen, de Fless.ngue, Do drecht, Rotterdam ou de la Brille. Une double attaque allait être dirigée contre Flessingue «' Enkh»'fen. lu"« par Ufkens, l'autre par Sonoy. Comme je lai dit, mens avait rassemblé des soldats et des vaisseaux a Emden, e tout était déjà à bord quand le drossard de cette ville lit tout saisir et n'accorda mainlevée que lorsque les gueux
1 Archives dc rotaike, Conseil des trouiles, P^P-f* "«" «^'«'J*'; - BOB, t. I, f. 323-326. - Van Gromngen, p. 56-b9. - Van Vloten,
'■ 2* vtici' la copie d'une commission délivrée par de Fiennes :
., Nous, Guislain de Fvennes, chevalier, seigneur de Lumbres, admirai et capitaine général des navires et flotte de monseigneui- le prince "ol'es conte de Nassau, etc., à tous ceux qui ces présentes verîonsfavoir faisons que, en vertu de nostre charge et commission . a^Ù; eu bon rapport et delà preud'hommie et expérience de seigneu Home V n Hitt ngh, gentilhomme, au faict de la guerre ; l'alant commis e Si, commecLnf et establissons, par ces P^^-ntes cain^tame d un navire de guerre, avecq laquelle il fera la guerre au duc d Alve et tous se rdhteus s ùb^ nostie charge et conduite en la flotte de mondic segneur et Fince, et, en outre, soy renger et conduire selon les rrionnanees, points et articles dressées et faictes, «"^«-"We rendr bon compte t reliqua, le tout en suivant l'ordre qune So Ex ellence veult estre observé en flotte, et ce tant et si longuement que aul ement sera par nous ordonné. En tesmoing de ce avons signé es présentes signées de nostre nom et cachet armoyé de nos armes. Faict le xx jour d'octobre, l'an soixante-dix. ,
, Icy estoient ses armes, k sçavoir, Icy estoit soubs.gné
deux Ivons avec un lambeau rampart {m). Guislatn de Fyennes b (Archives du royaume, Conseil des troubles, papiers non classés.)
eurent promis de conduire toute la cargaison en Angle-
terre
Edzard était mécontent à cause des dommages que ces marins avaient fait éprouver aux navires de sor. Etat, et parce qu'il craignait le duc d'Albe, qui avait ordonne a Boussu de poursuivre les pirates jusque dans l'Ems et de signifier au comte qu'il s'abstînt de les aider ou de les favoriser. Cette entreprise échoua donc ; celle de Sonoy ne réussit pas mieux, les habitants d'Enkliuizen ayant déclaré vouloir rester neutres et n'accepter de soldats d'aucun parti. Depuis, on reprit le projet de gagner cette ville et, en outre, Hoorn et Médenblick, par l'influence de deux hommes d'action qui se mirent en rapport avec les principaux citoyens et le magistrat d'Enkhuizen; . mais plus d'un an s'écoula avant que les villes du quartier nord de la Hollande se déclarassent en laveur du prince On ne réussit pas mieux dans une tentative faite pour soulever Dordrecht, la Brille et Delft par l'entremise d'un gueux de mer, Jean Goninck, qui avait des relations avec son père et son oncle établis à Dordrecht ; car ces relations furent découvertes, et le vieux Coninck, Gisbert, fut brûlé vif à Bruxelles 1.
Le prince ne se découragea point. Il avait les yeux fixes sur Deventer, que certains bourgeois devaient lui livrer dès qu'il paraîtrait devant ses murs. Il fit avancer quelques centaines de paysans entre Dillenbourg et Wesel ; mais rexpédition ayant été faite trop tard dans l'arrière-saison , alors que déjà la pluie et la neige avaient rendu les chemins impraticables, elle avorta. L'ingénieur espagnol, Pachéco, qui commandait à Deventer, fit emprisonner et torturer jusqu'à la mort quelques habitants suspects; mais le secret de l'entreprise ne lui fut pas révélé 2.
1 Archives du royaume, Correspondatice de Hollande et de Zélande, vol XII f 8 — BoR, t. 1, f. 315, 3-23 et 530. — Sententien van Alva, p. 244 e\ 245. -Wagenaar,p.320 et 321. - Van Groningen,p.C0-62.
