‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 93 sur 132 · LES ÜEAUX-ARTS DANS LES PUISONS · texte numérisé non relu

LES ÜEAUX-ARTS DANS LES PUISONS

Ylli

J’ai déjà dit que les criminels dessinaient surtout des scènes érotiques et que l’obscénité était la note dominante de leurs productions artistiques. C’est sans doute pour cela qu’ils aiïectionnentde reproduire les organes génitaux et les seins.

Ils ne peuvent dessiner une femme nue sans la détlorer d’une abominable fente rouge et béante. Ils ne sauraient concevoir un homme nu sans être orné d’un pénis en érection et ils donnent généralement à cet organe un volume qui ferait la joie de la courtisane biblique dont parle le prophète Ezechiel, la jeune Oolla, qui recherchait les hommes quorum carnes sunt sicut carnes asinorum.

Le sexe n’est point pour eux quelque chose de mystérieux et de sacré, une rose mystique qu’il faut cacher sous la voûte obscure du ventre, comme un talisman étrange et précieux qu’on tient enfermé dans un tabernacle; ils en font au contraire une laideur qu’ils étalent au grand jour et dont ils rient.

Leur façon de dessiner les seins est également assez curieuse; ils les placent presque toujours trop bas et ont une tendance très marquée à les faire tombants. Ceux de la figure 41 ne seraient pas déplacés sur la poitrine d’une Ilottentote, et ceux de la figure 42 sur la poitrine d’une femme Achanti. J’ai sous les yeux la photographie d’une femme Achanti qu'on exhiba l'an dernier au Jardin d’acclimalalioii de Paris et ([ni répondait au nom de Nanssy. Ses seins ne sont pas plus délicpiescents que ceux de la litiure 41.

11 n’y a guère que dans la figure fit), ([ui dénote une certaine science des lignes et des contours, où les seins soient, je dirai

LES HEAUX-ARÏS DANS LES PRISONS

presque arlistiques, c’est-à-dire naturels, mais un peu flattés, idéalises, en vue de la perfeefion idéale où doit tendre toute œuvre d’art.

Je n'ai parié jusqu’ici que des dessins des criminels, et je crois que c’est la seule façon qu’ils emploient pour exprimer leurs idées ou leurs passions par des images visibles et tangibles. La sculpture même la plus primitive est pour eux une science complètement inconnue. Et cependant, lorsqu’on étudie l’histoire des beaux-arts, on remarque que chez les peuples la sculpture précède presque toujours la peinture; Praxitèle était un maître avant qu’Apelles fût né, et Michel-Ange aurait animé le marbre avant de peindre le Jugement dernier. Qu’on donne à Phidias un bloc de marbre et un ciseau, et il en fera sortir un Jupiter tonnant.

Il faut au peintre un outillage beaucoup plus compliqué. Cela explique pourquoi le sculpteur est l’ancêtre du peinti’e. Pour le criminel enfermé dans une prison ou dans une cellule, c’est le contraire qui se produit; il lui sera fort difficile de se procurer un ciseau et de la terre pour façonner l’idée qu’il veut vêtir d’un corps, tandis qu’il aura toujours sous la main un crayon et une feuille de papier; aussi le criminel dessine, mais il est rare de trouver dans les prisons, même une grossière statuette taillée dans du bois. On ne saurait considérer comme une œuvre d’art, môme primitif, ces travaux grossiers exécutés avec de la mie de pain coloriée et représentant des oiseaux ou des animaux dignes de figurer dans le paradis terrestre de llosch.

CHAPITKF- XXllI

LES TATOUAGES DANS LES PUISONS

Lorsque j’entrai à la prison de la Santé comme interne de l'inlirmerie centrale, M. le D’’ de Sinéty^ qui avait déjà recueilli un certain nombre de tatouages chez les prostituées de Saint- Lazare, me conseilla de relever les tatouages chez les criminels.

En ce moment j’en ai entre les mains quelques centaines, et j’en ai observé plusieurs milliers.

Sans vouloir refaire, après les magniliques travaux de Lacassagne et Lombroso, une monographie des tatouages, je me contenterai de présenter quelques faits absolument personnels sur les tatouages des criminels. J'aborderai ensuite deux points secondaires, encore peu connus, et qui ont été étudiés précisément à la prison de la Santé ; l’esthétique des tatouages par moi, et leur destruction par le D"" Variot.

