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CHAPITRE III

Esq«uirol disait de Thalluciné : « C'est un homme qui a la conviction intime d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exécuter cette sensation, n'est à portée de ses sens. » Depuis lors, les définitions se sont multipliées. La meilleure, à notre avis, quoique n'étant pas encore irréprochable, est certainement la plus simple, c'est celle de Bail . « L'hallucination est une perception sans objet. »

Mais s'il s'est trouvé de nombreux auteurs de définitions, bien plus nombreux encore ont été les créateurs de théories physiologiques destinées à expliquer le phénomème, théories pour lesquelles nous pouvons répéter ce que nous disions pour les définitions, toutes touchent par quelque point à la vérité, aucune n'est irréprochable.

Nous n'en retiendrons que cinq principales, les seul< qui soient destinées à survivre en totalité ou en part*

CHAPITRC 111

i plus ancienne est encore i Mycbique.

lallucînation. d'après cette théorie, est un phénomène ffement cérébral, purement intellectuel, qui se produit en de tonte intervention des sens. Simple image fournie par la mémoire et par l'iniagination, rhallucinatioa SB projette au dehors par un renversement de l'acte normal, pur lequel la sensation se tiansfornie en idée. Si nous prétons une réalité à ces images, c'est par suite de l'habitude que nous avons d'associer la sensation k l'objet extéfieuc qui la produit, S'appuyanI sur ce que la perle des sens externes n'empêche pas, dans certains cas, l'hallucination de se produire, Esquirol en conclul que son siège ne saurait (>tre dans les organes sensoriels, mais bien dans le centre de la sensibilité lui-même.

Telle éSt la théorie soutenue pur Lelul, Peisse, Oreisinger, etc.

A l'inverse de celle-ci. lu théorie pr'riphérii[ue ou sensorielle place le siège de l'hallucinalion dans l'organe des sens lui-même. D'après Foville, lîurdach, MiJller, etc., des phénomènes pathologiques produisent dans les, organes des sens des modifications semblables à celles que produisent, sur chacun de ces organes, leurs excitants habituels. Ceux-ci réagissent à leur tour sur l'encéphale comme s'ils étaient normalement impressionnés, (iettc théorie s'appuie sur ces faits, que certaines lésions des organes semblent souvent être causes d'hallucinations.

Baillarger vient à son tour, en fondant les deux théories précédentes en uije seule, créer la théorie psycho-sensorielle.

Les hallucinations, pour lui, seraient toujours psychiques, car les sens à eux seuls seraient impuissants sans le secours de la mémoire et de l'imagination, à produire ce phénomène, toujours sensoriel , car c'est toujours dans les sens que l'hallucination a son point de départ. Il s'appuie, pour combattre la théorie purement psychique, sur ce que la représentation mentale ne saurait donner, dit-il. le reproduc-

HALLtraNATIONS

tion complète de la sensation et, sur ce que la parlici] lion des sens est de toute évidence dans certains cas.

Trois conditions pour lui sont indispensables pour la produclioo des tiallucinalions : I" l'exercice involontaire de^ mémoire et de l'imagination;

2" La suspension des impressions externes ;

3° L'excitation inlenie des appareils sensoriels.

Cependant, ne trouvant pas dans la théorie, la possibilité d'expliquer tous les cas, il définit une deuxième sorte d'hal- Uicination : rhalluciiiaLion psychique, dans laquelle les organes des sens ne jouent plus aucun rôle. Celle théorie est encore celle qui est la plus répandue.

La théorie ganglionnaire repose sur une hypothèse du D' Luys. hypothèse des plus séduisantes, il est vrai, mais qui est bien loin d'èlre démontrée. M. le D' Ritti, dans sa thèse sur la théorie physiologique de l'halluànaiion, a contribué. pour une bonne part, .'i lui attacher de nombreux adhérents.

D'après le I)'' Luys, les couches optiques seraient le centre du seusorJum commun. Les sensations brutes iraient de là s'irradier dans les cellules corticales, sous forme de sensations conscientes. L'hallucination ne serait que l'entrée en activité des couches opiiques.

Tel était l'état de la question- jusqu'au jour' où la découverte des localisations de l'écorce cérébrale devait donner naissance Ji une théorie nouvelle, celle des centres corticau.K, Brillamment défendue par TanibUrini ('), Féré ('), Binet et Séglas. elle était presque d'emblée adoptée par la majorité des aliénistes, comme répondant mieux que les autres, aux données de l'anatoinie et de la pathologie cérébrales.

