‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 10 sur 132 · HÉRÉDITÉ DES CRIMINELS · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ DES CRIMINELS

L’école italienne;, Lombroso en tète,, considère le criminel comme le fruit d’une hérédité médiate et à longue échéance : l’atavisme. Le crime n’est que le retour vers l’état primitif et barbare des premiers aïeux. Encore une fois ces questions sont plus de raisonnement que d’observation ; je n’y toucherai point, et ne voulant parler que de ce que j’ai pu observer par moi-même, je m’occuperai seulement de l’hérédité immédiate^ de cette condition organique qui fait que les manières d’être corporelles et mentales passent plus ou moins directement des ascendants aux descendants.

« Lapropension aux vices, auvol, au crime, dit Aug. Voisin, est des plus héréditaires et constitue alors comme une peine indéfinie des actes des ascendants. « (1) Tandis que l’honnête homme voit se perpétuer chez ses enfants la probité et toutes les qualités morales qui font le bonheur de sa vieillesse, le criminel au contraire voit ses fils déchoir comme lui, aller comme lui s’asseoir sur les bancs de la police correctionnelle ou des assises, et comme lui enfin échouer en prison.

(1) Art. Hérédité du dict- de médecine et chiruroie pratiques.

nitUÉDITli DlîS CRIMINELS

Neanmoins, il ne fautlrail pas exagérer cette inlliience de 1 hérédité. Sans doute on s’en Irouve pas mal d’exemples plus ou moins frappants et beaucoup sont cités dans les livres. Pour mon compte, j’en ai observé aussi un certain nombre, mais beaucoup moins qu’on pouri-aitle croire. Presque tous les criminels ont une tare héréditaire, mais cette tare est bien plus souvent une tare nerveuse.

Prenons quelques exemples.

Un cordonnier âgé de 28 ans, monorchide, condamné une première fois pour abus de confiance et une seconde fois pour viol complet d’une femme de trente ans qu’il assaillit une nuit d’ivresse dans une plaine déserte, m’a avoué que son père avait été condamné autrefois pour vol d’une montre.

Autre fait. — Un microcéphale de 41 ans, à figure simiesque et inintelligente, à oreilles larges et écartées, ne sachant ni lire ni , écrire, ayant subi deux condamnations l’une pour mendicité et l’autre pour escroquerie, est fils d’un contrebandier qui a subi lui-même six condamnations.

Enfin, je rapporterai ailleurs l’histoire d’un criminel incorrigible, d’un criminel-né qui a subi cinq condamnations pour vol et tentative de meurtre sur son père. Or son père était un ivrogne et avait été lui-même condamné pour vol.

Ces faits semblent assez probants et donnent jusqu’à un certain point raison à la théorie de Voisin. Sans doute les mauvais instincts se transmettent des ascendants aux descendants et ainsi de la tendance à voler. Mais je crois qu’il faut plutôt regarder la criminalité chez les ascendants comme un accident. Us transmettent à leurs héritiers la tare nerveuse ou alcoolique •qui les a portés au vol ou au meurtre et ceux-ci comme ceux-là deviennent voleurs ou meurtriers.

Ainsi dans le dernier fait que je viens de citer, le père est un voleur sans doute, mais c’est aussi un alcoolique et je crois

llKIuiDlTIC IJKS r.HIMlNia.S

(jne l’alcool osl la cause de loul el du vol chez le pèi’e <d de la perversion morale chez rcnfanl. Les faits eu faveur de celle idée aboudoiit. Ainsi j’ai vu encore à la Santé un alcoolique délirant qui avait subi deux condamnations, dont une à dix ans de travaux forcés. Cet individu était père de huit enfants ; il m’avoua avec des réticences que plusieurs d’entre eux avaient passé dans les prisons pour différents motifs.

Aussi est-ce bien plus souvent chez les collatéraux que chez les ascendants qu’on retrouve la criminalité.

