A GAILLON
J’avais vingt ans : réduit é la misère,
A la Roquette je me vis prisonnier.
Jlalgré mes pleurs, mes plaintes, mes prières,
C’est à Gaillon que je fus transfère.
Par des gardiens que personne n’estime.
Combien de fois je me suis vu frappé!
Ces hommes enfin ne rêvent que le crime.
Ah! si les morts pouvaient se réveiller!
Dans un cachot, à cent dix pieds sous terre.
Soixante-dix jours j’ai souffert le martyre.
Le gardien-chef me fit mettre les fers;
Par ce moyen il me fit obéir.
Et son épée, posée sur ma poitrine.
Prête à frapper si j’eus osé crier.
Ces hommes enfin ne rêvent que le crime.
Ah ! si les morts pouvaient se réveiller !
Directeur, toi, vieillard hypocrite.
Si, par tes crimes, tes cheveux ont blanchi,
Ne crains-tu pas, toi et tes acolytes.
De tes méfaits de recevoir le prix?
Ne crains-tu pas que, s’il y a une justice,
Que de par Dieu tu seras bien châtié?
Tu auras beau dire un De profundis,
Si ce jour là les morts sont réveillés !
En voici encore une, œuvre d’un forçat en haute estime dans le monde des prisons et que son amour pour la poésie avait fait surnommer la Tourterelle. Condamne à vingt ans de travaux forcés pour vol à main armée, beaucoup de déportés Tout connu alors qu’il était boulanger à Téremba ou bien porte-clés, c’està-dire correcteur, à l’ile Non. A côté de certains vers cyniques on en lit de tendres, de louchants.
la LirrÉKATUUE DANS LES PUISONS.
Cette poésie est pleine de regrets mal dissimulés, adieu du forçat est pour sa mère Cet individu savait à peine écrire.