‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 55 sur 132 · I.’aMK DKS CniMlNULS · texte numérisé non relu

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tons les gartliens. llson invonlenl raVenlcnt de nouvelles; ce sont toujours les anciennes retapées et cousues de fil blanc. Emile Gaulhier, qui, lui aussi, les a étudiés de près, prétend au contraire qu’elles sont merveilleuses. « On nesaiirait croire, dit-il, à quel point la claustration développe l’esprit de ruse et d’ingéniosité. 11 n’est guère que les héros de Fenimore Gooper et de Gustave Aymard, Peaux-Rouges, happeurs de l’Arkansas ou pirates de la Savane qui puissent, à cet égard, soutenir la comparaison avec la gent détenue » (1). H ajoute à cela qu’il a vu à Mazas, un soir, un sou qu’on avait fendu par la tranche et dont on avait évidé l’intérieur. Puis, à l’aide d’un pas de vis imperceptible, pratiqué dans l’extrême bord, on l’avait transformé en une petite boîte hermétiquement close qui dissimulait, sous une mince pellicule de cuivre, une petite pièce d’or de cent soUs. J’ai connu, de mon côté, un individu d’une intelligence assez éveillée, il est vrai, qui avait inventé une foule de trucs très Ingénieux. C’est précisément celui dont j’ai dit l’histoire dans un précédent chapitre.

Lorsqu’il se trouvait à la Santé, une de ses plus grosses privations était de manquer de tabac. Il arrivait assez facilement à s’en procurer, mais il fallait pouvoir en cacher de façon à être sûr d’en avoir régulièrement. Comment faire? Tout est visité avec tant de soin, la surveillance est si sévère, il y a tant à redouter de la délation des autres détenus jaloux! Un matin je le trouvai radieux, et, s’il eût su le grec et connu i\.rchimède, il m’eût sans doute dit : E\jprr/jx I L’animal avait trouvé un truc pour dissimuler son tabac. 11 se le plaçait sous la plante des pieds, entre la peau et une bande de diachylum. « Cela lui donnera peutêtre un parfum un peu spécial, me disait-il; mais en prison on ne saurait se montrer trop difficile sur le choix de son tabac ».

(1; Emile Gauthier. Le Monde des prisons. lu Archioes de l’anthropologie criminelle, novembre 1888.

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’ Gomme on le voit, on peut bien rencontrer de temps en temps line ruse nouvelle,’ un artifice non encore connu, enfanté par un détenu plus intelligent, mais généralement ils reservent toujours les mêmes ficelles, vieilles et usées. Des gardiens souvent peu intelligents suffisent à déjouer leurs combinaisons les plus savantes.

En somme, ce mince bagage d’artifices exige peu de frais d’imagination et peu d’efforts intellectuels, surtout si l’on songe que le criminel enfermé en prison n’a souvent pas d’autres préoccupations et qu’il peut méditer des semaines et des mois le truc qu’il se propose d’essayer. D’ailleurs, les animaux, qui n’ont pas d’imagination, ne sont-ils pas les plus rusés des êtres vivants quand leur instinct spécial est enjeu?

« Les enfants paresseux et indisciplinés, dit M, Joly, résolus à tromper leurs maîtres et à s’amuser quand même, sont plus rusés que leurs camarades qui occupent les premiers rangs de la classe, » Et il ajoute avec juste raison : «L’ensemble des ruses de tous les voleurs réunis est quelque chose de prodigieux, comme l’ensemble des ruses des animaux ; mais chacun de son côté n’en emploie qu'une. En réalité, les honnêtes gens au service de la police, qui ont à deviner et à déjouer tous ces tours, dépensent une bien plus grande somme d’intelligence et d’adresse que les plus habiles de ces bandits pris à part, »

, Donc, quand bien même lés criminels seraient très rusés, cela ne prouverait pas qu’ils soient très intelligents.

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