NAINS KT LAPONS
Suivunl lu tradition ot la saga, les nains possédaient de grandes richesses en argent.
8° On croyait les nains experts dans l’art de la magie. On attribuait assez réceininent encore la même Tacuité aux I^apons. Ils le .savaient fort bien eu.\-mèmes. et en profitaient, menaçant d’ensorceler ^m//a i/an i) celui qui ne leur donnait pas ce qu’ils désiraient, üans la Suède méridionale on entend parler parfois d(^ M Lappskott » {.Tetlutwa, laponne). Bien des personnes croient encore les Lapons sorciers.
fl" Les hommes de race gothique, habitant les mêmes régions que la race laponne, en font peu de cas et la méprisent même. Par suite de cette antipathie de race, il est rare qu’un Suédois ou un Norvégien épouse une femine laponne. P. Laestadius, malgré ses sympathies pour cette dernière race, dont il descendait par sa mère, dit à cet égard ; « Les deux races paraissent si profondément séparées., (pi’il semble même répugner à leur nature physique de frayer en^mhle (1). »
* 10" l^s^Lapoiis célèbrent leurs fêtes et leurs noces
entre eux. C’est précisément ce que l’on raconte des Pyslinys. KareHient « les hommes » étaient invités à leurs fêtes; mais si quelqu’un s'arrêtait pur hasard en pareille circonstance devant leurs demeures, il était largement régalé.
Cette comparaison pourrait être continuée jusque dans les détails les plus minutieux, mais ce que je
(ly JuuriuU d’un Mmiomiaire m Laponie, p. lüü.
i:> I.IIAI’ITHK SIXIEMK.
vi(‘iis (h; dire Mii'Iira, je l’espère, à niüiilrer i|ue les Drrryx de nos temps priniilifs et les Lapons de l'époque présente ne sont en réalité qu’un seul et même peuple.
. J’ai montré dans les pajjes i|ui préeédeid que les nainsale la sa^a sont des hommes; Je vais mainleiiant essayer de prouver qu'il en est de même des JoOiex (Jotiiar, plur. de Jutwi ou de Jofnr) ou jïéants de la sajiH^ quoiqu’ils apfiarliennenl aussi à une autre race (|ue la notre.
Tous les peuples tirent de leur projjre taille la mesure avec laciuelle ils déterminent celle des autres. ' l u peuple de petite stature a donc donné à un autre plus lavoi'isé à cet égard la dénomination de fffian/s (Jolnes), tout aussi certainement qu’une race de statuiT élevée a donné à d’autres plus petites celle de mi/ix. I.ÆS Jo/nes ou géants n’oitt donc pas eu besoin d’être plus grands que des hommes 'de taille moyenne de race celtique ou gothique, pour recevoir Je nom de géants d’un peuple de petite stature comme les Lapons. Je vais démontrer cela par un c.xemple. A Ikaresareuk, dans le district groëulandais de Fredrikshaab, il existe encore parmi les indigènes une tradition populaire qui se rapporte indubitablement à la destruction des colonies norvégiennes dans ce pays. Un (iroënlandais du nom de Poviak tencontra un jour, dansJes montagnes, deux femuies d’une grandeur surnaturelle (par conséquent des géantes), lesquelles vivaient là dans l'intérieur du pays. Elles s’emparèrent
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(le luF el l'eniiiieiièiviit avec elles. Après avoir vécu ((uelquc temps en compagnie, il advint un jour que tous les trois aiTivèrent au bord de la mer, où se trouvaient plusieurs Gniënlandais en e.\pédition. Poviak a|)pela alors à grands cris ses compatriotes, qui accoururent à son secours. Les femmes essayèrent de .s'enfuir, mais cela ne réussit qu’à l’une d’elles. La * seconde fut saisie et emmenée par les (îroënlandais. Ils la conduisirent à bord d’un de Icui-s canots à l’usage des femmes, mais elle était si grande et si forte <iue chacun de ses niouvemeuts dans le canot menaçait de le faire chavirer. Elle vécut chez les (iroënlandais Jusqu’à l’épocjue de son accouchement, à la suite duquel elle mourut (I).
Lotte tradition .groënlandalsp rapprochée de la description, donnée par les Esquimau.\, des. Anglais gigantesques de l’Amérique du Nord, montre d’une manière évidente (|ue les sagas. de géants ont pris naissance chez un peuple de petite stature. Or, comme les Lapons sont, d’après ce que nous savons, le seul peuple de petite race qui ait habité^l’Europe, if s’ensuit que la dénomination de Jofiics ou géants vient d’eux; comme, en second lieu, il ne parait pas avoir vécu eu Europe d’autres peuples de plus haute stature que les Loths, les Sirurs ét les Finnois, il faut eu conclure que ces peuples sont les Jotnes de la race ' pidaire, d’où résulte le fait auquel personne ne semble avoir pris garde Juscju’ici, i/iw loulvs les léejemles inimi-
(i) .Noriiisk Kitiskrifl for Ohlkwitli^'huil, Uimf, p. Jii.