2 Wagenaar, p. 321.
renendant on n'avait entièrement oublié ni Enkhuizen
Sn" rS peux; ci '^l'^^-^vZl
Brederoae. u AI s , guerriers intrépides. A la fin
r ep mbre? is Sent au llie , attendant les ordres du nrince d™Oran£;e et capturant des vaisseaux espagnols et Snïnnd nombre de chaloupes chargées de provisions i" nf ?"n erval e Mentheda , Ruyehaver et d'autres eta.en venus les seconder. Ruyehaver s'empara du vaisseau qui
Sx prirent des bateaux appartenant à des marchands deneventer Kampen et Bergen en Norwege ' .
tLi s "curs desseins furent déconcertésparunecalaraite in S!" La nuit avant la Toussaint ^^^ ipv^ mr un effroyable ouragan , et au milieu du \asie
hron^pLn? des flots qui semblait tour à tour ouvrir et SrTe abîmes Se a création, il bondit, dans quelques So t par-dTssus les digues et, dans quelques au res. Ts brisa II couvrit si prodigieusement quelques îles de la 7plS une -rande partie de la Hollande et presque foi 1a'F?ise que ce cataclysme dépassa de la hauteur
•ut -id'S'aStre qui avait enseveli soixante- ouj^ev.^^ lages quarante ans auparavant. 11 ne fut pas seulement
, AKCH..S .« 1.0VX.ME, Corr.v.mn. ^eOu^J^ i«'Cl yQ\ XI, f. ^^è,- Sententien van Alva, p. 241, 24- ei J4o. kaIr, p. 722. — Van Gromkgen, p 62 et 63.
horrible parla perle des richesses, mais encore par celle des hommes, qui, dans la Frise, furent engloutis au nombre de 20,000 par les flots, aussi furieux et épouvantables en se retirant dans leurs bornes qu'en se répandant sur la terre. Les corps des hommes et des bêtes, les meubles et les décombres des maisons qui flottaient pêle-mêle dans les champs submergés, sans qu'il fût possible de distinguer la terre d'avec la mer, présentaient l'affreuse image du
déluge universel *.
Après que le rivage, l'eau, les sables et les gouffres de la mer eurent été bouleversés et confondus dans une œuvre commune de destruction, la tempête se calma. Billy rendit les plus éclatants services en concourant à sauver, au péril de sa vie, une foule de malheureux qui , juchés sur la cime des maisons et des arbres, luttaient péniblement contre la faim, le froid et la mort. Il fit entourer de digues toute la province de Frise et ordonna à la noblesse qui opposait ses privilèges aux mesures de salut public qu'il prescrivit, de les jeter dans les ouvertures de ces digues pour apaiser la mer. Son dévouement excita l'admiration de tout le monde, et les antipathies qu'il avait soulevées d'abord parce qu'il servait le roi d'Espagne, firent place à des sentiments d'estime et de reconnaissance, surtout lorsqu'il eut obtenu pour Groningue et la Frise l'exemption de toute charge pendant une année ^,
On évaluait à 100,000 hommes le nombre total des victimes de ce désastre. La Flandre en eut, elle aussi, beaucoup à souffrir, et longtemps on en garda le souvenir à Gravelines, Dunkerque, Nieuport, Ostende, Watervliet, ainsi que dans les villages des environs. Les écluses du Sas-de-Gand furent détruites; dans la ville de Gand, l'eau avait débordé jusqu'à la porte de l'Empereur; à Bruges, la désolation fut extrême. Ce fut le Brabant qui eut le
