CHAPITRE PREMIER
à ceux des premiers habitants du pays, il me semble très-probable que toute personne qui s’y serait exercée depuis sa jeunesse parviendrait encore actuellement à atteindre l’habileté de ces sauvages. 11 serait intéressant de savoir si les personnes qui croient que l’on avait besoin d’instruments en .fer et en acier pour la fabrication des objets en silex, croient aussi qu’il fût possible, avec des instruments de ce genre, de fabriquer un couteau en silex semblable à ceux de la planche III, fig. 64 et 66. Quant à moi, ce n’est pas mon avis; ce n’est pas l’outil, c’est l’exercice et la main qui font défaut.
La cause pour laquelle on a si rarement reçu, avec les objets en pierre apportés en Europe par les navigateurs et provenant des sauvages de l’Amérique et des Iles de la mer du Sud, l’outil qui a servi à la confection de ces objets, doit être probablement attribuée à ce que le .sauvage s’est ordinairement servi d’une pierre toute commune, ramassée pour l’occasion, et qu’il a jetée après s’en être servi. Je jetais aussi la pierre que j’avais employée, étant bien sûr d’en toujours trouver une autre au besoin. J’ai toutefois constaté que chez plusieurs races sauvages, sinon chez toutes, quelques individus se sont fabriqué comme marteau des outils spéciaux, et, fait remarquable, ces outils ont partout une certaine ressemblance entre eux.
Ces observations préliminaires terminées, il me reste maintenant à faire la description détaillée des ustensiles, armes et objets en pierre qui appartiennent soit il des races éteintes, soit à des races sauvages encore existantes.
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PKE.MIÉKK SKCTIOiN.
Outils qui ont servi à la fabrication des ustensiles et des armes en pierre.
J’ai dit plus haut que ces outils doivent avoir été de pierre, ceux qui les ont fabriqués et employés ayant iffnoré l’usage des niélaux. J’ai dit encore que tous les ustensiles en pierre ont été tailles avant de subir l’opération du polissage. Je montrerai plus loin que le sauvage rafraîchissait, au moyen de la retaille, le tranchant usé de ses lances, de ses couteaux et d’autres ustensiles chez les([uels ce tranchant était simplement fait au choc mais non poli; nous verrons aussi qu’il aiguisait de nouveau par la friction les tranchants émoussés qui avaient été polis. 11 faut donc que le sauvage ait eu deux espèces d’instruments, l’une pour aiguiser, l’autre pour former les tranchants par des chocs successifs. L’instrument dont il avait besoin pour ce dernier effet, devait être, comme je le ferai voir plus bas, portatif, afin qu’il pùt le prendre avec lui dans ses chasses. L’on pouvait donc s’attendre à retrouver ces deux instruments parmi les objets en pierre que les fouilles ou le hasard nous ont fait découvrir. Ils sont ;
toujours d’une pierre dure, souvent quartzeuse, par- *
fois d’un quartz cristallin pur ou de grès quartzeux, jamais de silex ou de gneiss. Nous appellerons la première espèce pierres pcrcutrices ou percuteurs (suédois : '
riJAPITRE PREMIER.
knackstenar) , la seconde, pierres à aiguiser (suédois : slipstenar).
§ 1. Pierres percutrices ou percuteurs (PI. I, fig. 1 à 14 [1]). — Toutes ces pierres, et principalement les originaux des figures t, 4, 6, 11, présentent à leurs parties anguleuses des traces si évidentes de leur emploi primitil, que l’on ne peut avoir le moindre doute à cet égard dès que l’on y a porté son attention. Pour des raisons que je développerai plus bas, j’admets que tous les percuteurs sans exception ont été portatifs, et que le sauvage les emportait avec lui à la chasse. A cet effet plusieurs ont à leur circonférencè une cannelure à laquelle se fixait une courroie pour les pendre à la ceinture; d’autres sont percés d’un trou dans le même but (fig. 12). D’autres encore, qui ne sont ni percés ni cannelés, se portaient probablement dans un sachet ou dans une poche attachée à la ceinture.
(1) Plusieurs airhéologues s«* sont refust'S îi aiiinottif (jue les outils en pierre que je vais décrire aient été cniplovés à l'usage que j'Iinlique. Mais je ne sache pas qu’ils aient pu jusqu'ici niéint' dire ruisige qu’iU auraient eu sans cela. Ils ne peuvent servir à aiguist'C le fer, et niaïques ou traces de chocs qu'ils présc'ntent, niontrent à quiconque n’est pJLs posilivt'iiieut ignorant, que ces chocs ont eu lieu contre une pierre dure et non contre un métal (pielconque. tn outre, des pierres peiTulrices identiques se retrouvent encon; aujourtriiui, des pôks à l’équaleur, chez tous les |>euples (|ui oiiiploieiit des ustensiles en pierre. La seule objection quelque |)eu valable que Ton puisse faire, c’est que <les pierres seiiihlables se sont renronliées parmi des anti(|uiU‘s en fer. J’indiquerai, plus loin, qu’elles ont p<‘ut-étre servi d'amulettes. Je le rép»»te, il est impossihie quelles aient st'rvi à aiguiser des armes eu fer. Il appartient donc aux personnes qui ont des doutes à leur égard, d’indiquer à quel autre usage ils étaient destinés. ■ •
PKRCl TKI HS.
Je disais plus haut que cet outil se retrouve partout où habitent et où ont habité des peuples qualifies de sauvages. La figure 2, PI. I, est la reproduction d’un percuteur venant du Groenland et conservé au Musée de Copenhague. 11 ressemble par sa forme à la pierre (ig. 6, trouvée, en Scanie, et par ses stries latérales à celle fig. 1, provenant également de la Scanie. La figure 3 de la planche I a été dessinée d’après une reproduction en plâtre reçue de M.Thomsen de Copenhague. Affectant la forme d’un navet, légèrement comprimée à la circonférence et d’un travail inférieur, elle présente une strie peu sensible sur l’un de ses flancs. Elle était accompagnée d’une étiquette portant la même légende que l’original : Tool for inaking arrow points. Il y est en outre indiqué que cette pierre a été trouvée sur les rives de la Delaware, avec une grande quantité d’objets en pierre.
Des percuteurs se rencontrent môme déjà parmi les objets en silex et en os découverts par M.M. Christy et Lartet dans les grottes du Périgord, et qui appartiennent sans nul doute à l’époque la plus ancienne où il y ait eu des hommes en Europe. La figure 13 de la planche 1 est dessinée d’après une reproduction en plâtre, faisant partie de la collection considérable d’antiquités donnée par ces messieurs à l’Académie des inscriptions et belles-lettres de Stockholm. C’est tout simplement un caillou rond ramassé sur le sol, mais l’on aperçoit aux angles arrondis de cette pierre des marques très-nettes de chocs contre un corps' dur, probablement de silex, et qui montrent non-seulement
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