‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 114 sur 156 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

de pierœ, ni d’autres pierres travaillées, comme armes, mais que l’on attribuait àces armes, venant de la race experte dans la magie , une vertu magique contre les sorcières et la sorcellerie, en présence desquelles les armes ordinaires étaient impuissantes.

Nous trouvons encore, au milieu des populations de nos campagnes, dæ traces éparses de cette superstition attribuant une vertu magique aux ustensiles de l’âge de la pierre. Quelques personnes croient encore, par exemple, que les coins de pierre protègent contre la foudre; pour cette cause, elles en ont toujours chez elles, et il est fort difficile de les décider à s’en dessaisir. Dans quelques localités, on avait naguère la coutume de les placer dans le lit des femmes en couches pour faciliter l’enfantement. Ils sont encore employés de temps à autre par les paysans contre la teigne chez les enfants. Au moyen de ces pierres et d’un briquet on fait jaillir des étincelles sur la tète du malade.

En Irlande et en Écosse, parmi les descendants des Celtes, des superstitions analogues paraissent exister chez les populations des campagnes. Edw. Lluyd raconte dans ses Observation on Wales que, dans un voyage qu’il fit en Écosse, il s’amusa beaucoup des nombreuses formes d’amulettes gardées par lés habitants. 11 nomme entre autres les flèches de silex qui étaient censées avoir appartenu aux Alfes {the Elfs). — On voit dans la Nenia Britannica (Londres 1793, p. 154) , la figure d’une flèche en silex venant de l’Irlande, pareille à celle de la planche V, figure 96 du présent ouvrage, et enchâssée dans de l’argent; le texte

. Kl-ECHES D’ALFES EN IHI.ANDE.

dit que les paysans nomment les flèches de silex Elfarrows (flèches d’Alfes) , qu’ils les font enchâsser ou monter en argent pour les porter au cou comme amulettes contre les traits d’Alfes (flèches invisibles auxquelles on attribuait le pouvoir de produire des maladies, etc.) (1). Nous devons nous rappeler à cet égard que les Alfes de l’Edda et des sagas étaient de deux espèces, et que l’une de ces espèces, les Alfes noirs, était le peuple des nains, c’est-àdire les Lapons (2). Les traits d Alfes des paysans irlandais sont donc identiques aux Dtppskott ou traits de Lapons des paysans suédois. C’est donc ciicorc une preuve à l’appui de la thèse que les outils magiques en pierre ont appartenu au peuple des nains.

Bien des personnes trouveront peut-être étrange que l’on portât sur soi des fîMtes laponnes comme amulettes contre les Lappskott ou jettatura laponne. C’est cependant en parfaite conformité avec une vieille croyance populaire, et cela n’est pas plus singulier que la conviction enracinée dans les campagnes que les coins de pierre sont tombés du ciel sur la terre pendant l’orage, et protègent contre la foudre. On lit déjà dans la vieille Edda que l’objet qui a causé le mal

(t) Ces données «ont fort instructives. Elles prouvent que ce ne sont pas les Celtes, mais un peuple ronsidéré par eux comme magique, qui a confectionné et employé ces lléches de silex. En Scandinavie, des pierres façonnées en forme de cœur étaient jadis montées de la même manièiv, en argent, et portées au cou comme amulettes, probablement contre les traits de Lapons (Lapptkoll ) , et d'autres enchantements invisibles. Je n'ai jamais vu de ces eovrs de silex, tous ceux que j'ai rencontrés étaient d'ambre.

(2) Edda de Snorre Sturleson , p. H 9-1 23.

CHAPITHK SIXIÈME.

doit uu8si dumiur la guérison ; d’un serpent qui vous a pi<{ué, on met la chair sur la blessure; d’un chien qui vous a mordu on met du poil sur la plaie.

L’étude des crânes brachycéphales et dolichocéphales (ch. 111) nous a fait constater que, pendant l’âge de la pierre, différentes races ont habité la Suède. Des crânes du premier type ressemblent à ceux des l..apons. Plusieurs raisons nous paraissent démontrer en outre que la race, dont les Lapons constituent un débris, a été répandue en Suède, en Danemark et dans plusieurs autres pays; si d’un côté on a recueilli, soit dans la terre, soit dans les marais tourbeux des régions méridionales de la Scandinavie, des crânes qui ont évidemment appartenu à cette race, de l’autre, plusieurs mots suédois et danois présentent, avec des mots lapons ayant la même signification, une ressemblance que des philologues distingués, tels que Rask, Petersen, Lliristic, etc., ont fait ressortir. On répondra peut-être qu’en partie au moins ces mots ont pu tout aussi bien passer du suédois dans le lapon, et que ce mélange de langues prouve sans doute des relations entre les deux peuples, mais que les Lapons n’ont pas eu' besoin pour cela d’habiter les localités où l’on trouve des mots lapons dans la langue ; que par conséquent cela n’établit pas que les Lapons aient habité la Suède moyenne et la Suède méridionale. La meilleure preuve de riiabitation des lapons dans ces régions, après les crânes lajions fossiles et ceux trouvés dans les sépultures primitives, est fournie par les dénominations lopographii|ues empruntées à la langue laponne. Les savants qui

Page 1