‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 53 sur 132 · HABITUDES ET DÉVELOPPEMENT GÉNITAUX DES CRIMINELS · texte numérisé non relu

HABITUDES ET DÉVELOPPEMENT GÉNITAUX DES CRIMINELS

s’onanisenl, puis, jetant les yeux autour d’eux, ils voient souvent des êtres juvéniles, des l'éminisés qui ressemblent un peu à la femme et ont quelques-unes de ses grêces : c’est à eux des lors qu’ils s’adresseront; ils trouveront chez ces mâles faibles un heureux dérivatif pour leurs instincts d’animal amoureux. Quelquefois ces individus sont tout préparés et même depuis longtemps rompus à ces pratiques : ce sont les « petits jésus », prostitués mâles, qui, au dehors déjà, faisaient commerce de leur corps et continuent à la prison cet amour mercantile et honteux. Pour une cigarette, un verre de vin, quelques grammes d’alcool, ils se livrent avec un cynisme révoltant, presque sous les yeux des gardiens. Que de fois ne m’est -il pas arrivé de surprendre à l’infirmerie de ces drôles accouplés et aussi peu gênés de ma présence que deux chiens dans la rue !

D'autres individus arrivent en prison avant d’avoir connu ces passions dénaturées et avec un anus vierge. Mais peu à peu les mauvais exemples, les mauvais conseils, les promesses et les

menaces des autres détenus, en un mot l’atmosphère morale viciée et pourrie de la prison ne tardent pas à en faire des « fleurs fauchées ». Chez ces êtres faibles, le sentiment de la pudeur s’émousse aussi vite que se prend l’habitude du vice. Comme les autres, ils trouvent qu’il est bien facile de s’éviter une corvée ou de se procurer des douceurs par une complaisance qui coûte si peu. Une fois sortis de prison, ils feront le même raisonnement : ils trouveront plus agréable de vivre à ne rien faire, en se prostituant quelques heures le soir, et, entraînés parles mauvaises connaissances qu’ils auront faites |>endant leur captivité, ils iront vite grossir le nombre des « petits jésus » de pissotières et de latrines publiques. Ils retrouveront même dehors les protecteurs de la prison qui, eux aussi, auront pris l’habitude du vice des habitants de Sodome; ils continueront ce commerce charnel impie commencé sous les verroux et tonne-

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ront de ces singuliers ménages où le mari esl un homme el la femme un adolescent; ils vivront même de cette union, celui-ci se prostituant, celui-là donnant conseils, aide et protection, en cas de besoin .

Les invertis, et spécialement les invertis pédérastes passifs, si nombreux dans les prisonS;, fournissent aussi à ces assoilles d’amour des plaisirs faciles qui rappellent plus ou moins ceux de la femme. Les invertis passifs, en effet, s’ils ne sont pas toujours jeunes, ont néanmoins sur les « petits jésus » un avantage inappréciable ; ils se donnent uniquement pour le plaisir et sans exiger la moindre rémunération; ils appellent d’eux-mêmes ces abominables caresses^ et môme ils les implorent; il y a volupté partagée et communion dans l’orgie. Et puis beaucoup d’entre eux savent offrir aux personnages qu’ils appellent leurs amants, des raffinements sur lesquels on ne peut que difficilement compter, paraît- il, avec les « petits jésns ». Beaucoup de ces individus pratiquent l’onanisme buccal uniquement par plaisir et sur tous les détenus qui veulent bien leur faire Taumône de leur verge pendant quelques instants. Quelques-uns poussent même l’enthousiasme jusqu’à « bouffer la camelotte », comme on dit dans ce milieu distingué. .J’ai déjà cité un exemple de ce genre dans le chapitre sur les dégénérés dans les prisons. .le pourrais encore en rapporter d’autres. ,J’ai connu en particulier un détenu employé à la Santé comme infirmiei' et qui avait cette honteuse habitude. On l’avait surnommé « la marchande de beurre »; probablement, me disait un autre détenu, parce qu’il distribuait avec largesse autour de lui le beurre delà volupté. '

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Lorsque, dans les bagnes ou les maisons centrales, les «petits jésiis » ou les «tapettes» se font rares, les criminels, n’ayant |)lus ces images de la femme, sont obligés de se suffire à euxmêmes. Alors des ménages se forment où il y a échange réciproque de complaisances et de caresses; l’homme d’aujourd’hui sera la femme de demain et vice versii,.

Enfm^ ces êtres aveuglés par l’instinct génital ne s’arrêtent pas à ces actes sodomiques ; la bestialité a aussi pour eux des attraits. J’ai déjà cité un individu, sorte d’imbécile aux mauvais instincts, qui avait violé des brebis. M. Lagesse, directeur de la prison de la Santé, à qui j’ai bien souvent signalé ce commerce honteux d’homme à homme chez ses détenus, m’a plus d’une fois raconté que, lorsqu'il était directeur d’un pénitencier agricole en Corse, toutes les chiennes avaient dû en être exclues, parce que les condamnés pratiquaient sur elles le coït, selon le mode dit de la brouette, et leur donnaient ainsi des inflammations et différentes maladies de la vulve et du vagin.'

A côté de ces individus, qui ne cherchent que les satisfactions brutales et grossières, on trouve bien parmi les criminels quelques détraqués héréditaires présentant des perversions plus ou moins immatérielles de l’instinct sexuel, quelques pédérastes

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platoniques s’éprenant pour un adolescent aux grâces d’éphèbe liellénien d’un amour vraiment socratique et où les sens n’entrent pour rien. Mais ces faits sont tout à fait accidentels.

Il y en a aussi quelques-uns qui souffrent cruellement d’ôtre privés des plaisirs vénériens, mais qui, devant les ollres de la pédérastie, se détournent, pris de dégoût, comme les anges se détournèrent de Sodome. Mais ces détenus sont rares également.

Enfin, si je voulais résumer mon opinion générale sur les habitudes génitales des criminels, je laisserais de coté ces exceptions dont je viens de parler et je ne verrais parmi eux que deux catégories : les individus aux instincts sexuels apaisés ou éteints et ces mâles aux appétits violents qui cherchent et trouvent facilement dans la pédérastie les satisfactions qu’ils demandaient autrefois aux prostituées de bas étage.

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