I.KS KPII-EI'TIQUES dans les puisons
moins d’altrapep dos maladies et que souvent on n’est pas obligé de les payer.
M... raconte rhistoire do son crime et de son arreslation avec une calme IVanchise, mais sans cynisme. Il a plulAI 1 air étonné et il avoue qu'il ne s'expliijue jias bien pourquoi il a lait cela.
Il connaissait aux environs de Lille une famille chez laquelle il venait souvent passer quelques jours de vacances. Il avait
conquis la confiance de ses hôtes qui allaient quelquefois jusqu’à lui laisser la garde de leur fille âgée de seize ans. Dans ce contact familier il s'éprit d’elle. Se sentant trop mûr pour le mariage et redoutant un refus humiliant, il n’osait faire une demande et se contentait d’embrasser à la dérobée la jeune lillc, qui ne se fâchait point ; il n’osait point non plus lui faire des propositions déshonnêtes, « et cependant, dit-il, je suis persuadé qu’elle n'aurait pas refusé; mais je n’ai pas osé ». Craignant de la voir marier à un autre et de la perdre à jamais, une idée germa dans son esprit : posséder la jeune fille pendant son sommeil. Cette idée alors le hanta sans cesse et un jour il se décida à la mettre à exécution.
Etant venu passer quelques jours dans cette famille, il avait eu soin de se procurer du laudanum chez un pharmacien; il en prépara vingt ou vingt-cinq gouttes dans un petit flacon, et, le soir, pendant le dîner, il les versa dans le verre de la jeune fille qui but sans s’en apercevoir. Puis il prit congé et feignit de partir; mais il revint sur ses pas et alla se cacher furtivement dans la chambre de la jeune fille, qui ne tarda pas à venir se mettre au lit. Aussitôt qu’elle fut endormie, il se coucha près d’elle et pratiqua le coït complet. Chose assez singulière, la jeune fille, que l’on considérait comme À’ierge^ aurait déclaré à l’audience n’avoir rien senti et n’avoir pas été réveillée parcelle approche. M... raconte que pendant l’acte, elle aurait ouvert
Lies lei'ILLP'l'IUUKS DANS LKS PUISONS
les yeux cl Uii aiirail môme i-cndu un baiser, ce qui porle à croire que le viol ne lui semblail pas Irop désagréable.
Son altcnlal accompli, M... descendu en attachant les draps à la fenêtre et prit la fuite. Le lendemain matin, les parents, voyant la fenêtre de leur fille ouverte, avec les draps encore pondants, comprirent facilement de quoi il s’agissait et portèrent leurs soupçons sur M...,qui fut arrêté six mois après. Intimidé par le juge d’instruction qui lui déclara qu’il était accusé par la jeune fille, il fit des aveux complets et fut condamné à cinq ans de réclusion. C’était sa première condamnation.
En somme, pourquoi cet homme honnête et hon aurait-il commis ce crime inutile? Il reconnaît lui-même que s’il avait demandé à la jeune fille de coucher avec lui, elle ne le lui aurait certainement pas refusé, comme tout par la suite porta à le croire; son silence d’abord, et, après, la mollesse avec laquelle elle l’a accusé. Et puis, la dose d’opium qu’il lui avait administrée, était certainement insuffisante pour amener un sommeil aussi profond. Elle s’est donc pour ainsi dire prêtée au viol. Enfin la calme sincérité avec laquelle M... avoua tout sans réticence, son absence de remords, son chagrin et son étonnement de se voir en prison, tout doit faire incriminer Tépilepsie.
ITT
Comme l’ont très bien montré Legrand du Saulle et Magnan, certains épileptiques présentent après l’aftaque, et surtout après l’attaque incomplète, de courts accès de délire qui les amènent à commettre des délits plus ou moins graves. Et chez ces indi-
LliS Kl’IMOPTIOL’KS DANS UOS PlUSONS
vidas « l'accès est toujours le même. L’empreiule est prise et le cliché reste. A cluupie accès subséquent une nouvelle épreuve est tirée » (1). Voici par exemple une observation (|ui est des plus j)robantes à ce point de vue.