Le père n’est parfois qu’un alcoolique ou un déséquilibré, les enfants sont alcooliques ou déséquilibrés, mais en plus ils sont criminels. Il n’est même pas rare que la tare manque ou reste mystérieusement cachée chez les ascendants; néanmoins tous les descendants sont marqués du môme sceau. Telle est la famille suivante.

Fils d’un pauvre instituteur du Luxembourg, A... fut toujours un enfant indiscipliné et n’en faisant qu’à sa tête. Intelligent et assez instruit, parlant bien l’allemand et le français, il avait une position qui lui permettait de vivre heureux et respecté ; il se mit à hoire et se perdit avec une fille de joie qu’il épousa. De plus il a subi deux condamnations pour escroquerie. Ur deux de ses frères sont également des déti'aqués et des dévoyés, frisant à tout instant la police correctionnelle, ayant peu t- ('tre déjà fait de la prison : l’un cherche fortune en Amérique et l’autre à llalavia.

On lira plus loin un abrégé do la vie d’une brute à face humaine, ivrogne et voleur, violent et brutal, ayant déjà subi huit condamnations pour vols el batteries et dont le frère est également un ivrogne et une brute violente et dangereuse : on Fa envoyé dernièrement aux travaux publics en Algérie parce qu’il avait frappé son caporal.

Fnfin j ai connu plusieurs membres d’une famille decriminels.

mCRÉDlTÉ DES CRIMINELS

(Tesl Vin des cas les plus inléressanls que j’aie observé. Le voici en deux mots. Un alcoolique engendre cinq enfants. L’aîné est un individu violent, brutal, grand buveur d’absinthe (il n’en « étrangle » jamais moins de dix ou quinze par jour) ; il a subi trois ou quatre condamnations pour ivresse ou rébellion envers les agents. Le cadet est un vagabond et un voleur dont on n’a jamais pu rien faire.

Il compte une douzaine de condamnations, et il a mémo été condamné à mort, puis gracié au moment de la Commune. C’est le type du criminel d’habitude. Je dirai ailleurs son odyssée à travers les bagnes et les prisons. La famille comprend encore deux autres garçons ayant subi chacun clii([ ou six condamnations pour vols, et une fille danseuse dans un théâtre de genre et prostituée à ses moments perdus. Quelle famille !

(ies faits sont des plus nets. On le voit, il faut tenir compte sans doute de la criminalité des ascendants, mais comme d’un phénomène secondaire.

Il est une tare qui semble avoir une importance beaucoup plus considérable ; la folie. On verra plus loin combien on trouve de dégénérés parmi les criminels ; assez souvent, si on l'emonte aux sources, on trouve une vésanie. Un vésanique fait souche : il en résulte des névrosés, des débiles, des détraqués, des criminels. Cela n’est plus une exception, comme pour la tare criminelle, c’est un fait que j’ai souvent constaté, et, à mon avis relativement très fréquent. Personne, du reste, ne conteste cette opinion, et j’en pourrais citer mille preuves.

IL., est lils d’un tuberculeux et d’nne hystérique morte folle. Hicn qu’âgé de 24 ans seulement, il a déjà subi trois condamnations pour ivresse et outrages aux agents ; lors de sa première

nicnÉDiTi!: DES cnnriMF.i.s

in

oondamnalion, il n’avait pas oncoro Ni ans. (î’csl nn individu violent et grossier.

C... mène nne vie dévergondée; il avoue qu’il n’a presque jamais travaillé, vivant d’escro([ueries et surtout de ses succès auprès d’une certaine catégorie de femmes. Entre autres cadeaux, l’une d’elles lui a offert la syphilis, qu’il a d’ailleurs acceptée de bonne grâce. A 16 ans, il se faisait arrêter et condamner pour « vol au rendez-moi » (1). Il a aujourd’hui 19 ans, et il a subi deux autres condamnations. Tune pour vagabondage et l’autre pour escroquerie. Or, son père, qui était aveugle, est mort fou.

Tous ces faits sontfrappants: ce sont des vésaniques engendrant des criminels. En voici encore deux exemples intéressants.