Les causes qui poussent l’homme à se tatouer sont multiples. Chez certains peuples superstitieux, le tatouage est une sorte d’amulette qui préserve des maladies ; c’est une espèce de vaccination mystique. Liiez d’aulres, c’est un mode de guérison. Tels

LES TATOUAOES DANS LES PUISONS

les lîolociidos^qui se fontune cicatrice au front pour se préserver des maux de tête. Chez les Kabyles, une croix appliquée aux tempes, à l’ang-le externe des paupières, sur un membre, guérira de la (lèvre, des maux de tête, des douleurs, etc.

Chez d’autres peuples, le tatouage est'une sorte de cérémonie familiale et l’eligieuse.

Chez nous, quelques jours apres la naissance de l’enfant, toute la famille se réunit autour du berceau pour le baptême : en Polynésie, le baptême de l’enfant c’est le tatouage. Chez les vieux Gaulois, la fille du chef, le soir de ses fiançailles, présentait sa coupe aux lèvres de tous les invités ; en Nouvelle-Zélande, on la soumet aux épreuves du tatouage.

« L’historien chinois Ma-Tien-Lin, qui écrivait au douzième siècle, rapporte la cérémonie complète du tatouage qui s’exécute chez la jeune fille au moment de son mariage, dans la population de l’île de Hai-Nan. C’est seulement dans les classes nobles qu’a lieu cette cérémonie. Au moment où l’enfant atteint l’âge nubile, les parents offrent une grande fête à tous les membres de la famille. Les compagnes de la jeune fille apportent ellesmêmes les aiguilles et les pinceaux et tracent en noir sur son visage des dessins de fleurs, de papillons, d’insectes, très finement exécutés.

« Les dessins sont alors gravés parmi artiste qui est généralement une vieille femme, et les images tracées par la piqûre se détachent sur un fond. pointillé qui semble imiter un semis de grains de millet. La cérémonie s’appelle Sieou-Mien.

« A Formose, d’après Raoul, la même cérémonie précède le mariage chez les femmes, dont le visage est entièrement couvert d’un tatouage très serré.

« On l’observe même chez les femmes Ainos de fîleJeso, à l’embouchure du lleuve Amour, et dans l’île Taralaï(I). »

(1) Lricassagiie et Magitot, Art. Tatouages. In Diction, encyclop. des Sciences médicales.

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h’aulros obéissent à un senlimenL religieux. Le lalonage esl pour eux une sorte de consécration, comme la tonsure chez les |)rètres chrétiens modernes et la trépanation chez certains musulmans. Les Phéniciens se gravaient sur le front les signes de leur divinité. En Nouvelle-Zélande, la femme qui ne portait pas le tatouage orthodoxe, gravé par une prêtresse, ne pouvait jouir do la félicité éternelle. Lorsque « le berger de llda, réirangor à la tête dorée », eut enlevé du palais de Ménélas « la blanche Tyndaridc Hélène aux pieds d’argent, au corps sublime », il alla aborder au promontoire de Canope, près d’un temple d’IIercule. Dans ce sanctuaire redouté, il s’empressa de se faire tatouer, car il savait que le tatouage était une consécration au dieu et le rendait inviolable fl ).

« Les anciens Egyptiens se traçaient sur la peau certains emblèmes aux rites d’Isis et d’tJsiris. Les prêtres étaient tatoués de cette façon.

« Suivant Procope, les premiers chrétiens d’Orient et d’Italie étaient tatoués ; d’autre part, Ptolémée Philopator se faisait tatouer d’une feuille de lierre en l’honneur de Bacchus. Chez les juifs qui s’étaient convertis de force au paganisme, cette pratique, on le sait, était en opposition formelle avec les préceptes du Lévitique qui interdisent aux juifs toute espèce de tatouage ou écriture de points. Cette même interdiction se retrouve, d’ailleurs, dans le Coran.

« En Nouvelle-Guinée, les prêtresses du culte du Serpent portent sur les bras, la poitrine et le visage des cicatrices en festons représentant des llenrs, des animaux et surtout des serpents. Cette opération les rend sacrées. De même, suivant Ali- Bey, tout Arabe qui portera sur chaque joue trois incisions parallèles sera par là consacré esclave de la maison de Dieu (2). »

(1) Hérodote. Hislor. I. u, chap. cxiii.

(ü) rr<icassa"rie et Mafçilot. Art. 'J’atouage du Dicl. encyclop.

UvS TATOLACHiS DANS LIiS l’IUSONS

(>liez d’iiulres^ c’esl. un signe de supériorilé, une sorte de blason. L’iiomnie tatoué est le seigneur, tandis que le pauvre diable dont la peau reste nue et vierge d’ornements n’est que le plébéien

ou roturier. Cdiez les Maoris, le vaincu tatoué ne peut être

LES TATOUAEES DANS LES IMUSONS

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réduit à l’esclavage. Et le moko est riiomme tatoué, le noble, tandis que le tipaï qui ne l’est pas est presque un esclave.

