CHAPITRE SIXIEME
I/ilpp iU* la pi»TPP* pst romuiiin « tous 1rs poiiplos; oHcrino ilt» la Sapa (tradition, lêgemle); U's nains, péanU, lioIU (son iers), elr., sont u r«ripined»*s |hmi|i1ps d»* rar»*s vt d»* rniti's diff**rvnts.
Tous les peuples, même les plus anciennement civilisés, ont eu leur âge de la pierre (I), et un grand nombre, chez lesquels cet âge a disparu avant le rommencement de l’histoire, en ont longtemps conservé les traces dans les rites et les coutumes religieuses mentionnées au chapitre II.
De toutes les phases de développement par lesquelles doit passer un peuple avant de parvenir au degré suprême de la civilisation, les premières, les plus rudes, sont les plus persistantes et les plus diffîcHes à surmonter. Ermann a fait, dans ses vojages, la découverte ethnographique importante que les Agrippions d’Ilé-
(t) A l'egard d«*ri Kir^ptiens, voir rhap. ii. Je tÎK eu outre, iLuw mie Aλite au HritUh Museiiiii en lKi7, |>aniii'l«N t1tVlu>s êg\|i(ieiiii(s tcli'uueliant traiiHH'ittal, une Hèelie nriiu't* d'iiu éelat de silex.
r.nAPITRK SIXIÈMK.
rodote sont les Baschkirs actuels de l’Oural, et- qiie leur manière de vivre est encore aujourd’hui telle qu'elle était il y a plus de 2,300 ans (1) ; sans nul doute ce peuple avait vécu longtemps dans le même état demi-sauvage avant qu’^érodote se fût occupé de lui.
La circonstance que cette première période de civilisation, l’àge de la pierre, a été aussi fort longue chez les peuples de la race indo-germanique Scandinave, peut être déduite de plusieurs faits dont quelques-uns seront mentionnés au chapitre suivant. Ici nous nous contenterons de rappeler que cette période remonte si loin dans les ténèbres du passé, que ni l’histoire ni surtout les traditions suédoises ne mentionnent chez ce peuple d’autres armes que des armes de fer. Histoire et traditions ignorent même la période du bronze (2), et lorsque parfois l'on entend parler de flèches en silex, ces récits appartiennent à l’époque légendaire la plus reculée et à une tout autre race. •
Un Ihit certain, c’est qu’il m’a été impossible de découvrir dans l’histoire ni dans les sagas un seul endroit où l’on parle d’autres armes que de fer, comme employées par les ancêtres des Suédois actuels.
(1) Errmaus Reine.
(2) Il n’on e«t fait mention, non pluis, chez aucun autre pauple de l’Eurojie septentrionale ou o<'cideulale. Chez les Roinains, oa savait seulement par la tradition que le bfoiize avait pi-<icédé le fef {jtrior cuis m at tfuatn feeri eoiiiiitus tuais. Lucrèce;, et Hésiode se plaiiil d’ùtre né dans l'Afze du fer. Les héros d'Homèi-c appnrteuaient na\ temps dits héroïques. A Ropie, nous jiouvous suivre l'usage des armes de fer pour le moins jus<]u'au règne de Tanpiin l’.Vucien.
ARMh^S Dfô r.OTHS SCANDINAVES. 23.Ï
les hommes de la race gothique. Cette preuve n’a sans doute qu’une valeur négative, mais elle tire pourtant une grande force de la Circonstance que les anciens habitants de la Suède, hommes très-belliqueux, surtout les plus riches et les plus éclairés, qui ont laissé des témoignages et des renseignements précieux à la postérité, s’occupaient presque- e.\clusivement de leurs armes. .11 existe des lois d’un âge reculé, contenant des dispositions positives sur la qualité des armes que l’on devait avoir et employer. Des centaines de s<^s contiennent des descriptions emphatiques des armes de ces temps-là. Chaque épithète y montre qu’il est question d’armes de fer et non de bronze ou de pierre. « Des épées incrustées d’or et d’argent, des casques dorés, des armures étincelantes comme la glace, » voilà ce que mentionnent les sagas Scandinaves des temps les plus lointains de l'époque historique (1).