1 Strada, de Bello Belgico, f. 2o6. (Rome, 1640.) — Bor, f. 329.
2 Bor, f. 329. — Van Kabipen, Geschichte der Niederlande, t. I , p. 38i.
• K Anvpr^ nlusieurs vaisseaux furent moinsa souffrir; mais l^^t'^^^^^ de chevaux
détruits, cinq cents «J^ ^^^^'.^^^^'±3'^ victime parmi suffoqués, et la mort comptai V^J ^^^ ^^.rchanles bourgeois qui habia.^^^^^ ^;^ ^^^,,,
dises qui y étaient Reposées epiu ^.^^ ,^ ^^
sidérables. On en subi ^f^JS^^lT plus cruellement
long de VEsca"^;;^,^: pS rou^emeSt de la digue du éprouvée que la F «^"^^^ f;^ . (.^ves et des magasins
f"se *• ,. M.rihinient celle calastroplie. qui avait Les calholiques attribuaient ceue ^^,^^^
aussi alleint la France », a a colfere des « ^ ^^^ ,^ ^^, irrités en détruisant 'f ^.'^=^^6^,' „e7autres malheurs gardaient comme un funeb.e P'*;^;-^ °;„i ^'accord que,
^ui allaient fondre ^^'-l^^ ;iortemp des caprices de 1ns ces contrées^^ v.c mj^s de t-^t^jn-.,„, J, „„ tel
Se' r U a afébranlé tout le littoral de la mer du NO d et Se la Baltique iusqu'en Danemark '^^
Par ces g^a^:es événements^ a^^ n'eut pas heu; mais B'eae out ^^ ^
du Texel. Ses "avires fure t pr a^ i^ 'e„^,, et à peine échapper aux exiremites au ^^
Ru'ychaver s'étaient v^ un — ' ^JJ^, ,,^„e Brésalut;mais, enfm, ilsparunieni • ,e furent
ss.];' Se-— sr.s, ,u ,. .. —
^fr.hi^ tmirmente de mer et effroya- . voyez ^^ermUeuse et 7— .^j^^//; "Touen. 13™. ms trumbles advemm en la ville d Anvm. n
2 BOR, f. 329 et 330. - Me««";/-J;^ .„^„^ desbordement du
3 DHeours sur Vespouvantable et merveme
K/iosne. Lyon, lo70- Boset Meteren, i. /.-Hooft,
f 217. — Wacenaab, p. 324.
gement d'un monastère, tantôt parle pillage d'une église. Mais les gueux avaient encouru les disgrâces du comte Edzard, qui les accusait toujours d'avoir endommagé 3es fleurs et son pays; et, en effet, les chefs étaient impuissants à réprimer les désordres de leurs matelots et de leurs soldats. Vainement le prince d'Orange plaida-t-il auprès du comte la cause des gueux, en faisant valoir en leur faveur des circonstances atténuantes, et notamment les cruelles nécessités d'une guerre, qui, tout implacable qu'elle était, avait cependant un noble but, le renversement de la domination étrangère. Edzard se retrancha derrière les ordres de l'empereur, à qui le duc d'Albe avait porté plainte et qui ne voulait pas que lesÉtats de l'Empire fussent inquiétés par des flibustiers, surtout par des flibus-* tiers étrangers. Peut-être aussi redoutait-il les prétentions de Philippe 11 sur l'Ost-Frise K
Ces circonstances n'empêchèrent pas Entes de faire un acte de justice, dans cette même province, en convoquant le conseil de guerre de sa flotte à l'ancre près de Norden. Il s'agissait de la condamnation de Philippe Abue, espion de Billy, qu'Entes avait fait transporter dans Emden (12 septembre 1570). Deux heures après son arrestation, un gentilhomme ivre vint le trouver de la part d'Entés et lui donna connaissance d'un jugement par lequel il était condamné à avoir la tête tranchée et son corps à être mis en quatre quartiers et exposé dans quatre endroits différents de la Hollande septentrionale. Les bourgmestres de Groningue firent intervenir en faveur de l'espion le drossard d'Emden et d'autres personnitges influents. Le 25, le prisonnier comparut devant le conseil de guerre, où Entes prit la parole en ces termes : « Nous gentilshommes, capitaines et prévôt des navires de guerre appartenant à très-haut et très-puissant seigneur, le prince d'Orange, qui nous a prescrit et donné commis-
* Vigliiis ad Hopp., p. 342. — Van Groningen, p. 37, 63-69, 394 et 39o.
sion d'aider les bons, de punir les méchants et de pardonner à ceux qui le méritent, nous, comme vrais soutiens de la foi chrétienne, nous te promettons de te sauver la vie, si tu dis la vérité; sinon, nous te ferons mourir de mille morts. » Ce discours emphatique, au lieu d'effrayer l'accusé, lui arracha involontairement un immense éclat de rire. Outré de colère. Entes ordonna qu'on le pendît immédiatement. On lui attacha aussitôt une grosse corde au cou et tout l'équipage se mit à la tirer. On lança le malheureux espion en l'air, puis on le laissa respirer un moment et on lui demanda comment il trouvait le service du roi d'Espagne. On le relâcha enfin, moyennant une rançon de 395 florins *.