Le guerrier caraïbe écrit son histoire sur sa peau : les grands combats auxquels il a pris part, le nombre d’ennemis immolés de sa main. Ainsi, les Pagai se font exécuter un signe de tatouage à chaque ennemi tué par eux. (Voyez les ligures .53 et 54 empruntées à l’article de M. Lacassagne et représentant des guerriers tatoués.)

Fig. 54

Chez certaines tribus, les tatouages sont des signes distinctifs, et chaque membre porte ainsi gravées sur sa peau les armes de sa tribu.

LES TATOUAfrES DANS LES PRISONS

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Mais ton tes ces origines ne sauraient être invoquées pour les tatouages des criminels. J’ai interrogé un grand nombre de détenus tatoués : la plupart no savaient pas pourquoi ils étaient tatoués. Un jour d’ennui, un camarade s’est fait tatouer à côté d’eux dans le dortoir ou dans le préau; par esprit d’imitation et pour tuer le temps, ils ont fait comme lui. El alors, très souvent, l’emblème indélébile qu’ils portent n’a aucune signification pour eux. D’autres se sontlaissé tatouerun jourd’ivresse. Un tatoueur est venu chez le marchand de vin ; on a causé, on a pris un verre, deux verres, trois verres ensemble ; le tatoueur a fait son boniment, vantant son adresse, l’inocuité de l’opération que l’on ne sent même pas, la finesse et l’élégance de ses dessins^ et finalement le malheureux s’est fait graver, pour une somme modique, une danseuse ou un soldat sur le bras.

Pour le tatoueur lui-même, enfermé dans une prison, c’est un passe-temps, une distraction et quelquefois un moyen de se procurer un peu d’argent. « Cela fait passer le temps, disait l’im d’eux au professeur Lacassagne; j’aime à dcssineiq et, faute de papier, j’opère sur la peau de mes compagnons. »

Ou bien la chose s’est passée à l’atelier. L’apprenti a vu tatouer un camarade plus âgé et il a voulu faire le brave ; il a tendu son bras à l’opérateur, et, malgré la douleur, il s’est laissé faire.

Tout cela est pur amusement, et généralement le malfaiteur ne cherche à produire aucun effet en se tatouant. « Quand le jeune Océanien, lui, soumet son corps tout entier, et d’abord son visage, tout ce qu’il expose au regard de tous, à la cruelle opération que les rites de sa tribu lui imposent, il sait le motif sérieux qui le détermine et l’avantage sérieux qu’il [iroduit. Sa religion, sa coutume, ce qu’il a de plus sacré, lui recommandent ce courage pour frapper de terreur l’ennemi, pour rendre fières de lui ses femmes, pour être scellé ineffaçablement à l’efligie de

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sa tribu. Il ne reproduit sur lui-même aucun objet extérieur; il trace de gracieuses ou caractéristiques arabesques qui s’harmonisent étrangement par leurs lignes avec ses formes corporelles. Le prétendu tatouage du malfaiteur, au contraire, consiste en images aussi étrangères à son épiderme que peuvent l’être les inscriptions d’un enfant au mur d’un édifice. Il est imitatif, non expressif. Que peut-il avoir de commun, sauf le nom, avec ce noble tatouage polynésien, par exemple, qui est une véritable œuvre d’art, incarnée à l’artiste, comme le rôle d’un acteur parfait (I) ! »

Néanmoins, il n’est pas rare de voir des criminels se tatouer par vanité. Quelques-uns sont fiers de leurs tatouages et les montrent avec une ostentation peu dissimulée. J’ai vu un individu qu’on avait amené à la Santé pour purger une condamnation pour rixe. Cet individu était littéralement couvert de tatouages; il avait sur les jambes et sur les bras des têtes de femmes, des soldats, des généraux, des croix dé la Légion d’honneur, le tout entrelacé d’inscriptions plus ou moins prétentieuses. Sur la poitrine, un dessin très compliqué représentaitla prise du fort de Hué par les Français. Sur le dos, il portait un groupe de deux personnages : « le marquis Sans-Gêne et la duchesse Sans- Façon ». Ces personnages avaient vingt-huit centimètres de haut et ils étaient encadrés par des vases de fleurs qui mesuraient trente-cinq centimètres de haut. Ces tatouages, très finement exécutés en deux couleurs, rouge et hleu, avaient été faits en Afrique. Ils avaient nécessité plus de trois mois de ti’avail et de courageuse patience et avaient coûté plus de deux cents francs. Tout en reconnaissant la supériorité et l’élégance du dessin, j’étonnai fort l’individu qui les portait en lui disant que j’aurais bien donné quatre cents francs pour qu’on ne me les fit pas.