(i... vingl-sej)t ans, copiste, né dans l’Ain, est lils d’un ivrogne et d'une névropathe. 11 a une sœur vivante etbien poi’tante; mais il a eu un frère ([ui est mort à l’àge d'un an de convulsions. Une de ses cousines germaines est morte épilepticpie.
(1... a eu des convulsions à l'àge de deux ans. A onze ans il a été sourd momentanément, puis cette surdité est disparue comme elle était venue. C’est un garçon de petite taille, à la face large et inintelligente. Voici ses diamètres crâniens :
1). antéro-postérieur 191
— transverse 166
— bizygomatique 1.60'“”*
Indice céphalique 87
Il s'exprime avec lenteur et prétention. 11 a fait ses classes au séminaire de son pays jusqu’en cinquième, puis il est revenu travailler à la campagne avec ses parents. Leurs alfaires ne marchant pas, il vint à Paris s’employer comme copiste, gagnant deux ou trois francs par jour.
Ses premières attaques d’épilepsie se seraient montrées à l’àge de dix-huit ans. Elles survenaient d’abord tous les buit jours, fil en a eu une sous nos yeux]. Quelquefois il a des attaques incomplètes. Etant en train de marcher, il s’arrête brusquement, pris de vertige, pousse un cri sans perdre connaissance; mais, pour ne pas tomber, il est obligé de courir.
C... a subi dix-sept condamnations pour ivresse et rébellion envers les agents. Il ne s’explique pas bien pourquoi on l’arrête; il est ahuri, étonné et semble accepter son sort avec résigna-
(1) Lngrand du Saullo. Loc. cil.
LKS KnLKI'TKjUKS DANS ÎJ’.S l'IilSONS
lion cl mélancolie. « Je vais faire une |)aiiie et boire avec des amis, diL-il; je me rappelle de loiiLce quis’csl passé jusqu’à un moment donné, et puis ma mémoire oublie le reste. Le lendemain je me réveille en prison; on m’apprend que j’ai fait dn scandale, que je me suis roulé dans la rue, que j’étais ivre, que j’ai insulté les agents ou les passants et on me condamne. »
11 est évident que cet individu se fait arrêter alors qu'il est encore sous rinlluence du mal comitial. Sa démarche bizarre, ses courses précipitées, ses excentricités le font prendre pour un homme ivre; les agents interviennent et alors, sous l’inlluence d’hallucinations sans doute, il commet des actes de violence.
Tel est encore le cas suivant.
A..., vingt-neuf ans, boulanger, est né dans le Morbihan. Lien à relever dans ses antécédents héréditaires au point de vue nerveux. Plusieurs de ses frères sont des ivrognes.
A... s’est beaucoup masturbé étant jeune. Il est allé à l’école dans son village et sait bien lire et écrire. Jusqu’à l’àge de seize ans il resta avec ses parents, puis «se mit sur le tour de France », c’est-à-dire qu’il voyagea pour gagner sa vie. 11 fit alors des excès de boisson, buvant surtout du vin et de l’eau-devie. Il avait des pituites, des cauchemars, et il présente encore actuellement un tremblement très marqué de la langue.
A... est sujet à des atlaques d’épilepsie depuis Page de vingtdeux ans, tombant plusieurs fois le même jour. Il présente en effet des morsures très nettes de la langue. Il a subi quatre condamnations, toutes pour ivresse et rébellion envers les agents. « Lorsque j’ai bu, dit-il, je deviens un autre homme; il paraît que je suis inéchanp comme fou. L’ivresse passée, je ne me rappelle plus de rien ».
Dans cette dernière observation, il y a lieu de tenir compte de l’alcoolisme et de l’ivresse; mais 1 épilepsie y jone aussi sou rûh'.
LKS lil’ILIil'TinLLS UANS LKS l'IUSUNS
Si les clélils commis sous l’inllucncc du vertige ou de l’acecs épileptiques soûl déjà nombreux, ceux commis sous rinflueuce des impulsions épileptiques sont plus nombreux encore. « A la suite d’un vertige, d’un accès incomplet ou d’une attaque convulsive, un épileptique peut avoir un désir spontané, involontaire, immodéré, d’accomplir une action ràclieuse. A chaque manifestation comitiale nouvelle, le môme désir s’impose. L’impulsion est le plus souvent brusque^ impérieuse, irréfléchie. Elle éblouit, domine, fascine, arme le bras et immole. C’est une sorte de convulsion mentale qui ne laisse après elle qu’un souvenir confus ou nul du crime accompli » (1).