Entre le 26 et le 27 novembre, les gueux, butinant le long de la côte de Frise, assaillirent la ville de Worcum, y pillèrent les églises et environ soixante maisons, et emmenèrent l'abbé de Hemelum situé près de la ville de Staveren, Nicolas Van Landen, avec deux musiciens et une femme de mauvaise vie 2; ils enlevèrent le saint sacrement et le sceau de cette ville, la plus ancienne de la Frise; ils détruisirent la maison du roi et brisèrent tout ce qu'il leur était impossible d'emporter; ils menacèrent l'abbé de le pendre à un mat, s'il ne consentait pas à se racheter, moyennant une rançon de 6,000 écus; et pour lui prouver que ce n'étaient pas là de vaines menaces, ils lui montrèrent deux individus ainsi pendus. Un de leurs capitaines, Egbert Wybrantsen, d'Amsterdam, .fit connaître la position du prisonnier à ses frères de Hemelum, en leur ordonnant d'envoyer la rançon dans l'espace de quinze jours, faute de quoi, les gueux le feraient pendre, ne dût-il plus y avoir d'abbés sur la terre. Les moines se hâtèrent de recueillir la somme demandée; mais le comte Edzard, forcé par l'Allemagne à agir avec plus d'efficace
» Archives du royaime, Correspondance de Frise, vol. VII, f. 303. — Van Vloten, p. 160-162 - Surnommé Groot Teth.
contre les pirates, fit rendre Van Landcn à la liberté sans rançon et saisit les biens de Wybrantsen et d'autres de ses compagnons. Il mit encore en liberté deux autres personnages, Jean De Mepsche et Rempt Jensema, comptant sur une rançon de quatre à cinq mille Horins *.
Les gueux, sans se décourager par ce revirement de fortune, non-seulement continuèrent avec énergie la lutte une fois engagée, mais encore s'appliquèrent à détacher de l'Espagne les capitaines de marine belges et hollandais qui jusquMci lui étaient restés fidèles. Ainsi, ils réussirent à gagner, l'année suivante, le brave Zéger Jansen, de Médenblick, qui passa de leur côté avec tout son équipage. Il en conserva le commandement et avait pour lieutenant Éloi Rudam, de Lille, qui eut une part glorieuse dans tous* les combats de l'indépendance, et mourut, en 1587, comme capitaine des gueux, à Middelbourg 2.
C'était Meghem (ou Megen) qui recevait toujours les nouvelles les plus fâcheuses des gueux. Il craignait surtout pour Arnhem, où il n'y avait pas six arquebusiers; il y en fit placer cent et demanda des renforts au duc d'Albe. Il était d'autant plus inquiet qu'il ignorait de quel côté les pirates se dirigeaient ^
Au mois d'octobre, les gueux avaient fait une capture pour laquelle ils comptaient recevoir une bonne rançon : ils avaient enlevé la femme, la sœur et le fils d'André d'Anderlecht, ancien espion salarié de la duchesse de Parme et majordome de Meghem, qui, dans sa détresse, implora l'assistance de son maître K Mais le comte avait la
1 Archives citées, Corresp. de Gueldre et de Zufphen, vol. XII, f 27; d<î Zél. et de Holl, vol. XII, f. i58; de Frise, vol. VU, f 534 et 337. — Vigl. ad Hopp , p. 601. — Van Groningen, p. 66. — \an
Vloten, p. 162-164.
2 Archives du royaume, Correspondance de Hollande et de Zélande, vol. XIX, f. 101 verso. — Van Groningen, p. 72, 73, 286 et 287.
3 Archives du royaume. Correspondance de Gueldre et de Zutphen,
vol. XI. f. 124 et 125.
4 « Cy Vostre Excellence ne me assiste, homme vyvant de ma qualité n'est plus malluerrues que raoy; car je swys jusques aux oraylles en
tête tellement bouleversée qu'il ne savait plus quel conseil donner * , non pas qu'il manquât de courage militaire , car s'il avait eu les renforts nécessaires, il n'aurait pas craint de pénétrer dans la ville de Berg, occupée par les cçueux et de leur couper le cou. Il y aurait réussi : les Dira\es étaient divisés entre eux, les Wallons avaient pille les églises et dérobé les calices et d'autres ornements; mais les Allemands s'y étaient opposés et en étaient venus presque aux mains avec eux. D'ailleurs, les gueux n'étaient pas nombreux : 350 seulement, dont 200 Wallons et loO Allemands 2. Ce qui manquait à Meghem, c'était le courage civil. Mais ses talents militaires, comme ceux de Billy, faisaient de ces deux chefs les adversaires les plus redoutables des flibustiers. „ .
