LA LITTKUATUUE DANS LES PUISONS
Stefano appelle scs compagnons de captivité des « âmes impies, perverses et sordides. » Les dégénérés criminels sont précisément de ceux qui, sachant distinguer le bien du mal, restent accessibles au repentir. Et c’est là, croyons-nous, un caractère distinctif entre le criminel proprement dit et l’aliéné. Le criminel pourra déployer de l’énergie et de la liardiesse au moment du crime; mais, l’acte accompli, il tombe le plus souvent au-dessous de lui-méme; puis la peur le quitte, et, comme il n’a pas de conscience, il recouvre sa sérénité de brute perverse et sournoise; scs facultés intellectuelles n’ont subi ni haut ni bas : elles ont conservé leur platitude immuable. Il en est tout autrement de Taliéné et spécialement du dégénéré.
Quand le délire est sur le point d’éclore, on dirait que son énergie cérébrale est doublée ou triplée; il devient actif, entreprenant. Sa parole devient facile et abondante; son esprit s’ouvre à toutes choses, ses idées s’élargissent; en un mot, toutes ses facultés s’affinent.
Au début de son délire, cette suractivité cérébrale persiste. Il u’est pas rare alors de voir des hommes presque sans instruction parler avec une certaine éloquence et écrire des pages pleines de couleur et de poésie. Ce sont des espèces de décharges nerveuses. Des auteurs modernes ont môme prétendu que le génie n’était rien autre chose.
.l’ai observé l’an passé, à l’asile Sainte-Anne, dans le service deM. Dagonnet, un pauvre jardinier, absolument illettré, fils et petit-fils d’aliénés. Il se croyait le fils de Dieu et se disait envoyé sur la terre pour tenter une rédemption nouvelle (1). Il était le frère et le successeur de .lésus-Christ. Eb bien ! cet homme, qui savait à peine écrire, qui ne fré([uentait point les églises, qui
U) Cette observation a été publiée in- extenso dans les Annales médico-psychologiques de novembre 1887, sous ce liire ; Mégalomanie religieuse.