Op. cit., p. 222 et passim
nifestent avec une fréquence relative, en tout cas chez mes sujets, contrairement à ce qu'on croit habituellement.
2° Elles affectent plusieurs formes sensorielles et notamment le sens de la vision et ensuite celui de l'audition. Les hallucinations télépathiques affectent également les sens tactil et olfactif, fait qui à notre connaissance, n'a pas été suffisamment mis en relief jusqu'à présent.
3° Il y a une contradiction flagrante entre la croyance ferme attribuée à la coïncidence de l'hallucination télépathique et la réalité du fait contrôlé par l'expérimenteur ', ainsi, pour ne citer qu'un cas, sur 1.011 déterminations, dont 981 étaient accompagnées d'une croyance complète dans la réalité du fait, nous avons pu constater 943 erreurs et seulement 40 constatations exactes. Il en est de même pour nos autres chiffres.
4° La pourcentage des cas vrais aux cas faux est extrêmement réduit surtout si on l'établit proportionnellement à la totalité des déterminations ; ainsi on a 5,47 ^/o en ne tenant compte que des cas où il y avait quelques constations exactes et de 2,61 Vo dans le cas contraire, ou bien encore elle n'est que de 2,23 Vo sur la totalité de 1.374 déterminations.
5° Les femmes comme les hommes éprouvent également ces sensations hallucinatoires, avec cependant une légère supériorité pour les femmes. Le degré d'instruction importe surtout. Une instruction supérieure paraît dégager plus l'esprit des croyances et Timmunise en cer-
taine manière contre le télépathisme. La relation de l'existence des hallucinations télépathiques est surtout en relation avec la sentimentalité et les croyances du sujet. Une croyante est plus sujette à de pareils états d'esprits qu'un raisonneur ; une imagination fantastique plus qu'une logicienne. Pour mieux préciser cette constatation nous tenons à rappeler des observations faites sur la croyance à la télépathie dans plusieurs milieux différents. En France, comme en Roumanie il y a toujours d'après nos observations au moins une relation intime entre l'instruction^ le milieu, l'éducation et les croyances sociales ou autres. C'est ainsi que dans un milieu de paysans, religieux comme ils sont dans presque tous les pays, la croyance dans la télépathie est un fait certain, indiscutable ; il en est de même parmi les prêtres, les religieuses et les croyants plus ou moins instruits. Cette croyance diminue dans les classes un peu instruites et elle diminue considérablement dans les milieux ouvriers, qui possèdent certaines données sur la vie sociale, intellectuelle et religieuse. Dans la classe instruite la foi est presque nulle et elle est remplacée par une sorte de doute raisonné ou par une argumentation luxeuse, qui chez les uns conclut à la possibilité de pareils faits (et alors ils accordent certain crédit à leurs hallucinations sensorielles) et chez d'autres à des raisonnements plus ou moins solides, qui veulent forcer l'inconnu et les problèmes de l'inconnaissable. Les raisonnements sont pour la plupart
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embrouillés et l'occultisme touche de près le spiritisme ou tout autre dog-matisme transcendental.
Voici quelques chiffres à ce propos : ils éclaircissent admirablement nos affirmations.
Nombre des sujets, probabilités pour^/p qu'ils accordent à la télépathie
Paysans dépourvu d'instruction ou d'une instruction très insuffisante 90 Vo
Prêtres ayant une instruction relig-ieuse 98,1 Vo
Prêtres ayant une instruction plus
supérieure (20 sujets.) 68^0
Ouvriers et employés avec une instruction moyenne 2o,3Vo
Universitaires ; publicistes ; écrivains . 9,0 Vo
Chaque rapport concerne les calculs faits sur 50 sujets et se rattachent à des observations faites en Roumanie. Le paysan est croyant religieux et la télépathie conçue à sa façon est très logique devant ses conceptions intellectuelles ; tandis que l'homme instruit, comme partout, est d'un scepticisme raisonné qui lui fait honneur.