Ce qui fit la force de ces derniers, ce furent 1 union et la fraternité qui régnaient sur leur flotte, même entre les Flamands et les Wallons, servant mêlés, confondus, tandis que, pour les armées régulières du roi, il fallait les employer dans des régiments distincts par l'origine et la langue des deux races s.
<iestes, et astuerres ay perdu tout ce que j'avoy en ceste monde contant, ^t outtre ce, ont-y lies gueux) prysonyr ma femme, sa suer et mon fys Virycke et le plus part de mes gens; et comme ma femme et sa suer sont assés belles, je swys en mylle hasars et paynnes que, outtre toute mes pertes et maulx, le forceront ma femme et par enfin me mestre cncoerres les cornes, et tout ce que desus serrast advenu de par le servvsse de Sa Majesté et de Vostre Excellence. Vêla la bone récompense que swys apparent de recevoir pour mes bons, loyaulx, fydeles, hasarduesses et iybérales servysses, cy s'en est que Dieu, Sa Majesté ou V ostre Excel- LLvpourvoye>>(AnderlechtàMeghem,22déc.1570).Corm;,o.dfl«ce
4e Gueldre et de Zutphen, vol XI, f. 153 verso.
1 « L'on dict tant de leurs trahisons et empeinsesqu ils auroientdCNant
la main, et il se sèment tant de bourdes que l'on n'en scet que croire, et n'en sçay dire aultre chose sinon que le meilleur sera que chascun soie bien sur sa garde. » (Meghem au duc, 23 déc. 1576.). Correspondance
citée, f. 158.
2 ib., f. 190 et 203. .
3 Sous ce rapport, on ne lira pas sans intérêt ce qui suit :
<( Quant à la difficulté que dictes vous trouvez en la levée de vostre
Cependant les fureurs du duc d'Albe enflammèrent tous les jours davantage les têtes déjà échauffées par les nouvelles les plus étranges. On mettait constamment en circulation la fameuse entrevue de Bayonne (1565), et l'on disait que Charles IX et sa mère, Catherine de Médicis, s'y étaient mis d'accord sur l'extermination des protestants. On ajoutait que la reine d'Ecosse, Marie Stuart, faisait cause commune avec eux. Les prédicants, qui parcouraient le pays pour ramasser de l'argent, se distinguaient parmi ceux qui donnaient de la publicité à ces bruits et à d'autres semblables; ils parlaient surtout d'une ligue formée par l'empereur, le pape et les princes catholiques contre la nouvelle religion. Dès lors que restait-il à ceux; qu'ils endoctiinaient ainsi? 11 ne leur restait qu'à persévérer; et comme si les paroles de ces docteurs ne leur suffisaient pas, ils eurent recours aux chansons satiriques, lesquelles, répandues partout, portaient l'exaltation des esprits à l'extrême, excitaient les mécontents à prendre les armes et à venger le sang par le sang. Les gueux, encouragés par ces circonstances dans leur fanatisme exterminateur, s'écriaient avec la Bible : « Le jour du Seigneur est proche, la prophétie du Christ va se réaliser, le glaive boira à flots le sang des chiens de Babel. Il faut rendre avec usure à l'Antéchrist le mal qu'il a fait aux fldèles par le fer, le feu, la peur et la faim. Malheur à lui * ! »
Du haut des dunes et des digues de la Zélande et de la
régiment et que, pour le grand nombre des souldards wallons que ces jours l'on a levé, il est dilficile de remplir vos enseignes sans y cntremesler quelques Flamengs et d'autre languaigc que walonne ; combien que le meilleur seroit de les avoir tous d'ung mesme languaigc qui les pourroit recouvrer, si est-ce que plustost que vostre régiment demeurasse non forny, vous prendrez, a faulte d'autres, quelque nombre de Flamengs. Mais ne trouvant qu'ilz fussent en notable quantité, nous semblcroit que miculx seroit de les mcctre soubs propre enseigne pour non mesler les languaiges. » (Philippe II a Noircarmes, 26 juin 1558.) — Archives du Royaume, Conseil d'État et Audience, boîte 275. 1 Van Groningen, pp. 67-69, 396 et 397.
