CHAPITRE SIXIÈME
sans l’autre) ne sont pas de simples jeux de l’imagination, mais qu’elles ont une base historique. Déjà fort exagérées à leur naissance, elles se sont chargées, par la transmission orale, de fables et d’ornemenis qui ont grandi avec les siècles.
Ainsi :
1° Les Philistins étaient les géants des Israélites, et ceux-ci les nains des Philistins.
2° Les Cimbres étaient les géants des aventuriers grecs, et les Grecs les nains des Cimbres (1).
3” Les Germains et les Celtes étaient les géants des Romains, et ces dernière étaient leure nains.
4° Les Islaudais, les Norvégiens, lés Anglais, etc., étaient les géants des Esquimaux du Groénland de l’Amérique du Nord, et les Esquimaux étaient leurs SAreUùiÿar (hommes petits et chétifs), c’est-à-dire leurs nains, etc.
II est facile de voir, dans toutes les sagas de géants et de nains, si elles sont venues de la race de petite taille ou de celle de grande taille. La race qui a inventé la saga se donne invariablement le titre « A' homme et se trouve d’une taille convenable; la race élrangèrè est décrite, si la saga provient des hommes de petite stature, comme douée d’une grandeur et d’une force prodigieuses, et si elle vient de ceux de grande taille, comme affligée d’une petitesse et d’une faiblesse pi-
(i) iJilymff l.\, lü5-.'îiîü. Du Bois th» Montperreux a nionln* que Ifs ('jolop»*s ilii Bosphotv, dêrriU par Hoinrif roimiio ti'horriMcs frcafils qui jotairiil J’iiiiiiienses blocs de pi«*rr(M*oulr(* les vaiss<‘aiix gi*ecs, étaient une race nomade rimbrique «le haute stalur»*, et les (Iints, d»*s aveiiluriei-s dans le tfcim* des Vikiii{rs scantlinaves.
l.h::S JOTNKS KTAIRNT DKS HOMMES. Î81
toyables. La race la plus grande se vante de sa force et traite la plus petite avec un orgueilleux mépris : c’est Tlior qui, d’un coup de pied, lance, le nain sur lelulcher de Balder ; ce sont les Enakimsde Chanaan qui comparent les Israélite^ à des sauterelles; c’est te Gaulois jetant avéc mépris les yeux sur ta petite taiHe du Romain (t).
La race inférieure en force physique se venge de son oppresseur de haute stature, en lui donnant les attributs de. la gaucherie et de la béfise, et en se conférant ceux de l’esprit et de la flriesse : c’est Ulysse dans l’antre de Polyphème ; c'est le Romain qui rit de la bêtise du Gaulois et la passe en proverbe (2) ; c’est le (troénlandais se moquant en secret delà simplicité et de la gaucherie de l’Européen (3) ; ce sont Eigil, Askoviset tousceuxqui, dansleslégendesdegéaids, rigui*ent sous le nom d'hommes.
Tout cela prouve clairement que des faits réels se trouvent au fond des sagas de géants, que toutes ces sagas proviennent de races de stature relativement inférieure, et (^ue par conséquent les Jotues, ou géahts de la Scandinavie étaient des hommes. Cela établi, nous allons rechercher à quel peuple ils appartenaient. Ce devait être, si nos déductions sont justes, un peuple de haute stature avec lequel une race plus petite a eu des relations hostiles. Pour obtenir trn lil conducteur
(1) lie Mh Gnilini, ii , :in.
(2) r.AMBiiKy, Bn7.,p. 2.