Cette théorie étant la seule qui nous permette une élude méthodique de l'hallucinaliou, c'est elle que nous adopterons pour le moment, quitte à revenir ensuite sur les autres.

u^fiaÈet BiNET -

is, Prog. mêd., 188B.

On a divisé les hallucinations en physiologiques et pathologiques, en conscientes et inconscientes. Pour ce qui est de la distinction en physiologiques et pathologiques, je ne crois pas qu'elle doive subsister.

Brierre de Boismont ('}, qui en est l'auteur, entraîné malgré lui par ce but d'accommoder ses connaissances scientifiques avec ses croyances religieuses, a plutôt eu en vue l'état de santé mental de la personne qui est sujette à Thallucination, que l'hallucination en elle-même.

Sans doute l'hallucination peut exister chez des personnes jouissant de l'intégrité presque complète de leurs facultés inlellectuelles, l'histoire sacrée et profane est là pour nous en fournir de nombreux exemples. Sans doute le mot hallucination n'est pas synonyme de folie, et négliger dans l'étude de ce phénomène, l'énorme quantité de cas qui se produisent en dehors de l'aliénation mentale, serait uae faute. Mais est-ce à dire pour cela que ce soit un phénomène physiologique ?

A présent, si nous considérons l'hallucination en ellemême, nous lui trouvons des rapports éloignés peut-être, mais indiscutables avec les manifestations ordinaires de l'îiitelligence ; mais, est-ce là une raison pour assimiler les faits entre eux et les confondre? Non. Alors même que l'on pourrait suivre toute la série des faits qui réunissent le phénomène physiologique au symptôme pathologique, alors même que. au mépris de la confusion inévitable, on donnerail au uiot hallucination une extension telle, qu'il soit difUcile d'en apprécier le caractère, ce mot ne pourrait jamais s'appliquer qu à un phénomène physiologique modifié, et modifié pathologiquement.

Pour ce qui est de la division en hallucinations conscientes et inconscientes, elle répond davantage à la réalité des faits, quoique n'étant pas pour nous d'un grand intérêt.

Nous ne croyons même pas nécessaire aujourd'hui, de réfuter cette opinion que l'haliurîné croil toujonm à ta réalité eU ce

(1) Bbiebre de Boismunt. HaUttcinalians.

(ju'ii roil ou (Je Cl' qu'il oiteml ! Tous ceux qui ont eu l'occasion de soigner des hallucinés iiisiruits pouvant rendre un compte fidèle de leur état, savent que ceux-ci peuvent très souvent n'être pas dupes de leurs tiallucinatious. Bien plus, de véritables aliénés, très souvent, ne sont pas les jouets de leurs fausses perceptions ; pfiénomène curieux, ils délirent sur des réalités et dépistent la fausseté de leurs visions, celles-ci ne cadraut pas avec leur délire.

Les hallucinations peuvent affecter tous les sens. Les plus communes sont de beaucoup celles de l'ouïe, Rien d'étonnant à cela, puisque, ainsi que nous l'avons vu, c'est Touïe qui nous fournit le plus de notions sur le monde extérieur et c'est surtout par l'ouïe que nous enirons en relation avec nos semblables,

Kn exposant le mode de formation des idées, nous avons vu .e produisait la perception du son brut (idée de bruit),

perception auditive différenciée (idée d'un sou déterminé), iUis enfin, la perception aiidilive verbale (le mot).

A présent, si nous supposons, au lieu des vibrations de l'air

i viennent, par l'inlerm^diaire du nerf acoustique, impressionner les cellules des centres, un trouble pathologique ébranlant les mêmes cellules, le malade aura alors l'impression d'uiîi son, sans intervention d'un agent extérieur.

Si c'est le centre des auditions brutes, il aura une hallucination auditive élémentaire, les perceptions d'un son. Il entendra des bruits vagues, des bourdonnements, des sifflements, etc.

Si ce sont des cellules déjà différenciées, il aura une hallucinatiou auditive commune, les perceptions d'un sou déterminé, Le malade peut déjà distinguer des bruits de pas, le son d'une cloche, les crépitations de la fusillade et le grondement du canon.