Hollande, on voyait flotter au vent le pavillon des gueux, H le tonnerre de leurs canons annonçait à leurs compatriotes opprimés que l'heure de la délivrance était sonnée C'est qu'en effet, ces écumeurs de mer, cruels et débauchés, ces hommes plus licencieux que Sarrasins devinrent, en dépit de leurs trop condamnables excès, les sauveurs des Pays-Bas * et les fondateurs d'une repu-
1 M. Koch constate (p. 38; que les excès des gueux furent un obstacle insurmontable à une transaction pacifique entre le roi et le Peui^^e et 1 fait D 19) un ^rief au prince d'Orange de ne pas avoir prêté 1 oreille lux négoc a ions de Bréda (i575>, d'avoir dit, a ce sujet : a Nos ennemTs n us mettent en avant conditions plus dures et iniques que sçau- Hon Ta n^ recevoir des plus grands tyrans du monde et par ou ostre cZ tion de^^^ Pire Ve ceUe des esclaves ou des bestes
b utes Hélas! plus de deux siècles de domination étrangère cest-a- Te de décadence, nous ont révélé, à nous Belges a trist. ^'i de ce rude langage. Puis, je le demande, qu'aurait dit la postérité s .eluTaui porte le grand nom de Guillaume le Taciturne avait souscrit :^ ,'"èsT-I dire Immédiatement après les miracles de la dépense e de ,a dé ivrance de Leyde, à une paix qui imposait comme condition ^^^^^^^^ lue la destruction de la liberté de conscience pour les Protestants Au surplus que M. Koch vemlle bien considérer le rôle immense que la Hol ndetdépendante et libre a joué au xvii» siècle et au commenc mei du xvius et celui qui, dans ce temps-lk, était réservé a la Be - Sque et qu' 1 prononce! Évidemment la Hollande indépendante et fibre fut eîésult'at de la politique du prince d'Orange et e la lu te souenue par les gueux de mer, tandis que la Belgique, réduite a n e re plus que e ouet et Tambition de tout le monde, était le Produit de la poiiTque p éconisée par M. Koch, ou plutôt de la politique de Phi ipp I . S?Guniaume mérite d'être loué, c'est bien pour avoir voulu, des 1 origine du nouveau règne, chasser de la Belgique ^ette .~^^^^^^ comme il s'exprimait, al dat vreemd gespms, ^omme disaU \an MaJ^e anrès lui • c'est pour avoir voulu mettre un terme a cette funeste combla s n qui a^Tfait de notre patrie une annexe de TEspagne. Il est V ai que la politique du prince d'Orange ne triompha que pour les pro- ; n es e^^^^^^^^^^ des Pays-Bas et qu'elle échoua pour nous ; mais
la responsabilité de ce fait doit retomber non pas sur ce g nd homme mais sur nos calvinistes et leurs extravagances sur une parte de „otpe noblesse et de notre clergé, sur les mesquines jalousie ^t P^^^^^^^^^^^ les préjugés et Tobscurantisme de Tune, comme sur l intolérance et
blique glorieuse. Répugnant aux demi-mesures, ils voulaient se débarrasser d'un seul coup de tout ce qui les gênait. Les plus terribles d'entre eux furent les Wallons liégeois '. Le sang versé par le duc d'Albe leur avait donné le délire 2. Sur ces enirefaites, le prince d'Orange avait envoyé dans Emden (décembre loTO) un homme dévoué, comme lui, aux principes de la révolution ; mais, comme lui aussi, ennemi déclaré de toute intolérance, Thierry Volckertsen Coornhert, également remarquable comme poëte et comme philosophe, et qui donna des gages du patriotisme le plus pur et des convictions les plus larges; car, protestant, il défendit avec le plus grand courage la liberté de conscience pour les catholiques contre le zèle persécuteur des calvinistes '\ Guillaume l'avait chargé de solliciter
le fanatisme de l'autre. Mais que serait devenu l'équilibre européen, si cette politique avait aussi échoué pour la Hollande, en d'autres termes, si le système du tyran de Madrid avait eu le dessus dans toutes les pro- \inces des Pays-Das; si par exemple, Louis XIV les avait trouvées toutes sous la "domination castillane. Bien certainement elles étaient conquises sans retour et, avec elles, le Rhin. Or, si le conquérant français a été arrêté dans sa fortune altière par l'admirable résistance de la Hollande seule, il aurait rencontré une tout autre barrière à son ambition dans la Hollande et la Belgique unies et indépendantes. — En général, j'ai remarqué chez M. Koch une sorte de dénigrement systématique envers le prince d'Orange, c'est-k-dire envers un homme qui domine de si haut toutes les figures de son époque.
