CHAPITRE QUATRIEME
Sur une cliatnc d’élévations longeant le village paroissial de ülumslof (Scanie) et portant le nom de collines de Glumslof, j’explorai, en mai 1842, deux constructions à galerie, dont l’une, celle du nord, est reproduite planche XIV , figure 249. Cette régioii, comprenant les paroisses de Glumslof, Qvistofta, Biirslôf, etc., possède un nombre relativement considérable de ruines plus ou moins conservées du même type. Cela provient de la grande abondance de blocs erratiques qui ont fourni et fournissent encore aux habitants les pierres nécessaires à leurs besoins, ce (|ui enlève la tentation de s’attaquer aux ruines. Dans les localités où la pierre est plus rare, on a détruit ces ruines, qu’aucune couverture ne protégeait, pour les employer à 1a construction de maisons, de ponts, de murs secs, etc.
L’édifice réproduit ici, forme un ovale de 4 mètres 4o centimètres à 4 mètres 76 centimètres de longueur, sur une largeur d’environ 2 mètres 37 centimètres. La hauteur des murailles à partir du plancher est d’à peu près 1 mètre 32 ceutimètres. La galerie, orientée vers l’E.-S.-E..v est longue d’un peu moins de 4 mètres 76 centimètres, et large deü9 centimètres. Comme dans les précédentes, le sol faut à l’intérieur qu’à l’extérieur était une terre mêlée d’une foule de cailloux et de petites pierres, dans laquelle on découvrit près de la surface, une lance de silex brisée (c’était une pointe de lance ou d’épieu : vpy. PI. llf, fig. 37). Tout près du plancher primitif, ou pour mieux dire sur ce plaucher même gisaient le reste des trouvailles ,. consistant eu
ANCIE>NES HABITATIONS ÜE SCANIE. 191
plusieurs vases d’argile, tous brisés, de divei-ses formes et dput deux, assez bas, étaient évasés en forme de coupes ou de tasses. Quelques-uns portaient à l’extérieur des ornements tracés au poinçou , d’autres étaient lisses. On rencontra une masse de fragments de CCS poteries primitives. Les fouilles amenèrent en outre au jour, avec un assez grand nombre d’objets de parure plus ou moins détériorés, consistant en perles et en boutons d’ambre , un couteau de silex muni d’une poignée, paieil à celui de la planche 111, ligure 64, plusieurs lances, haches et éclats de la même pierre; au milieu des objets d’ambre se trouvaille, polissoir pour aiguilles, décrit page 39 et reproduit planche VI 11, figure 182. En dernier lieu, on trouva dans la chambre, comme dans les précédentes,, des charbons et des cendres, principalement à un endrait qui sans doute avait été le foyer.
tx‘s ruines étaient, comme ailleurs, à découvert sur plus de la moitié de leur hauteur; mais tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le sol dépassait légèrement le niveau du terrain environnant, et il était inliniiuent plus mêlé qu’à l'ordinaire de.. ces éclats anguleux de piene, qui selon moi servaient à comblerles interetices (les murailles. On trouva aussi, comme ailleurs, qnel- (jiies fragments d’os qui assurément n’avaient pas appartenu à des êtres humains. Üans cet hypogee , pas plus que dans nos autres édilices. en demi-crorx, oii'ue trouva de traces (j’ossements humains calcinés.
Je répète ce que j’ai dit plus haut, savgir que si nous voyons dans ces ruines des habitations humaines datant
CHAPITKK QUATKlÉMb;.
fie (leux ou trois mille ans, habitations couvertes d'une toiture de la même construction et des mêmes matériaux que celles du Groenland, auxq^uelles elles ressemblent eomplélement au point de vue de la forme, elles doivent maintenant, après des milliers d’années (fendant Ies((uelles la toiture pourrie s’est écroulée en dedans çt en dehors de l’édilice avec la terre qui la recouvrait, elles doivent, dis-je, se présenter à nos yeux [>récisément sous l’aspect des ruines rlécritcs ici.