En France j'ai fait également quelques observations dans différents milieux; mes documents concernent 30 cas de chaque catégorie et je re-
grette de n'avoir pu avoir des observations faites dans des milieux religieux. Néanmoins de certaines conversations que j'ai pu recueillir, il ressort nettement que le prêtre comme le religieux instruit croit à tout ce qui touche au miracle. J'irai jusqu'à dire, que le miracle n'a pas l'aspect fantasmagorique que nous lui prêtons et que devant leur logique c'est presqu'un fait biologique sinon plus. Sur des paysans des environs de Royan et Paris le nombre des probabilités pour cent était de 78 p. Vo ; il était de 12 pour cent pour les ouvriers. Chose bizarre les intellectuels, les publicités, les littérateurs leur accordaient un crédit plus grand que les ouvriers; la probabilité en moyenne pour cette catégorie est de 36 pour 100 sujets. Serait-ce l'influence des sciences occultes, magiques, mystiques de toutes espèces qui accaparent à Paris des intelligences d'élite? Je ne saurais pas trop conclure. Le fait me paraît pourtant certain d'autant plus que les milieux qui ont le culte plus ou moins scientifique du merveilleux sont plus nombreux à Paris qu'ailleurs et occupent plus l'attention du monde intellectuel que dans un paisible pays de l'orient.
Il est encore à noter que l'âge des sujets est pour quelque chose dans la croyance accordée aux hallucinations télépathiques et dans leur existence. Un jeune homme a rarement de pareilles hallucinations, tandis qu'une mère, un père, une personne âgée en un mot, les éprouve plus facilement et leur accorde un plus grand crédit.
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Le fait me paraît constant et je l'ai retrouvé dans toutes les classes de la société. Il semblerait que pour éprouver ces espèces de sensibilité télépathique on a besoin d'une vie plus expérimentée, d'un stock de souvenirs, douleurs et relations plus durables, plus profondes et plus chères, qui manquent le plus souvent aux jeunes épris de rêves, d'idéal et cette vie qui à peine commence à palpiter sur les lèvres. La vie se découle infinie devant eux, elle est encore la source inspiratrice de beauté, de désirs, elle cache encore l'avenir mystérieux et les vraies douleurs n'ont pas tourmenté leurs esprits qui ressemblent à des campag'nes fleuries. Pour ceux qui sont avancés en âge, le mystérieux s'impose ; l'avenir est moins sombre et l'éternel « que saisje » ou « que suis-je » devient catégorique. On veut savoir et chemin faisant on éprouve le besoin de recueillir les miettes de son existence perdue, de son moi partout éparpillé. L'attention est portée sur les sources d'émotions affectueuses et la pensée prête plus attentivement l'oreille aux hallucinations des sens, étant plus prise par des tourments, des douleurs et des espoirs inassouvis. C'est dans cette explication psychologique, que je trouve cette influence de l'âge et le crédit accordé par des personnes plus âgées aux hallucinations télépathiques.
Avant de conclure et do formuler une hypothèse sur la nature des hallucinations sensorielles télépathiques il faudrait discuter et critiquer
les observations si intéressantes de l'enquête anglaise sur la télépathie. Chemin faisant, dans mon exposition, j'ai montré l'idée directrice de mon travail et une documentation plus abondante serait tout à fait inutile semble-t-il.
La critique la plus importante qu'on pourrait faire, et qui a déjà été faite, à l'enquête ang"laise, c'est la confiance extrême accordée aux sujets inconnus, malgré l'apparente réserve formulée à plusieurs reprises par MM. Gurney, Myers et
PODMORE.
Laissons du reste parler ces auteurs eux-mêmes et citons leurs propres paroles. JXous trouvons dans leur introduction (p. 13) : « 11 est clair que, pour que les faits que nous avons recueillis puissent être probants, il faut que nous les ayons, pour la plupart, recueillis nous-mêmes ». Et plus loin. « Si même il avait existé des témoignages assez nombreux et assez bien établis pour nous dispenser d'en recueillir d'autres, il eût été utile pour nous de voir les personnes qui ont été les sujets de ces phénomènes étranges, de causer et de correspondre avec elles. C'était le seul moyen de nous assurer de la bonne foi des témoins ». C'est cette méthode que nous avons employée et nous sommes sûrs qu'elle sera jugée la meilleure, leurs propres paroles en font preuve; je me permettrai d'opposer mes résultats aux leurs, après avoir écouté la confiance et le don d'analyse qu'ils disent avoir prêté aux sujets.