(1) Tarde. La Criminalité comparée, p. 43.

LKS TATOUAfiRS HANS LES PUISONS

Il me regapcla d’un air Insle el, miséricordieux qui voulaiL dire ; pauvre profane, (pii n’e.ntend rien aux clioses de l’aid ! S’il no haussa pas les épaules, ce fui sans doute par politesse ou par crainte d’une punition.

Dans certains pays, dans la Nouvelle-Zélande en particulier, le tatouage passe pour un ornement, elles jeunes filles se tatouent pour dissimuler la couleur rouge de leurs lèvres, réputée clie/ ce peuple comme une marque de beauté. Pendant l’opération, leurs mères leur chantent : « Laissez-vous tatouer pour qu’on ne dise pas, quand vous entrerez dans une fête : Quelle est celleci qui a les lèvres rouges ? »

« L’homme le plus brut, dit Th. Ciauthier, sent d’une manière instinctive que l’ornement trace une ligne de démarcation infranchissable entre lui et l’animal, et, quand il ne peut broder ses habits, il brode sa peau (1). »

(l) Th. Gauthier. Consta>iti)iople, chapitre vrii, cafés. Voyez é<ïalemeut O. VarioL; Tatouapea el peintures de la peau. In Revue Seie>itifiijue, 1HS7.

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Autrefois, le latoiuigc était fort employé pour marquer les criminels de signes infamants indélébiles. Les femmes th races étaient assujetties par leur mari à une piqûre indélébile et expiaient ainsi le meurtre sacrilège d’Orphée (d).

Chez les anciens, sur le front des esclaves, des prisonniers, des déserteurs, on imprimait des dessins indélébiles ; un cheval, une chouette ou les armes royales (2). Ce ne pouvaient guère être que des tatouages. Les malheureux ainsi défigurés cherchaient bien à ramener leur chevelure pour couvrir leur front stigmatisé, mais les maîtres farouches faisaient raser leurs cheveux (3).

Il y a peu de temps encore, chez nous, on imprimait au fer rouge, sur l’épaule du condamné aux travaux forcés, les initiales T. F.

Il semblerait que les criminels doivent fuir cos marques infamantes qui les dénoncent à tous et les font reconnaître. C'est

(1) Plutarque. Z)ô Numinis Vindicta I. xu. chap. xx.

(2) Plutarque, Périclès, cliapitre xxvt. Hérodote, Ilistor. 1. vu, chapitre cnxxxiir,

(3) Athénée. Panquet des Sophistes p, 325.— Pétrone: Salyricon, p. 105.

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leur infamie écrite en caractères indélébiles sur leurs bras ou leur front. Il n’en est rien. Aujourd’hui que la justice plus humaine a supprimé l’épreuve terrible de la marque au fer rouge, les criminels se chargent d'écrire eux-mômes sur leur peau le signe infamant. J’ai vu un individu qui portait sur le

bras, tatouées en bleu, les lettres T. F. ; un autre avait écrit : Fleur de bagne. Ces faits ne sont pas rares, et toutes les personnes qui ont vécu avec les prisonniers et qui ont pris la peine d examiner leurs tatouages, ont pu en voir un assez grand nombre. (Voyez ftg. 55, 56 et 57 empruntées à la collection de M. Lacassagne).

Fig. 57

LES TATOUA.fiES DANS LES PRISONS

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Les tatouages obscènes ou wotiques sont beaucoup moins fréquents qu’on pourrait le croire, du moins d’après ce que j’ai observé ; sur plusieurs milliers de détenus, examinés dans l’intervalle de deux ans à la prison de la Santé, je n’ai rencontré que quelques tatoüages obscènes. Bien entendu, je ne considère pas comme tels les personnages complètement nus, car ces motifs de dessin sont très souvent reproduits. Je l’ai déjà dit ailleurs, les criminels aiment à reproduire le nu, bien qu’ils y réussissent fort mal. Parmi les individus porteurs de tatouages obscènes que j’ai examinés, l’im avait sur l’avant-bras droit un appareil génital externe mâle, qu’il s’était fait tatouer en prison à l’âge de dix-sept ans. Il voulut d’abord me faire croire que cette image représentait une pipe ; finalement il m’avoua que c’était une verge qu’un compagnon de cellule, pour qui il avait eu de coupables complaisances, lui avait tatouée en souvenir. Un autre individu portait au-dessus du pubis cette inscription engageante avec une faute d’orthographe ; « C’esticile rendez-vous desbelles filles. Aux robinet des amours. » Il avait été tatoué au régiment. Un autre avait dans le dos un diable agrémenté d’un pénis énorme; d’autres, sur les jambes et sur les bras, des tatouages assez finement dessinés et représentant des scènes de coït. Un autre enfin, le plus curieux, après avoir subi un grand nombre de condamnations, s’était fait tatouer àTaïti par un créole. Il avait sur la verge une étoile et une botte pour faire, comme l’indique M. Lacassagne, le- légendaire calembour : Je vais te mettre ma botte au... De plus, on lisait sur les différentes faces de la verge des inscriptions alléchantes avec une orthographe d’une naïveté toute primitive ; « Le peizir des dames. Bote pour tour pied, » {Voyez fig. 58)