Magnan s’exprime à peu près dans les mômes termes. « Les impulsions liées à l’épilepsie, dit-il, ont un caractère de fatale irrésistibilité qui dépasse de beaucoup l’impérieux besoin de boire du dipsomane, la ténacité parfois si opiniâtre du mélancolique halluciné à se suicider ou à frapper son entourage, et, d’une manière générale, les tendances impulsives de tous les autres délirants. Elles ont de plus quelque chose de terrrible et d’étrange : c’est l’inconscience absolue du malade dans la plupart des cas. Et tandis que le dipsomane essaie de résister à la boisson, s’attriste, se cache et ne succombe enfin qu’après une véritable lutte, l’épileptique, au contraii-e, involontairement, automatiquement, frappe ou tue, très surpris après l’accès des scènes souvent si dramatiques dont il vient d’être l’auteur » (2).
(1) Legrand du Saulle. r.oc.cil.
(2J Magnan. Leçons sur l'épUepsie, p. d.
LIOS KPILICl’TinlllCS JJA.NS I.ES PUISONS
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Eh liieii ! quoique peine qu’on ail à le ci-oirc, ces impulsions irrésistibles el l'ai, aies amènenl en prison pas mal frépilepli([ues. On n’a (ju’à lire les deux observations suivantes pour s’en convaincre.
U..., vingt ans, polisseur sur métaux, originaire de Paris, est lils d’un ivrogne. Il a une sœur âgée de vingt-deux ans qui a des attaques d’épilepsie depuis Tage de quinze ou seize ans.
li..., ayant perdu jeune ses parents, fut élevé par une de ses tantes, qui ne l’envoya guère à l’école; aussi il ne sait ni lire ni écrire. Il se dit très sobre. Depuis l’âge de dix ans il est sujet à des attaques qui revenaient d’abord tous les huit jours, et maintenant seulement tous les mois. Il existe des cicatrices de morsures sur la langue et un tremblement des mains très prononcé.
D... raconte sans remords et avec une pointe de mélancolie que, dès son enfance, il éprouvait en quelque sorte le besoin de voler, volant d’abord les jouets de ses petits camarades, puis volant tout ce qui lui tombait sous la main, le plus souvent des choses sans valeur et sans aucune utilité pour lui. 11 a subi déjeà deux condamnations pour vol à l’étalage d’objets insignifiants et qu’il n’utilisait même pas.
Voici maintenant l’autre fait.
L..., vingt-six ans, journalier, né à Brest, est également lils d’un ivrogne. Il a perdu une sœur et deux frères en bas âge, il ne sait pas de quoi.
L... avoue avoir fait beaucoup d’excès de boisson. Elevé par ses parents à Paris, il est entré jeune dans la marine, a passé quelque temps au Tonkin où il a eu des accès de fièvre intermittente, puis est revenu à Paris mener une vie de paresse et de vagabondage. Depuis l’âge de seize ans, il est sujet à des attaques d’épilepsie.
C’est un individu à face de brute, sachant à jieine lire et écrire. Sou intelligence et sa mémoire sont des pins obtuses ; elles
LES Kl’ILEl’TlQLES DANS LES PUISONS
semblent comme endormies ou paralysées. Sa parole est lente, hésitante, embarrassée. L... n’csl pas un génital : il a vu (juel- ([uefois des femmes, mais sans passion et pres({uc sans plaisir ; il préfère se griser.
lia déjà subi six condamnations. Il se fait condamner une première fois pour vol d’un gâteau à la devanture d’un pâtissier ; une autre fois il vole quelques morceaux de bois à Brest; puis ([uatre fois de suite il se fait orrêter pour vol de sommes 1res minimes, quelques sous.
En somme, ces individus gagnaient bien leur vie, celui delà première observation surtout. Or, le vol d’objets aussi insignifiants, de sommes aussi peu importantes, ne pouvait avoir pour but d’augmenter leurs ressources et, par suite, leur somme de jouissance dans la vie. Alors comment expliquer ces faits, sinon en faisant intervenir l’impulsion qui étreint la volonté comme dans un étau, la paralyse et ordonne à la main de voler ou de frapper, comme nous allons le voir dans l’histoire suivante que je vais dire en quelques mots.