Les objections que l’on pourra faire contre la sup- (fositionque ceS ruines ont été df^s habitations pour les vivants et non des demeures pour les morts , me palaissent (deinement réfutées par le fait que l’on n’y trouve jamais de squelettes humains, mais par contre toujours des tracés plus ou moins nombreuses du mobilier des habitants primitifs de nos contrées, et toujours un endroit qui paraît avoir été le foyer.
Cela prouvé, je dois, avant d’aller plus loin, faire observer que la dénomination de sê|)ultiires en demicroix (suédois : /w//’i('om//’«/fw), donnée naguère à ces monuments, est impro|)rçàplusd’un égard et dénaturé à fausser les idées. Premièrement, tous cas édilices ne paraissent pas avoir été des tombeaux; en second lieu, c’est seulement quand la chambre est un carré long, qu’elle forme une demi-croix avec la galerie, mais non ((uand elle est circulaire (PI. XIV, fig. 250). La fo'rme de la chambre est tantôt carrée, tantôt ovale, tantôt ronde ; cette forme n’est donc pas constante ; mais ce qui, |)ar contre, est toujours constant et ne mauque jamais dans ces édrliccs primitifs, c’est la ga-
ËUIFICES A OALERIE.
lerie plus ou moins longue, composée de deux rangées de pierres el orientée vers le midi ou vers le soleil levant. C'est la partie la plus caractéristique de ces monumentti, et qui, au premier coup d’œil, les fait distinguer de tous les autres. Si donc l’on en veut donner une notion juste et correcte, on devra les nommer précisément d’après cette galerie qui leur est propre. Ainsi ferai-je, et comme, en outre, ils se conxposent tous de pierres élevées et' agencées par la main des hommes, je les appellerai : Édifices ou constructiom à galerie.
Puis comme il en existe, selon moi, de deux espèces, savoir : des demeures pour les morts ou chambres sépulcrales et des demeures pour les vivants ou, habitations ordinaires, je les diviserai, d’après cette distinction, en Habitations à galprie (suédois : ghnghus), et en Sépultures à galerie (suéd. : gànggrifter).
J’ai déjà mentionné que ces antiques constructions se présentent en Suède sous trois formes différentes, qui sont :
1® La forme circulaire.
' A ce type appartient l’hypogée du tumulus d’Asa (Asahôg'), près de Qvistofta, reproduit planche XIV, figure 250, dans l’élat où il se trouvait avant qu’une partie des murs latéraux se fût écroulée, toutefois sans les blocs de pierre qui jadis le recouvraient (1). Cet édiüce tire son nom de la circonstance qu’il est bâti
(1) Voy. le jouTDal Huna, pl. III, Cg.9.
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sur uue de ces collities de sable, de gravier et de cailloux roulés connues en Suède sous le nom de Axar (1). Entre cette colline et une autre colline surmontée d’un tuniulus nommé le Sienshng (2), passe un petit cours d’eau qui se jette non loin de là dans un plus grand , jadis beaucoup plus cmisidérable qu’il ne l’est aujourd’hui. Ces habitations circulaires à galerie sont assez rares^ toutefois on en rencontre dans plusieui-s localités. de la Suède et du Danemark, et même jusqu’en France. !.« Chronique scientifique du 24 février 1839, du journal Y Institut, relate la découverte faite à Saumur par quelques' ouvriers, d’une sépulture primitive dans laquelle ou trouva des sijuelettes humains et des ustensiles de pierre. Cette sépulture était circulaire, recouverte d’une immense dalle de pierre de 6 à 7 mètre» de longueur sur une largeur à peu près égale, et de l’épaisseur de 1 mètre. La chambre intérieure était remplie d’une foule d’ossements humains; les os des jambes et des bras reposaient en croix les uns sur les autres, et sur le monceau d’ossements se trouvait la tête. Cela
(1) Prononroi ô$àr, le (ingulier est S* (pron.Mse). — Noi^ générique donné à une fomiation assez eommiine dans certaines parties de la Suède, et qui a fort intrigué les géologues. La plu* longue at la plus souvent décrite de ces chaînes de collines, est celle qui, sous 'Ses noms divers {BrunJubergi ôs à Stockholm même, Langism, la Innnie colline, phw au Nord, etc.), court sur «ne longueur de 100 & 120 kilométr*»} du littoral de la Baltique au sud de Stockholm jusqu'aux environ* dTpsal. — Ceci pour rectifier de légères erreurs qui se trouvent à'cet égard dans les travaux de savants étrangers. Voir entre autres la traduction française (chap. XIII, p. 249) de l'ouvra^ de sir Charles Lyell, sur rAnetcancté dt l’homme, (yole du traducteur.)