,1’ai vu l’an dernier un employé de commerce arrêté pour outrages aux agents. Son père, qui était médecin-directeur de l’asile d’aliénés de Rotterdam, est mort dans sa propre maison atteint du délire de la persécution. De plus, l’aïeul maternel est mort paralysé.

C’est un garçon intelligent, ayant fait de bonnes études, parlant hollandais, allemand, anglais et français; il a même été admis à l’Ecole militaire d’Utrecht. Mais son humeur est changeante et versatile ; il ne se trouve bien nulle part et change à tout instant de métier. D’abord employé dans la police à Rotterdam, il vient à Paris comme interprète aux magasins du Printemps, puis comme employé dans une compagnie de publicité, puis dans une agence d’affaires, etc... Un soir, pris de boisson, revenant du théâtre avec sa maîtresse, personne peu flistinguée, il insulte les agents, et la femme leur applique

(I) Le vol au rendez-moi se pratique de la façon suivante : Un ou mieux deux individus se présentent dans un magasin d’un air très pressé et presque en courant. ils demandent un menu objet, sc font servir vite et payent toujours avec une pièce ordinairement d’argent. On leur rend la monnaie. Dans leur empressement ils ramassent et la monnaie et la pièce ([u’ils ont versée. Si on s’en aperçoit, lis ont l’air d’avoir commis une erreur par précipitation et s’e.xcusent. Mais si le commerçant est i>eu attentif, et si le voleur est adroit, le truc réussit très souvent.

IIIÔIUODITIC DUS r.HIMl.NEDS

1 V'|)illi(''l(', sacranienlollo : Vaclins ! Il lui. coiidamiiÉ à deux mois de prison. C’esl sa première coiulamnalion. sans donle; mais si on me domandailde porter nn pronostic sni’ Ini^ je n’lièsi((>rais pas à dire qn’il i-eviendra pres(pie certainement.

On arrêtait, il y a quelque temps, nn pauvre diable qui vcmail de tirer plusieurs coups de revolver sur sa maîtresse, qu’il avait grièvement blessée. Je l’ai vu encore tout ahuri de ce qu’il appelait son accident. Il me fit sa confession. Marié d’abord à une cuisinière qui l’avait abandonné, il s’éprit d’un amour violent pour une femme de chambre. Mais un jour il lui vienl des soupçons ; il se croit trompé ; alors il surveille sa maîtresse, s’aperçoit qu’elle découche, qu’il a un rival : le lendemain matin il l’attend, et à son arrivée il lui envoie des balles de revolver comme explication. C’était un faible d’esprit que la jalousie avait aveuglé. En étudiant ses antécédents héréditaires, je m’aperçus que sa mère était morte folle après avoir passé une grande partie de sa vie dans les asiles.

Enfin on lira encore dans un autre chapitre l’histoire d’un dégénéré imbécile ayant subi cinq condamnations pour ivrognerie, attentat à la pudeur et mendicité, dont le père est mort fou.

Mais, dans tous ces cas, il ne s’agit que de vésaniques. La paralysie générale, elle aussi, fournit son contingent : plus d’un criminel est fils d’un paralytique.

Je n’en veux citer qu’un exemple, choisi parmi beaucoup d’autres ; un débile, violent 'et colère, tire un coup de revolver sur sa « marmite » (1) un soir qu’elle lui refuse de l’argent . C’était le fils d’un paralyti(jue général.

L’hérédité peut n’être pas immédiatement directe, comme dans tous ces exemples; elle peut sauter une génération. Un vésani(}ue,

(l) Le souteneur appelle « marmite « sa femme, sans doute parce qu’elle le nourrit.

un lavé corébralcmenl. engc'mlrc un individu dont le système cérébro-spinal, pour des raisons peu connues, reste <à pou près complètement indemne ; mais riiérédité n’est point éteinte, la tare existe toujours et il n’est pas rare de la voir reparaître chez le petit-fils dans toute son intégrité morbide. Un vésaniquc engendre un homme honnête et assez bien équilibré, mais l’issu de celui-ci est un détraqué et un criminel. Je raconterai en détail, dans un chapitre sur les hystériques, la vie lamentable, à travers les prisons, d’un malheureux hystérique, esprit débile, àme tlottante et ballottée par tous les vents. Sa vie n’a été qu’incohérenccs et contradictions ; bien que plein d’affection poulies siens, il a accumulé sottises sur sottises, malheurs sur malheurs. Or, il m’a souvent dit que son aïeule était morte folle.

