HABITUDES ET DÉVELOPPEMENT GÉNITAUX DES CBIMINELS
peu de gens peuvent porter. Aussi elles goûtent peu les eunuques et les infantiles, préférant aux ingénuités des adolescences et aux vieillesses libertines les caresses savoureuses des males puissants aux fortes membrures.
Dans son dernier ouvrage, l’ancien chef de police de sûreté, M. G. Macé, rapporte la confession d’un souteneur où ce rôle est bien mis en lumière par le héros lui-môme. Qu’on me permette de citer ici cette curieuse histoire (t).
« A treize ans, dit-il, j’ai ([uitté l’école sans avoir connu les devoirs religieux; mes parents détestaient les- ratichons^ et, comme eux, je ne crois pas à leurs simagrées. Mis en apprentissage chez mon oncle, un fumiste, je me suis sauvé au bout de trois mois. C’était pas drôle de se balader sur les toits avec un autre gouspin qui, en voulant faire la rigolade, a défourraillé (tombé) sur la tète d’une pauvre vieille marchande de lacets, sans avoir le temps de lui crier gare. Après m’être Irimardé (promené) une huitaine de jours sur la voie publique, terrain plus solide que celui des toitures, je fus pincé par deux raclèltes (agents), et, sur mon signalement, papa, qui me faisait rechercher, me retrouva au Dépôt de la Préfecture de police, où j’étais bouclé sous un faux centre (nom). Au milieu de crapauds arrêtés, il n’y avait que moi ayant les guiches (cheveux) rouges aussi bien plantés. De là est venu mon surnom le « roucain ». Maman, (oh! la bonne femme, encore plus faible que son mari), me replaça chez un serrurrier, état moins dangereux que celui de fumiste, mais toujours noir et gras. La musique militaire me perdit; je lâchais constamment l'atelier pour la suivre, et, par une belle matinée de printemps, je disparus en emportant le trousseau de clés servant à ouvrir les portes récalcitrantes. J’ai vendu le trousseau vingt rotins (sous) au grand Louis dit « Pied-Fin », et le maladroit s est laissé
(1) G. Macè. Mes lundis en prison. Chap. III.
llAltITLUES ET DÉVEEOPl'EMRiNT (iÈMTAL'X UES CIUMINEES 3î)0
prendre avec, au moment où il soldait de dévaliser la cambriole (chambre) du gardien de la Morgue. l*ied-Fin lut condamné a cinq berges (années de prison), et les portes de layietite Hoquette s’ouvrir pour me recevoir.
« Après un séjour de six mois, à la suite du décès de maman^ mon oncle, le fumiste, voulut me sorlir de là; il m’imposa l’obligation do Iravaillor, en compagnie de papa^ ouvrier chez un fabricant de garde-robes, cuvettes, sièges et autres appareils plus ou moins inodores. Je consentis pour obtenir ma liberté. Papa avait la spécialité des réparations, ce qui nécessitait des absences prolongées en dehors des ateliers. Je l’aidais tant bien que mal et plutôt mal que bien. Notre dernière station dans une maison de filles m’a été fatale. Il s’agissait de remettre en état les bascules pourvues de mécanisme à double effet d’eau des cabinets d’aisances. Ce travail, commencé le lundi, se termina le dimanche suivant, par un déjeuner auquel présidait la patronne, entourée de ses pensionnaires. Papa s’éprit d’une fille qu’il introduisit à notre domicile. Brune, jeune, presque jolie, elle voulut commander, devenir doublement maîtresse, et je me suis plié à ses exigences. Pour me récompenser, les nuits où papa était ivre, je le remplaçais. Il s’en aperçut, me flanqua dehors, vendit son mobilier et tous les deux prirent le chemin de l’étranger. On m’a dit qu’ils tenaient le cabaret du « Petit- Soleil », sur le port d'Anvers. Libre, j’ai repris ma vie vagabonde, et parmi les vauriens de mon âge j’ai cherché ceux ayant la chevelure conforme à la mienne; je m’en suis fait des amis. Les roucains sont maintenant répandus partout.