Cet individu était très fier de ses tatouages et il prétendait qu’ils lui avaient valu plus d’un succès dans le monde galant. Après tout, cela est bien possible. Son rêve eut été de se faire tatouer

LliS TATOUAGES DANS LES PRISONS

un crâne sur le gland. Pourquoi cet embl6me en pareil endroil? Le pauvre diable n’en savait sans doute rien lui-mOme. C’étaii pur caprice; ou bien c’était peut-être pour faire cbanter, comme Boccace, l’oiseau de Vénus dans une tête de mort.

J’ai encore vu quelques individus qui portaient sur les bras des images de femmes nues avec des organes génitaux plus apparents que nature.

Faut-il voir dans ces images lubriques un reflet du caractère et des mœurs du tatoué? Je ne sais ; mais il faut tenir grand compte de ceci : c’est que l’individu a été souvent tatoué pendant l’ivresse ou dans un moment d’ennui. J’ai observé un grand nombre de pédérastes pendant mon séjour dans les prisons ; je n’ai jamais trouvé chez eux de tatouages obscènes et surtout ces tatouages caractéristiques que M. Lacassagne dit avoir vu avec tant de fréquence. Un seul, celui qui précisément portait une verge sur le bras et dont j’ai déjà parlé, avait lesein

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traverse d’un poignard et sur la poitrine une pensée avec le mot Bébé. Etait-ce là un souvenir ou un emblème de pédérastie? Le drôle n’a rien voulu me dire. Il n’en est pas moins logique et il n’en est pas moins vrai de croire que les passions amoureuses et surtout l’érotisme portent certains individus à se dessiner sur la peau des scènes lubriques en conformité avec leurs goûts et leurs mœurs. J’ai déjà raconté l’histoire d’un individu qui simula la folie pendant trois ans et qui avait été un grand coureur de femmes. Cet individu portait sur le bras droit un tatouage représentant une femme sur une espèce de piédestal. Au dessous on lisait ces mots : « ge t’aime Fracois pour la vie.» Au dire de Mantegazza, on voit des femmes qui ornent leur vulve de dessins obscènes, et les Japonaises, il y a quelques années à peine, se dessinaient sur la main des signes faisant allusion à leurs amants et les remplaçaient par d’autres quand leur cœur changeait. Pour d’autres, surtout chez les prostituées, le tatouage est un stimulant des passions. Ainsi j’ai vu à Naples une prostituée italienne qui portait à la cuisse, au-dessus de la jarretière, ce mot encourageant: Excelsior! avec une flèche indicatrice qui, comme on pense, n’était pas tournée du côté du pied. J’ai également rencontré dans une brasserie de Paris une Mauresque qui portait sur le front une feuille d’alpha. Lorsqu’elle jugeait ses charmes extérieurs impuissants, elle avouait mystérieusement qu’elle en avait de secrets et qu’une feuille d’alpha, semblable à celle qu’elle portait au front, était gravée sur ses parties les plus cachées. Il fallait un amoureux d’une frigidité remarquable pour résister à un charme si nouveau et à de telles promesses.

Enfin, il n’est pas rare de rencontrer chez les criminels des tatouages professionnels, des souvenirs de leur passage dans l’armée ou dans dilférentes corporations. 11 en est même parmi eux qui, avant d’ètrc devenus des êtres pervers et incurables au

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point de vue moral, ont quel(jnel'ois obéi à un bon sentiment, à quelque souvenir pieux, et alors ils font graver sur leur peau une date, un nom ou une image qu’ils vénèrent et chérissent. « Les bergers de Virgile gravaient le nom do leur amante sur le tronc des arbres; le plébéien de nos villes modernes fait inscrire d’une manière indélébile, sur sa peau, le nom et les traits de la personne qui lui a été chère. » (1) J’ai vu un individu qui portait

sur le bras droit un poignard avec les mots : « Mort aux gousses ». Sur la poitrine, il avaitune espèce d’autel surmonté d’une croix. On lisait au-dessous cette inscription touchante : « A ma mère. » {Voyez la figure 59). Sur le bras gaucho, on lisait d’autres

(1) G. Vai'iol. Les Tatouages européens . la Revue Scientifique^ 1888.