Enfin, on peut rencontrer plusieurs tares associées, agissant simultanément sur le descendant. Chacun des facteurs dans l’acte de la procréation peut être atteint et contribuer ainsi pour sa part à la dégénérescence du produit: folie chezEun; alcoolisme, hystérie ou nervosisme chez l’autre. Ce phénomène se rencontre, on peut dire fréquemment, chez les ascendants des criminels. Je me contenterai de deux exemples pour le moment.

C... est un individu paresseux et ivrogne; il a entre les mains un métier qui lui permettrait de gagner sa vie ; mais il ne s’en sert j>as ; il préfère vagabonder, vivre au hasard. Il a déjà subi deuv condamnations pour mendicité et vagabondage. Or, il est fils d’un alcoolique mort fou et d’une débile déséquilibrée qui s'empoisonna dans un jour de tristesse.

11 y a dans cette observation en quelque sorte trois tares réunies; alcoolisme et folie d’un côté, débilité mentale de l’autre.

Autre fai t. — H... est un individu au front étroit, au crâne allongé, au nez aplati, aux lèvres épaisses, aux yeux noirs et brillants. Ayant |)erdu jeune ses parents (son père, un alcoo-

IlliuriDITl': DliS CimriNRLS

H([ue, esl moi’L de la l’agc, et sa m(';rc, nue névropatlie jalouse et acariâtre, esl morte dans un asile d'aliénés); il passa sa vie à

vagabonder, et à seize ans il connaissait déjà la pidson, ne reculant pas devant le vol.

Conseillé et aidé par ses « aminclies » (1), il vole un jour le cheval et la voiture d’un marchand de pommes de terre et se fait arrêter. Aujourd’hui il a vingt ans et il a déjà subi quatre condamuations.

Comme on le voit, deux tares ont pesé sur le système cérébrospinal de cet individu : l’alcoolisme et le nervosisme.

Nous venons déjà de voir les névroses associées à la folie dans l’étiologie de la criminalité. Ce sont des facteurs puissants qui, seuls ou agissant conjointement avec d’autres, tels que la folie ou l’alcoolisme, jouent un grand rôle dans l’hérédité des criminels. Dans les chapitres suivants on verra combien de fois on retrouve ces tares chez les ascendants : hystérie ou nervosisme chez la mère, épilepsie ou alcoolisme chez le père.

. On ne saurait croire combien de criminels sont fils d’hystériques. J’ai des centaines d’observations de ce genre. Dernièrement encore, je voyais un fils d’hystérique qui n’a que vingt ans et qui a déjà subi deux condamnations pour coups et blessures.

Autre fait. — Fils d’une hystérique, frère d’un épileptique et d’une strabique. B... est un adolescent de seize ans, à la figure douce et presque angélique, mais au moral déjà profondément perverti et vicié. Un jour il vole des billets an Ciiajne-d'lliver

(1) Ses amis.

iiÉmiDiTn: des criminels

et s’on va boire avec un ami, un galopin de son âge, le produit do son vol. C’est son premier pas dans le crime, mais il ne s’en tiendra certainement pas lâ.

J’ai connu encore un autre issu d’tiyslérique, âgé de 42 ans, (jui présentait un grand nombre <4e stigmates physiques et psychiques de dégénérescence, et qui avait subi doir/e condamnations pour ivresse.

L’épilepsie se rencontre beaucoup moins souvent que l’bystérie dans les antécédents des criminels que j’ai observés. Néanmoins, cette névrose joue encore un rôle important ; on en verra plusieurs cas dans les observations que je citerai parla suite.