« Il y a ceux de la Bastille, de Bellevillc, de la Yillcttc, de la Chapelle, de Balignolles et de Montparnasse. La police nous confond; elle est froublée, confuse lorsqu’elle s’occupe de l’iin de nous. Ainsi, actuellement, elle recherche sans succès celui qui a vendu sa soi-disant sœur, âgée do moins de ([uinze ans, au
356 HAlilTUDES ET DÉVELOPPEMENT OÉMTAUX DES CRIMINELS
vieux brocanteur, ce passionné de la place Maubert. Avec nos têtes de roiufets, nous passons pour appartenir à la môme famille. Un seul cependant fait ombre au tableau: c’est celui des Halles, reconnaissable par la façon dont il boucle ses cheveux, afin de donner de la valeur à son teint mat. D’une belle laideur, il représente volontiers la tête de veau couronnée de carottes, et comme il est solide, vigoureux, bien en forme, le peintre V..., rue d’Assas, l’a choisi pour son modèle favori.
« Tous les roucains sont à la coule ^ aiment les femmes et forment la pépinière des voleurs et des assassins.
« Personnellement, je déteste le travail, je fréquente le cabaret, j’adore le jeu de billard, préférable à celui des bascules automatiques des garcle-robes]]Q me suis dit : « Soyons souteneur. » Des mœurs? Tout le monde en possède de bonnes ou de mauvaises; à côté des protecteurs delà vertu, il y a les gardiens du vice. Pour commencer à montrer mon savoir aux filles, il me fallait de Pargent, et je voulais en posséder sans courir de risques. J’ai choisi la chasse aux valseurs (ivrognes); le barbotage des poivrots est facile, à la portée des débutants, et mes premiers essais réussirent à merveille. Avec le produit des vols, je pus m’habiller convenablement, et, au bal de la rue de la Gaîté, j’olfris un punch parsemé de tranches de citron à mes danseuses en me mettant à leur disposition. L’une d’elles me dit : « Brochet à la mie de pain » (jeune souteneur), je vais te charger d’une mission; tu vas me suivre pour empêcher maman, qui est veuve, de me faire arrêter. » Je fis le nécessaire, et la femme sans mari rentra dans le silence. Une seconde prostituée me mit encore à l’épreuve. Affublée du costume de l’ouvrière honnête, elle pratiquait son commerce en face de la gare Montparnasse, à la station des omnibus et tramways, sur la large plate-forme servant d’abri aux voyageurs. Je la protégeai à l’aide de signaux, et les roussins (agents), pendant près de trois mois, ne
IIAIUTUDES ET DÉVELOPPEMENT C.ÉMTAUX DES CIUMINELS 357
l’ont pas inquiétée. Cependant, un lundi de Pâques, elle fut surprise racolant à l’intérieur de la gare; elle se débattil, cria, fit du pétard. Invisible et présent, j’en profitai pour prendre deux billets pour Versailles, et, m’adressant ensuite aux agents^ je leur criai : « C’est ma sœur que vous arrêtez au moment où nous allons voir notre mère malade; voici les places, et le train va partir, vous êtes des misérables, des brigands. » Les voyageurs groupés, croyant à une méprise, donnèrent tort aux agents, qui furent obligés d’abandonner leur capture.
« J’ai appris l’argot pour me permettre de l’approprier aux circonstances délicates : du reste tout débutant, dès son entrée dans la corporation, doit connaître cette langue spéciale aux malfaiteurs.
« Les filles me remarquèrent, et l’ime d’elles, plus âgée que les autres, me prit à son service. En lui appartenant, elle devenait ma propriété, je vivais par elle et pour elle. Je n’étais pas un apprenti, caria maîtresse à papa m’avait donné les premières leçons.