(3) l)';ipii.s In c-oiiiiiiiiiiii'.iti<iii vpvl.ali' ilii Ibnois Dr.. <|iii a loiiïl<-mp< lialiUt- le Groëiilanil.
aiAPITHK SIXIKMK.
dans celle raalière, nous chercherons premièremenl à découvrir le dieu qu’avait ce peuple ou l’une de ses tribus, les Jotnes. Dans la saga citée plus haut d’Eigil et d'Asniuiid, une feiiinie Jotne invoque l’aide de Thor, lui promettant de récompenser sa peine par le don on sacrifice d’un grand hune. Elle dit pins loin qu’elle avait une tille de Thor, ajoutant ces mots : « Thor m'a choisie parmi son peuple {i Ud sini). n Ainsi, d’après cette saga, les /oV/iev étaient le peuple de Thor, on, en d’autres termes, Thor était le dieu des Jotnes. Odin est représenté, dans cette saga, comme un prince des enfers, qualification généralement appliquée aux dieux élrangiers. Une seconde saga nous fournit les mêmes données. La saga de Fornjutr (l’ancien- géant) et de .sa race raconte que « Thorre (évidemment le même que Oka Thorr)i c’est-à-dire Thor, était roi de Jotland (1 ), de Ovenlaiid et de Finland. Ainsi, suivant celte saga, Thor était aussi le dieu des Jotnes, et ceux-ci .un peuple finnois. Les Qvèues (Kajaniens, peuple de la Finlande septentrionale où se trouve encore le district de Kajana) lui sacrifiaient à la mi-hiver (solstice d’hiver) , pour qu’il leur envoyât beaucoup de neige , afin qu’ils pussent s«; servir de leurs raquettes. Thor était donc un dieu finnois, et d’après cette saga obscure, son culte (ses enfants) (2) avait passé de la Finlande en Norvège et en Suède.
(1) Tiu' autre riMlartiou de la mèiiie dit que Fornjotr était roi de Jnlunlaud, nom générique du (Jveuiand (Kajana) et de la Finlande.
(2) O'ite famille était : le vent, le feu, la neige, les traiiiéis de neige armmiulées par le vent, efe. Nous devons nous rap|M*ler, pour eom-
THOR. niKlT DKS JOTNKS. S83
Guidés par cel iudice, nous allons chercher à découvrir le peuple chez lequel le culte de Thor a pris naissance, et d’où il est venn en ^andiuavie.
Nous savons que les images de nos anciens dieux païens étaient des idoles eu bois peint, revêtues des costumes et portant les attributs de ces dieux. L’image de Thor était très-grande (1) et décorée d’une longue barbe rouge ; sectateurs et ennemis l'appellent le dku à la barbe romje. Comme nous pouvous admettre, en toute sûreté, que ce dieu était un représentant dü peuple chez lequel son cidte avait vu le jour (chaque peuple païen se crée un dieu à son image), nous avons ici deux signes ethnologiques importants : le peuple de Thor était de haute stature ; il avait les cheveux et la barbe rouge, et. par conséquent, les yeux bleus.
Suivant des données authentiques, il existe encore une quantité de races finnoises dans l’intérieur de la Russie, et ces races se divisent en deux groupes principaux, dont l’un, par ses cheveux rouges et ses yeux bleus, ressemble de fort près aux Finnois actuels ((Jvènes) et aux Esthoniens (i). A ce groupe appartiennent les Bjarniiens (l’ermiens), les Pirauiens, les Ostjaks de l’Obi , les Votjaks (3) et les Tschuwas-
preudiN» qno Hior l'tait nou-t^‘iik‘iiient lo dieu du toiiiienv, mais eiieore de tous les» autres phéiiomi''Qes météorologiques, teU que la pluie, le. soleil, le froid, la iieipe, elr. Aussi lui offrait-on, par exemple, des saeritices [tour obtenir de Itoiiues iiiois?yuis. Voy. Adam i»k Haf.UE, Ed. Mss.. p. n,
(1) Saura de saint Olav» eh. cxviii, ete.
(2) krusts dans sa .Veeeo/tVo//teu, donne îles portraits d’Esthoiiiims.
(,‘t) î.es Ostjaks et le«> Viimiles, qui liahiteni deux rdtés de l'Oural,