Les descendants des névropathes apportent aussi leur contingent à la criminalité. Que de fois j’ai entendu des détenus nerveux, irritables, parfois violents et coléreux et qui me répondaient, lorsque je les interrogeais sur leur mère ; Elle se porte bien, mais c’est une femme très vive, très nerveuse, très irritable, entrant facilement en colère ; ou bien, s’ils me parlaient de leur père : C’était un brave homme, mais un peu emporté et cassant tout quand il se mettait en colère.

Ces névrosés avaient engendré des névrosés à leur image, et ceux-ci, plus lourdement chargés cérébralement encore que ceux-là, étaient devenus, grâce à leur état mental anormal ou insuffisant, des criminels. Voici deux exemples pris au hasard dans mes observations, car ces faits fourmillent.

Le fils d’une névropathe violente et coléreuse, irritable et emporté lui-même, mais assez instruit et assez intelligent, a subi cinq condamnations pour escroquerie. 11 n’a que 27 ans.

Un épileptique, âgé également de 27 ans, et dont l’histoire sera rapportée au chapitre des épileptiques en prison, ayant subi dix-sept condamnations pour ivresse et batteries, est fils d’un alcoolique et d’une névropathe.

IIKIUÎDITK Dli.S CRf.MIN’IÎLS

Mais do loutos les tares liércdilaires, sans contredit la plus fréquente, celle que l’oii rencontre presque toujours seule ou donnant la main aux autres, c’est l’alcoolisme.

Nous verrons plus loin quel lourd tribut les dégénérés paient à la criminalité ; nous verrons les prisons en grande partie peuplées de dégénérés. Or il est un fait bien certain, c’est que l’alcoolisme de l’ascendant est une cause de dégénérescence chez les descendants. Tous les aliénistes ont noté ce fait et y ont avec juste raison insisté. « L'individu qui hérite de l'alcoolique, dit Lancereaux, est en général marqué du sceau d’une dégénérescence qui se manifestera plus spécialement dans les troubles des fonctions nerveuses (1). » Tout dernièrement, le D'’ Grenier, dans sa thèse, citait six observations où Tétat d’ivresse au moment de la conception avait amené la naissance d’individus idiots ou imbéciles. « L’abus des boissons alcooliques, dit-il, entraîne non-seulement de graves perturbations chez l’intoxiqué, mais nous voyons ces désordres se reproduire héréditairement, s’accumuler en quelque sorte et déterminer un état de dégénérescence irrémédiable qui peut aller, suivant certains auteurs, jusqu’à la stérilité (2). »

Je disais tout à l’heure que les prisons étaient peuplées de dégénérés; je pourrais tout aussi bien dire, et avec juste raison, ([u’elles sont peuplées de (ils d’alcooliques. L’alcool, voilà l’ennemi! Il est en effet doublement néfaste, car c’est lui qui souvent pousse le coupable, et c’est encore lui qui allcint la

(1) Lancereaux. Art. Dégénérescences du Dict. encijclnp.

(i) Grenier. Contribution à l'étude de In Descendance des nlcoolùiues. Thèse de Paris, 188S.

IIICUICDITK UES CUI.MhN'EES

closcciidanco., {lélraquanl. le système céi‘él)i-o-sj)inal, auniliilant la volonté. .)’ai déjà cilé deux familles de criminels ayant un alcooli(iue à leur origine.

(Juand, en face d’un criminel, vous ne trouverez ni la folie, ni réjjilepsie, ni riiyslérie chez les ascendants, cherchez l’alcool ; neuf fois sur dix vous verrez que c’est lui qui est cause de tout le mal.

.le citerai quelques faits en détail lorsque j'étudierai l’hérédité alcooli([ue des dégénérés criminels, .le pourrais en citer des multitudes, car en tête de presque toutes mes observations on peut lire : Père alcoolique.

Voici seulement quelques exemples ;

Un épileptique de 26 ans, à face de brute, à l’intelligence obtuse, à la mémoire parésiée, a subi six condamnations pour vagabondage et vols à l’étalage. C’est le fils d’un ivrogne.

