LA FLUTE ET LE TAMBOUR
Bien fou, ma foi, qui sacrifie Le présent au temps à venir;
Tout est bien et mal dans la vie.
Le chagrin succède au plaisir.
L\ LITTIÎKATUUK DANS LES l’KISONS
Contre le sort eh vain on lutte :
Amour, richesse, n’ont qu’un jour.
Ce (lui vient au son de la llfite S’en retourne au bruit du tambour.
Un gros linancier qui, naguères, Roulait, gorgé du bien d’antrui.
Rançonné par d’autres confrères, Marche dans la crasse aujourd’hui.
On voit souvent semblable chute Chez le peuple ainsi qu’à la cour.
Ce qui vient au son de la Ilûte S’en retourne au bruit du tambour.
Quand je vois la superbe actrice Qui ruina plus d'un amateur, Aujourd’hui, par un beau caprice.
Se ruiner pour un mince auteur.
Pauvre folle, hélas! Quelle chute!
Ainsi, dis-je, même en amour.
Ce qui vient au son de la ilûte.
S’en retourne au bruit du tambour.
Le caporal Géomay, récemment condamné à mort pour assassinat, composait des chansons, dont l’ime fut chantée sur une scène parisienne et eut une certaine vogue.
Comme on a pu le voir par ces nombreuses citations, l’argot ne tient que fort peu de place dans la littérature des criminels. Ils en émaillent leurs écrits, comme ils en émaillent leur conversation. Pour donner plus de vigueur ou plus de pittoresque à la phrase, ils rhabillent d’argot ; ce n’est qu un ornement
LA LlïTLKATUUli ÜANS LliS PUISONS
passager, une llciir jetée clans l’iierbe; vehili flos venianlUrm in pralis, comme disait Cicéron.
Voici néanmoins deux chansons on l’argot tient une certaine ])lace. Elles ont été recncillies à la prison de la Santé par mon excellent ami, le D' Cuillot, mon successeur comme interne à rinlirmerie centrale.
CÉLESTINK OU LA MARMITE QUI FUIT Lanientalioiis 'd’un trois-ponts. (1)
Refrain.
C’est pas malin, Célestine,
Depuis ciLie j’suis en turbine (2), ■
Tu refoules pour triniarder (3),
Nib à tortorer (4),
Tu m’f'rae calancher (5). ’ .
Autrefois, je t’appelais ma petite môme (6).
Et mes valades étaient graissées (7) ;
On m’agate et me v’ià en paume (8),
Et tu te débines des matelassées (9).
J’t’en ai paré de ces attignoles (10) !
Pour ton niére je me serais fais buter (11).
Mais v’iâ que tu fréquentes les casseroles (12),
Marmite que j’ai fait débuter !
Quand tu fleurissais sur le bitume.
Tous les gonses (13) étaient épatés ;
Ton chasse faisait des levages rien urfés (14j,
A chaque traiyage tu faisais ta pièce (15) ; . ; .
Pendant ce temph-là, j’allais m’en jeter (16) ;
Maintenant v’ià que tu renilles sur le commerce (17),
Et je passe à l’as pour m’ies caler (18).
(1) Souteneur. (2) Depuis que je travaille. (3) Tu ne veu.K plus raccoler. (■f) Tu ne veux plus me doniier d’argent. (5) Tu me feras crever. (6) Ma pelile femme. (7) Mes poches étaient garnies d’argent. (8) On me blague et me voilà dans la misère. (9) 'i’u te soûles. (10) Je t’en ai évité des affaires. (Il) Pour toi, je me serais fait assommer. (12) La casserole est une prostituée d’un ou plusieurs degrés inférieure à là marmite. (13) Tous les individus. (1-1) Tu raccolais des hommes bien mis (15) A chaque passe tu gagnais cent sous, (lü) M’amuser. (17) Tu refu.ses de te prostituer. (18) Je n’ai plus rien.
LA LlTTÉKATUHl!; DANS LES PUISONS
Les reluisants que tu t’carrais en grève (1), J’in’cainoullais en boudiné (2); lu me r’tilais madame la braise (3),
J’ilanquais mon galurin (4) de côté,
Puis au tortorent (5), plus d’un pante (G)
Etait bleu d'nous voir mortiller (7).
O’jordhui j’ai du vent dans le ventre,
J sens le paquet de tripes se cavaler (8).
T’étais nippée à la cocotte (9),
On jactait : est-elle frusquinée (10) !
Ça donne envie de tirer une botte (11),
C’est une marmotte qu’est rien tapée (12)! Maintenant tu t’toquardes de la frime (13);
Tes deux oranges tombent dans tes bas (14), T’es des mois sans changer ta lime (15);
Y a même des mois que tu n’en a pas.
Quoi? c’est éteint... tu rebutes au flanche (16)?
Y a pu d’trottinage à la clé (17)?
Ues dattes pour que tu fasses la planche (18)? L’anse de la marmite est cassée (19)?
Pour parer c’gnon qui m'met su’l’sable (20), Comme ta peau n’veux plus que faignanter (21), J’vas me recoller avec ta dabe (22)
Que ne refoule pas pour turbiner (23).
(1) Les louis que tu plaçais dans ton faux derrière. (2) Je m’habillais en boudiné. (3) Tu me donnais l’argent. (4) Mon chapeau. (-5) Restaurant. (6) Plus d’un individu. (7) Etait étonné de nous voir passer. (8) Figure très hardie et difficile à traduire. Elle signifie ; Je n’ai plus rien; je suis perdu. (9) 'Tu étais bien mise. (10) On disait : Est-elle bien habillée! (11) Ça donne envie d’aller coucher avec elle. (12) C’est une jolie femme. (13) Ta figure se défraîchit. (14) Tes seins tombent dans tes bas, c’est à-dire deviennent mous et pendants. (15) Sans changer de chemise. (16) Tu refuses de travailler. (17) 'l’u refuses de faire le trottoir. (18) 'Tu ne veux plus te mettre sur le dos avec les hommes. (19) Figure très hardie et difficile également à traduire. Une marmite dont l’anse est cassée ne peut plus servir ; donc cela signifie : tu n’es plus bonne à rien. (20) Pour parer ce coup qui me renverse. (21) Puisque tu ne veux plus rien faire. (22) Je vais me mettre avec ton amie. (23) Qui ne refuse pas de travailler, c’est-à-dire de se prostituer.