J’ai visité en Norvège plusieurs des localités où les légendes populaires placent les champs de bataille des temps les plus reculés, mais les armes que l’on a retirées de la terre sont toutes, sans exception, de' fer. Celles dont on fit usage en 4030, à là bataille de Sticklarestad (2), étaient de fer et d’acier. On j»ourrait supposer, peut-être, que les armes de fer trouvées dans cette localité appartenaient aux Norv^iens, qui furent battus, et que l’armée des paysans avait des flèches de silex. Ce ne fut toutefois pas le cas, du moins pas généralement, à coup sûr. Outre que l’on
(1) J.tli.N, Om Ki-iysriiiH'lulet (des lusiitutionii uiilltaiivs), p. 192.
(2) Eiilii- le roi Saint-Olar et les paysans païens île la .Nunéjre.
23« CHAPITRE SikjÉME.
n’a jamais rencontré d'armes de pierre sur le champ de bataille de Sticklareslad , on possède au moins une preuve qu’une flèche venant de l’armée ennemie était de fer. Le skalde Thormoder Kolbruna {T/iormoder Ko/brunu skald) (1) fut atteint pendant la bataille d’une flèche dans la poitrme; la flèche se brisa dans la plaie, et le médecin, qui suivant l’usage de l’époque était une femme, essava vainement de la retirer au moyen d’une tenaille, vu que l’inflammation s'était mise dans la plaie. Thormoder lui dit alors de tailler dans les chairs jusqu'à ce que l’on pût arriver au fer, et lorsqu’elle l’eut fait, il retira la pointe de flèche qui s’étart courbée (2). La circonstance que le jskalde mourut de l’opération n’intéresse pas notre sujet, mais bien celle que la flèche qui lui donna la mort et qui s’était recourbée, était de fer et non de pierre.
A la bataille de Brâvalla, qui eut Keu à une époque encore plus reculée, environ l’an 700 (3), et dans la relation de laquelle sont décrites une foule d’armes et d’armures diverses, rien n’est mentionné qui puisse donner lieu à la supposition que des armes dfe pierre aient été employées par les nombreuses hordes qui y
(i) l<e iiiùiiu* (|i)i le matin «ie la Imhiille rhanta, à la deiiiainltt du ini, le ('haut mairiiiü<(ue ; « ].o jour parait, lero<| diniite, il temps, il IciiilM diM'ummenrcr noti-c tàrho, vie, {iiiwnu I, p. o8.’)
(î) Küslhrodra-Sa>:a, p. il’».
(3) auteurs ()ui en ont |wirl(‘ la plarent entiv l'an l»H0 H l’an
73;». — Otlc hatnille eut lien entn* les rois ou ro-rt’ireiils Ilarald liildetaiid, de Dauemark, et Siu:iird Himr, de SiHnle., dans la plaine de Hra- \alla en Ostrokodhh'. Hanitd fut tué et Sicrui'd de\inl l'iti de tous Uw pa\s Scandinaves.
AKMKS DKS C.EKMAINS.
piiifiil pari (1). Mais ici, peut-être, coiiiinc à Sticklarcstad, ceux qui nous ont laissé ce,s antiques récits étaient les plus nobles et les plus riches, qui avaient, eux, désarmés de fer. Ils n’ont donc pas jugé néccs- ^ saire de parler d’armes aussi plébéiennes que les * armes de pierre à l’usage des combattants vulgaires.
Nous pouvons nous expliquer aussi de la sorte pourquoi nos eddas et nos sagas primitives, dont le fond remonte au passé le plus lointain, ne parlent nulle part d’armes de combat de pierre -employées par le péuple de la race historique. Elles font par conüe souvent mention de ses armes de fer, dont les qualités et l’evcellencc sont décrites avec un vrai luxe d’hy|)erholcs. Ces armes entamaient et la pierre et le drap, et, pour en éprouver le tranchant, on posait un llocon de laine sur une eau lente; un tenait l'épée dans l’eau avec le tranchant tourné contre le courant, et un lais^ sait arriver la laine. Pour que l’épée prit être déclarée parfaite, le tranchant devait couper la laine (2).
