‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 59 sur 132 · I. a:mI': drs ciu.mi.nkls · texte numérisé non relu

I. a:mI': drs ciu.mi.nkls

cVilall leur dernière chance de salai. Ils déconvrirenl une Iribu d’indiens, où on lesaccueillil avec bienveillance et où les femmes les soignèrent avec douceur. .VussiliM rétablis, ils partirent pour un poste anglais, et II. . . se lit ramener en France.

11... était cà peine depuis quinze jours à Paris, caché chez un de ses frères, qu’il fut repris par la police et vivement ramené à Cayenne où on lui ajouta une année de travaux et dix mois de suspection ; de plus, on lui mit la double chaîne. Cette fois, le drôle était vaincu ; il fit sa peine jusqu’au bout, n’osant plus tenter des aventures aussi périlleuses qui, d’ailleurs, devenaient de plus en plus difficiles. Il ne fut ramené en France qu’en 1861. Son temps était fini ; il avait passé neuf ans au bagne de Cayenne. Revenu à Paris^ il reprit sa vie d’autrefois, constamment condamné pour vols, rixes, vagabondage. C’était un être absolument incorrigible, et on le renvoya à Cayenne pour dix ans. Au bout de deux ans, la nostalgie de Paris le reprit, et, malgré des dangers nombreux et réels cette fois, il tenta une nouvelle évasion. Un dimanche, avec neuf autres forçats, il se sauva dans la baleinière qui amenait le prêtre dire la messe au pénitencier. Le coup était médité depuis longtemps, les préparatifs faits et les vivres cachés dans l’embarcation. L’alarme fut immédiatement donnée et ils essuyèrent plusieurs coups de feu : quatre de ses compagnons furent tués et R... lui-même eut le pavillon de l’oreille gauche emporté par une balle. Néanmoins ils avaient pu gagner la pleine mer et voguaient pleins d’espérance, hors de la portée des balles. Mais bientôt un navire hollandais apparut à l’horizon, marcha sureux et les ramena à Ilurinam, d’où ils furent reconduits au bagne. Malgré tous ces insuccès, malgré tous ces périls, malgré toutes les souffrances endurées, malgré les punitions terribles du bagne, R... fit encore une tentative : il essaya de s’évader en volant une embarcation a des noirs. Celte fois, ce fu t une goélette française qui le ramena au bagne lui et ses compa-

gnons.

l/A>[r. DES CRIAIINELS

Son temps Uni, It... rut ramoné on Finance. Malgré de nombreux arrêts d’interdiction il a tonjoiirs vécu à Paris, ou mieux dans les prisons do la Seine, car il a snbi depuis son retour plus de vingt condamnations pour vol, mendicité et vagabondage. ]\lais cette longue détention n’a pu abattre cet homme do lcr. Malgré scs soixantc-tmis ans, il est encore plein de vigueur et de mauvais instincts.

C’est là un exemple rare d’audace et de courage chez les criminels, et c’est pour cela que j’ai tenu à le rapporter. Généralement, à moins qu'ils ne se laissent emporter par l’instinct ou la passion qui chez eux est en quelque sorte impulsive^ ils reculent épouvantés devant le premier obstacle qui se dresse sur leur route. Ils préfèrent la captivité à la liberté perdue, si, pour la recouvrer, il faut affronter des dangers.

En somme Elams Linds a raison : « l’homme malhonnête est un homme essentiellement lâche. » Eux qui aiment tant la vengeance, ils reculent souveirt quand' il faut frapper leur ennemi en face, même désarmé. On cite à cet égard des faits curieux. Serafini, chef de la police de Pavenne, apprit qu’un assassin des plus dangereux s’était vanté de le tuer : il lofait venir, lui met dans les mains un pistolet et l’invite à tirer sur lui. L’assassin aussitôt de pâlir, de trembler ; sur quoi Serafini le chasse en le souffletant. Ce même Elams Linds, que j’ai cité, s’enferma un jour dans une chambre avec un galérien féroce qui avait juré de lui donner la mort; il se fit raser par lui et le congédia ensuite en disant: « Je n’ignorais point vos projets, mais je vous méprise trop pour vous croire capable de les exécuter. Seul et sans armes, je suis plus fort que vous tous réunis. »

A la Santé, comme dans les autres prisons, on ne met qu’un seul gardien sans armes pour surveiller un grand nombre de détenus, libres dans les cours ou travaillant en atelier et ayant par conséquent entre les mains des armes dangereuses. Or, il

l’ame des criminels

est exlrômemcnl rare de voir un gardien frappé par un détenu. Et Dieu sait s’ils les rudoient et les humilient. Ils supportent lâchement toutes les injures et tous les affronts.

Page 1