‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 3 sur 156 · S. NILSSON · texte numérisé non relu

S. NILSSON

Luod (Suède), avril 1868.

t)E LA

INTRODUCTION

J’ai essayé de me frayer une voie nouvelle pour parvenir à la connaissance des habitants primitifs du Nord et contribuer pour ma part à l’histoire du développement incessant de l’humanité. Cette voie m’était tracée par la conviction suivante, de plus en plus arrêtée en mou esprit : de même que nous ne pouvons complètement saisir la signification et l’importance d’objets épars du domaine de l’histoire naturelle, sans avoir un aperçu clair et complet de la nature envisagée dans son ensemble, par la même raison nous pouvons tout aussi peu comprendre la signification des monuments archéologiques d’un pays, sans avoir clairement saisi l’idée que ce sont des phases d'une évolution permanente de développement , et que le genre humain a toujours été et est encore dans une progression continue. Nous arrivons à ce résultat par la double voie

INTRODICTION.

de l’expérience et de l’analogie, et en nous appuyant sur les faits suivants empruntés aux sciences naturelles.

La géologie nous enseigne que les êtres organiques qui se trouvent sur notre terre n’ont progressé que successivement et par une lente évolution divjsée en un grand nombre de périodes; elle nous enseigne que les premiers-nés de la nature ont été les organismes les plus inférieurs et les moins complets, et qu’ils furent graduellement remplacés par des organismes toujours plus élevés jusqu'à ceux de l’époque actuelle, qui sont les plus complets que nous connaissions.

La physiologie nous apprend que tout organisme individuel, sans en excepter l’homme, se développe, encore de nos jours et sous nos yeux, de la môme façt)n que la nature organique tout entière, et passe de l’état le plus infime à la forme la plus parfaite que la nature lui a permis d’atteindre.

Ce développement n’est sans doute que corporel et matériel, tandis que le développement de l’humanité est moral et intellectuel ; mais rappelons-nous que la matière n’est ni la force agissante ni l’essence, que ces qualités appartiennent seules au principe immatériel qu’elle recouvre , et dont la matière n’est , par conséquent, que l’enveloppe sensible à notre perception externe. Tout développement progressif dans la nature n’est donc que le développement de sa partie immatérielle, de l’esprit, de l’intelligence, quoique l’enveloppe matérielle, l’écorce, en soit seule visible à nos yeux.

En abordant notre sujet de ce point de vue, nous

Digiti/.-: I . Googir

INTRODUCTION

airivons forcément à la conclusion que voici : De même que toute la nature organique s’esl développée depuis la phaise cosmogonique dont les plus anciennes productions sont conservées dans les roches de transition , jusqu’aux formes supérieures de la période actuelle ; de même que chaque être humain se développe successivement, tant au moral qu’au physique, depuis son état le plus rudimentaire et le moins complet jusqu’à celui de sa pleine maturité; de même l’humanité tout entière, malgré des pas rétrogrades partiels et seulefnent apparents, se trouve dans un développement progressif incessant. Ce fait nous est prouvé par les témoignages de l'histoire; elle nous apprend que les races, incultes et barbares à l’époque où elle en constate pour la première fois la présence, se sont successivement élevées à une civilisation supérieure. 11 arrive sans doute parfois que l’histoire fournit des preuves d’un fait opposé et qu’elle montre que des races, jadis supérieures à d’autres en civilisation, .sont tombées plus tard dansun état plusgrossier. ISéanmoins soyons bien persuadés que la culture acquise une fois par un peuple ne périt pas, mais qu’elle se répand chez d’autres et devient la propriété de l’humanité tout entière, quoique ses premiers possesseurs aient disparu. C’est une semence qui se développe dans un sol plus fécond, dès que le premier n’est plus propre à lui fournir une alimentation pure et vigoureuse. Les races s’élèvent ou s’abaissent, mais la civilisation et l’humanité marchent incessamment en avant, se répandant toujours de plus en plus. La civilisation fécondera un jour tous les

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