Un lils d’alcoolique devient lui-même un buveur d’absinthe incoiTigible. De plus c’est une nature hypocrite, violente, cynique et mauvaise : il a subi treize condamnations pour vols, iilouteries et batteries. Aussi mauvais soldat que mauvais citoyen, son service militaire s’est eiïectué au bataillon d’Afrique, oii il faisait punilion sur punition.

l'el est encore ce dégénéré tuberculeux, âgé de 19 ans, dont il sera (piestion plus loin, fils d’alcoolique tuberculeux, frère de voleur et voleui- lui-même, puisqu’il a été condamné cinq fois pour vols à l’étalage.

11 peut en être de l’alcoolisme comme des vésanies et des névroses : l’hérédité peut sauter une génération, et le lils dont le système nerveux sera épargné enfantera un produit où la tare miliale reparaîlra dans toute son intensité. Néanmoins, je dois reconnaître que cette hérédité retardée d’une génération m’a paru |)cu Iréquente chez les alcooliques; l’alcool est un poison qui UC pardonne pas, mais qui frajipe de suite cl à coup sûr

llÉUliDlTl': ]JliS CIUMINELS

J’en ai cepenilanl rencontré queWjaes cas. Ainsi^ un microcéphale de 33 ans, inintelligent^ paresseux et ivrogne, à la parole zézayante, a subi huit condamnations pour vagabondage et vols à l’étalage. Or, son aïeul paternel était un alcoolique dont il a hérité.

Il est une variété du poison alcool qui semble avoir une influence plus nocive encore que l’alcool lui-même ; c’est l’absinthe, dont les effets déplorables ne sont plus à démontrer et se répercutent jusque sur la descendance. En ces derniers temps, des expériences ont été faites in anima vili.

Ainsi, Gombemalle (1) donneàime chienne, pendant 21 jours, de deux à quatre grammes d’absinthe ordinaire par jour et j)ar kilogramme; cette chienne, après avoir subi les approches d’un chien, met bas de six petits ; un mort-né, un autre n’ayant qu’un testicule descendu, et leur intelligence à tous n’est plus à la hauteur de celle de la mère. Une chienne, fille de la précédente, sans avoir été alcoolisée, a deux chiens et une chienne : le premier animal est chétif, le second meurt après quelques jours d’athrepsic; le troisième meurt le lendemain de la mise bas : il a des anomalies de développement multiples (gueule de loup, cœur à droite, pied droit antérieur en varus, quelques orteils de la même patte atrophiés).

Un chien est intoxiqué avec de l’absinthe Pernod calculée à 100° jusqu’à dix grammes par jour et par kilogramme ; il est enfe'i’mé avec une chienne qui procrée douze petits ; deux mortsnés et dix autres mourant rapidement avec des anomalies diverses

(i; Combemalle, La Descendance des AlcoolUiuos.

mOlUiüITÉ IJKS Cni.MlMiLS

(le dévelü{)|)emenl, des dillerences nolables de poids entre les deux hémisphères céréhraiix.

Ces faits exj)érimentaiix sont d’une douloureuse exactitude; comme l’alcool, et plus peut-être, l’ahsinthe est une cause puissante de dégénérescence et, par suite, de criminalité.

11 est assez souvent difficile de retrouver cette iniluence dans l’hérédité des criminels. Beaucoup savent que leur pore était un ivrogne, mais souvent ils ignorent avec quelle variété de poison il s’enivrait. Et puis, la plupart du temps, qui se grise aujourd’hui avec du vin, s’enivrait hier avec de l’ahsintlie et se soûlera demain avec du rhum ou de l’eau-de-vie. Néanmoins on rencontre heaucoiip d’ivrognes qui ont une prédilection pour tel ow tel genre de boisson, et dont ils s’écartent peu : tel s’enivrera ordinairement avec de l’alcool, et tel autre le plus spuvent avec de l'absinthe.

