CHAPITRE XI
LES ÉPILEPTIQUES DANS LES PRISONS
Dans quelle pro|)orlion les épileptiques existent-ils dans les prisons ? J'ignore si des recherches ont été faites dans ce sens et si des statistiques ont été dressées ; pour moi, la question est actuellement insoluble. En effet, beaucoup d’épileptiques cachent leur mal et, s’ils n’ont pas d’attaques pendant leur séjour à la prison, ils passent inaperçus. Bien plus, 11 en est d’autres qui ignorent leur mal. On sait combien sont nombreux ces cas d’épilepsie fruste si bien étudiés par Legrand de Saulle. Combien d’individus qui se croient simplement atteints de vertiges et qui sont épileptiques! Or, comment un examen de quelques secondes permettrait-il au médecin de découvrir ces cas cachés?
Il est donc impossible de donner une proportion même approximative. Tout ce que je puis dire, c’est que j’ai vu passer dans les prisons un grand nombre d’épileptiques. J’ai recueilli l’histoire pathologique et criminelle de beaucoup d’entre eux. Je vais présenter ici quelques-unes de ces observations et j’essaierai de montrer que toutes les formes et toutes les phases du mal comitial se rencontrent chez mes malades et qu’ils diffèrent peu ou point de ceux enfermés dans les asiles. Laissant entièrement de côté la question de la responsabilité des épileptiques, si magistralement traitée par Legrand du Saulle, je m’appliquerai à faire ressortir cette véiâlé qui m’a souvent frappé en interro-
LES ÉPILEPTIQUES DANS LES PPISONS
geanl mes malades, c’esl que les délits pour lesquels ils ont été condamués, malgré leur apparence d’aclioiis voulues et libre* meut cousenlies, avaient presque toujours été commis sous riniluence de l’état épileptique ou encore pendant ce que Ki-aiïllilbing a appelé « l’état crépusculaire de l’épilepsie » ; et je concilierai avec Voisin que la « distinction des épileptiques en fous et non fous est un sophisme sans aucun appui pratique ».
A chaque instant on rencontre des individus condamnés pour vols périodiques à peu près inexplicables et dont Us sont étonnés eux-mêmes. Ils reviennent un grand nombre de fois dans les prisons, et toujours pour la même raison ; « il y a toujours récidive, et la récidive dans ce cas est invariable, implacable » (1). Je n’aurais que l’embarras du choix si je voulais citer des faits; les livres sur l’épilepsie en sont pleins. (Voir Legrand du Saulle, Magnan, Krafft-Ebing, Lombroso, etc.)
Mais il est un autre genre de délit assez commun chez les épileptiques : je veux parler des attentats à la pudeur, attentats le plus souvent aussi inexplicables que les vols des épileptiques. Un individu dont la vie a toujours été régulière et honnête, dont le tempérament génital n’a rien d’exagéré, se livre tout à coup à un attentat qui l’étonne lui-même autant qu’il étonne son entourage, et cela alors même qu'il peut se procurer des femmes avec la plus grande facilité.
Prenons des exemples.
G..., âgé de soixante-quatorze ans, originaire de la Haute- Saône, ne peut donner de renseignements sur ses parents qui sont morts jeunes. Il ne se rappelle pas avoir été malade, mais
(1) Legrand du Saulle, Etude midioo-légale sur les épileptiques, p. 2(J.