Il est fort remarquable qu’aussj loin que remonte riiisloire de la l’ace gothique, en Germanie, les armes
(|]01a m* prouve toutefois, i[iie rusaire îles armes de pierre eiH eutieivineiit cessi’. ILn'i^st f^ère |»ossiltle de se. figurer que l’emploi du fer soit tout il rotip devenu ;;éuêral ; il aura lentement pénétré dans t'arinement de la truiqn*, qiii euntiiina à s<* siTvir siinulLinéiiient d'arims de pierre, pi'jnlant que seuls les chefs et les guerriers les plus riches eu avaient de fer. Aussi voyons-nous ces deux espèivs d'amies encore mêlées sur les glvptes des riH'Inu-s {Uollvistningar) du ItoliiislAii, qui datent tlu temps des Vikings. Voir Unh. piim.t M,p. -iO (édit. suéd.]. VfigedH frtVHZC ne put jamais extirper en Suède l’usage des armes de piei’ix*. Différentes iNpt'ces (f'annes étaient toujours de pierre. O ne fut que dans l’ilgc du fer que l'emploi de la pieriv cessa |h*u à |m-u et fut eiiliu tutalemeut aboli.
(2) Saga de Didiih de Bern ^Théodoric île Véi oue;,eh. xxi.
CH.Vl'lTKE SIXIbMt:.
de pierre y étaient, commechez les Guths Scandinaves, également très-peu employées. Tacite i-aconte [Germunia, VI) que les (îermains avaient' des armes de fer. ^ Mais de la circonstance qiic seulement quelques-uns * se servaient du glaive on de la grande lance des Romains, tandis que la grande majorité n’avaient que des petites lances nommées framées (frameœ) (1), Tacite en tira, comme il l’avoue, la conclusion que le fer n’était pas abondant chez eux. Je ne discuterai pas ce que cette conclusion peut avoir de plus ou moins logique.
Le seul peuple connu de Tacite assez pauVre et j|^se/. peu avancé en civilisation pour n’avoir pas même le fer, était celui des Femâ. Or ces Fwun' sont évidemment les Lapons, connus dans tout le Nord sous le nom de Finnois à une époque peu éloignée de la nôtre, et qui sont même encore qualifiés de ce nom par les Norvégiens, k défaut de fer , les Fenni armaient leurs fR‘ches d’un os pointu, et les Lapons, leurs descendants, le faisaient encore il y a un siècle. (Voy. Leem. Lapp., page 2^9.)
Ainsi la race qui nous a laissé les plus antiques souvenirs , tant dans l’histoire que dans les légendes des sagas, aussi bien en Scandinavie qu’en Allemagne,
(I) Allcmaad Pfrieme, itK'iie, iwinçon. E!«i>îto de pique à fer rourl et étroit. Je ne puis eomprejidre roiiiiiieiit , iiinlKi'é les tei'iiies ri.iirs et jwsitifs de Tacite, il a'est troucé dans ce* derniers leiiiJ)B des archéologues qui ont pu prétendre que la fntmcc de Tacilo était de hronte et qu'elle resscinblait au paal-sUif Aef Danois, qui, certes, n'est ni ’inince ni étroit, mais qui possède un Iraucliaut large et qui resseinide à un ciseau. Voir Lish , Jahrbùcher, IX, p. 333, fig. fi, et p. 37fi. Je ne vois pas pourquoi l’on traduit fetrum par bronze.
AHMK^' ÜICS LAPONS.
ue parle <jue d’armes de 1er. D’uii autre tùlé, nous venons de voir que la race laponne avait au moins ses tièches armées de pointes d’os. Or , comme les chapitres' précédents l’ont pleinement établi , toutes les races qui ne connaissent pas l’usage des métau.\, ont des tièches et d’autres armes ou ustensiles d’os, ainsi que de pierre. Nous savons, en outre, que les Lapons ont eu de ces armes de pien’e jusqu’à une époque très-récente. Ces faits à eux seuls nous autorisent déjà à tirer la conclusion que les Dvergs (sing. Diwg, plur- Dvergar, nains) de la saga, peuple qui, comble tout le iirouve, n’est autre quele peuple lapon, devaient avon* des armes et de& ustensiles d’os et de pierre, mais non de métal. Nous avons cependant des preuves encore plus positives à l’appui de cette opinion, dans le récit d’une saga montrant clairement que les ûvergs se servaient de flèches de silex. Ce récit remarquable se trouve dans la saga d’Ôrvar Odd, roman à glandes aventures dont la lectitre est des .plus attrayantes, et qui partage avec nos romans historiques modernes le mérite de. la réalité combinée avec la fiction du poète..