Fig. 59

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légendes : « Mon cœur à ma femme. Je pense à toi ». La première inscription avait sans doute élé latouée dans un moment de haine, peut-être en prison, quelques jours apres une condamnation. Puis, la faute payée et la liberté recouvrée^ la paix s’était faite dans la conscience du coupable et le repentir avait fait place à la haine. Le malheureux avait évoqué alors le souvenir de sa mère morte loin de lui, et, ne pouvant lui faire élever une tombe au cimetière, il lui en avait fait graver une sur sa poitrine. Beaucoup se font tatouer une image grossière et peu ressemblante de leur liancée avec son nom au-dessous.

J’ai souvent rencontré aussi chez certains individus un motif de tatouage dontjen ai pu avoir l’explication. .T’ai bien vu au moins une vingtaine de détenus qui portaient sur la poitrine ou sur les bras un tatouage représentant un Christ presque

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loujoiirs semblable à celui de la ligure 60, qui aélé pris sur le bras droit d’un garçon marchand de bestiaux, individu grossier et brutal, qui avait subi plusieurs condamnations pour ivresse

et pour rébellion envers les agents. oyez encore la fiy . 6 ! empruntée à la collection de M. Lacassay ne) . J ai vu dernière-

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ment encore un voleur qui portail sur la poitrine un Christ d au moins trente centimètres de haut. J’ai interrogé tous ces individus. Aucun d’eux n’avait été guidé par une idée ou un sentiment religieux. Alors, pourquoi cette image du supplice du Aazaréen ? Pur caprice, sans doute.

Ün retrouve dans les tatouages toutes les formes primitives du dessin. La forme la plus inférieure^ la plus naïve, consiste simplement en points ou en lignes disposés et enchevêtrés de mille façons. Beaucoup de tatouages de peuplades barbares n’ont pas d’autre procédé d’ornementation. Et cette méthode naïve se retrouve même dans les productions architecturales de certains peuples de l’antiquité. L’esprit humain, en elfet, suit toujours les mêmes voies dans son évolution et arrive presque toujours à des effets identiquement semblables. A mesure que le génie de la peuplade se développe, il passe du dessin linéaire et sans autre signification qu’un ornement stérile, à l’écriture employée souvent comme motif de décoration. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à aller jeter un coup d’œil sur les murailles de la mosquée de Cordoue. Les murs sont presque complètement recouverts par les versets du (ioran. Sur les parois du Mirabh, du saint des saints, ces beaux caractères arabes qui se marient en courbes harmonieuses, qui s’allongent ou s’arrondissent selon la volonté du calligraphe, forment une magnifique et pittoresque ornementation. Je n’ai jamais rien vu de plus ca[)ricieiix et d’un plus bel effet décoratif.

Les peuples ne suivent pas d’autre loi dans la décoration de Itmr peau que dans la décoration de leurs édifices. Après les

(1) Voir sur les t.il.ouages religieux et particulièrement ceux qui sont pratiqués au pôierinage de Lorette une curieuse étude de M"‘« Caterina Pigorini-Beri : Costumi e superstizioni (Citta di Castello, Lapi, 1883).

LliS TATOUAGKS DANS LES PUISONS

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lignes, vient l’inscription prise tantôt comme motif de décoration, tantôt comme moyen pour perpétuer une idée ou un souvenir. J’ai vu un Arabe qui portait sur la poitrine son nom en caractères arabes. D’autres y écrivent des maximes plus ou moins philosophiques, mais plus souvent cyniques ou obscènes. D’autres prennent leur peau pour en faire leur livre d’impressions et ils y inscrivent leurs souvenirs, une date, un nom, etc.

Si 1 on s’élève d’un degré de plus encore, on voit apparaître le dessin, mais informe d’abord. C’est souvent un mélange d’écriture et de dessin, et certains mots, ou certaines idées sont représentés par des caractères graphiques et d’autres par des images. C’est en quelque sorte l’âge des hiéroglyphes du tatouage ou, pour parler un langage plus moderne, l’âge des rébus. Ces sortes de dessins hiéroglyphiques sont encore très fréquents chez les criminels que j’ai observés. Il en est trois en particulier qui reviennent très souvent. Ainsi on lit souvent celui-ci, que MM. Lacassagne et Magitot ont reproduit dans leur article du Dictionnaire encyclopédique : « Enfant du malheur, né sous

une mauvaise » le mot étoile est remplacé par un dessin

représentant grossièrement une étoile. {Voyez fig. 55.)

