J72 CHAPITRE QUATRIÈME
ancienne, âu bord de laquelle les propriétaires du tertre sépulcral paraissent avoir eu leur station.
eiLplorations, que les deux st'pultures à galerie» ouvertes par nous» doivent pliiKM iMre eousidérées rüiiiuie des espt*ci‘S d’ossuaires quo roimiie des tomlieaux tiansW sensoniiiiaire de ce iiiot.(.ar il n't^t pas |>ossi))le que les os ai(‘ut pu se trouver dans un tel désordre» enfouis et pn*ssis» comme je viens tle le dérrli*e» entre de la teriT et des pieires, si les rorps avaient été iu1ix)duits entiers dans l’hypopée, et dépost's, soit emieht*s, soit assis. Dans ce dernier ras» on aurait tld» en sr foinlaiit sur l’expénence foiiniio p;ir le tiiiiiulus d'Axevalla et quelques autres séptiltuîfs du inéine ^enre, s'attendrt* à tmuver rhypt>gée divisé par des tialles où par des éclats de pierre en divers eonipartiinenls» chacun nrnftTmaiit un ou plusieurs corps, etc.» — J’avoue siurèreiiicnt que je ne puis partager l’opinion émise par jdiusieiirs savants de mérite» que les sépultures à galerie ont été des ossuaires et je vais indiquer mes raistms :
Aucun des niiteiii'S qur voient d’anciens ossuaires dans les si*pultuii^ primitives du Nord, ne nous a dit tle quelle manière les corps ont été (lé|M)uiUés tle leurs chairs avant d’étre jetés en désordre dans l’ossuatre. (Via se pratit}uait-il en déposant le corps dans un autre endroit justpi’li ee que la chair edt eu le tem|>s de se dtVomposer et de se détarher? Mais pour(]uoi cola, quand on |>ossédait tle grands et prt*cieux mausolées |)our y placer les corps? Ou' rroit-on |>eut-étre que les os étaient dé}>ouillt*^ de leui*s chairs nu moyen tle couteaux tranchants de silex? On sait quel effroi témortrnent encore les indivithis des classes iiiféricutes dès qu'il s'agit de ]K)i-ter la main sur un catlnvre, effroi tel que plusieurs ne pourraient» même nvtH* l’appàt d’une grande récoiiqMMise pécviniaire» se résoudre h couper une main on un pieil ^ un cor|>s inanimé. Ou ne peut donc guère se ügurer que l’usage de st'parer la chair des os ait pu être étaMi pentlant l'ége de la pierre tians le Nonl» lorsque les j>opulations étaii*nt rutles et incultes au plus haut degré. Nous savons en (hitre que les |M'uples, tpii tmt construit nos sépultures à galerie» avaient la même coutume que les Groënlaiitlais'loî'stju’ils étaient encore païens (vovez p. 180), et qu’ils dé)K>saient h côté du mort les armes et les ustensiles dont il s’était servi de son vivant» et si c’étak une femme» ses parures, tout cela dans l’itlée ( ce que les missionnaires chrétiens ont constaté |M)urcc qui concerne les Groènlandais) que le mort s’en servirait» car ou croyait qu’il se livrait dans la tombe aux occupations qu’il avait eues de son vivant. I.e fait que les peuplades païennes, auxquelles on doit les sépultures mégalithiqiu's de la Vestrogothie, ont eu la même croyance ri'ligieuse est prouvé par la circonstance qu’ils ont placé, comme par exemple dans le tuiiiiilus d'Axevalla» les corps assis dans la même position qu'iU avaient de leur vivant» et mis k côté d'eux les armes
SKl'I’LTl KKS A GALKHIK.