« Il y a également des formes dans notre monde. Lejeune homme naïf ne plaît point à la fille galante, qui préfère de beaucoup les actes aux paroles ; si elle se donne au premier venu, elle ne se livrera pas tout de suite à celui qui doit devenir son vrai souteneur. Elle le cherche, l’étudie, le met à l’ess*ai, et lorsqu’elle a la quasi-certitude qu’il possède les qualités requises, qu’il est conforme et apte à remplir les obligations do la charge, elle se perd en s’abandonnant tout entière à lui. Le plus souvent l’acceptation définitive dépend de la première nuit. Ils se sont alors compris, sentis, sondés.
« Le bavardage de ma maîtresse fut cause de sa mort, lleureuse, fière de posséder un jeune amant, elle vanta avec trop d’orgueil mon intelligence et mes talents. Elle ne cessait de répéter à ses camarades de la rue : « Voyez comme il est
3')H IIAIIITUDES ET DÉVELOPPEMENT OÉMTAUX UES CHIMINELS
U beau, mon roucain, avec ses babils neufs ; je ne suis pas/«'/- «.Çjnaate, et je lui donne l’argent gagnd pour lui prouver com- « bien je l’aime. »
« Plusieurs de ses amies, par jalousie, me firent des propositions. .le les repoussai. Elles se battirent, c’était prévu.
« Voulant les mettre d’accord, je me suis laissé jouer en cinq points à l’écarté, dans la brasserie du Progrès moderne. Elles buvaient de l’absinthe, moi des bocks et j’assistai, la cigarette aux lèvres et sans émettre mon opinion, à celle bataille dont j’étais l’enjeu. Je devins alors le protecteur d’une autre fille, plus jeune, plus active, et par dépit l’abandonnée se donna, en rentrant chez elle, un coup de couteau au-dessus du sein gauche, après avoir écrit un billet annonçant l’intention de quitter la vie.
« Je fus néanmoins dénoncé. On m’accusait, par des lettres anonymes, d’avoir assassiné ma vieille maîtresse, et le commissaire m’arrêta provisoirement. Cela fit du bruit, flatta ma vanité, et cette réclame non cherchée me posa aussi favorablement qu’un duel sérieux dans la vie galante des grandes cocottes.
« L’enquête, sous plusieurs points, établit le suicide. Le premier, le principal, était celui-ci : la porte avait été fermée à un tour de clé de l’intérieur de la chambre et la clé laissée dans la serrure. La personne se trouvant dans la chambre pouvait ' seule agir ainsi, d’autantplus que la targette était poussée. D’un autre côté, il était matériellement impossible d’entrer et de sortir de cette chambre sans passer par son unique porte.
« Je fus remis en liberté.
« Ma nouvelle maîtresson’avait pas dix-neuf ans ; j’en comptais à peine vingt-deux. Quelles riches natures, quels vices et quel ménage! Nous faisions des jaloux avec nos succès. On voulait me prendre mon frais.
lIAlUTLÜIiS KT DKVKLOIMM'.MKNT niÎMTAlX IJKS ClUMINKLS 3'J9
(( — Diles-nous voire rôle avec celte lille.