Il en est deux autres qui sont également très communs et que j’ai bien rencontrés chacun au moins une vingtaine de fois. Ainsi, on lit très souvent sur le bras d’un individu ; « Mon cœur g ma femme. » Mais le mot cœur n’est pas écrit, il est remplacé par une image (voyez fig. 62), ou bien : « Je pense à toi. » Le mot pense étant remplacé par une pensée (fg. 63). Ces inscriptions sont d’une naïveté touchante et on y sent palpiter l’âme candide des bons et des simples. Mais il n’est pas rare de lire à côté une inscription dans le genre de celles-ci : « Mort aux gonsses, — Déporté, — Pas de chance. »

J’ai interrogé beaucoup d’individus porteurs d’inscriplions imagées dans le genre de celles qn’on vient de lire. C'étaient

LES TATOUAGES DANS LES PRISONS

presque toujours des gens sans instruction, souvent des naïfs qui, malgré leurs mauvaises habitudes et leur vie de prison, avaient conservé quelques bons sentiments et les avaient tait graver sur leur peau, ne craignant pas d’inscrire un autre jour, à côté, un mot sinistre de haine ou de vengeance.

Mais le tatouage continue à évoluer, et cette forme naïve va disparaître à son tour pour faire place à un véritable dessin, à une image représentative qui exprimera par elle seule une idée sans le secours de légendes explicatives ou complémentaires. Alors le tatoueur reproduira ce qu’il voit autour de lui, et d’abord des fleurs ; l’arabe se grave une feuille d’alpha sur le front. La fleur ou la plante est un des motifs les plus employés dans la peinture primitive. Si on étudie l’histoire du dessin chez les peuples primitifs, on ne tarde pas à se convaincre que la représentation de la Heur et de la plante précède celle des animaux et surtout celle de l’homme. Le même fait se remarque pour les

LES TATOUAGES DANS LES PRISONS

Iciloiuiges. L’arabe dont j’ai parlé plus haut présentait sur la poitrine et sur les bras plusieurs tatouages d’origines et d’âges dilTérents. C’était un fort curieux sujet, car on pouvait en quelque sorte y étudier l’évolution et les diverses transformations de cet art primitif. Quelques jours après sa naissance, sa mère lui tatoue deux lignes verticales et parallèles sur le front pour le préserver des maléfices. Plus tard, dans son enfance encore, elle fait graver sur sa poitrine son nom en caractères arabes ; c’est en même temps et un ornement dont il sera fier un jour et une marque précieuse si le roumi venait à l’enlever. C’est le second âge du tatouage, la seconde manière de l’artiste. Plus tard, un

Fig. 64

devin lui grave sur la poitrine une feuille d’alpha, symbole mystérieux qui le met sous la protection d Allah. Puis cet indi-

vidu abandonne son pays, il parcourt 1 Lspagne et vient écbonei dans les prisons de Paris; alors un autre artiste moins piiinitit orne sa poitrine de nombreux tatouages, mais cette fois apparaissent les ligures humaines.

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Dans cctle reproducüon des corps et du visage par les procédés du tatouage, on retrouve ce môme fait frappant que j’ai déjà signalé à propos des dessins des criminels. Ce sont les mômes attitudes raides, les mômes poses hiératiques, les mômes lignes barbares et presque droites. Voyez en particulier la figure 64; ce visage a quelque chose de triangulaire et la ligne est à peine courbe. Aussi le dessin est d’une dureté qu’on ne retrouve que dans les productions de certaines peuplades primitives.

L’ indien

Dans la figure 65, les lignes sont un peu moins barbares, mais ce sont toujours des hanches plates, des cuisses sans contours. Dans la figure 66, les lignes s’incurvent, acquièrent une certaine harmonie, les traits du visage s’adoucissent, les angles s’effacent et s’amortissent, les détails sont mieux indiqués, donnent au dessin plus de douceur, et ce visage sans beauté ne choque plus l’œil comme les précédents. C’est déjà presque une œuvre d’art. Il est évident que le tatoueur qui a

LES TATOUAGES DANS LES PRISONS

gravé ce visage avait une idée du dessin, sinon de l’esthétique. On peut quelquefois rencontrer sur la peau des criminels des compositions mieux exécutées encore, et cela n’est pas très rare. J’en ai vu un assez grand nombre. Mais il est à noter que ces tatouages en quelque sorte supérieurs avaient presque toujours

Fig. 66.