Nous avons vu se développer la fonction du langage et en particulier le langage intérieur. Supposons que par suite de l'excilation des centres de la mémoire auditive des mots, les images verbales auditives acqnièreut plus d'intensité. De confuses qu'elles étaient, elles deviennent bientôt assez nettes pour être perçues comme si elles venaient de l'extérieur. Le malade aura alors une halluciuation verbale auditive.

Certains malades u'eiitendetit qur de simples mois. La voix qui leur parle semble venir de direclions les plus variées, d'une dislance plus ou moins considérable, Tantôt cette voix est inconnue, tantôt au contraire, c'est colle d'une ou plusieurs personnes avec qui le malade a été en relation, Parfois, ces hallucinntioiis ont un caractèi'e agréable, le plus souvent ce sont des injures ou des menaces que perçoit l'halluciné de l'ouïe.

L'halhicinalion emprunte plusieurs langues chez les personnes qui conuaissentpliisieurs idiomes, celui qui est le moins bien connu, est aussi pcryu de la façon la plus imparfaite. Quoique ordinairement, l'hallucination se fasse entendre des deux côtés, souvent elle est plus nette d'un côlé que de l'autre, et peut-être, parfois même, unilatérale.

Dans certains cas, ainsi que l'a signalé M. Magnan ('), l'oreille droite par exemple, perçoit des choses agréables et la gauche des injures.

Enfin, dans certaines formes chroniques, chez les vieux hallucinés de l'ouïe, il se produit souvent ce phénomène appelé: écho de la pensée, l'halluciné alors, ne peut plus penser sans entendre .sa pensée s'extérioriser aussitôt. L'entendant, avant même qu'il ait eu le lenips de se reodre compte qu'il a formulé, il se plaint qu'on la lui vole.

Les médecins a qui il a été donné de suivre, pendant un « temps assez long, leurs malades, peuvent constater quenonseu- ' lement on trouve ces divers degrés de l'hallucination chez les divers aliénés, mais que très souventaussi, l'on peut le constater chez le même individu, 11 semble alors que l'hallucination se développe et se perfectionne progressivement comme s'est développée la fonction du langage.

C'est ce que Séglas (') avait déjà constaté chez les persécutés ; « Il est intéressant, dit-il, de remarquer que dans certains cas, l'on retrouve dans le développement des hallucinations, une marche parallèle à celle de la formation des idées et des mots.

L'enfant entend d'abord le son de cloche, le différencie à

(1) Maqnan. Qall. bilatérales do caraclâres différents. ATck. iieitr., 1383. "W^Ê (S) SfiQLiB. lefon clin, sur lei mai. ment., 18S7-9i. ^^|

l'aide d'autre images sensorielles, lui donnant l'idée de cet objet, dont on prononce ensuite h son oreille le nom qu'il ne peut exprimer que plus tard.

Le persécuté chronique, de son cAlé, entend d'abord des sons indistincts (hall, élémentaires), puis différenciés (hall, auditives communes), puis des voix extérieures (hall, verbales auditives), el n'arrive que plus tard aux voix intérienres (hall, verbales motrices) ».

Nous pensons pouvoir démontrer, dans la suite, que souvent cette progression est bleu réelle, et que l'on peut même l'approfondir davantage. En étudiant l'état hallucinatoire, nous verrons que chaque genre d'hallucinations (élémentaires, communes, verbales), se développe lui-même progressivement en quantité et en qualité, à mesure que l'état hallucinatoire se développe. Nous verrons enfin que le début de ces phénomènes se fait souvent pressentir bien avant l'éclosion de la première hallucination élémentaire proprement dite, dans une série de symptômes pathologiques que nous pourrions nommer pré hallucinatoires et qui, eux aussi, se dévetopperil souvent d'une façon progressive.

Les hallucinations de la vue sont moins fréquentes en général chez les aliénés, que celles de l'ouïe. Par contre, elles se monirent de préférence à toutes autres chez les personnes dites saines d'esprit, ou qui n'otlrenl tout au moins qu'un trouble très léger des facultés intellectuelles.

