C.HAPITHE, SIXIÈME
ches(l). Ce qui, de concert avec les caractères communs que nous venons de constater, mérite particulièrement notre attention, c’est que, du moins chez une
Ç artiedeces peuples, Dieu s’appelle encore aujourd’hui hor. Pallas dit dans sa Zoographia fionso Aniatica (I, p.oîl) que riiirondelle est nommée par les Ostjaks de Beresovv Torum-Jischki , c’est-à-dire l’oiseau de Dieu, et près de l’Irtisch, Torom-oi, la béte de Dieu. Krman raconte, dans son Voyage autour 'du monde (Relue um die Welt, I, p. 170), que les Ostjaks, peuple beau, bien fait et de haute stature, nomment Dieu Toruim (p. 657) ou Torum (p. 699), ce qui chez eux signifie maintenant riïfre suprême. Les Votjaks sont aussi des hommes forts, à larges épaules et à haute stature, à cheveux) et à barbe rouges (p. 253). Les Tschuwasches nomment Dieu T/iora, et le dieu du tonnerre et de la température était Tarn chez les Finnois de l’Esthonie. (Gever, .\nnales de Suède (Scea Rikeh Hafder), I, p. 291, note 3, d'après Mone.)
Il résulte de ce que précède que le nom et lé culte de Thor ont passé eu Scandinavie par l’entremise d’une race finnoise, et qu’ils s’y sont répandus parmi ses habitants ; mais il ne s’ensuit pas que cette raee ait jamais habité sans mélange et en masse toutes les parties de la Scandinavie où le culte de Thor a été répandu ; il se sera probablement propagé par des
k la Mturht' nii'n*, iiini'< l«^s uns ont lis rhouMix noii-v*
et les autres les rheveus roii^es. Pmr.HAKD, 3, p. Sli.
fl) H.x.sk : Oiu f/e Suntinkv S/>rogx Uiu'imtelse , pp. OU, 97. iVapn'*s d’Ol^^o^^sky/
THOK. DIKI Üi;S JOTNKS.
mariages entre les liabilanls anté-Odinii|ues de nos eoiilrées et une race ünnoise du voisinage (I). Avec le culte de Thor arrivèreut naturellement chez les Goths les lécils de ses hauts faits comme dieu des Jotnes. Ges combats, ces victoires des Jotnes^ le peuple de ïlior, dont les victimes furent un peuple de plus petite race, auront eu pour théâtre les localités où la race des Jotnes entra en collision avec celle des l^apons. 11 est impossible de constater si cela a eu lieu en dedans ou en dehors des fi-ontières de la Scandinavie.
La race scaudinavt; des Goths, chez laquelle prit pied le culte de Thor ou peut-être avec laijuclle il arriva en Scandinavie, eut à coJiibattre ce môme peuple des Lapons qui jadis, comme les Esquiinaox de l’Amérique du Nord, occupaient une étendue de pavs iuriniment plus grande qu’actucllemcnt (2). Au cycle légendaire de cette race sqvpartieiinent toutes les sagas de Thor qui vivent encore sur les lèvres du |>euple dans les provinces méridionales de la Suède, et qui toutes sont antérieures à l’arrivée du culte d'Odin en Scandinavie. Les sagas de l’Edda, dans lesquelles Thor est représenté comme l’ennenii des Jotnes, sont inconnues parmi les populations de la Suède méridionale (Gôta rilie), car la masse du peuple n’y a jamais été sectatrice de l’üdin du Valhall; elle ne connaissait
'tj Ou » lu preuve liisloriqui' (|ue lo}KMipic üiiiiois n jadis lialuté le Norriniiil siunluis artuei. l'uUe de Tlior e.vistait en outre rliex p]iisieur> |)riiplis i^ei'iuains.
(*i) Sur i’aucieu sijuur des Lapons dniis le ^'ouveruemeiit uorxégiea de Uerjreu (Ber)|feüs stifl), >oir L’rda, 2, p. 108.