B..., vingt-neuf ans, serrurier, est né à Paris. Sa mère est morte cardiaque ; elle était obèse. Son père est un individu très violent, nerveux, coléreux, mais faisant peu d’excès de boisson. La famille se compose de treize enfants vivants, dix garçons et trois filles; beaucoup sont obèses, même les femmes; mais il n’y a parmi eux ni hystériques, ni épileptiques, ni alcooliques. Cependant une de ses jeunes nièces est sujette à des attaques de nerfs.
A quatorze ans. B... quitta la maison paternelle où, dit'il, on le rudoyait, et il s’en alla vivre avec une de ses sœurs qui était veuve. De bonne heure il se mit à hoire avec excès de l’absinthe et des liqueurs alcoolicpies, et il présente actuellement un tremblement très prononcé des mains et de la langue. Il avait à peine (juatoivc ans (ju'il avait déjà des relations avec des
LES ÉI'ILEPTIOUES DANS LES PUISONS
lemmes. U avoue qu’il csl, Irès porlé aux plîiisirs deramoup, cl que, depuis 1 âge de quinze ans, il a toujours eu des maîtresses. L'une d’elles lui a donné la syphilis.
U... n’a des atta(|ues ({ue depuis sept mois, à la suite d’une peur; elles se reproduisent tous les (juinze jours environ; il ne se mord généralement pas la langue, mais il urine dans son pantalon. C’est un individu peu intelligent, sachant néanmoins lire et écrire, au caractère violent, ({uerelleur, prompt à lever la main et à frapper pour le motif le plus futile. Il a subi six condamnations, la première pour complicité de vol, les cinq autres pour violences, coups et blessures.
Ces violences sont évidemment impulsives.
Envisageons maintenant la question par un autre côté. Lombroso, voyant les épileptiques mentir, voler, frapper souvent sans motif et en apparence par pure méchanceté, se basant d’autre part sur des analogies craniométriques et morphologiques, les assimile aux fous moraux. Je crois que Lombroso va trop loin. J’ai vu pas mal d’épileptiques et pas mal de fous moraux; je crois qu’il existe entre eux des divergences considérables. En elfeC le fou moral est invariablement pervers et méchant : il n’est à aucun moment accessible à un bon sentiment, à une émotion douce ou compatissante. Demain le retrouve ce qu’il était hier : ami du mal et eiiuemi (lu bien; il ne varie jamais. Les épilepli(|ues, au conlraire, présentent souvent des intermittences pendant lesquelles ils peuvent devenir bons, compatissants, capables d'actions généreuses, accessibles au remonls, [ileurant et maudissant leurs
Mis ÉPlLEl’TIOLliS IJANS I.ES PUISONS
l'tUitos passées. « Les coiilrasles sont leur caiaielère doniiiiaiil : le cynique tel jour es! religieux; le bourreau de sa lenime se jette, tel autre, à ses j)icds »{l). C’est là, à mou avis, nue dill’érence capitale. One certains épilepti([ucs soient des Ions moraux, cela est certain; mais il ne l'aul pas généraliser et reprendre le sophisme aô uno cUsce omnes. Meaucoup d’é()ilepti(jues sont des dégénérés, et on a pu remanpier, en lisant les observations précédentes, ({ue la plupart de nos malades j)réscntaient des stigmates de dégénérescence. L’observation suivante est plus nette encore à cet égard, parce ([u’on y trouve réunis chez le même individu un certain nombre de stigmates physiques et psychi(|ues qui en font un beau type de dégénéré.
IL.., vingt-deux ans, journalier, né à l*aris, est lils d’un ivrogne. 11 a été élevéàl’aris par ses parents, qui le maltraitaient ; autant sa souir était choyée et aimée, autant il était rudoyé et détesté. On l’envoya à peine à l’école, et il sait seulement un peu lire et écrire. Sous un prétexte futile ils le firent placer jeune encore en colonie, et à vingt et un ans ils le chassèrent de chez eux.