1 « De Luikenacrs onder de watergeuzen waren moetwillige boeven en wel de grootste euveldaders. » (Van Groningen, p. dOl).
3 Les nombreuses critiques faites de ce zèle par M. Koch sont fondées, et je n'hésite pas à reconnaître avec lui (p. 103) qu'au xvi« siècle le fanatisme était une peste qui sévissait aussi bien h Genève qu'à Madrid [der Fanatismus tcar eineSeuche, dieeben so wohl in Genfals in Madrid grassirte]^ et que la liberté de conscience, tout comme la tolérance, n'est pas plus le produit du protestantisme que du catholicisme; qu'elle est le fruit des progrès de la raison et des lumières de la philosophie, « de cette philosophie tant décriée et détestée par la stupidité [der aus Dummheit verhassten and verschrieenen Philosophie. ») —
QUELLEN ZUR GESCHICHTE DES KAISERS MAXIMILIAN If, t I, p. 233).
rVFrWnrd la levée du séquestre qu'il venait de mettre sur fefb s es ^ueux Le 'comte, après quelques difficultés K^sa demande; cependant, au printemps de 1^^^^^^^ Qnivintp il fit arrêter Guillaume de Blois de Treslong, ne Tla B^ilt n.ais ori^naire des cotjtes e B' • e„ France ' et seigneur d'Oudenhoorn, de Grejsoort, de PeSem, en Flandre; de Trélon, dans le Ha.naut; de BerenÙu.i;en, de Cabouw et du pays de S e.n e„ H^^^^ lande Jeune encore, il avait réside a la cour de Maximi ien de Bourgogne; en 1SS6, il était entre au service de •elereur l'avait suivi en Espagne, puis avait accompa- Iné BÎÏÏchuysen en Danemark. Ensuite, il s'était distingué d "ns lesLmpagnes de Cl.arles-Qinnt contj^ le^^^^^^^^ rais et les Turcs. De retour aux Pays-Bas, il seta t range, sm s PI 1 ppë II, du côté de Bréderode, et les avait quittes de nou 'eaù à l'arrivée du duc d'Albe. Après avoir pris Jrt aï; batailles de Heiligerlée et de iemming^n , e^a. allé se mettre, dans Emden, au service dEdzard et y aïait accei^té u'ne commission du prince ^^f "S^^ !
guerre maritime. Mais pendant q"^ ««^ ï'/«rraé Le nant, faisait équiper deux navires, il a™ ^ J fj^ ' ^e comte prétendait que RooboU, qui devint un des gueinc de mer les plus formidables, avait commis sur son territoire Sques actes d'hostilité. Treslong, après une détention SrSrze semaines, fut libéré sous caution et en po mettant de ne pas quitter la ville san la perm s.on d'Edzard ; mais il disparut avec un vaisseau et aUa se joindre aux gueux, dont les excès avaient fini Par irritei les
masses, qui' se voyaient exposées ««"«^«f^^^^^^^^^J^: velles avanies. Mais les gueux en rejetaient la ^^,^VO^f
lité sur le duc d'Albe, qu'ils ^««"««'«"^^^^ "^'^ ,„ fet pris toutes les mesures nécessaires pour es preserser et
pour épargner au commerce et a l'industrie une ruine
1 Pour les Pavs-Bas, cette famille remonte au m- siècle, à Jean de Mois, Bis naturd du comte Jean de mois, seigneur de Gouda et de Sophie Van Daalhem.
