‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 18 sur 132 · FOUS .MOUAL'X ET CRIMINELS-NÉS · texte numérisé non relu

FOUS .MOUAL'X ET CRIMINELS-NÉS

n’ayanl encore jamais élé traduites en français, colle-ci aura pour nous tout l'inlert^t et tout l’attrait d’une nouveauté.

B... est né à Wansea (Wales), le 26 juin 1843. A dix ans il émigra au Canada avec son père, sa belle-mère et sa sœur. La belle-mère ne l’a connu que dix jours avant leur départ pour le Canada; il avait toujours été à l’école. Elle raconte qu’il a sans cesse été dans les mêmes dispositions depuis qu’elle l’a connu : taciturne, paresseux, traître et méchant. Dès son premier âge, il aimait à torturer les animaux domestiques ; il traitait avec cruauté les membres plus jeunes de la famille.

Une fois, sous prétex;te d’aller cueillir des baies sauvages, il entraîna avec lui un jeune garçon. Arrivé dans un endroit écarté, il dépouilla l’enfant de ses vêtements et se mit à le fouetter avec une longue gaule de saule; non content de cela, il le mordit cruellement et l’égratigna au bras et sur différentes parties du corps, le menaçant, s’il poussait un cri, de le tiiea' avec un couteau de table qu’il avait secrètement emporté avec lui. Les cris de l’enfant attirèrent l’attention d’un laboureur qui accourut à son secours et lui sauva vraisemblablement la vie.

Peu après cet acte de cruauté. B... fut arrêté pour avoir coupé la gorge d’un cheval de prix appartenant à un voisin. Quelque temps avant ce fait, les gens qui habitaient dans le voisinage de B... s’étaient vivement émus, craignant pour leur bétail. Les chevaux n’étaient plus en sûreté la nuit dans leurs haras; souvent, en effet, on en avait trouvé le matin avec la gorge blessée. Ils n’étaient même plus en sûreté dans les écuries, puisque quelques-uns avaient eu la gorge coupée en plein jour. A la même époque, les gens du voisinage remarquèrent que le nombre de leurs volailles diminuait d’une façon inaccoutumée. Lorsque B... fut arrêté pour le cheval qu’il avait blessé à la gorge, il avoua qu’il était non-seulement l’auteur de cette vile action, mais encore qu’il avait mutilé les autres animaux dont

FOUS MORAUX KT CRlMINliUS-NKS

nous venons de parler, qu’il avait lue les volailles en leur tordant le cou, les cachant ensuite. Pour ce délit il lut condamné à un an de prison. Lorsque, sa condamnation purgçe, il revint à la maison, sa famille se moiltria plus défianto et le surveilla avec plus de soin, épié dans la journée et placé dans une chambre séparée pendant la nuit. Ces mesures étaient nécessaires pour la sécurité de la lamille, car il avait essaye d étrangler son jeune frère, qui occupait le même lit que lui.

Un jour,, peu de temps après sa sortie de prison, la belle-mère de li... laissa à la maison un petit enfant endormi, ne sachant pas que B... s’y trouvait. Peu de temps après, un autre enfant l’avertit que le baby criait, et, en arrivant dans la chambre où elle l’avait laissé endormi, elle s’aperçut qu’il avait disparu. B... avait porté l’enfant dans sa propre chambre, l’avait placé sur son lit et l’avait couvert d’une pile d’habits. Quand on arriva, l’enfant était presque étouffé, et ce fut avec beaucoup de difficulté qu’on le rappela à la vie. Immédiatement après cet attentat. B... vola une somme d’argent considérable dans le secrétaire de son père et essaya de s’enfuir avec; il fut arrêté et on lui reprit l’argent. Pour ce délit, reconnu coupable, il fut condamné à passer sept ans dans un pénitencier. Pendant l’accomplissement de sa peine, il fut transféré à l’asile de criminels annexé à la prison; mais, à l’expiration de son temps, il fut relâché. Redevenu libre, il s’engagea dans un régiment de cavalerie. Le cheval qu’on lui donna n’étan't pas bon, il dut, pendant une marche, rester en arrière ; profitant de cette occasion qui lui parut favorable,, il conduisit le pauvre animal dans un marais profond, le frappa jusqu’à ce qu’il fut complètement dans la vase et l’abandonna. Le lendemain matin le cheval' fut trouvé mort. B..., déserteur, revint chez lui où il fut comme auparavant attentivement surveillé. i

