NOMS DE LIEUX D ORIGINE LAPONNE. 24S
connaissent cette langue, ont cru reconnaître plusieurs de ces dénominations non-seulement dans la Suède et dans la Norvège moyenne et méridionale , mais encore dans les pays au sud de la Suède. Le philologue Rask établit justement sur cette circonstance son opinion que le peuple lapon a occupé tout le Danemark à une période nécessairement reculée. Selon lui, le nom de l'tle de Samsô est lapon. Celui de l’tle de Hven, jadis Hvedn, est une forme laponne et paraît dériver du mot Voudn, golfe. A la même langue paraissent appartenir une foule de noms géographiques du Nord Scandinave, qu’il est impossible de dériver de racines gothiques ; tels sont, par exemple, Falstr, Tjôn, Hledra, Thotn, etc., en Norvège. On fait dériver Tro/lhdttan (cataracte célèbre de la Suède occidentale) du mot péjoratif troll (sorcier) et du mot lapon haute (cataracte). On m’a assuré sur le Dovreljeld (Norvège) que le nom local Jerkin était lapon, et un souvenir du tepaps où les Lapons habitaient dans cette^ région. Le nom du lac Jerkm, en Upland, parait tirer son origine de la même source. La meilleure dérivation de VAUvar, colline de l’ile d’Ôland, est probablement celle qui fait venir ce nom des mots lapons ail, haut, et rare montagne. En Scanie,$e trouve une colline semblable, dont le nom primitif, allvar, semble s’être conservé dans le nom actuel d’une petite ferme voisine, Allvarstorp, modifié en. Alfasiorp. L’adjectif ail est en outre conservé dans les noms d’un grand nombre de montagnes et de tumulus de la Scanie : Allberg, Allhôg, etc. De même les mots lapons Stock, détroit (Stockholm,
2»r. ClUPlflIK SIXIÉMK.
l’tle du détroit) et gam, lac {Gartm'ikén, le golfe du Inc), paraissent entrer dans une quantité de noms locaux de la Suède.
A côté de ces noms d’origine laponc, il existe dans la Suède méridionale une foule de traditions, d’origine évidemment très-ancienne, sur les Dvergs (nains), les liergfolk (peuple ou gens des rochers) , ou les Trolls (sorciers), qui jadis habitaient telle caverne ou tel rocher, et même parfois tel monticule de terre signalé par le peuple. A ces localités sont attachées des légendes détaillées d’événements qui doivent s’y être passés, légendes dans lesquelles l’investigateur reconnaît faci- • lejnent des traits ethnographiques qui ne peuvent avoir été inventés à plaisir.
En présence de tous ces faits, l’on est forcé de reconnaître que les récits mentionnés ci-dessus reposent sur une base historique, qu’il est* impossible d’y voir simplement une œuvre de l’imagination populaire, et que l’on doit admettrequedesindividusderace laponne ont habité (du moins dans quelques endroits, sinon partout) les localités où la légende place leur habitation.
r.ette race petite et faible a donc été, dans l’Europe du Nord, chassée et repoussée par une race plus grande et plus forte, à l’instar de ce qui s’est passé de nos temps, et de ce qui se passe encore dans les latitudes septentrionales de l’Amérique, où les Esquimaux, le peuple polaire du nouveau monde et les premiers habitants de cette partie du paj's, en ont été successivement repoussés par la race plus forte dos Indiens cuivrés.
L’Europe primitive présente donc des faits iden-