complète. Or, le but des gueux était précisément de ruiner le commerce, par cela même, de le mécontenter, et tout à la fois de diminuer les ressources du gouverneur général, de le compromettre tous les jours davantage et de montrer aux ye«x de tous qu'en dépit des flots de sang qu'il versait, son système de terreur était impuissant à maintenir Tordre et à donner de la sécurité au travail *. Et, cependant, les avertissements n'avaient pas manqué au duc d'Albe. Boussu l'avait souvent et vainement prié de faire transporter à Middelbourg l'artillerie d'Ypres et de Bruges , parce que ces deux villes n'en avaient pas besoin, tandis qu'elle pouvait rendre les plus grands services à Middelbourg. Mais comme il avait à protéger le départ pour l'Espagne de l'archiducbesseAnne d'Autriche, fiancée de Philippe II, contre les attaques des gueux, le duc fit enlever, dans ce dessein , des pièces de canon qui servaient à la défense d'Anvers, de Gand, Bruges, l'Écluse, Furnes, Matines, Rammekens, Flessingue, Zirikzée, Middelbourg, Veere. C'était pour lui une affaire d'État que l'équipement de la flotte ^ qui devait conduire cette prin-
1 Viglius ad Hopp. l. l. — Bor, f. 550 et 540. — Van Groningen, p. 67, 152-154. — Wagenaar, p. 525. — Van Kampen, beknopte Geschiedenis der letteren en wetenschappen, t I, p. 111-114. — Ten Brink, Dirk Voickertsen Coornhert, p. LXXIV et LXXV. — Van der Aa, biographisch Woordenboek, t. II, 2, p. 657 et 65i.
2 « Comme il sera besoing de tendre les chambres de la Royne (la fiancée de Philippe II), plaira à Vostre Excellence mander de quoy icelle tenture debvra estre et de quelle coulleur. Celle des feues Roynes de "^ France et de Hongrie estoit de drap verd, attachée avecq petits doux,
et celle de la princesse de Parme estoit de satin ou caffa cramoysio. Les paintres disent que les freinges rouges ne duisent poinct sur le damas de mesme coulleur et qu'il monstreroit mieulx que lesdictes freinges fussent de coulleur jaune ou blancq. » (l"juin 1570. — Wacken au duc d'Albe.)
« Les painctures du navire destiné à la Royne seront avec les images de Nostre Seigneur, de Nostre Dame, sainct Andrien, sainct Jacques et aultres sainctz, avec les armes du Roy et de la Royne. Que Son Excellence advertisse si Elle y veult changement, aussy de quelles couleurs
. :. .on roval époux et qu'il avait d'abord voulu conr/t H 'arde de^^^^^^^^^ soldats. D'après les idées du f'I les besoiL telle expédition l'emportaient
temps, i^^j^^^^"^\ J^,e d'Albe s'en serait, à coup sur, sur ceux du pays. Le ^"^^.^^ j ^^es sévères
beaucoup moins occupe, s il avait connu le. oru
donnés, à ce ^-'^^^;^^^^ ^
mer, et ^f^'^Z'!^^^^^^ confédéré, écuyer
près troupes > ^^«^^^^^^'^^^ ^^^, les autres membres relations de sa "^^J^^ ^7 ,,,,efois, la calomnie
d'être un nalriole ardent et sincère, et de "«""^.^"^
d.°Slbé ' e*i' clio» -are, ca- Il en «ia»q.a.t lo«jours ^.
Excellence «rdonnast son bon plais, , ^7"=""' 'J'f .?^ pa„., comme
y doibt avoir '^-''"«^''''^«:"" Jt- Je/'' " ""■
mariniers, pilotes et les ™»'«'»'.' ,'; "" f'-/^' ^oot de quelques drapz blables esquippaiges, faire 0»^' 'L a"' i hu5 rompettes pour les ou aultre chose, et pareillement do bt » »' »" f '^"J ^^coustrez de trois batteaulx de la Royneet son tram «"J d^-^^'^'/^J^^,,, corre^.
quelque drap de soie. »(»9J" f *'^™'- ^^^'.''Vs verso, 10 recto, pondance de Hollande et de Zélande, vol. Xlll , f. o verso,
28 verso et 29 recto. Hnllaude et de Zélande,
i ARCHIVES nu ho™ ^^XTZfl^tSk 59, 6-68,
vol. XIII, f. 17 verso, 3o-o8, *\^^' *^' ^ '