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li'r's j('unos |)ai' un mal stihil , (lil-oii, pi’obahlcünoiiL par la mriiiiigilo. (V(n/(‘Z fnj. 10).
LliS OlitiliiNEUliS UAiNS LKS PUISONS
trois mois, dans un établissement médical do Moi-deaux, à un traitement hydrothérapique pour des troubles nerveux.
Chamhige était un enfant susceptible et boudeur. Il se lâchait rouge quand, à raison de ses oreilles très grandes, rabattues en avant, on l’appelait Midas. Plus lard, il devint un écolier silencieux et incompris^ replié sur lui-mème, sujet à des crises de larmes, à des désespérances soudaines dont il eût été bien embarrassé d’ex[)liquer la cause. « Dans mon enfance, dit-il luimème dans sa curieuse autobiographie, je me précipitais dans les récits merveilleux avec une fougue véhémente. Puis vint la folie de la croix. Je communiais plusieui’s fois par semaine en baisant le Christ. Je sentais mon àme se fondre. Je fus dévoré, torturé, brûlé par des scrupules religieux. J"ai passé des nuits à remâcher des remords imaginaires. Le sujet de ces remords me ferait aujourd’hui sourire, s’il ne m’avait tant fait pleurer!
«... L’adolescence vint. Je disais des vers avec feu. Je passais des nuits à lire Hugo. A cette époque j’étais vierge, je le restai très lard. Je lus prodigieusement, les poètes surtout. Moi-même je faisais de très mauvais vers avec de très beaux sentiments ».
Les anciens condisciples de Chambige avaient déjà remarqué son style étudié et prétentieux. Selon Tarde^ c’était là une prédestination au décadentisme, et cette maladie du style en gestation se liait à une maladie bien plus grave de l’amour-propre congestionné qui, pour se préserver et se dilater, s’isolait, effet de ce subjectivisme artificiel où, faute d’un suffisant régime scientifique, tombe un esprit plus soucieux de ses impressions (pie de leur objet, de soi-même que de l’univei'S et des mots que des choses, üe bonne heure Chambige a révélé ce goût des coteries jalousement closes, qui est le svmptôme habituel des blessures ou des enllures de l’orgueil, mais aussi des attachements passionnés et dévoués du ctiuir. Il s’attachait à un nombre ti’iîs restreint de camarades, (jii’il fréquentait cxclusiVemenf. Il
loO LES DÉCiÉNÉUÉS DANS I.ES IMUSONS
(Mil, ù lYi|)0([iic de la puberté, une de ces liaisons ([ui se l’on! au collège entre camarades. Cet amour gar(;ouuier jiarut modilier profondément son caractère. Il devenait rêveur, il corres|)ondait journellement avec son ami, souvent en vers. Il paraissait prendre la chose très an sérieux et conserva celte Intimité tant (|u’il resta au collège.
Au (juartier latin, Chambige se renferma dans un même cénacle (Camitiés exclusives. Le soir, dans sa chambre de la rue Gay-Lussac, entouré de quelques intimes qui lui ont gardé une fidélité touchante, il lisait quelques pages de son livre : La Dispersion infinitésimale du cœui\ dans lequel il racontait les vaines recherches de son âme tourmentée.
Mais c’était toujours le meme individu inconséquent et énigmatique.
Une demoiselle Paula, de celles qui versent la bière dans les brasseries du quartier Saint-Michel, le déterminait quelquefois à la reconduire quand il s’était attardé jusqu’à la dernière minute, songeur et muet, derrière l’échafaudage des soucoupes. Le lendemain^ elle-même reparaissait soucieuse et attristée :
— Qu’a donc ton ami? disait-elle à un des plus chers camarades de Chambige^ M. M... ; il a passé la nuit à pleurer, il me suppliait de ne pas le quitter.
— Il faut rester près de lui, répondait M. M... ; reste, en le console !
— Mais on ne peut donc pas savoir de quoi il souffre ? s'écriaitelle dépitée. C’est donc sacré ce secret-là?
« Plus j’ai pensé, dit Chambige^, plus je me suis déséquilibré. Dans mon roman de la Dispersion infinitésimale du cœur, j'ai parlé avec détail de mes premières espérances d’amour. Tout me dérouta, tout me choqua. Ce ([ui pour d’autres eut été vaudeville, fut drame pour moi. « C’était donc cela^ l’amoiir ! Je l’avais rêvé grand, exclusif, fidèle. Je le trouvais piètre, mesquin, ver-
LES UÉGÉNÉKÉS DANS LES PRISONS
loi
salile. Mes propres senlimcnls me parurent fragiles et rachiliques.
« J’en conclus que j’étais un être impuissant, manqué, une lin (le famille !
« Que d'appels à lamort! La recherche d’aimer^ sachant que l'on n'aimera plus, et avant la vingtième année !
(( Ce fut chez moi une idée hxe, et je recréais, au prix de ([uelles larmes! le système entier d'iléraclite : tout coule.
« Le scepticisme fut l’outil de démolition qui frappa sans relâche la maison de mon àme, jusqu’au jour où je fus devenu, comme Montaigne, Sainte-Beuve et Renan, un homme absolument impartial, ce que le public appelle avec une antipathie marquée un homme sans conviction.
« Voilà où m’avait conduit la recherche troj) ardente de la vérité par une intelligence de bonne foi.
« Le motif était noble; la peine est infinie 1 »
En résumé, Chambige, à vingt ans, se croyait désabusé et désillusionné de tout.
« 11 m’est arrivé un jour où, à force de sortir de moi-même, dit-il, j’ai ramassé en un seul tous les grands problèmes de sentiments et où j’ai écrit à la page du cœur, comme il
m’avait fallu écrire néant à la page de l’esprit.
<> Quel jour que ce joiir-là ! Le continuel transport de mon cuujr dans tous les cœurs avait produit eu moi un pêle-mêlo anarchique. Tout m’était autre, même moi! »
Cet état d’esprit déplorable devait avoir son contre-coup physiologique. Une usure nerveuse aussi prodigieuse devait porter ses fruits. Chambige tomba dans le marasme. Dès cette é|3oque, dit-il, l’idée du suicide l’obséda constamment, u J’avais peur de la folie, s’écrie-t-il. Un jour, je me sentis irrésistiblement porté à saisir un couteau placé sur un billot; je dus m’enfuir. J’étais devenu un pathologique, un cérébral. Désormais je devais passer