11 gagna sa vie misérablement en vendant des journaux sur la voie publique, n’ayant pas toujours du pain à manger, et le plus souvent couchant dehors.
IL., a eu une première attaque d’épilepsie à l’àge de vingt et un ans, à la suite d’une peur, dit-il.
13’autres attaques sont survenues ensuite à intervalles plus ou moins éloignés; dernièrement il en a eu une très violente à la Santé.
IL., est un |)auvrc infirme, à l’aspect misérable, à l’air pleurai-d. Il s’exprime avec flil'liculté et d’une voix chevrotante; il se lanumte sur son malheureux sort, sur la cnutulé de ses |)arenls
(1) Fisclier. Zur lehre von Epilept. Irres.
Lies KPir.KniQrios dans les puisons
(|ui lo cliasso.nl ol le niallpailoiil. Il présenle une maUormalion congénilale du lihia gauche. La jambe gciuche est en elîet plus couple que la rlroile, el il exisle une foiio claudicalion. Les opleils du pied gauche sonl égalemenl déformés. Lnlin il ne voil pas clair de l’œil gauche; il exisle sur cel œil une laie congénilalo.
IL., a déjà subi deux condamnations, la première pour vagabondage, la seconde pour avoir mangé dans un restaurant sans avoir d’argent pour payer.
Si donc la plupart des épileptiques sont clos dégénérés, il ne sei'a pas surprenant c[u’on rencontre parmi eux des fous moraux, puisque ceux-ci sont également des dégénérés. Mais tous les épileptiques ne seront pas des fous moraux, il s’en faut de beaucoup, puisque je n’en ai point rencontré parmi les sujets que j’ai observés pendant plus de deux ans à la prison de la Santé. En voici néanmoins un bel exemple c{ue j’emprunte à Lombroso (J).
('liuliano Celestino, âgé de seize ans; taille : t“ob; poids : 40 k. 500; peau jaunâtre couverte de tatouages, sans trace de poils; capacité crânienne : 1516; index crânien: 77. Crâne avec plagiocéphalie frontale gauche c[ui correspond à une asymétrie du visage; yeux oblic|ues, front étroit, angle orbital saillant, coupe de la bouche horizontale comme chez les singes; dents incisives supérieures latérales semblables aux canines ; nez asymétri({ue ; mandibules et zygomes très Aœlumineux. Sensibilité tactile très obtuse, plus à droite (4““), c|u’à gauche, (2““) ; sensibilité dolorique tout à fait abolie à droite, très obtuse à gauche; réflexes rotuliens exagérés à droite, presque nuis à gauche.
La sensibilité affective est lout à fait abolie. Lorsqu on lui
(t) Lombroso. Il uomo deUnqwtite, clinp. XIV.
LliS KriLEl'TKjL'KS DANS U:S PUISONS
(lomanilo s'il aime sa mère ; « .le l’aime, dil-il, loiilos les fois ([n'cllc m’apporlc des cigares cl de l’argent»; et il ne l’ougil pas si on lui parle de ses t'orl’ails. Il avoue en souriant qu’il essaya cà dix ans de tuer dans son berceau le plus petit de ses frères cl ([ii'il en fui cmp'ché par sa mère, à laquelle il n’épargna ni coups ni morsures; il voulait, dit-il, lui ti’ancher la lèle pour s’en faire une culotte de pipe. Né d’un père syphilitique et ivrogne, il soutfrit d’épilepsie jusqu’à l’àge de sept ans. Adonné de bonne lieure à rivrognerie, il se livre au vagabondage; renfermé, il grimpe sur les fenêtres, monte par les cheminées, brise les meubles, menace sa mère, etc. Il essaya aussi la profession de garçon boucher pour se vautrer dans les souffrances des bêtes ; . il lit après le saltimbanque. Enfermé à onze ans dans une maison de correction, il s’y signala par ses tentatives d’évasion et d’incendie, et il fut condamné pour ce fait à deux années de prison. Atteint de manie, il manifesta des accès épileptiques convulsifs et quelquefois larvés, avec tentatives de pendaison «jui se renouvelèrent périodiquemeet chaque deux mois pendant une année.
11 est inutile de faire ressortir les analogies qui existent entre celte observation et celles que j’ai citées sur les fous moraux et les criminels-nés.