Au bas de la même page 13 on lit encore :
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« Nous ne sommes pas, bien entendu à l'abri des erreurs involontaires d'observation et de mémoire, mais il ne faudrait pas croire cependant que nos correspondants aient d'une manière générale des intelligences moins exactes ou moins fines que la généralité des hommes. Notre méthode d'exacte et précise recherche nous a débarrassés de tous les esprits sentimentaux et mal équilibrés qui aiment le mystèrepour le mystère. Tout au contraire, nous avons reçu de très franches réponses d'un fort grand nombre de personnes, qui ont senti avec raison que l'obscurité dont ces événements sont entourés, rend plus nécessaire encore, de les raconter avec exactitude et sobriété. Le style simple et précis de la plupart de nos correspondants, les noms honorés que portent quelques-uns d'entre eux, pourront donner aux lecteurs un peu de cette confiance, qu'un contact plus intime avec les faits a mis dans nos esprits ». Plus loin page 22 dans le deuxième chapitre les auteurs s'expriment de la manière suivante : « C'est de l'accumulation des expériences que doit résulter la certitude. Ce n'est pas sur l'honnêteté et l'intelligence de chaque expérimentateur pris en particulier, que nous faisons reposer la preuve de l'exactitude de nos expériences; c'est sur ce fait qu'il est inadmissible qu'un grand nombre de personnes réputées intelligentes et honnêtes se soient toutes laissé entraîner à des fraudes, ou se soient toutes laissé tromper ».
« Nous avons un très grand nombre de témoi-
gnagesde première main^ — écrivent les auteurs à la page Si, chapitre IV — qui proviennent de personnes intelligentes et instruites, dont le bon sens n'a jamais été mis en question. En majorité, elles n'étaient point disposées d'avance à admettre la réalité des phénomènes. Pour beaucoup d'entre elles ce qu'elles racontaient ne semblait pas présenter d'intérêt spécial. Quelques-unes même, bien qu'elles ne puissent nier les faits dont elles avaient été témoins, professaient à l'égard de cette classe de phénomènes un entier scepticisme. Les faits eux-mêmes ne sont liés à aucune croyance particulière. Il y a ici un contraste frappant entre la télépathie et les apparitions des morts. C'est une croyance populaire très répandue que la croyance dans la survivance des morts au-delà du tombeau, et dans leur apparition à leur parents et à leurs amis. Mais on ne peut pas dire autant des apparitions au moment de la mort. On en trouvera des exemples, sans aucun doute dans des livres d'histoire et des récits de voyage, mais, bien que ces exemples soient nombreux,, ce sont cependant des exemples isolés, et ceux mêmes qui parlent de ces faits en parlent comme des prodiges rares, ils ne s'en servent point comme de témoignage à l'appui de quelque croyance générale. Cette idée est même si nouvelle que la plupart du temps des apparitions ont été considérées, par ceux qui les ont vues comme des apparitions de morts ».
Toutes ces considérations et d'autres plus nombreuses amènent les auteurs à croire « qu'elles
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prouvent, en effet, à supposer que nous les interprétions bien, qu'un esprit peut agir sur un autre esprit ou être impressionné par lui par d'autres voix que celle des sens » ^ ; c'est à une pareille conclusion que l'enquête télépathique de la Société des Sciences Psychiques de Londres, dont on avait charg-é en 1882 Gurney et Myers, aboutit. On sait que les auteurs anglais avaient invité le public à répondre « sur les faits, qu'ils pourront connaître relativement aux apparitions qui se produisent au moment de la mort ou après la mort » -.
Un fait me semble donc certain dans l'enquête de MxM. Gurney, Myers et Podmore, à savoir qu'ils ont une confiance trop grande dans les sujets, pour la considérable majorité des anonymes, et prennent comme des vérités plus ou moins discutables, mais néanmoins des vérités, toutes les élucubrations de nombreux correspondants, qui avaient répondu à leur enquête.
A notre avis il s'agit là d'une grande et remarquable cause d'erreurs, qui d'ailleurs explique la discordance concluante de mes recherches. Dans les pages précédentes, j'ai ébauché mes doutes sur l'état mental des sujets et je tâcherai de les compléter ainsi ; on ne saurait pas répéter des notions si simples, qui presque toujours ne prennent pas des racines profondes dans notre pensée 1