‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 118 sur 156 · chapitre sixième · texte numérisé non relu

chapitre sixième

lein les coiisimIs et l’assistance qu'il désirait. — Une des mains d’Eigil ayant été coupée dans un combat singulier, il rencontra prés d'un ruisseau, dans la forêt, un enfant de nain qui venait puiser de l’eau dans une jarre. Eigil laissa tomber un anneau d’or dans la jarre de l’enfant, et le père (le nain) lui en témoigna sa reconnaissance en conduisant Eigil dans sa caverne et en guérissant la blessure du héros Scandinave (saga (f Eigil, p. 46). — Dans le voisinage de la demeure d’Odin (Odin borg), que la saga de Hedin et de Hôgne place en Asie, habitaient quelques hommes habiles et experts sachant travailler toute espèce de choses. « On nomme ces hommes Dvergs (nains), » dit la saga. — « Ils demeurent , ajoute-t-elle, dans des rochers, mais ils avaient alors avec les hommes plus de rapports qu’ils n’en ont actuellement. » ,

Je rappellerai en passant que tous les peuples sauvages se donnent le titre exclusif A'hommes, et qu’ils ont d’autres dénominations pour tous les autres peuples. Pour le Groënlandais , les Groénlandais sont seuls des hommes; pour le Samoyède, les seuls Samoyèdes. Lors donc qu’une saga mentionne des nains ou des géants en opposition aux hommes, cela prouve seulement qu’il s’agit d’hommes n’appartenant pas à la raeequi a raconté la saga. 11 en estainsi dans la saga de Ûidrik de Bem (Théodoric de Vérone), ch. 20, et dans une foule d’autres. — Sturleson dit dans la saga d’Yng-

lingft': « En Suède (Suithiod) sont différentes

races et. différentes langues; on y trouve des géants et on y trouve des naim. » — Qui pourrait douter

LES DVEHGS SONT UES LAPONS. ïiS

que les nains ne signifient ici une race d'iiuinmes?

Il est raconté dans la saga de Thorstein Bejannagen que Thorstein arriva un jour avec son navire en Jcmland (Suède du Nord), et qu’il se rendit à terre. 11 vit dans un endroit découvert une grande pierre et tout auprès un min hideux de laideur qui se lamentait tout haut, et dont la bouche semblait s’ouvrir jusqu’aux oreilles. — « Pourquoi pleures-tu? lui demanda Thorstein. — Ne vois-tu pas, lui dit le nain, ce grand aigle qui vole là-haut ; il m’a ravi mon fds, et je crois que cette méchante héte a été envoyée par Odin ; mais je meurs si je perds mon enfant. » — Le nain n’était donc pas sectateur d’Odin, et les Lapons ne l’ont jamais été. — Thorstein abattit l’aigle d’une flèche et rendit, sain et sauf, le fils du nain à son père, qui dans sa joie donna à Thorstein quelques objets magiques, qui lui furent plus tard d’une grande utilité.

Nous venons de voir que les nains habitaient des cavernes. Les, Lapons en ont habité même à une époque très-récente. Hogstrôm a vu de ses propres yeux des huttes en terre qui leur servaient d’asile contre les incursions des Karéliens (tribu finnoise). On trouve même encore, dit-on, des traces de ces demeures dans plusieurs points de la Laponie de Piteâ (Suède sept.).

Les familles laponnes s’y rendaient dès que des corps ennemis infestaient la contrée. Voici ce que dit sur ce même sujet le célèbre pasteur suédois Pierre Laestadius, dans le Journal de ses missions en Laponie qui fait autorité. Une légende raconte que les ennemis dé-

f.llAPITRE SIXIÈME.

cuuM'ireiil un jour une de ces cavernes de la manière suivante : Une femme qui s’y trouvait cria à quelqu’un, qui était dans un autre compartiment, de lui apporter la cuillerà pot. Les ennemis, qui étaient en dehore, l’entendirent, pénétrèrent dans la caverne et tuèrent tous ceux qui étaient dedans (1).

Actuellement les Lapons habitent en général sous des lentes (suéd. kàtor) nommées par g\\\ ganumr. A part les Lapons, aucun peuple n’a des demeures de ce genre. 11 est, par conséquent, d’un intéi-èt tout particulier pour notre sujet de trouver, au moins dans une saga, qu’un min avait nn gamm pour domicile On voit dans la saga de Didrik de Bcrn (ch. 16), que, chassant un jour le cerf dans une forêt, il y rencontra un nain qui courait. 11 le poursuivit et l’atteignit « avant qu’il eût pu rentrer dans son gamm. » Ce nain , dit la saga , était Alfrig, voleur célèbre et grand artiste. Il avait forgé l’épée Nagclring, possédée pdr Grim, qu’il conseilla à Didrik d’attaquer. — « Ce te sera un fait d’armes infiniment plus honorable, lui dit-il, que d’écraser mon ventre et mes petites jambes. »

Les Dvergs étaient donc petits de stature , laids à

(I) Jijiinml d’un tnisxionnaiie en Lafionie, 2* partit, p. 180. — Ce rcrit couconlc exactement avec une quantité de légendes de la .Suède iiiéi idioiialc, dans lesquelles il est parlé d'hommes qui, piissanl devant des rochers ou des monticules de teri-e, ou s'y étant couchés et reposi's, ont entendu les « habitants des ixichei's » [Uryfolk] (wrler dans l'iutérieiir, on leurs enfants crier ; d'autres avaient vu par une feule ce qui s'y passjdt, ou enfin avaient aperçu la fumée sortir |>ar une issue ou un soupirail de la colline. On trouve, même en .Scauie, de ces ixwhei-s auxquels la tradition rattache des faits identiques. Ouc l'on se rappelle la légende du géant Kinn qui a bâti la cathédrale de I.und.

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