été faits à Paris ou dans une grande ville. Gela s’explique facilement. Dans ces endroits, en effets les tatoueurs sont nombreux et jouissent généralement d’une assez grande habileté; tandis que dans une prison, dans une caserne, ce n’est qu'exceptionnellement qu’on rencontre un bon tatoueur. « A Belleville, me disait un tatoueur assez distingué, nous sommes dix artistes qui pouvons en quelques heures couvrir de tatouages magniliques les bras d’un individu. Mais ici, à la Santé, je suis le seul qui sache travailler proprement. Quand je serai parti, il ne restera personne, à moins qu’un de mes amis vienne ii se faire piger; sinon les détenus se feront tatouer par des saligots^ des gens qui ne savent ni dessiner ni piquer et qui font mal. » Cet homme avait le respect de son art.

LES TATOUAGES DANS LES PRISONS

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Lacassagnc fait remarquer avec raison la précocüé des tatouages chez les criminels. Beaucoup d’individus se font tatouer extrêmement jeunes.

J’ai vu des criminels de seize ans qui étaient tatoués et j’en ai rencontré un assez grand nombre qui avaient été tatoués à douze ou à treize ans, à l’atelier, par des camarades plus âgés; d’autres à seize ou dix-sept ans, en prison, dans un moment d’ennui ou par esprit d’imitation, pour faire comme les camarades. D’autres, enfin, ont été tatoués dans l’état d’ivresse.

Si certains criminels sont fiers de leurs tatouages et les montrent avec ostentation, je n’hésite pas à dire, d’après ce que j’ai vu et entendu, que la plupart d’entre eux, l’âge et la réflexion venus, seraient heureux de pouvoir se débarrasser de ces marques souvent flétrissantes. D’abord il se figurent que cela aide beaucoup, dans certains cas, à établir leur identité. D’autre part, ils savent parfaitement que lorsqu’on lira dans un atelier, sur les bras d’un ouvrier : « fleur de bagne — mort aux sergots — souvenir du bagne », ou bien lorsqu’on y verra des scènes lubriques, ils savent parfaitement, dis-je, que patrons et ouvriers regarderont le tatoué d’un œil peu sympathique et ne l’accueilleront qu’avec la plus grande réserve. 11 est môme certaines maisons où l’on refuserait impitoyablement comme domestique un individu qui porterait sur les mains ou les poignets des tatouages môme insignifiants. Et cela est vrai nonseulement pour les criminels, mais plus encore peut-être pour les autres tatoués. J’ai connu à la prison de la Santé trois gardiens qui portaient des tatouages : aussitôt que M. Variot eut

LES TATOUAEES DANS LES PRISONS

(lécoiivcrl son [)i‘Océdé, ils le prièrent immédiatement de les débarrasser.

• Ils étaient en quelque sorte honteux de ces stigmates, qui n’avaient pourtant pour eux rien d’infamant.

Le D‘‘ de Sinéty, médecin de la prison de Saint-Lazare, a recueilli un certain nombre de tatouages sur les prostituées de son service. Or, presque toutes avait été tatouées toutes jeunes et presque toujours par leur premier amant. Sans compter que si elles sont malheureuses et ont un peu de cœur, ces marques sont des souvenirs cuisants et ineffaçables de leur première faute, on comprendra facilement combien cela doit les gêner dans l’exercice de leur métier. Beaucoup payeraient cher pour s’en débarrasser. J’ai connu une prostituée qui avait été tatouée par son premier amant, un garçon coiffeur. Cet imbécile lui avait écrit en assez gros caractères sur le bras droit : J’aime Léon. Elle m’avoua que cela lui nuisait beaucoup pour travailler. Il y a certains individus qui, même dans les scènes d’amour à tant la séance, veulent suivre le conseil de l’avocat Desgenais et s’illusionner. Comment sera-ce possible si le malheureux s’appelle Auguste ou Gustave; ses yeux ne pourront se détacher de ces mots ; J’aime Léon, et la grâce lui manquera au moment suprême. « Que voulez-vous, me disait cette fille, il y a des gens que ça crispe; ils sont d’abord très gentils, mais quand ils voient ça, ils se refroidissent subitement et beaucoup s’en vont sans rien faire et... sans payer. »

Aujourd’hui cette malheureuse est débarrassée de ce cauchemar; elle porte bien au bras une petite cicatrice, mais ses amants ne peuvent plus y lire : J’aime Léon. Et chaque jour, ou plutôt chaque nuit, elle bénit le médecin qui Ta délatouée.

Dernièrement une jeune dame, ou plutôt une demoiselle, se présentait dans le cabinet de M. Variot. Fille d'un marchand de vin. elle avait laissé subir à sa vertu un léger accroc. Son amant.

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