MENDIANTS ET VAGABONDS DANS LES PUISONS
Le code pénal français définit le vagabondage « l’état de ceux qui n’ont ni domicile certain, ni moyens d’existence et qui n’exercent habituellement ni métier ni profession ».
.Mais parmi les vagabonds que l’on enferme dans les prisons, il faut distinguer plusieurs catégories très différentes les unes des autres et que nous allons énumérer.
D’abord faut-il distinguer les mendiants des vagabonds ? En mettant de côté quelques rares exceptions, en éliminant les quelques individus ayant un domicile et même quelques ressources leur permettant de vivre, et qui cependant s’en vont tendre la main, jouant la misère et exploitant la charité des passants, les délits de mendicité et vagabondage vont rarement l’un sans l’autre. Qui dit vagabond dit mendiant, et qui dit mendiant dit vagabond. Le malheureux qui court les chemins, traîne toute la journée dans les rues et sur les places publiques, dort sur les bancs des boulevards ou sous les ponts de la Seine, n'a certes pas d’argent en poche, et, s’il veut manger un morceau de pain, il faut bien (jii’il mendie. Donc, mendiant ou vagabond, pour nous c’est la même chose.
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Il csl uiié première Ccilégoric de vagabonds et de mendiants constituée par des individus qui se trouvent dans une impossil)ilité plus ou moins complète de gagner leur vie ; ce sont les infirmes. Tel individu naît aveugle ; tel autre, à la suite de convulsions, devient paralysé dbm on des deux membres. Comment ces individus pourront-ils pourvoir à leurs besoins ? S’ils appartiennent à une famille je ne dirai pas riche, mais un peu aisée, leurs parents pourront leur faire donner une certaine instruction^ et alors ils gagneront leur vie tantôt comme em- ])loyés de bureau, tantôt comme caissiers dans un magasin, etc. Sans être des heureux, ils auront au moins le nécessaire et ils pourront se mettre à l’abri du besoin. Mais si l’estropié appartient à une famille pauvre et misérable, qu’adviendra-t-il de lui ? Maltraité et mal vu de ses parents, qui le considèrent comme une bouche inutile qu’il faut nourrir, il se trouvera un jour dans la rue sans le sou et avec des bras impuissants à lui donner du pain et un gîte. S’il n’a pas la chance d’être accueilli et placé dans un asile spécial, il tombera fatalement dans la misère, il 'deviendra un mendiant et un vagabond, peut-être même un criminel. Un soir qu’il aura tendu vainement la main toute une journée sans pouvoir apitoyer les passants, si son estomac cric trop fort. Il volera. Ch quoi ! dira-t-on, on trouve do ces déshérités en prison ? Oui, certes, et on ne les compte pas. Pour ma [lart, j’en ai vu et interrogé des quantités. J’ai connu ces temps derniers, à la Santé, un individu qui a passé ju-csquc toute sa vie en prison, qui est né et a vécu dans le
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malheur. Enfant naturel, sa mère l’accueille comme une faute et uu fardeau et elle essaie de se détruii’e avec lui. Plus tard, tes convulsions le tordent sur un lit d hôpital et il reste hémiplégi- ([ue. Sachant à peine lire et écrire, il ne voit presque pas clair, car une taie opaque voile son œil gaucho ; il a subi plus de vingt condamnations pour mendicité et vagabondage, et il n’a encore que 37 ans. Il ne sort de prison que pour y rentrer. Aussi il se plaint avec amertume, récrimine contre les autorités judiciaires qui, au lieu de le placer dans un hospice, où il serait à sa vraie place, le jettent en prison parce que, dit-il, la nourriture y coûte moins cher.
Un individu âgé de 2‘J ans, lils d’un ivrogne et d’une tuberculeuse, a déjà subi sept condamnations pour mendicité. Il est hémiplégique depuis l’âge de 13 mois et ne peut marcher ([u'avec des béquilles. Epileptique par-dessus le marché, il roule de prison en prison.
(les faits sont très fréquents, et on no saurait se ligurer combien de ces pauvres diables vivent dans les prisons, qui sont pour eux des espèces de refuges. Dernièrement je voyais un aveugle arrêté pour mendicité et condamné à quinze jours de pi-ison.
Ceux-là sont on quelque sorte des vagabonds-nés ; les malheureux sont condamnés au vagabondage on venant au monde. IMais, chose qui surprendra plus encore, il est dos individus qui ont toujours vécu honorablement,qui onttoujours bien travaillé et ([ui un jour, devenus infirmes par accident, tombent dans la misère et viennent échouer en prison, (les faits sont lamentables sans doute, mais ils n’en existent pas moins, .l’ai connu à la Santé un maçon qui jusqu’à i.3 ans avait toujours travaillé et vécu honorablement. Un jour il se laisse tomber du haut d’un échafaudage et se casse le bras droit. La fracture ne guérit pas et nécessité la résection d’une poidion do l’humérus. Dès loi’s