« — Je lui servais d’appui, de guide, de maître... (après un silence, il ajouta sur un Ion prélenlieux) : les souteneurs ont leur utilité; tous ne deviennent pas criminels; j"en connais qui, comme VAnf/uille, le Doigt-Coupé^ Maqiiaubew\ Grosses- Lèvres, ont su protéger, défendre leur maîtresse, sans jamais commettre le moindre délit. Ceux-là sont sérieux, recherchés, cotés, mis à l’enchère; ils touchent quotidiennement des cachets de cinq à vingt francs. Pendant les absences de leurs nécessitées
par des récurages à l’infirmerie de Saint-Lazare, ils sont sans place, et, ne voulant pas voler, ils recherchent les prostituées libres et leur disent ; Ton homme est au bloc, ma femme est 'pincée par précaution de salubrité publique, allons prendre un verre et je suis à toi. Ces souteneurs-là connaissent, aiment la femme et savent l’arranger de toutes les manières en lui procurant des sensations exceptionnelles. Moi je connais ramour qui vit de brutalités et d’injures, et je me contentais de remonter à coup de pied au bas du dos la pendule de ma drôlesse lorsqu’elle manquait à ses devoirs. Elle est solide, résiste aux coups, à l’absinthe et au tabac. Les corrections manuelles, appliquées, bien senties, exigent encore de la retenue; il ne faut point, par raison économique, détériorer sa marchandise, et c’est un art que celui de savoir battre soigneusement.
« — Cet art, aussi touchant qu’anti-naturel, unique en son genre, est-il nécessaire?
« — Certainement. Sans cela les souteneurs perdraient leur prestige, leur force, et les prostituées finiraient par les quitter en les traitant d’imbéciles. Pour les rendre souples, dociles et tendres, il faut absolument \e,?, purger py,r des moyens actifs, et la plupart éprouvent de la satisfaction en présence des individus osant les frapper. C’est la femelle qui doit aimer le mâle, et celui-ci doit la former à poursuivre l’homme, comme on dresse le chien à chasser le gibier.
lIAlilTUbKS 1:T DliVKLÜPPli.MK.NT GÉMTALX DES CUl.MINELS
3ÜÜ
« — La fille prosliluée a donc récllemcnl besoin d’iin son- Icncnr?
« — D’aiilres avant vous ont posé la question, je vais y répondre, et vous jugerez ensuite combien on méconnaît notre véritable caractère.
« Une fille noceuse, publique ou non, soumise ou insoumise, selon le langage policier, doit sacliquer, se moquer avec un homme, car sans lui elle ne peut pas battre son quart (situation d’une prostituée sur la voie publique), les autres filles viendraient l’ennuyer, la gêner, lui dire des sottises, la giffler et la passer à la corvée (1).
« Avec son protecteur elle ne craint rien, circule en sécurité et se colle avec lui comme le fer à l’aimant; si on l’attaque et si on lui passe de la fausse monnaie, si des passants impatientés la bousculent, la conspuent, elle s’écrie comme les marchands de marée : « Il arrive! il arrive! » Et lui présent, cela le regarde, car il doit veiller, défendre celle qui l’entretient pour les explications définitives et le combat. Le souteneur empêche qu’elle soit exploitée par les miches de carton (amants peu généreux), par les côtelards grincheux (hommes), par ceux venant pour la 'peaii (gratis). Elle paie, veut être payée et ne peut donner gratuitement ce qui est marchandise : lorsqu'elle est marronne (arrêtée), c’est son homme qui veille, conserve, garde le pied a terre; c’est lui qui écrit les lettres amoureuses, indispensables aux habituées de Saint-Lazare. Oui, la fille a besoin de notre attachement, de nos caresses, de nos coups, parce qu’elle reçoit des hommes à manie, égoïstes, matériels, n’ayant qu’un but ; contenter leurs désirs en exigeant pour eux seuls tout ce que la volupté peut offrir. Ils jugent, apprécient la fille comme une machine à plaisir dont ils examinent la construction dans
{!) Se mettre une dizaine et cogner à tour de rôle.
IIAniTL'DKS 1:T DKVKLOl’PKMKNT r.lCMTAUX DKS CIUMINELS 3G1
toutes ses formes. Rlle leur plaît, ils rachètent. C’est une esclave soldée pour éveiller pendant quelques instants des sens aux deux tiers disparus. La femme, selon ses aptitudes, devient un puissant apéritif; ses sens à elle-même sollicitent comme ceux de scs clients un énergique réactif. L’homme salarié par elle devient à son tour son esclave; il a ses devoirs, ses corvées à remplir pour animer cette créature indiflerente à ses clients, qu’elle considère absolument comme des pièces de monnaie. En apercevant tel ou tel de ses habitués, elle vous dira : « Voilà mes cent sous, voilà mes dix francs », et c’est le sourire sur les lèvres qu’elle annoncera son louis. Celui-là, au moins possède un nom.