CHAl'ITBt; SIXIËMK.
pas Asa-Thor, le destructeur des géants, mais bien le vieux Auka-Thor, l’extirpateur des nains. Toutes nos légendes populaires mentionnent ses combats contre les nains et les pygmées. Le tonnerre (suéd. hka) est encore nommé Thordôn (fracas, roulement de Thor) dans toute la Suède méridionale. Dans mon enfance, j’entendais souvent les vieillards dire, lorsqu’il tonnait, que Thor roulait (SA/e, de aka, prou, auka, aller en voiture) sur son char dans les nuages et frappait les Trolls de sa foudre (1). L’orage durait-il, ils disaient : « Maintenaint il (2) a hâte de chasser les Trolls, » et ils se représentaient toujours ceux-ci comme des pygmées habitant les rochers, les arbres creux!, les monticules de terré, etc. Jadis il existait un adage populaire, que, sans le tonnerre, le monde serait détruit. Les vieilles gens disaient encore dans ma jeunesse : « il tonne {thord(înar) actuellement moins que par le passé, car la plupart des Trolls sont morts. i> Ce qui suit montrera quelle exiguïté de taille les populations attribuaient aux Trolls poursuivis par Thor. tjuand le tonnerre était violent et que les faneurs ou les moissonneurs se trouvaient surpris par des averses, les femmes n’osaient se protéger la tète de leurs jupons comme elles le font d’ordinaire en temps de pluie, de peur que les Trolls ne s’y cachassent. C’était arrivé parfois, mais la femme avertie par une voix mystérieuse, avait abaissé son jupon, et le Troll s’était
Je ii'ai Jamais eiilendu diiv iiii'ii déti-uisit ios géants.
(2) Sans iioiiiiiier Thor, oii l’appebit souveiil il ou lui, h' l’iV/u-, t‘\pn^ssioii (’oi’tMspuudant au dicton populaiir français le vieux ik là huot,
a I.TI-: ifoniN.
enfui en roulant à terre comme un peloton de fil, poui’ être bientôt exterminé par la foudre.
A l’époque où le culte de Valhall pénétra en Scandinavie , celui de Tlior y était le plus répandu, quoiqu’il ne fût pas le seul (1). Mais pour la caste sacerdotale et princière des Ases (2), qui, apporlant le culte d’Odin, fi.xa ses premières demeures sur les rives du Miilar, ib était d’une importance et d’une sagesse politique toutes spéciales de rallier à soi les dieux du pays afin de dominer par la religion les races diverses établies dans ces contééos (3). Les anciens dieux du pays , furent par conséquent adoptés comme fils d’Odin. Les Goths, sectateurs ^e Thor (4), constituant peut-être la race la plus nombreuse (ü), Thor devint le premier-né d'Odiu (W); et, poui' flatter la race puissante dont il était le dieu, son image fut placée au siège d’bonueur dans le temple métropoli-
(1) I.o culti* rte Haal-Baitlff y a aiwsi eiiiÿté. Voyex tleuvièiiie |Kirlic rte
l’cl ou\rîi|xe ; Ht’mzr.
(2) Je rompi*enrts ee iimii les prùti^'S t{ui i'U Siièile la
rtoetriue irOiliri ou rtii ValhnIU et rtoiit je parlerai plus loin.
(3) (’.Vstee ipie faisaient aussi les Koiiiniiis, rjiii artiiiettaieiil rtaii*. leur panthéon h'S rtieiix des peuples roncpiis.
{M'ut être prouvé par In trartitioii liislorii|iieiüenl vraie. Voir plus bas. — l/oritrine l’erulée du rulté de Thor et sa imissaiice chef, un iH'UpIe fort |mmi rivilis**, sont tlémontrées pat* r.iriiie il« eombnt île Thor, qui était un inartenu (tmtlPHS — .Savo) nu une lintssue (e/uivi — .Saxo'. ^.a Massue (et le unirlean n'est rien autre qu’une tîspèrc de masse) plus anrieiine qtie le plrfive, même plus anrieime qm* la liaelie. C'est le /Mi/oo-jwbm tles sauvaares, e'est rarnie faite d'un finement de troue d’arbi'e atninr! vers le bout. C/est ainsi qu'est lijrnr(*e la massue iTHereule. Hemde est le ly|)C tlu snuv.Tife avec la peau île bêle fauve jetée sur ses épaules et l’épais ivjeton arraehé tians îles forêts ptuir lui sei*vir d’arme,
fil) PniwtiWi s, rte fle/A* (io//i»eo , Il , e, xv.
(Il) U'après l'Edda.
•JIAITl'HK SIXIÉMK.