il est luut aussi impossible de prouver que de nier d’une manière absolue que ces hypogées primitifs
et les i^aniroH Hout iU s'élaiont sci \is. Ilein ^‘iiibie iiioiitror qirils avaient line vairiic jierrcjition de riiiiniortalité. I/idée tle rinnimrtalité de l’âiiie a été 4 )rofoudéiiieiit iuiptantêe dans Tesprit huniniu par le (Insiteur, ei elle se trahit dès la première apparition de riiumiiie sur la terre. O nest rjue du iiioment uù les idées >|MViilativeS l’ont tun{MH'té sur la voix innée de la eonsrieiiee <|ue le doute u pu naître <;a et là. Quant ativ |)cuples qui possédaient rette fui religieuse priiniti\e, il est fort douteux qii’iU euss» nt jamais pu se résoudre à porter les mains sur les morts eu séjwrant avec le feu ou avec des instruments traiieliants h's rhairs il'aver les os*. Ou eoiicède, et Tou s'y voit foiré par les faits, que ileseadavres ont été introduits entiers dans leur dernier asile, mais Tou parait admettre h rôté qiie d*autrt's ont été réduits en s<|iielette avant ifue leurs os fussent déposés dans l’IiyfWKée. l u peu de rétlexioa iiionlrera qu’il u'a pu en être ainsi, mais que tous doivent avoir été enterrés d’une seule et même faron.
Je suis rouvaiiieu, pour 'ma part, t(ue tous les os>emeiits qui se trouveut ilans les tiiiitulus de l’êifw de la pierro «lu Nord, y ont été déposés quand les corps étaient entiei*s, et nous allons voir »i cette conviction ii’est pas confirmée par les faits mêmes que l’exploration des sépultures mégalithicpies de la Vestroirothie a mis au Jour. Nous devons nous ra])peler préalahlemeiit que l’édilice a dd être terminé et recouvert de son toit de dalles avant qiraticuii corps ou qu’aucun os y aient été introduits; sans cette préraulroii , les renards et les loups auraient enh*vé les os. I.es hnhitaiits primitifs du Nord étaient si attentifs à la protection de^ restes de leiir's morts dans le tomlH^aii, qu'ils l>ouchaieiit, comme uoiis Tavons vu plus haut, les iiislei*stices entre l»»s {rraiids blocs par un remplissage très-soigné de pierraille. Nous ne devons pas oublier non plus que chaque hyqiogée possède une paierie latéi*ale, par laquelle les ayants droit {Kuivaieiit entrer ii volonté dans r<‘*<lifice, mais que cette eiitpt^? était protégéi* par une dalle fbrmant l'issue contre les tentativ««i des l>i'*tes de proie.
Ces remarques faites, nous allons voir le résultat îles explorations de M. le baron de DûImui dans le tuiiiiiliis de LuUra. Voici ce que dit (/. c., p. 279) le savant professeur :
(1 I.orsqiie rhumus intermédiaire et les pierres grandes et |>etites eu* rent été soipneusenient enlevé», on put voir les ossements k moitié détruits, en ligm*s parallèles contfniies, os des extrémités, vertèbres, etc., avec un crAnc au inirieu **. n — It est iiidubitaldemeiit question ici de
* Nous avuiu vu q.ie quelques cadavre», de la sépulture d’Axcvalla , étaient ornés de colliers de é* rie-v. Il est |>arfoilement clair que les os n’avaient pas été dépouillés de leurs chairs lorsque ces corps furent dépos'-s dans IMiypogée.
** Ce fait pouvait h peine être observé par une autre persoune que par au auato-
CHAPITKE QIIATHIÈME.
aient pu êlre des habitations. C’est un fait digue de remarque que l’un des tertres ouverts à Stege dans nie de Moën ne contenait pas trace de squelettes, mais par contre une foule d’ustensiles de pierre, de vases d’argile et de parures d’ambre. C’était aussi le cas dans l’une des sépultures explorées sur les collines de Glumiôf (Scanie).
