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II. — L'association coopérative à Tétranger

En dehors de l'État et du patron, les ouvriers peuvent beaucoup pour améliorer leur logement, et ils l'ont bien prouvé dans divers pays où ils ont obtenu, par leurs propres efforts, des résultats qu'on peut, sans exagération, qualifier de merveilleux.

C'est surtout en Angleterre que ce groupement des ouvriers s'est montré le plus fécond, en prenant la forme de Sociétés de construction (Building Societies), qui constituent leur capital par les cotisations mensuelles ou hebdomadaires de leurs membres.

Le dernier compte rendu du Registrar Office constate que, au l^"" janvier 1893, le total des Sociétés, dans le Royaume-Uni, était de 2.767, avec o87.8o6 membres (1). Le montant des versements effectués en 1892

(i) Bon nombre de Sociétés n'ont pas envoyé leurs comptes rendus et ne sont pas comprises à ce total.

s'est élevé à un demi-milliard; l'actif, y compris les créances hypothécaires, atteignait 1.300 millions de francs.

C'est par milliers que surgissent les maisons ouvrières sous la puissante impulsion de ces Sociétés. Elles en avaient, dès 1863, construit 8.000 à Birmingham, 18.000 à Leeds.

Aux États-Unis, mêmes résultats. En 1888, le nombre des coopérative building and loan Associations était évalué à 3.500; leur capital, à un milliard et demi de francs; leurs épargnes, fixées en immeubles, à deux milliards et demi.

En Belgique, la loi du 9 août 1889, dont j'ai analysé plus haut les dispositions principales, s'est attachée à susciter ces Sociétés coopératives par des faveurs fiscales et des facilités de crédit, et elle y a réussi amplement.

Un dixième du capital souscrit suflit pour la constitution régulière <rune de ces Sociétés. Les actions étant nominatives, rengagement pris par des souscripteurs sérieux constitue un gage solide sur lequel la Caisse générale d'épargne et de retraite prête moitié du capital souscrit et non versé. Elle avance, en outre, la moitié ou les trois cinquièmes de la valeur des immeubles, suivant qu'il s'agit d'une Société de constructions ou de crédit.

Il résulte de ces dispositions (luc, moyennant le yersement de 10.000 fr. sur un capital souscrit de 100.000 francs, une Société anonyme de constructions obtiendra une avance égale à ce capital (1). S'il s'agit d'une Société anonyme de crédit, le môme versement de 100.000 francs sur un capital souscrit de 100.000 francs leur donnera droit à un prêt de 1S5.0C0 francs. Ainsi, avec un simple déboursé de 10.000 francs, les actionnaires pourront disposer de 183.300 francs et procurer une maison de 3.000 francs à 01 ouvriers, sous la condition que chacun de ces derniers dispose d'une éjjargne de 300 francs pour cette acquisition.

Il est bien entendu que la loi prend des précautions pour n'accorder ses faveurs et ses facilités qu'aux Sociétés anonymes faisant œuvre de philanthropie et non de spéculation, et, par exemple, limitant à 3 0/0 du capital versé le dividende à distribuer à leurs actionnaires.

Bien que la loi soit récente, on compte déjà en Belgique trente-huit Sociétés de ce genre, dont trente-deux anonymes et six coopératives. Un grand nombre de Sociétés nouvelles sont en voie de formation, non seulement dans les grandes villes, mais môme dans de modestes localités rurales. Au 26 novembre 1892, la Caisse générale d'épargne avait prêté,

(0 Soit N le capital souscrit. La formule qui donne le prêt P en fonction de N est la suivante

pour la construction d'habitations ouvrières, 1.914.000 francs à 2 1/2 0/0 et 276.000 à 3 0/0.

Le prix de revient de ces maisons est plus bas en Belgique qu'en France, à cause du bon marché relatif, dans le premier de ces deux pays, de la main-d'œuvre, des matériaux et de la vie en général, bon marché qui s'explique en partie par l'absence de droits de douane. J'ai vu à Bruxelles même un type de maison, construit parmonami M. Lagasse. directeur au Ministère de l'Agriculture et du Commerce, et qui ne dépassait pas 1.400 francs. A Alost, une maison, y compris un grand jardin, n'atteignait pas 2.000 francs. Avec de l'argent à 2 1/2 0/0, la propriété d'une telle maison devient aisément accessible à un ouvrier économe. Elle est dégrevée, d'ailleurs, de tout(is ces charges fiscales qui, en France, pèsent si lourdement sur ces combinaisons et stérilisent tant de bons vouloirs. Entin, l'assurance mixte est mise par la Caisse d'épargne à la disposition du ménage ouvrier et le garantit, ainsi que je l'ai dit plus haut, contre le danger résultant de la mort prématurée du père de famille.

Afin d'assurer à lui-même le paiement d'une somme de 1.000 francs, il la fin du contrat, ou à sa famille ce même paiement s'il meurt avant ce terme, un ouvrier de trente ans doit payer connue prime annuelle :

Pour une durée du contrat égale à 15 ans . . . o9 fr. 99 c.

Si on y ajoute l'intérêt à 3 0/0, soit 30 francs, on trouve , suivant la durée du contrat, des sommes respectivement égales à 89 fr. 99 c, 74 fr. IS c, 60 fr. 13c.; de sorte que pour une maison de 3.000 francs, dont un dixième a été acquitté comptant, les charges pour les 2.700 francs restant à payer seront les suivantes :

Durée du contrat: 1^> ans 242 fr. 97 c.

Moyennant cette annuité, la famille est assurée d'obtenir la propriété de la maison qu'elle occupe, alors même qu'elle aurait le malheur de perdre son chef avant qu'il n'ait eu le temps de parachever l'œuvre de cette acquisition. Dès le lendemain de la mort du père, la maison, quitte de tout paiement ultérieur, appartient à ses héritiers.

20 ans .

2o ans .

44 fr. lo c.

3o fr. 13 c.

20 ans 23 ans

200 fr. 20 c.

175 fr. 85 c.

É. CHKYSSON.

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