Un certain nombre de détenus ou de forçats ont pu me donner des détails très précis sur les boissons avec lesquelles s’enivraient leurs ascendants. Ces faits sont on ne peut plus explicites, et rinlliiencc de l’absinthisme des ascendants sur la criminalité des descendants me paraît agir aussi puissamment que i’acoolisme. Ainsi j’ai vu le cas suivant: Un buveur d’absinthe engendre deux ivrognes qui se font tous deux condamner un grand nombre de fois pour vol. Un autre buveur d’absinthe, nerveux et irritable, engendre également deux ivrognes qui se font condamner tous deux pour ivresse et batteries; de plus, le second est devenu un meurtrier. Il se soûle un soir avec un autre individu, ivrogne comme lui, quia la faiblesse de lui laisser voir ([u’il a de l’argent : une convoitise s’allume dans l’àmc du meurtrier; il entraîne le malheureux dans une carrière et l'assassine à coups de couteau et à coups de botte et le dépouille. Cet individu, dont la |)hotographie est reproduite ici, a eu une célébrité de deux jours il y a ([ueh[ucs semaines: condamné à

IllCIUiDirii DES CHIMI.N'ELS

moli par les assises^ sa |)cinc lut commuée eu celle des travaux forcés à perpétuité. {Voijez /ig. /).

Les tails soûl eu quel([ue sorte aussi nets et aussi probants ([lie les laits expérimentaux de Lombemalle.

Les lits des congestifs et des cérébraux sont également assez fréquemment tarés. Fournissent-ils aussi leur contingent au crime? La chose est logique et très probable. Mais il est fort diflicile de se procurer des renseignements précis sur des questions d’un diagnostic médical aussi délicat^ surtout quand ou song» à quels gens on s’adresse. Bien que plus d’un détenu m’ait^assez souvent dit: Mou père est mort d’une attaque d’apoplfexie, je me contenterai de signaler le fait sai>s y insister, les renseignements ne me paraissant pas assez précis.

11 est plus facile de se renseigner sur les antécédents tuberculeux des criminels. xVussi je n’hésite pas à dire que les issus de phthisiques sont nombreux dans les prisons. Mais, dira-t-on, en quoi la diathèse tuberculeuse peut-elle avoir une inlluence sur le développement de la criminalité chez les descendants? Il n’est plus à démontrer aujourd’hui que la tuberculose est une cause puissante de dégénérescence physique et assez souvent intellectuelle. On sait combien les tuberculeux engendrent d’efféminés, de ces êtres indécis, indéfiniment juvéniles, aux formes grêles, aux muscles pauvres, à la barbe rare, rebuts de la nature avare, faibles d’esprit et de volonté, [iroies faciles pour les vices et le crime.

Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, un individu de vingt et un ans, dont l’organisation psychi([ue est aussi pauvre

IIHIU'JIJITK mes CIU.MIMiLS

([üo rorguniscilioii physique, issu do père o(, mère liihcrculeux, IVère d’uu alcoolique, alcoolique lui-mème, maslurhateur eiïréné dans roiifauce, a déjà subi deux coudamualious pour vols à l'élalago el une pour iusullo aux ageiils.

Un autre individu à rinlelligence débile, au i)bysiquo misérable, est né d’une mère morte phthisique. Son frère, qui a subi (piatrc ou cinq condamnations, est condamné à la relégation, et il a lui-mème subi déjà deux condamnations pour batteries.

.le vois encore tous les jours deux débiles issus do parenis pbtbisiquos et qui ont subi tous deux plusieurs condamnations |»our dilTérents motifs.

Le tuberculeux engeudre des dégénérés, et le dégénéré est frère du criminel; il est bâti à son image.

Un résumé, plusieurs raisons étiologiques ])lus ou moins puissantes agissent béréditairement sur le développement de la criminalité. En première ligne se place l'alcoolisme, puis viennent les vésanies et les névroses, et enlln, à titre secondaire, la luberculose.

Mais comme on a pu le voir, il est très fréquent de rencontrer ces l’aisons patbogéni(|ues associées et agissant simultanément. Cbaipie facteur étiologique apporte sa lare plus ou moins lourde, et cbacune d’elles agit plus ou moins puissamment surle produit, (pii sera plus ou moins défectueux aii|)oiiit d(! vue pbysi([ue, psycbi(|ue et moral.

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