« Pour le souteneur, la pièce de monnaie représente^ côté pile une trique, côté face un amour.
« Si les filles galantes sont rouées, elles n’en possèdent pas moins un fonds de bêtise inépuisable. Bêtes, rouées, ces deux qualificatifs étonnent. Dans le monde de la débauche, ils font
bon ménage.
« La prostitution restera éternelle, et hier comme aujourd’hui, aujourd’hui comme demain, il y aura toujours des femmes pour se livrer au libertinage et se laisser volontairement dépouiller.
« Les souteneurs deviennent les vrais naufrageurs de la vertu ; ils appartiennent à la classe du peuple et débutent, en jouant aux jeux innocents, par déllorer les petites filles. Les gros financiers, les bons bourgeois n’ont jamais eu que le dessous du panier.
« Etes-vous satisfait, monsieur le chef ?
« — Pas encore.
« — Que vous faut-il?
« — M’apprendre ce que deviennent les souteneurs.
« — Ceux qui vivent au jour le jour, sans souci du lendemain, semant leur santé, leur jeunesse dans les sentiers du vice facile,
nviUTUDES ET DÉVELOPPEMENT fiÉNITAUX DES CRIMINELS
comme Bibi-Miteux, rrcorgcs-le- Parisien, Jiiles-le-Belge, Aiiguste-le-Nantais, meurcnl de la cristalline sur un lil irhôpital. D’antres disparaissent dans les prisons ou vont peupler, comme moi, la Nouvelle-Calédonie. Les plus Lnlelligents s’entendent avec leur maîtresse, font des économies, se marient et réalisent leur rêve : acheter en province une maison de tolérance.
« Il n’existe pas de vieux souteneurs.
« Maintenant je compte sur ma récompense.
« — Laquelle ?
<( — Voir ma « Bergeronnette ».
Fig. 37
Gomme on peut en juger, il n’est pas besoin d’être un .Adonis pour devenir un bon souteneur. Si 1 on avait encore le moiudie doute à cet égard, il suffirait de jeter les yeux sur la figure 37,
iiAinri'mos kt ukveloppf.mic.nt c.émtaux des cnniiNELs 3G3
([iii représenle un personnage 1res esUnié eL très lu profession.
apprécié dans
Enliii, j'ai montré dans le chapitre précédent deux types de sontenenrs admirablement musclés: leurs testicules et leur verge n'étaient pas moins dignes d’admiration et répondaient au reste, •l’en ai vu un autre qui, bien qu’âgé de quarante-cinq ans, savait encore plaire aux tilles, grâce à la magnificence de ses organes génitaux. Sa verge mesurait à l’état llasque treize centimètres de long et douze centimètres de circonférence au niveau du gland. « Vous devez être bien fier, lui dis-je, de posséder un aussi bel organe! — Ah! Monsieur, répondit-il avec cynisme, sans cela il y a longtemps que je serais mort de faim. Néanmoins, ajoutait-il, cela m’a fait perdre quelquefois de bonnes occasions. Avec ça, voyez-vous, on ne passe pas 4'acilement partout et on est quelquefois forcé d’enfoncer des portes ouvertes ». Quand, à cause de sa maturité, une femme lui résistait, il l’entraînait chez un marchand de vin ou sous une porte cochère et lui montrait sa... supériorité : généralement elle tombait dans ses bras, pâmée et les lèvres bumides. Mais il y avait le revers de la médaille : si elle n’était point préparée à recevoir de telles caresses , elle devait passer quelque temps ensuite à l’hôpital pour unemétrite ou une péritonite.