YI
Ainsi donc, l'épileptique des prisons ne diffère pas de celui des asiles. Nous l’avons vu condamner pour des délits (jui presque toujours, pour ne pas dire toujours, portent l’empreinte de 1 étal épileptique : absence de motif et manque de |)i*émédilation, absence de dissimnlation après ratlental, indiiférencc
UCS KIMLICI’TIIJCKS UANS LliS l’IilSUNS
j)ivs(|iio absolue ou au moins absence de regret el. de remords, oubli ou rémiiiisceuci^ ccjid'use de l’acte délictueux. Que couclui'c de ces laits? Je l’ai dit, je laisse comj)lètement de côté la ({ueslion de la responsabilité ; je n’aurais rien à dire de nouveau. Mais (jno « l’explosion de violence épileptique ne soit pas, comme on l’a prétendu dernièrement en Angleterre (1), assez brus(|iie on instantanée pour rendre tonte délibération impossible », que répilcpti([iie soit considéré comme responsable à demi on complètement irresponsable, il est nn l'ait qui s’impose, c’est le traitement de l’épileptique aussi bien dans les ])risons (jne dans les asiles. 11 est démontré aujourd’hui ([ne l’agent de répression le plus efficace contre les délits des épileptiques est le bromure de potassium. Tel épileptique sujet aux attaques, méchant, pervers, violent et dangereux, peut, avec un traitement prolongé au bromure de potassium, devenir et rester longtemps un individu calme et tranquille. Ur, dans les prisons, les épileptiques vivent mélangés aux autres détenus, et, à part quelques privilégiés qu’on reçoit dans les infirmeries, ils ne sont soumis à aucun traitement. Une réforme est évidemment nécessaire. 11 n'est pas en effet de spectacle plus lamentable que celui de voir un malheureux épile]) tique tordu par les convulsions dans une cour de prison, entouré de détenus gouailleurs et impitoyables pour qui cette scène est une diversion et un amusement.
Yll
D’un autre côté, ce mélange des épileptiqiies avec les antres détenus peut causer de réels désordres dans les])risons et même ame.nei’ des méprises regrettables. Uela est surtout à redouter j)our les individus (]ui, atteints de petit mal, n’ont (pie des ver-
(1) G. Tbeven ia, The journal uf menlal science, avril ISSo.
LRS lÔPir.KPTIOLjKS HANS I.KS PlUSONS
liges suivis (riialhicinalious. Les gardiens, (|iii généralcMueiil ne connaisseni pas ces manireslalions de répilej)sie, les considèreni le [)lns sonvenl comme des révoltes contre la discipline, et une punition pins on moins terrible peut l'rapp(‘r des malades inconscients et irres])onsal)les. A ra|)pui de ce ([ne j'avance, le lait suivant mérilé d’ètre ra[)porté.
1*. .. est un garçon de vingt ans, d'une intelligence ordinaire, sachant lire et écrire, et ayant subi (juatre condamnations, deux pour vol et deux pour batterie. Son père était ivrogne et éj)ilepti([ue; il est mort tuberculeux. Sa mère est une femme obèse, très nerveuse et sujette aux migraines. Ses deux sœurs sont comme lui épilepti([ues.
P... avoue des excès de boisson et des excès de femmes. Il a eu la syphilis il y a deux ans. Depuis l’cige de cinq ou six ans, il est sujet à des attaejues d’épilepsie qui reviennent assez régulièrement tous les trois mois. Néanmoins il était resté près de deux ans sans en avoir.
P... était à la Santé depuis un mois et travaillait à l’atelier de cartonnage, lorsqu’il fut pris un matin d’un vertige et se mit à courir partout en disant qu’il cherchait un pierrot. Le gardien, croyant à un acte d’indiscipline, porta l’affaire devant le directeur, (jui me lit appeler auprès de cet homme. Il avait encore l'air hébélé, le regard fixe, les pupilles dilatées par une hallucination. « Que voyez-vous? lui dis-je. — Un pierrol. » Lorsqu’il eut repris ses esprits, il ne se souvenait en aucune façon fie ce qui s’était passé, et il se plaignait seulement de gi’andes douleurs dans la tèle.