îsa dernière fuite eut lieu à la suite d’un accident. B... et son

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père étaient un soir chez un voisin ; en pelant une pomme, le vieillard se coupa si profondément la main que le sang se mit à couler abondamment. On remarqua que B... était devenu inquiet, nerveux, pâle et qu’il s’était produit un grand changement en lui. Il profita du trouble produit par l’accident pour s’échapper de la maison et s’introduire dans la cour d’une ferme voisine où il coupa la gorge d’un cheval et le tua.

Comprenant la gravité de ce crime, il se sauva dans les bois, où il resta caché jusqu’à ce que l’occasion se présentât pour lui de commettre un autre crime beaucoup plus grave. Observant une jeune fille qui ramassait du bois, il l’attendit jusqu’à ce qu’elle vînt près de l’endroit où il était caché, se rüa sur elle, la renversa et la viola {and coinmited a criminul assaidt on lier) ; pour ce dernier crime, il fut condamné à être pendu ; mais la peine fut commuée en un emprisonnement à perpétuité. Pendant qu’il subissait sa peine, il fut transféré à l’asile-prison. Au bout de dix ans à peu près, il fut gracié. Pourquoi? Cela est resté un mystère. Dans son voyage de la prison à son domicile^ à quelque distance de la maison de son père, il entra dans un haras, prit un chevaC l’attacha à un poteau télégraphique^ le mutila d'une façon abominable [mutilated it in a shockinc/ manner)^ lui faisant une incision au cou, une autre au ventre et lui coupant le bout de la langue. Pour cet acte d’atrocité, il fut arrêté, et, quoiqu’il n’y eût aucun doute sur sa culpabilité, il fut acquitté sous prétexte de folie et envoyé à l’asile de Kingston.

Cinq ans plus tard il s’échappa. Il y avait à peine une heure qu’il était absent de l’asile et déjà les employés le poursuivaient ; néanmoins il attrapa une jeune fille et essaya de la violer.

Outre ces crimes il commit encore une foule d’autres délits. A l’asile des criminels il essaya de castrer un pauvre imbécile avec un vieux couteau de cordonnier qu’il s’était procuré on ne

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sait coiumeiil. Il piqua avec une rourclieüe le ventre d’un autre imbécile sans défense et, non satisfait de cela, il mordit sur le ventre, la poitrine et nombre d’autres endroits le pauvre garçon, qui n’avait même plus assez d’idée pour crier. Il tua beaucoup de petits animaux et d’oiseaux, tels ([ue des chiens, des chats, des pigeons, des volailles. Il poussa beaucoup de malades innocents à se masturber et inlroduisil les plus vicieuses habitudes dans la maison.

(l’était un grand poltron, et il n’a jamais osé attaquer des jiersonnes capables de lui faire delà résistance. Les jeunes filles, les enfants, les aliénés sans défense, les animaux et les oiseaux étaient les sujets qu’il choisissait de préférence.

L’est là un type accompli de perversion morale.

Let Individu ne vivait que pour faire le mal ; on peut le placer au sommet de l’échelle. Est-ce un fou ou un criminel? L’aliéniste anglais semblerait pencher pour cette dernière idée.

l’our mieux faire sentir le peu de différence qui existe entre le fou moral et le criminel-né, je citerai une autre observation, empruntée au traité de R. von Krafft-Ebing (1). On verra mieux ainsi par quelles dégradations pour ainsi dire insensibles on peut passer de l’un à l’autre. Comme la précédente, cette observation n’a pas encore été traduite en français. C’est pour nous j)resque un fait inédit. Elle est publiée dans l’ouvrage allemand

sous le titre : Angehorems momlische Irresein (Folie morale

congénitale).

F..., trente-cinq ans, servante, non mariée, descend d’un père excentrique et déséquilibré. Sa mère est inconnue. Un de ses frères est atteint de folie périodique et un autre est un individu bizarre.

La malade vint au monde chétive; c’était une enfant maladive, très émotive. Elle était maladroite, inappliquée, indo- (1) KralTt-Ehing. Lehrhuch der Psychiatrie. T. fT, p. I2:j. Rfiohnch. 2!).

