‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 39 sur 132 · I.F.S ALIKNKS DANS LFS PFISONS · texte numérisé non relu

I.F.S ALIKNKS DANS LFS PFISONS

avoir dId soldai :i l^von, il viol s(î placrr conimo garçon d’hôlcl à l*aris, où il lit connaissance d'nne rcnime de lupanar. Ani(‘ douce et crédule, esprit porté aux; choses religieuses et snrtoul snperslilienses, il se laissa prendre aux lilets de cette drôlesse, (|ui avait su allumer eu lui une véritable fureur génésique : il l’épousa, bien qu'il connut tout son passé et ses habitudes d ivrognerie. Uueh|ues jours à peine après leur mariage, elle le trompait. S... s'en aperçut, lit d’abord quelques scènes de jalousie, puis, dans la crainte de la perdre, ferma les yeux et se tut, heureux d’avoir encore de temps en temps sa part d’amour. .Mais, il y a deux ans, elle le quitta tout à fait et reprit sa vie de dévergondage. Pendant tout ce temps. S... soutfrit horriblement, torturé par la jalousie et la concupiscence de cette femme. Ses nuits étaient troublées par d’abominables cauchemars ; il voyait sa femme nue se livrant à d’autres hommes dans des poses lascives et, pareille à la prêtresse de quelque culte obscène, otfrant ses lianes à une messe d’amour diabolique où tous se ruaient, pratiquant le sacrifice sur des rites d’amour monstrueux. Un matin il s’éveilla baigné de sueurs, le front martelé par une douleur lancinante; il se leva très exalté et partit sans trop savoir où il allait, marchant au hasard. Mais, comme une bête en rut et que l’instinct ramène toujours à la même place, à. la recherche de la femelle passionnément désirée, il revint malgré lui à la porte de sa femme et l’attendit. Au moment où elle sortait toute dépoitraillée, les lèvres encore humides des baisers d’un autre, il fondit sur elle et la frappa d'un cou[i de couteau mortel.

S... prétendit qu’il était parti sans avoir riutcntion de frapper. « Le couteau était dans ma poche, comme toujours, dit-il; je ne sais ce qui m’a poussé à m’en servir; la colère ou la jalousie! )) Il n’essaya même pas de se sauver, le meurtre accompli.

.Mais S..., revenu à lui, ne tarda pas à comprendre les graves

LKS AUÉMCS DANS LES 1* MISONS

conséquences de ce crime imilile el, il se mil à simuler, à mon cavis dn moins. Il prétendit d’abord (ju’il avait trois cents millions à lui, que la Prusse lui avait offert de lui remettre les cinq milliards versés par la France. Il se plaignait aussi qu’on avait voulu l’empoisonner à Mazas. El puis, s’il a frappé sa femme, c’est Dieu qui a conduit son bras aveugle. « Du reste, ajoutet-il, elle est venue me demander pardon avec les saintes que j’ai invoquées. » 11 dit aussi que Dieu l’inspire et qu’il doit relever la France. « Je réunirai, dit-il, tons les évôqnes auprès d’Aix-les-Bains où je ferai construire un grand bâtiment avec dôme comme celui de Saint-Pierre de Rome, afin de les v recevoir et de m’assurer par moi-même qu’ils remplissent bien leurs devoirs. »

Mais que cette dernière phase délirante soit simulée ou non, il n’en est pas moins vrai que S..., en frappant sa femme, a obéi a line impulsion vraisemblablement amenée par les hallucinations qui l’avaient tourmenté la nuit. D’ailleurs un rapport médico-légal l’a déclaré irresponsable.

D’antres fois de véritables aliénés commettent un délit et ne sont point examinés suffisamment au moment de leur jugement; leur état mental passe alors inaperçu et ils font leur temps en prison, au milieu des autres criminels. Mon excellent ami le D‘‘ Arnaud, médecin-adjoint des asiles d’aliénés de la Seine, m’a souvent entretenu de cette question. Selon lui, et je partage pleinement son avis, tout dépend de la première condamnation et le plus souvent c’est le hasard seul qui détermine

Page 1