I. AMK DKS CRIMINKI.S
([u'cllo ne saurait lixerson allontion (Vivolo. Kt tel qui accoplala sentence avec un rire de déli aux lèvres, tremble et défaille lorsqu’on lui annonce que son heure dernière est arrivée.
Néanmoins, il y a quelques exceptions. Si la plupart des criminels s'adressent à des gens sans défense, s’ils frappent leur victime désarmée, s’ils n’exécutent leur crime qu’en tremblant et s’ils fuient lùcliement à la moindre alerte, il en est cependant quelques-uns parmi eux qui, lorsqu’il s’agit de commettre une mauvaise action, déploient quelquefois beaucoup d’audace et même un certain courage.
.T’ai connu à la prison de la Santé une espèce de héros de bagne qui avait accompli plusieurs évasions pleines d’audace et de périls. J’interrogeai cet individu à différentes repidses.
C’était un vieux roué. D’une intelligence superficielle, mais vive, il s’exprime avec une faconde pleine d’abondance, répétant à tout bout de champ qu’il est un grand homme dans son genre, que les évasions qu’il a accomplies sont des actes surprenants. Couvert de tatouages des pieds à la tète, il montre avec orgueil cette inscription qui s’étale sur son ventre : « Pas de chance. » Néanmoins, cette forte tête du bagne ne sait ni lire ni écrire.
Son histoire vaut la peine d’être rapportée. Je ne pourrais certilier que tous les détails en sont authentiques, mais j’ai pu m’assurer que les principaux faits étaient exacts
H... fut condamné une première fois, en 1846, à six années de travaux forcés pour vol avec effraction. Avec l’aide de deux complices il avait dévalisé une maison de la rue des Deux-Ponts; on les arrêta dans l’escalier, en train de descendre les paquets. A la suite de révélations. 11... se trouva en même temps compromis dans une bande de cambrioleurs composée de quinze individus. (Cette association, peu homogène et mal liée, avait néanmoins quelques règlements. Ainsi, à la tête, se trouvait un chef qui désignait les coups à faire et plaçait les hommes. La désobéis-
L AME DES CUIAIINELS
smicc OU la Iraliison 6laieiil punies de luori). J‘our ceUe secomlo alVairc, \\... vit douze anndes de travaux forcds s’ajouter aux six années qu’il avait déjà.
Après avoir été exposé en public, place du Palais-Royal, avec l’écriteau infamant, etim séjour de quelques mois à la Roquette, il fut envoyé au bagn-e de Toulon. C’est là qu’il tenta sa première évasion, avec un autre forçat. Cette tentative demanda de longs préparatifs assez habilement exécutés. Ils achetèrent d’abord des habits de contre-maîtres libres pour les revêtir au moment de leur évasion. Leurs habits de forçats serviraient à faire des mannequins qu’on suspendrait le long des murs pour dérouter les gardiens et éviter les coups de fusil. Ils achetèrent ensuite une petite lime, coupèrent leurs fers et s’évadèrent par l’atelier de corderie, endroit le plus propice, paraît-il. Les choses se passèrent à peu près comme ils avaient prévu. Les gardiens tirèrent sur les mannequins pendant qu’ils descendaient tranquillement d’un autre cô té avec des cordes et gagnaient la campagne. Après avoir fait sauter « la manille» qui leur restait au pied, ils se cachèrent dans une crevasse entre deux rochers. Mais on s’aperçut vite de leur fuite, l’alarme fut donnée, on tira le canon, tous les gendarmes se mirent à leur recherche et jetèrent des sondes dans les crevasses. Le camarade de R... blessé, poussa un cri; le coup, dès lors, était manqué, et, en effet, cinq minutes après, ils étaient repris, ramenés au bagne, soumis au supplice terrible de la bastonnade, et, avec l’écriteau : Forçat repris, exposés sur un tréteau devant lequel défilèrent tous les autres forçats. •
En 1852, R... partit pour Cayenne, espéranty couler des jours meilleurs. Il passa un an aux îles du Salut, puis deux ans au pénitencier de la Montagne-d’Argent, et ensuite quelque temps à celui du Moroni, où il tenta une nouvelle évasion plus audacieuse encore que la première.
i/aME des CUnilNEES
:UJ1
lldil lui-ni('‘mo,on ('i\ paidaiil;, avec un onliioiisiasmo comi(jiio. :
« (l’ost curieux, c'esl triste et c’est beau ! » Cette fois ils étaient six, et les préparatifs ne durèrent pas moins d’un mois. Ils commencèrent par metire des vivres de côté, puis durent fabriquer un radeau; ils passèrent pour cela plus de quinze jours dans la forêt, ayant à lutter contre les animaux féroces, les serpents et les moustiques. Enfin tout fut prêt. Us partirent pendant la nuit, longeant le rivage, puis le lendemain matin ils gagnèrent le large, sans cependant perdre de vue la terre, car ils devaient longer les côtes pour gagner la Guyane anglaise, dont les autorités ne rendent pas les condamnés. Les choses allèrent d’abord assez bien ; ils avalent dépassé le fleuve Moroni et se trouvaient en vue des terres hollandaises, lorsqu’ils virent venir sur eux une embarcation où flottait le pavillon hollandais ; ils durent prendre le large et éprouvèrent ainsi un grand retard. Néanmoins, le troisième jour ils abordèrent la terre pour se reposer et manger. Ils passèrent la nuit sur le rivage après avoir allumé de grands feux pour éloigner les fauves et les serpents. Le quatrième jour ils se rembarquèrent, et le cinquième jour ils virent briller le phare vert des Hollandais; ils ramèrent toute une journée dans ces parages, et le sixième jour ils arrivèrent enfin en vue des terres anglaises qu’ils saluèrent d’un hurrah joyeux. Le bagne était loin derrière eux; ils n’avaient plus rien à craindre; ils allaient être sauvés. Il était temps, car les vivres manquaient et déjà ils avaient dû manger du poisson cru. Malheureusement, le matin du septième jour, au moment où ils allaient toucher au but, un grain s’éleva, bientôt suivi d’une tempête : la barque fut culbutée ; trois hommes périrent et les trois autres se sauvèrent à la nage, abordant sur un rivage inconnu, presque nus, exténués de fatigue, sans vivres et sans espoir, « résignés à mourir ». Néanmoins, l’un d’eux rassembla ce qui lui restait de courage et grimpa en haut d’un palmier :