III. — La Pierre du foyer à Marseille
Pendant que les Sociétés coopératives de construction prenaient une telle extension dans les autres pays et y réalisaient de si grands bienfaits, il y avait lieu de s'étonner et môme de s'aflliger que nos ouvriers français n'eussent pas su, jusqu'ici, imiter cet exemple. Ils ont tout laissé à faire aux initiatives patronales et bourgeoises et se sont abstenus de les seconder, encore moins de les suppléer. Leur abstention dans cette matière a d'autant plus lieu de surprendre qu'elle contraste avec le sentiment d'indépendance jalouse et parfois ombrageuse qui les anime, même vis-à-vis du patron le mieux disposé et le plus bienveillant. C'est ainsi qu'ils préfèrent les Sociétés coopératives de consommation gérées par eux-mêmes aux économats administrés par les chefs d'industrie. Avec de telles dispositions , comment s'expliquer que, pour une question primordiale comme celle de l'habitation^ qui touche aux fibres les plus profondes et les plus intimes de leur personnalité et de leur famille, ils aient pris le parti de s en désintéresser et de s'en rapporter aux bourgeois du soin de la résoudre, sans y intervenir par leurs propres efïbrts ?
Heureusement, nous n'en sommes plus aujourd'hui réduits aux regrets stériles. Une première Société coopérative de construction, la Pierre du foyer, s'est constituée à Marseille Je 18 décembre 1891, grâce à l'initiative de M. Eugène Rostand , le dévoué promoteur de nombreuses et excellentes mesures dans l'intérêt des ouvriers.
Le capital social a été fixé à 5o.3oU francs, divisé en 1.107 actions de SO francs, réparties entre 88 actionnaires.
C'est la Société qui construit elle-même, mais pour le compte du futur locataire. Supposons que la maison doive coûter 5.000 francs. Il devra souscrire 100 actions de 50 francs, libérées d'un dixième et s'engager à verser au moins 10 ce. unes par mois et par action, c'està-dire 120 francs par an pendant une période suffisante pour l'amortissement de sa dette. La durée de cette période sera, par conséquent, variable avec le versement mensuel et le rendement des actions (1), et pourra être sensiblement abrégée, si le locataire affecte à sa libération des versements supplémentaires, provenant de successions, de gratifications, de bonis coopératifs, en un mot d'aubaines.
Les charges annuelles du locataire s'établissent comme il suit :
(i) Si l'intérêt servi aux actions est de 3 0/0, cette période d'amortissement sera :
De 25 ans avec un versement mensuel de 10 cenfime> De 21 ans — 15 —
De 15 ans — 20 —
Loyer proprement dit — 4 0/0 sur 3.000 francs. . Fr. 200 Frais généraux (1) — 2 0/0 — .... 100
Lr)YFR Fr. 300
Amortissement 120
Anmjité Fr. 420
Quand l'amortissement est complet, les actions sont « mures », d'après l'expression américaine; le locataire )es transfère à la Société, qui les annule et qui lui transfère en échange la propriété de sa maison (2).
Par suite des anticipations consenties par certains actionnaires, les versements sur les actions s élèvent acluelJement à 22.250 francs et ont permis d'entreprendre la construction de trois maisons sur des types différents et concertés avec les acquéreurs.
Ces trois maisons, dont les plans sont parfaitement combinés et font grand honneur à l'architecte (3), sont en voie d achèvement et vont être incessamment inaugurées (4). Des négociations sont ouvertes pour une quatrième maison, qui serait construite par le locataire lui-même, la Société jouant vis-à-vis de lui le rôle de banquier à la fiiron des Sociétés belges et des building Societies anglo-saxonnes.
Les promoteurs et les directeurs de la « Pierre du foyer », en nous envoyant ces détails, nous expriment leur foi dans l'avenir de cette institution, qui répond, disent-ils, à un véritable besoin et qui est accueillie avec sympathie par Topinion publique. Avec eux, nous croyons que cette initiative sera féconde et nous lui souhaitons de grand cœur tout le succès qu'elle mérite.