Quant aux autres criminels, ils m’ont paru plutôt frêles et exigus dans ces parties, ce qui s’explique facilement par le grand nombre d’infantiles et de féminisés qu’on rencontre parmi eux. ' \-
' Mais je ne saurais me montrer très affirmatif sur de pareils faits, car, à moins d’avoir assisté souvent à des conseils de révision, la comparaison avec Tes gens honnêtes est difficile, ceux-ci n’ayant généralement point l’habitude d’exhiber leurs parties sexuelles dans la rue.
364 MAlîlTUDUS ET DÉVELOPPEMENT DÉNITAÜX DES CUIMINELS
Voyons mainlenant les habitules génitales des criminels.
Les criminels sont-ils des génitaux, c’est-à-dire des individus très portés, je ne dirai pas aux plaisirs de l’amour, mais simplement aux satisfactions sexuelles? Souvent non. J’ai entendu je ne sais combien de fois des individus jeunes et vigoureux me dire qu’ils préféraient un verre de vin à une femme.
Ainsi P... est un garçon de trente-six ans, originaire - de Chambéry, condamné trois fois pour faux billets. Depuis longtemps déjà adonné à l’alcool, il est peu tourmenté par des érections et il pense peu aux femmes. Il m’a avoué qu’ayant été libéré l’an dernier au mois d’avril, après plusieurs mois de prison, il n’avait pas eu de rapports avec une femme avant le 14 juillet suivant, ce qui indiquerait bien une ardeur génitale des plus tempérées.
Un détraqué héréditaire condamné deux fois pour abus de confiance, et dont j’ai déjà parlé, place l’alcool infiniment audessus de la femme et, aux jouissances éphémères données ou vendues par celle-ci, il préfère de beaucoup les joies procurées par celui-là. Il a perdu sa femme il y a un an, et, depuis ce temps, il n’a cohabité qu’une seule fois avec une autre. Il est vrai que cet individu a quarante-trois ans ; néanmoins, à cet âge, les appétits génésiques ne sont généralement pas éteints.
A côté de ces indifférents de l’amour, on rencontre aussi quelques frigides et môme quelques impuissants; mais ils sont peu nombreux.
HABITUDES ET DÉVELOPPEMENT GÉNITAUX DES ClUMINELS 365
Oh rencontre aussi quelques criminels chez qui le sens génital est exalté. Individus à la puberté précoce, aux passions sexuelles hâtives, aux appétits en quelque sorte insatiables, leurs excitations partent de la moelle, qui chez eux doit être touchée. J’ai observé à cet égard un fait qui m’a beaucoup frappé et que je demanderai la permission de rapporter ici en quelques lignes, H... est un garçon de vingt-six ans, originaire de Paris. 11 ne donne sur ses antécédents héréditaires que des renseignements peu précis. Son père serait mort de la fièvre typhoïde; sa mère est encore vivante et bien portante,
P... est d’une intelligence très ordinaire; il sait lire et écrire. Dans son enfance, il s’onanisait beaucoup, et cela jusqu’à l’àge de vingt ans, époque de son mariage. Depuis six ans qu’il a une femme, il se livre au coït au moins deux fois par jour, et souvent plus. La première nuit qu’il coucha avec sa femme, il eut avec elle onze rapports en moins de huit heures de temps, et il se sentait, dit-il, encore assez de vigueur pour la chevaucher deux fois de plus; il ne s’est arrêté qu’à la prière de la malheureuse, à qui sa vulve endolorie et ensanglantée arrachait des cris.
Sa verge mesure à l’état llasque neuf centimètres de long et neuf centimètres et demi de circonférence; à l’état rigide, elle a onze centimètres de long et seize de circonférence.