Tout ce que j’ai dit jusqu’ici sur les chambres sépulcrales primitives me parait mener nécessairement à la conclusion suivante : Ces monuments, appartenant à l’un des peuples primitifs qui, eu Suède, se sont servis d’ustensiles en pierre, se distinguent de tous
dont !fî* partie* étaient plat'ées dans Unir a^'enreuieiit naturel l’i’s- |MVtif, ctqni avaient été inhiiinés rtnnine corps tlaits une |)osition hurizuti> talc sur le sol tic rinptjgée. — » Parfois, Mirtout tiaiis la couche inférieure, on pouvait voir les os du tronc et des e\tr<’*inïtésentas.st>8 saiisonb'c et dans touti¥ h*s tlirertions l’iiu sur l'iiutre, et surmontés du erAiie. » — Il est évident tpie res stpielettes an.ssi avaient éti* placés coiniue cadavivs «Iniis le eavesiu st'pnlcral, mais assis et non eourhés. M. de DfilHm eontiiiite : U I/hunnis qni entourait les os était erras et unetueuv à un degrt* infini-* ment plus ^nindqne relui des autres parties de- fhy{H>^ée. » — (diaeuii coiiiprendra iiuniédiiitenn'nl tjiie ctd humus >tras et onctueux tjui entuumit les os était le ivsidu de la chair t{ui jadis h>s avaient garnis, et que par eonséquent ces us n*y avaient pus été mis comme squelettes, mais comme corps entiers avec chair et saup. — « souvent, dit
M. de nrdien, lesos étaioiit mélés, eonfondiiset présentaient un tel désoivliv qu'il était iinpossilde de juger s'ils appartenaieiif au même individu, d » (xmmuiit expliquer iimiiitenaiit. d’un rété cette niasse dossimieiits répartis en diverst*s couches; de Tautr*', le désordi-e inextriciUde qui frappa le savaiii explorateur? Otte explication iiVst pas difïtcilo selon moi, }K>urvu que l’on se représi'iile tiès l’abord la chosi' telle qu'idle s’est prohahleiiiciit {lassiV. Il parait indnhitahie que ces niomiinents en pietres colossales, ameui^es à foire de bras <le loin ou de prés, ont été construits iioiir servir |M'iidant d«* longues années, des sü*ch*s peiit-s’dre, soit lU* nécropoles à des hohles eiitièii’s, ou seulement de sépul-
misle. Je crois devoir rappeler que M. le baron ite Dûben est professeur d'anatomie, et, en Sotste, peul«étre le premier anatomiste ex profeuo qui ait explord on lumulua,
SKPH.TI HKS V r.AI.KKIK.
les autres monuments antiques ayant eu la même destination, par une étroite galerie latérale dirigée vers le midi ou vers l'orient. L’hypogée lui-méme forme tantôt un carré long, tantôt un cercle. L’on chercherait en vain cette forme soit comme chambre sépulcrale, soit comme habitation, chez les Germains de la Scandinavie ou d'autres contrées (1).
On n’a trouvé, que je sache, ni chez eux ni chez aucun autre peuple de la race caucasienne l’analogue de ces chambres sépulcrales ; mais si nous allons chercher chez les Esquimaux du Groenland et de l’Amérique du Nord, nous trouvons dans leurs demeures
aux chefs el à leurs familles Dès t|u*ii1i de res étlitires était |»n*t et le mA nivelé avec de la lenv, du salde on île lar^rilc, on y tié|K>sai! Ie!v t'oi'ps au furet à iiiesurtMlii «hV<*sdt^ individus ou des meinbri*» de famille du chef. La ^'alerie tv|HmdaUàccbut. Le plancher de la chambre st^puicrale s'étant avec le temt»s couvert île catlavivs, le |>i-opriétairt‘, alin de procurer la place nm*ssaire pour une nouvelle eouche de corps, dispe)‘sai( sur les<d les stjiieleltes les plus anciens et y défvosait horizontalement les tlerniers cor|»s introduits «hmt les os présentaimit encore une certaine atlhéreiici*. Cotte couche d'ossi'meiils nivelée, était if*cx)uvprte de tt*rre, de sable, ou niéiiK' parfois de pierres en ^nise tle pavé, ce qui donnait ntl nouveau sol prêt à rc‘cevoir une nouvelle st'Tie tle eorjw, Oth* série s'étant rnmplétée à son tour tiaiis la suite des années, on l'éparpillait comme la pi*écétienl<^ et ou la recouvrait d'une seconde couche de terre, tle sable oti de pien*e, prête à recevoir une troisième série de corps. Voilà, stdon moi, la manière tiont on a procénlé, aimd tpie la raust* tle l'ét'it de désortlre et ir(‘nduuiuiagement dans h^qucl on a trouvé les os.
