‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 110 sur 156 · INDIENS ET ESQUIMAUX · texte numérisé non relu

INDIENS ET ESQUIMAUX

Indiens se dépouillèrent néanmoins de leurs tuniques et enga{{èrenl le combat tout nus, à l’exception de leurs culottes et de leur chaussure qu’ils conservèrent.

« Pendant tous ces préparatifs , on était arrivé à une heure du matin (le 17 juillet). Les Indiens, voyant que les Esquimaux reposaient tranquillemcht dans leurs tentes, s’élancèrent de leur embuscade, assaillirent les pauvres créatures qui ne se doutaient de rien et qui ne les aperçurent que lorsque ceux-ci, déjà arrivés aux piquets des lentes, se mirent en devoir de commencer le massacre. Il fut horrible et au-dessus de toute description. Lés infortunées victimes, furent surprises dans leur plus profond sommeil et n’eurent ni le temps ni la force de faire une résistance quelconque. Hommes, femmes, enfants, au nombre d’environ 20 individus, s’élancèrent tout nus de leurs tentes et essayèrent de fuir; mais comme les Indiens occupaient toutes les issues du côté de terre , il leur fut impossible de trouver un asile au large. Une alternative leur restait, celle de se jeter dans la rivière; toutefois personne ne le tenta et tous tombèrent victimes de la fureur des Indien^.

« Les cris et les gémissements des pauvres malheureux expirants étaient épouvantables; mon horreur redoubla lorsque je vis une jeune tille d’environ 18 ans assassinée si près de moi que, quand la première lance lui perça le côté, elle tomba à mes pieds et me serra si fort les jambes que je ne pus qu’avec peine me défaire de ses enlacements suprêmes. Je demandai instamment sa vie aux deux Indiens qui poursuivaient

CHAlMTKIi CLNyllEJIi;.

colle infurluiiéo, mais ses meurtriers ue me répoiulirent rien jusqu’à ce qu’ils eurent enfoncé lous les deux leur lance à travers son corps el qu’ils l’eurent clouée au sol. Alors me jetant des regards faronches, ils commencèrent à se moquer de moi, me demandèrent si mon intention était de prendre une femme chez les llsquiniiuix, el ils ne tirent pas la moindre attention aux cris et aux douleurs de la victime qui se tordait comme une anguille autour de leura lances. Après avoir essuyé de leur part plusieurs paroles injurieuses, je me vis enlin forcé de les conjui-er de se dépécher au nit|ins de délivrer leur victime de ses souffrances, que sinon la pitié (he ferait un devoir de mettre moimème un terme à l’exisleuce d’une créature humaine si cruellement blessée. Quand j’eus fait cette demande, un des indiens retira sa lance de la partie du corps ([u’il en avait transpercée et L’enfonça dans la région du cœur. L’amour de la vie, même dans cet horrible état, était pourtant si grand chez cette jeune tille (jue, quoique cet acte pût être considéré comme le plus miséricordieux envers elle, il ne paraissait pas le bienvenu pour elle, car affaiblie comme eUe était par la douleur et la perte de son sang, elle essaya toutefois d’écarter l’arme qui devait lui donner le conp de grâce.

« La brutalité avec- laquelle les sauvages traitaient les corps, auxquels ils avaient arraché la vie d’une manière si féroce, était si révoltante que ce serait faire un outrage à la pudeur que de la décrire.

<• Immédiatement après que les Indiens eurent perpétré le meurtre des malheureux Esquimaux, leur at-

INDIENS ET ESCil IMAl X.

tenliuli fui allirée par sept autres tentes sur la rive droite de la rivière ; beureusement nos bateaux et nos bagages avaient éié laissés à quelque distance en amont, de sorte que les Peaux-Rouges n’avaient aucun moyeu de traverser la rivière -pour atteindre ces pauvres Esquimaux. La rivière mesurant ici une largeur d’un peu plus de 80 pas, ils commencèrent à tirer depuis la rive gauche sur les Esquimaux qui bordaient la rive opposée. Ceux-ci n’abandonnèrent cependant pas leurs tentes. Ils ignoraient lelleinent la nature des armes à feu, que, lorsqite les balles frappaient contre les pierres, ils accouraicut en foule pour voir ce qu’on leur avait envoyé, et paraissaient fort empressés à examiner tous les morceaux de plomb aplatis contre les rochei's{l). A la fin, un Esquimau fut blessé ad mollet, ce qui produisit une grande confusion dans Icui's rangs. Immédiatement ils entrèrent tous dans leurs petits canots et firent force de rames jusqu’au milieu de la rivière, où se trouvait un banc de sable qui, situé à plus d’une portée de fusil de distance, les mettait en sûreté contre les balles des Peaux-Rouges.

« Les sauvages, voyant que les Esquimaux du second groupe avaient atteint le banc en question, se mirent à dépouiller les lentes des Esquimaux assassinés de tous les ustensiles en cuivre qu’ils purent trouver, comme haches, couteaux, poignards, etc. (2). Cela fait, ils se rassemblèrent sur une haute colline

(l)IU !k' l'Uliiluisaleut (loue ruiiiiiK- ilu vrais nifaiits.

e2) Ou trouvait ilaiis le voisinage des moreeiuiv de eiiiviv.- ludif, dont

22ti CHAPITRE ClNyUlÉME.

du voisinage, et, massés en un seul groupe de manière à former un cercle fermé, levant leurs lances en l’air, ils poussèrent de nombreux cris de victoire en frappant continuellement leurs lances les unes contre les autres, et en répétant sans cesse : tima, lima (1), afin de se moquer des pauvres Esquimaux survivants qui étaient dans l’eau {fresque Jusqu’aux genoux.