CHAPITRK SlXIÈMt;.
lives de (jfumU sont dues dans Je principe à la race naine dcsjjipons.a’ü en est ainsi, il doit exister encore chez les Lapons des traditions de géants,' exprimant les idées et les sentiments de cette race sur ses oppresseurs de la l’ace plus grande, tout comme les idées et les sentiments de ces derniers sur les Lapons se trouvent dans les légendes de nains. Laestadius (1) dit qu’il existe encore une foule de sagas de géants chez les Lapons. Elles se ressemblent toutes dans leurs traite généraux. Le géant a toujours une grandeur et une force prodigieuses, mais il est gauche et bète en comparaison du Lapon rusé, qui s’y donne naturellement les titre, qualité et dignité « d' homme», et qui trompe invariablement le géant simple et stupide, dans les mains duquel il est tombé (2). Le cannibalisme imputé aux géants par les légendes hqionnes ne prouve pas qu’ils fussent en réalité cannibalés, mais seulement que les Lapons les prenaient pouf tels dans leur terreur puérile (3)'. Dans les sagas laponnes, le géant fist nommé Stallo ou Jatton, et celui qui le trompe s’appelle « homme « . Parfois ce dernier est un rusé gamin, une façon de petit Poucet, qui se noiiniie uAscocis», mot emprunté, dit Laestadius, aux colons suédois. Un .\scovis de ce genre, que j’appellçrai tout simplement Lapon, était tombé au pouvoir d’un géant. Un Jour ils sortent ensemble. Le Lapon fait semblant
il) Suite du JoMCHoV, etc., ji. iiiO-ilül. ,
(2) Les (ii oiuilaiidais eux-inèiiicii aiment aasez il se moquée eu sei i el des Eueopéeus et il trouver leurs manières sotte> et franches.
(3; Voj. cepeiidalit Xuid., Forai. Sagor, 2, p. UI7.
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LEGK.NDES DE (iEANTS.
de voir une foule de choses qui se passent à une grande distance, et il les raconte au géant. Celui-ci, qui naturellement ne voit rien, s’émerveille d’une vue si parfaite. « Ce n’est pas malin, lui dit le Lapon ; il ne faut pour cela que de se faire couler du plomb fondu dans les yeux.» Le géant veut à toute force subir cette opération, mais le Lapon lui représente que cela fait bien mal, et que l’on commence par être entièrement aveugle, ce qui disparaît toutefois au bout de quelques jours. Le géant insiste, le I..apon doit donc procéder à l’opération ; il coule du plomb fondu dans l’un des yeux du géant, puis dans l’autre, pendant que la victime hurle de douleur. Le géant devenu aveugle, veut au boutde quelques joui-s s’emparer du Lapon, mais celui-ci lui échappe de la même manière qu’Ulysse échappa au géant Polyphème.
Il est remarquable qu’un récit presque identiijue se retrouve dans une saga de la race gothique, celle (T Eiÿil ci (t Asmirnd (ch. vu), l’une des plus anciennes sagas suédoises écrites. Au point de vue des détails donnés par elle sur les relations de la race des Jotnes, sectateurs de Thor, avec le peuple des naius, il y a de grands rapports avec la saga laponne. Thor était alors le dieu du peuple des géants, le culte d’Odin n’ayunl pas encore été adopté. Odin se trouvait simplement un prince des ténèbres infernales. Eigil, guerrier de la race gothique (1), représentant ici l’Askovis ou le Lapon et par conséfjuent « Y homme » de la saga pré^
(I) J'essa>erai il'expUquur plut loin coumicut lot ujjat de goanUuut pu nailre ebux la laco guthiquo, iiialgi i- sa gi aiide laillc.
CHAl'ITHE SIXIÈME.
ccdeiito, fut saisi par un géant et furcé de garder scs chèvres. Un jour Eigil prit un chat dans la forêt et remporta le soir à la maison, lorsque. la braise était déjà recouverte de cendre. Le géant' lui demanda :
« Comment as-tu pu trouver ton chemin si tard? — r.V'st grâce a mes yeux d’or, dit Eigil. — Laisse-moi les voir. — Alors Eigil éleva le chat, et le géant vit deux yeux qui brillaient comme des étoiles étincelantes. — Ce sont des objets bien précieux, lui dit le géant, veux-tu me les vendre? — Ce serait bien sot à moi, lui répondit Eigil, mais si lu me rends la liberté, je te les donnerai. — Alors- il faudra aussi que tu les places de telle façon que je puisse m’en servir moimême, lui répliqua le géant. — J’essayerai, dit Eigil, êl lu l’cn trouveras bien, car ils seront aussi .brillants i|u'ils le sont à présent, mais il faut premièrement que je l’enlève tes yeux, et, pour celte cause, je le vais lier à un poteau. — Alore tu me tueras sans doute, dit le géant. — Nullement, répondit Eigil. Le -géant s’élaullaissé lier, Eigil prit une fourche à deux dents, creva les yeux au géant et recouvra sa liberté par celte ruse. >»
On voit que, même dans les sagas de géants qui ont pris place à côté des sagas de la race gothique, c’est l’infériorité corporelle, la faiblesse, qui triomphe par la ruse de la supériorité corporelle. Celle idée fondamentale est la base de toute saga de géant, quel que .suit le peuple chez lequel on la retrouve. Jîn y réfléchissant allentivcmenl, l’on trouvera que ce fait est psychologiquement vrai, fondé sur la nature humaine.