(I) l.e* tom!»eau tle Haraltl Harfairer (aux Iteaut chevom), décrit par Sturleson, présente une construction et uin* forme toutt^ différontes {Sayan t'uyaJes de Snoriv Sturleson, traduction de Jacob Anl, I, p. 83). Di*s tombes identiques eutouré<>s tl'éelats de pierre, avec deux pierres plus hautes pour la tète et |vour les pieds, se voyaieut encore il y a qHeh|ut s années dans l’autiquc ciinutièro do Dalilby (.Scank*).
* L’aristocratie est, comuN on le sait, linfulièrement développée chez les peuples sauvages.
CHAIMTKB OllATHIÉMü.
d’hivtir une ressemblance surprenante aveo nus hypogées primitifs. Bien loin de moi l’idée de bâtir des hypothèses sur ce fait; tout lecteur vraiment instruit comprendra fort bien la grande différence Qtti existe entre la simple constatation d’une lessetàblance trouvée par la comparaison, et l’énonciation d’une hypollièse. Le lecteur pourra du reste constater par luiméinc si cette ressemblance est réelle ou-imaginaire, en jetant un regard sur la planche XIV, où la figure 243 représente une sépulture à galerie de la bruyère tl’Oxevalla en Ostrogothie, et la figure 246, une habitation d'hiver des Esquimaux groënlandais. La ressemblance n’est toutefois pas restreinte aux contours extérieurs, elle s’étend aussi à la construction, aux dimensions et à l’aménagement intérieur. Pour le montrer, je wis décrire une habitation d’hiver des Groënlandais d’après ce qu’eu dit le capitaine Graah, page 49 de son Voyage (1), dans lequel il donne en outre le dessin de la demeure gi'oëulandaise reproduite planche XIV, figure 246 ; je profiterai aussi de renseignements verbaux que je dois à l’obligeance de personnes ayant vécu longtemps dans cette contrée polaire.
L’habitation forme un carré long. La grandeur en varie beaucoup d’après le nombre des familles qui s’accordent à vivre ensemble. Les plus grandes habi-
(I) Vudei'üoiiche-IiPVie tW Ùsikysten af 'Oronhmi.af M. A. (M/w/i. KjôlH?nhnTn,182'2. — i'ni fait tlossiner surttm {Hniirhp la paierie latérale nii {>eii jiUhi lonL’^uc que sur la lifrure donnée par (îrnah, paire que retto galerie est ofTectiveiuent plus longue, tant d’après les témoignages verbaux de |>ersonties qui ont vu les deiiicui'cs d’hiver des (iroéiilaudais, «|ue d’après la propix: description de Graah.
HABITATIONS DKS ESQUIMAUX. * 177
talions mesurent environ 18 mètres de longueur sur une largeur de 4 mètres à 4 mètres 75 centimèires; la largeur constitue donc environ un quart de la lou- ' giieur. Les murailles, hautes de 1 uiélre 78 centimètres à i mètres 37 centimètres, sont conshuitês en pierres si-ches avec des gazons dans les interstices (1). Le sol est ordinairement dallé. La toiture est plate et consiste en poutrelles de bois charrié par les courants marins cl échoué sur la côte voisine, posi'*es transversalement d’un mur à l’autre. Ces poutrelles supportent un treillage en bois déplus petite dimension, sür lequel sont jetées de la bruyère et des branches de genévriei', surmontées de molles de gazon et d’une épaisse couche de terre. Au milieu de rime des longues murailles et du côté du soleil (vers l’orient ou vers le midi), so trouve la galerie également couverte; elle mesure de 6 à 9 mètres de longueur sur une largeur de 74 à 89 centimètres. Elle présente parfois une légère courbe, et elle est le plus souvent si basse, que l’on y entre à peu près en rampant sur les genoux ét sur les coudes (PI. XIV, fig. 251)'. L’intérieur de la chambre est plus haut , mais il ne mesure toutefois que de 1 mètre 48 centimètres à 1 mètre 78 centimètres du plancher au plafond. Pour ce qui concerne l’aménagement inti'a muros, les habitants de la chambre n’étant assis ou couchés que le long des parois, celles-ci Sont garnies de bancs et la pièce est parfois divisée en cellules ou compartiments assez analogues aux stalles de cer-
(I) .\ous,>(Ti-oii» plus loin (juc l'ou i-cncouli-e aussi dau» lu (nwiiland de CCS hahitalions dont les murailles sont eaclusivcmcut en pierre.