(2) Runa, pl. III , fig. 6. ♦
EDIFICtS A GALERIE.
montre que les corps avaient été , comme chez nous, placés assis dans l’hypogée. Un fait remarquable, c’est que, comme dans le tumulus d’Asa, on trouva sous ce premier lit, un second lit d’ossements dans la même position. On découvrit parmi les os des haches de silex (casse-tête), des flèches à pointe très-aiguë et à bords deutelés, ainsi que d’aulres flèches plus grossières, toutes de silex. On recueillit aussi deux poignards à manche formé d’un os oblong au bout duquel était enchâssée une dent de sanglier en guise de lame. Le tout était recouvert d’une couche de terre de 50 centimètres d^épaisseur.
Cette description présente une 'analogie frappante avec celle du tumulus d’Asa, donnée dans le journal Iduna. Ou découvrit aussi dans le tumulus suédois deux ou plusieurs lits d’ossements (i); les pierres qui constituaient les murs étaient placées de champ et formaient une enceinte circulaire sur laquelle reposaient deux grandes dalles formant le toit. On recueillit de même dans la sépulture d’Asa, outre des haches, des flèches, etc., de silex, une dent de sanglier qui avait pu servir de poignard, et dont le manche, peut- • être de bois, s’était pourri. Mais à Saumur l’on n’a pas pu ou l’on n*a pas su remarquer qu’il .partit de l’enceinte circulaire une galerie formée de deux rangées de pierres. Il est toutefois probable que cette galerie existait.
Ix; numéro de mai 1840 du journal J)as AuslanH,
(I) On remiiri]iin la même rircons|anrc dans les sépultures de la Vastrogothie.
CHAPITKK ULATKIEME.
fait aussi (p. 159) mention d'une chambre sépulcrale que l’on venait alors de découvrir près de Bougon, en France. Une galerieou allée conduisait dans une grande chambre construite de neuf pierres levées, couvertes d’une dalle de 7 mètres 58 centimètres. L’ihtérieur était rempli de squelettes ayant la télé appuyée contre la muraille. A leurs côtés se trouvaient des vases d’argile remplis, de vivres pour les morts. Les noisettes et les glands que l’on y voyait étaient parfaitement conservés (1).
On trouva aussi deux haches et deux couteaux de pierre, plusieurs petits instruments tranchants dont on ne put déterminer l’usage, deux colliers, l’un de petites coquilles, l’autre de grains du boulettes de terre cuite (2), plusieurs dents d’ours, les os d'un chien, et une plaque de pierre sur laquelle on apercevait les traces d’un grossier dessin. On voit immédiatement que c^élail une sépulture à galerie.
2° Le type ovale.
Ce type est plus commun que le précédent; la plupart des habitation;; à galerie que j’ai eu l’occasion d’étudier, présentent cette forme plus ou moins allongée, et s'approchant de la suivante. La figure 249 de la planche XIV reproduit une de celles du même type que l’on voit sur les collines de Glumslôf.
(1) Aut.ml que je Saclip, on n’a jamais rien trouve d'analogue en Suède, où le sauvage a sans iloiite vécu prinripalement de viande, comme il le fait encore sous les latitudes plus éleTées.
(2) Ces grossières parures de terre cuite sc rencontrent aussi en Scandinavie, principalement dans l'Ile dÔ'land (côte E.-S.-E. de la Suède).