Le ou chef des pirates Scandinaves Ôrvar
Odd, après avoir perdu dans différentes affaires ses frères d’armes les plus braves et'les plus dévoués, er-*^ rait de pays eh pays en cherchant aventure. II arriva au pays des Hims (Huneland), où il rencontra dans une forêt, devant une Cabane, Un Vieillard qui fendait du bois. Ce vieillard était de petite taille et se nommait Jolf. Ûrvar, qui, -voulant cacher son nom' avait pris
CHAPITRK SIXHiMK.
HO
celui de Vidfut'ccl (voyajfeur loiulaiii), passa la nuit chez Joir cl lui lit présent d’un couteau. Le vieillard voulut lui donner en retour trois llèches de silex, ürvar lui dit : « C'est un bon pivsent, vieillard, mais je ne * sache pas que j'aie besoin de porter sur moi des flèches de silex. » — « || pourra bien arriver, üdd, lui répondit le vieillard, que ces (lèches t’aident quand celles de tiuse ii’en auront pas la puissance. » — « Sais-tu que je me nomme Odd? » — « Oui, répliqua le vieillard. «, — « .\lors, lût Odd, il peut bien se /aire que lu saches aussi ce que tu viens de dire (savoir qu’Odd aurait un jour besoin de ces llèches de silex), je i^çois donc avec plaisir ton cadeau et je l’en remercie fort, » et il- les inildaus.son carquois.
l'ne explication de ce passage rentre directement dans notre sujet. Il ii’esl pas dit expressément que le petit vieillard Jolf était nain, c’est-à-dire Lapon ; mais plusieurs passages parallèles des sagas, la manière d’agir, la ruse, le pouvoir magique et les prédictions du vieillard, tout cela nous montre clairement qu’il appartenait à la race des nains. Je dois aussi mentionner que les fhkhes de Guse, qu’ùrvar portail dans son carquois et que Jolf connaissait déjà, étaient des (lèches magiques enlevées au chef ou roi lapon Guse; qu’elles avaient la propriété d’atteindre tous les objets sur lesquels on visait, et qu’elles retournaient d’olles-mèmes sur la corde de l’arc. Dans la réponse d’Odd , qui doit être considérée comme l’expression des idées couraides à l’époque où le roman fut composé, se trouve le 'raisonnemçnt suivant : «Le présent
KI.ÉCHES MAGIQUES.
fsl bon, mais je ne sache que je puisse avoir jamais besoin de ces flèches de pierre (flèches de nains), ayant déjà dans mon carquois les flèches de Gusc qui ont une vertu magique toute particulière». Mais le vieillard , qui était sorcier et qüi connaissait l'avenir, fit comprendre à Odd qu’il serait un jour exposé à de tels enchantements que les flèches de Guse ne pourraient lui servir, et qu’il serait forcé d’avoir recours aux trois flèches magiques qu’il lui offrait. Ce que le vieillard avait prédit arriva, car Odd commanda plus tard cômmc chef dans un combat où une sorcière invisible du nom de Gyda fit un grand carnage parmi ses troupes. Odd décocha premièrement contre elle les|0èches (le Guse. « Lorsque Gyda en entendait le sifflement, elle étendait devant elles le plat de la main, et elles n'y pénétraient pas plus que dans de la pierre. Odd lui décocha toutes les flèches de Guse, mais elles tombèrent sins force dans l’herbe. Maintenant est arrivé ce que Jolf m’a prédit, dit alors Odd ; les flèches de Guse sont perdues, mais il me reste h essayer celles de Jolf. — Odd prit alors une des flèches de pierre et la décocha sur Gyda ; la sorcière en entendit le sifflement et y opposa le poing; mais la flèche, après le lui avoir percé, lui entra dans l’œil et ressortit par la nuque. Odd décocha la seconde qui suivit le même chemin, .\iors il lança la troisième, qui atteignit Gyda dçÿit au cœur, et elle tomba morte. »
Cet antique récit prouve manifestement qu’à l’épo- (jue où fut inventé le roman au((uel je l’emprunte, on n’employait pas dans les guerres ordinaires des flèche#