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lenle, entêtée, iiTitable au plus liant point, sauvage, gourniamle, versatile, incafiable de s’attacher à un travail ([uelconque, brutale, insensible, n’obéissant cpi’à ses goûts et à ses caprices.

Ses règles apparurent à dix-sept ans sans troubles.. \ dix-neur ans, à la mort de ses parents, elle dut se chercher une place de servante. Elle ne pouvait rester longtemps nulle part, ordinairement renvoyée au bout de peu de temps parce qu’elle était corrompue et menteuse, qu’elle recherchait les hommes et se livrait à la prostitution. Toutes les tentatives de son honorable famille pour la remettre dans le bon chemin restèrent inutiles. Elle vendait ses habits et dépensait en friandises tout l’argent que ses sœurs lui laissaient et tout ce qu’elle gagnait par son travail et la prostitution. L’amour-propre, rattachement pour ses braves sœurs, lui étaient des sentiments inconnus. Quand elle n’avait plus rien, elle recherchait ses sœilrs pour les mettre à contribution. Sa mauvaise conduite lui attira souvent des difficultés avec la police, dont elle violait ouvertement les règlements par des scandales déplorables.

Comme définitivement elle ne pouvait plus trouver de service, ses sœurs la prirent avec elles. Elle se rendit bientôt insupportable à son honnête famille par ses actes d’une grossièreté révoltante, par sa corruption, sa négligence, son entêtement et sa dissipation. Elle s’en allait rôder aux environs avec des habits malpropres^ jetait des allumettes entlammées sur le sol et ne craignait pas, le soir, de se tenir sur la porte de la maison pour raccoler des hommes. Enfin ses parents reconnurent que c’était une malheureuse incorrigible et la chassèrent de chez eux.

F .. traîna dans les lupanars de toutes sortes, dans les bouges et les asiles, souvent sans abri, jusqu’au jour où elle fut arrêtée par la police. Elle entra alors dans une violente colère, gesticulant comme une furieuse, à tel point qu’on dut l’envoyer de la salle d’observation à riiôpilal,

l’OLS .MUlt.UX ET ClU.MIM'JLS-MiS

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Elle jouait la vertu otïensée, ue voulait pas se plier au règlement de la maison, chassait les autres malades. Son irritabilité la jetait perpétuellement dans de grandes colères. Elle était devenue violente, ne cherchant que disputes, et la méchanceté était le mobile de tous ses actes.

La malade est de taille moyenne, laide, avec des traits gros- .siers. Sa communauté et sa frivolité sont écrites sur son front étroit, plat, sur son visage aux narines écrasées, au nez aplati et court, aux contractions spasmodiques des muscles du coin de la bouche.

Elle est lourde dans ses mouvements; elle a la démarche traînante. Pour des riens elle se querelle et entre dans de violentes colères. Elle est intraitable, grossière et brutale, paresseuse, cherchant à détourner les autres malades du travail, violente et injurieuse, épiant les hommes, réclamant sans cesse sa sortie sans savoir ce qu’elle veut faii*e dehors.

.le présenterai maintenant deux observations recueillies à l’inlirmerie centrale des prisons de Paris, dans le service deM. le

iJ’’ \ ai’iot. On verra combien ces individus diffèrent peu de ceux dont on vient de lii’e la triste histoire. Tous leurs actes sont empreints de cette même aberration moi’ale étrange et presque inexpliquée, de ce même amour du mal qui épouvante et remplit Pâme de l’observateur d’un douloureux étonnement.

11... est un garçon de vingt-quatre ans, marchand des quatre saisons. Ayant pei’du sa mère de bonne heure, il a vécu avec son |)èrc, qui l’amena j’eune encore à Paris. Ce dernier est un alcoolique et a été lui-méme enfermé pour vol.

H... sait à peine lire et pas du tout écrire, bien qu’il soit allé assez longtemps à l’école. Ce fut un enfant indocile et vicieux, plein de méchanceté. 11 refusa de faire sa première communion, ne mellani jamais les |)ieds à l’église. 11 déserta jeune le toil |tci(ei iiel, ou il ne recevait, dit-il, que des coups; marchand des

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