Le sens génital de D... est évidemment exalté. U y a chez lui un centre génito-spinal facile à émouvoir et pour ainsi dire hyperesthésié. Avait-il une moelle jirédisposée et déjà malade, ou bien les hyperhémies ré|)étées dues à ses excès vénériens ont-elles
366 IIAHITUDES ET IJÉVELOPI’EMENT (iÉMTAUX DES CRIMINELS
ulTaibli cl prédisposé ccl organe aux processus inflammatoires? La question est délicate à résoudre. Dans tous les cas, voici ce qui s’est passé.
B... se fit arrêter pour avoir volé dos fournitures de Heurs chez son patron. Condamné à quelques mois de prison, il fut placé en cellule à la Santé, travaillant à faire du papier de dentelle. Il eut un peu froid, dit-il^ puis il perdit l’appétit; const'ammenl altéi’é, il ressentit des fourmillements dans les membres'inférieurs qui commencèrent à faiblir. Au bout de huit à dix jours il ne pouvait plus marcher et ses bras impuissants laissaient retomber les marteaux. Lorsque je vis B... pour la première fois à l’inlirmerie, avec M. Yariot, il pouvait encore se tenir debout, mais la marche était devenue impossible; le talon ne pouvait plus quitter le parquet. Le réflexe rotulien était diminué ; mais la sensibilité était conservée sous tous ses modes. Les muscles étaient flasques ; à Tavant-bras, les fléchisseurs et les extenseurs ont conservé une partie de leur force; mais les muscles de l’épaule (biceps, triceps, pectoraux) sont parésiés.
La langue était sèche, la température à 39“, le ventre météoi‘isé avec sensation de brûlure au niveau de la région ombilicale. Les urines avaient une coloration vin de Malaga probablement due à l’hémoglobine dissoute, car on n’y trouvait pas d’hématies. Elles contenaient deux grammes cinquante d’albumine par litre, et la quantité rendue par jour oscillait entre deux et trois litres.
L’intelligence était bien conservée.
Les jours suivants, les phénomènes de paralysie ne firent que s’accentuer; la température s’éleva, le sommeil disparut eu même temps que les pupilles devenaient inégales. Enfin B... se mit à divaguer et, au bout d’un septénaire, il expira doucement avec une face rouge et un ventre très météorisé.
Qu’on veuille ou non voir dans ce fait, qui u’a malheureu-
HABITL'DKS ET DÉVELOTPICMENT GÉNITAUX DES CIUMINELS 3G7
sement pu (Hre contrôlé par l’aulopsio, un cas de cette adection peu connue qu’on a décrite sous le nom de paralysie spinale ascendante de l’adulte, il n’en est pas moins vrai que chez B... cette affection a dû avoir quelque rapport avec son état d’exaltation génitale; qu’on y voie une cause ou un effet, peu importe : la relation est certaine. Psychiquement ou physiquement B... était un taré. ,
Si on trouve parmi les criminels des individus chez qui le sens génital parle haut et fort, on peut affirmer que neuf fois sur dix ces individus ne cherchent que la satisfaction grossière et brutale de l’instinct. Ce sont des mâles qui ont le rut aux flancs, qui assaillent la première femelle qu’ils rencontrent et
qui veut bien, mais ordinairement sans choix. Jeune ou vieille, belle ou laide, peu importe; leur épithélium génital a parlé, il faut qu’ils répondent à son appel et que le besoin soit satisfait. Incapables d’aucun attachement pour la femme, ils ne voient en elle que la femelle, « l’hôtel du besoin », comme ils disent.
Les viols, et surtout ceux commis sur les vieilles femmes et les enfants, ont le plus souvent pour auteurs des fous, des imbéciles ou de ces brutes aux ardeurs génitales insatisfaites.
Ce sont eux aussi qui, en prison, deviennent des pédérastes. Mais ce sont presque toujours des pédérastes par nécessité. Ils n’ont [)lus à la f)rison, sous la main, leur marmite soumise et docile, heureuse de leurs caresses brutales. Tout d’abord ils