(I Après avoir paradé un instant sur la colline, ils décidèrent de remonter la rive jusqu’à l’endroit où nous avions laisse nos bateaux et nos bagages, et qui sé trouvait à une distance d’environ un demi-mille anglais. Traversant la rivière sur ce point, ils pen-^ saient pouvoir piller les sept tentes de la rive orientale. Ce plan fut immédiatement mis à exécution. Comme un détour de la rivière et la confoiln'ation du terrain nous permettaient de marcjier entièrement à couvert, plusieurs des Esquimaux, qui nous croyaient probablement retournes à nos occupations, sans autres projets de carnage, étaient' revenus du banc de sable à leurs habitations. Nous étadt approché de leurs tentes à la faveur de6 rochers qui nous dérobaient à leur vue, nous les trouvâmes activement occupés à réunir leurs effets. Ils furent massacrés avec la même barbarie par les Indiens ; ceux desMËsquimauz qui avaient leurs embarcations à l’eau, s’y jetèrent iinmédiatement et parvinrent heureusement au banc

Icü tjjquiiu.'iux fatoamicDt des haches, des couteaux, etc., en les aplatissant eutre des pien-es.

(I) Ce mot est, dit-on, dans la langue des Esquimaux une question amicale signifiant h peu près : comment allez-vmtsf — C’était donc ici une dérision sanglante.

IMMK.VS ET ESUL'IMAIX.

de sable précité, à l’exception d’uii vieillard tellement occupé à ramasser ce qui lui appartenait, que les Indiens le surprirent avant qu’il pût arriver à son bateau : il tomba victime de leur fureur. Je crois en vérité que vingt hommes au moins trempèrent dans ce meurtre, car tout son corps était criblé de blessures.

« J’ai oublié de mentionner qu’en remontant la rivière après le massacre des Esquimaux de la rive gauche, nous aperçûmes une vieille femme occupée, au pied d’une chute d’eau, à pêcher des saumons que l’on y voyait aussi serrés qu’un banc de harengs (1). Soit le bruit de la cascade, soit que la vieille fût sourde, elle n’avait aucune connaissance de la scène tragique qui s’était passée près des tentes, quoiqu’elle ü’en fût pas éloignée de plus de 200 pas. Lorsque no^us l’aperçûmes, elle paraissait parfaitement contente, et se trouvait entourée du produit de sa pêche. A en jiiger par ses gestes et ses yeux rouges comme du sang, il est fort probable que sa vuè n’était pas très-bonne ; elle ne reconnut que les Indiens étaient des ennemis que lorsque ces derniers 'étaient à peine éloignés d’elle de deux longueurs de lance. Elle essqya en vain de fuir, car les misérables de ma suite la clouèrent au sol eu quelques secondes et la mutilèrent de la manière la plus sauvage. Il y eut à peine un seul hnriime qui ne lui portât un coup de lance, et plusieurs, en le faisant, cherchaient

(I) Elle péchait au moyeu d'une fouine armée de <|uel<|iicj puiiitca, proliablement identi(|ue à rellea planche IV, ri^rnt 7B et 77. Le iKriieou était si «ombreu.\, (|ue, lorsque la (buiue était plongée dans l'raii cl subitement retirée, elle ramenait ordiuaiixuiieut deux ou trois poissons.

lillAI'lTIlE CINQUIÈME.

plulùt il la lurlurer «{u’à lui dumuT iiiio mûri inimôdiato, vu que non-seulement ils lui arrachcrenl les yeux, mais encure la percèrent à plusieurs endroits fort éloignés des parties vitales.

« Après avoir pillé les sept lentes de tous leui’s ustensiles en cuivre, les seuls objets qui parussent dignes de leur attention, les Indiens jetèrent les tentes et leurs piquets dans la rivière, détruisirent une grande quantité de saumon sec, de viande de' bœuf musqué et d'autres denrées alimentaires, brisi'-rcnl toutes les marmites de pierre et causèrent tous les degiUs qui furent en leur pouvoir, atin de plonger dans la misère les pauvres êtres qu’ils ne pouvaient assassiner, et qui, restés sur le banc de sable, se trouvaient forcément les infortunés témoins de leurs perles |)eul-èlrc irréparables. »

L’auteur décrit ensuite les cérémonies auxquelles se livrèrent les Indiens adirés le massacre, cérémonies montrant qu’ils se croyaient impurs pour avoir touché des êtres aussi méprisables et aussi haïs que les Esquimaux. — Ailleurs (page 338), il dit que la cause de ces persécutions est que les Esquimaux sont regardés comme sorciers, et que, quand un chef indien meurt, on prétend généralement que les Esquimaux l’ont fait périr par leurs sortilèges. Pendant l’été de 1756, plus de quarante Esquimaux furent en un seul endroit lâchement surpris et assassinés par les Indiens, pour la seule raison que deux de leurs chefs étaient morts l’hiver précédent.

Eonsidérons maintenaul de plus près les faits décrits

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