(aili (i'Upsal, ayant d’un cùlé Üdiii, le dieu ))riiicipal de la race la plus récemment immigrée O), et de l’autre le dieu Weude Fricco ou Frei/r (i). Plusieurs paswtges des sagas suédoises moutreut que la race des Ases elierclia, «lès sou arrivée dans le bassin du Mülar, à s'allier, par des mariages, avec de puissantes familles de la race des Joliies. Njord, üdin, Frey, etc., prirent des vierges Jalnes pour épouses. Les femmes Jotues étaient des beautés blondes à cheveu.\ « jaune d'or » ou légèrement rouges et à magniiiques yeux bleus. Telles étaient eutre autres, Lerda, fille du Jotiiu ou JotneGymer, Skade, tilledu Jotuii Thjasse, etc. Les Odinides, qui, suivant tous les renseignements (|ue nous possédons, étaient un peuple guerrier et a\i«le de domination, paraissent toutefois avoir clicrebé dans la suite à étendre leur pouvoir par la conquête, et ils se seront trouvés de la sorte engagés dans des hostilités tlagrantes avec des races finnoises (Jotues). Asa-Tlior devint aloi-s naturellement l’ennemi de la race Jotue, hostile au.x Ases, et par consé-
^{) OtHu i'tiiit k* ilitMi lie U ra(*e imlo>^t‘rmaoiqut‘ ; m>ii iioiii , a\ec üi't» %ariniites (k |ii'onuni‘iiitioii, xe ix'h'ouAe rhe/ pluxiein's |>cuplex <1c i'aii> liquité appuiionaiil à rolte rua*. Les ^rètivs ilu mile d'OiIiu se noiiiluiiipiU AssiV, p t*tCv el kt plus ancien lieu de culle roiimi ,
ou \shof. Tacite parle d'uii Asfuuy {.{svhibwyiKm) dans l'Allemagne du sud, d’un temps si reculé que quelques-uns le cruyaieiit fondé par l iasse, lequel \i\ail plus de douze cents ans a>ant Tacite (üer/miuûi, «*k. in). Il est iiiq>ossilde d’attrilmer a\et' une chance quelconque de pn»kabilitc cet Ashfinj à VikUu de Sturk'Min. Il faudrait peut-être plutôt ailiiiettre que le culte d'Oiliu existait et était répandu dans la <ierin«\nie méridionale Lien des siècles a>aiil qu'il arri.AÙt, six cents ans après l’èif cliivtieimc, dans la Scandinavie uvih: l’invasion diu colons liêrulès.
(;i) Adam de llrêine, l. t., p.
l.ES JOTNES ETAIENT DES FINNOIS.
quent reiinemi des Jotnes ou géants. C’est ainsi que le {-epréseatent l’Ëdda et les autres sagas qui tirent leur origine de la même source. A ce cycle légendaire appartiennent toutes les sagas racontant comment Thor alla combattre les géants (Jotnes) ; au môme cycle se rapportent les chants des skaldes de la race des Ases, que a Thor est l’exterminateur des géants des montagnes, des monstres 4es montagnes, l’ennemi mortel des Jotnes, etc. » . De cette manièi^, la dénomination de Jotun (Jotne), qui représentait primitivement une certaine race, vint à signifier un ennemi en général, c’est-à-dire une race avec laquelle celle des Ases était en guerre; dès lors le mot de Jotun devint peu à peu un titre injurieux, du même genre que Keltring (criard, ganache, descendant des Celtes), ^^andale (Vende), Krabat (mauvais drôle, Croate), Krtrre (polisson, Courlaudais) , etc., tous noms qui, ayant appartenu à des races hostiles, sont de nos jours devenus des injures.
J’ai donc montré que le culte de Thor appartenait dans le principe à une race fmnoise, que la Finlande a jadis été nommée Jotland, et eniin que les Jotnes, sectateurs de Thor, étaient des Finnois (Qvènes ou Esthek, Esthoniens) (1). J’ai dit ensuite que, lorsque le-.culle
(1) Quelques stivauls voieat dans les Jotues d^s Eslbes (Eslhoniens.— Finn Magnuseu, Eldre Edda, 1> p. 204). et^ eu effet, il n’est pas im> probable que ce .peuple ait été aussi nonimé Jotoes. Finn Magnuaen dit ailleurs (tome NI , K^marquos sur le chaut de H^udia, p^ 24) que les Æsfut de Tacite, habitauts présumés des rives delà Baltique (? 6 eJV 7 i., ch. XLv), adorant la mère des dieux et portant {>oiir cette raison l' ima po d’un sanglier sur leui's casques, étaient des sectateurs de la lune, et que 1a mère des dieux , Freyu, était la déesse de la lune. Si les Æstui et les