Je crois qu'il serait superflu de répéter, pour la vue, ce que j'ai dit pour l'ouïe. Qu'il nous suffise de rappeler qu'il existe des hallucinations élémentaires (visions de lumière, d'ombre, d'éclairs, etc.), des hallucinations visuelles différenciées (fan tomes, animaux, figures diverses), enfin des hallucinalions visuelles verbales. Ces dernières, quoique inoins fréquentes que les autres, ne sont pourtant pas très rares, nous en citons plus loin un exemple qui nous est personnel. Un des malades de Séglas était arrivé à développer ses hallucinations visuelles verbales à un tel point, qu'il écrivait, disait-il, par les yeux, il photographiait sa pensée.

tans les hallucinations de. h vue. dos malades penjciivenl Inlôl plusieurs objels. plusieurs persoDiies. laiiUil une seule, et voir luêine une partie d'une personne, le buste par exemple. La distance, la direction, la taille même de l'apparition, sont très variables. Les hallucinations de la vue peuvent ne se montrer que d'un seul côté, et niÉ^me dans certains eas, ainsi que l'a signalé le D'Pich, de Pragues, elles peuvent être hémiopiquRs, c'est à-dire que le sujet ne voit que la moitié des images.

Ces hallucinaLious suivent parfois le mouvement des yeux. Dans certains cas. elles peuvent (-Ire dédoublées en dérangeant, par la pression du doi^'l. le parallélisme de l'axe oculaire.

Entin. certains aveugles sont sujets aux hallucinations de la vue, tout comme certains sourds subissent celtes de l'ouïe.

Sur les quatre centres du langage, nous venons d'en voir deux, les centres scnsilifs. donner lieu à des hallucinations ; il est intéi'cssant. à présent, de voir le résultat d'une même Iratisformatiou pathologique, agissant sur les centres moleure.

La théorie corticale nous permet, en effet, en faisant intervenir les centres moteurs, d'expliquer des phénomènes qui avaient été jusque là. acceptés par les' uns pour des hallueinstions de l'ouïe et auxquels les autres, avaient refusé le nom d'halluciuation. Ce sont ces phénomènes qui constituaient tout au moins, en grande partie. les hallucinations de Baillarger.

Suivant que l'un ou l'autre des deux centres moteurs sera intéressé, nous aurons des hallucinaLious motrices verbales ou des hallucinations graphiques.

Occupons-nous tout d'abord des premières. Les vrais hallucinés moteurs verbaux n'entendent pas leur pensée, ils la sentent. Ils sentent une voix qui parle dans leur cerveau, à l'épigastre ou ailleurs; ils sentent même leur langue remuer et l'image motrice finit par acquérir une telle iutensité. qu'ils prononcent des mots malgré eux.

Ccrtauis arrivent ii se débarrasser de leur hallucination eu pai'laiil; chez d'autres celle-ci vient au conlrnire enrayer leur parole et peut même occasionner un iiiutisme ahsolu.

Il n'est pas rare, du reste, de voir ce genre d'hallucinalion se développer progressivement pour acquérir sa forme motrice parfaite ; les malades commencent d'abord par n'avoir que la sensation d'une voix intérieure, pour arriver ensuite k sentir des niouvenienis dans l'organe de la plionalion. et en dernier lieu pour parler à haute voix leur hallucination.

Certes, voici, par cette théorie, des faits jusque-là difficiles à interpréter, qui reçoivent du coup une explication logique. Mais cette explication peut-elle s'appliquer à tous les cas. Les hallucinations psychiques de iîaillarger sont, pour la plupart, des hallucinations psychomotrices, c'est incontestable, mais, le sont-elles toutes? Il peut paraître téméraire de le nier, aujourd'hui surtout où nous nous trouvons 1 encore dans la période d'enthousiasme soulevée par la découl verte des hallucinations verbales motrices, et cependant, je veux encore émettre un doute que j'aurai plus loin occasion de développer.

Les hallucinations graphiques sont beaucoup plus rares, et cela parait rationnel à priori, puisque nous savons que les images graphiques s'acquièrent les dernières, qu'elles jouent dans le travail de la pensée un râle bien inférieur aux autres images, et puisque enfia il est des personnes qui ne savent pas écrire.

Tout comme pour les hallucinations verbales motrices, le ' premier terme de ces hallucinations sera la perception du mot ,\ l'aide des mouvements de la main, le dernier. Tira pulsion graphique.

Les hallucinations du goût et do l'odorat sembleal, au

premier abord, extrêmement fréquentes chez les aliénés, mais

observation plus attentive permet de constater qu'on

ivd en présence, le plus souvent, d'illusions ou d'ial

CSAPITRB III

prétalioiis délirantes, occusioiinéfs par un mauvais étal des voix digestives, le plus souvent elles sniil de nature pénible.

Les hallucinations du toucher, de la sensibilité générale, les hallucinations génitales sont des plus variées, et pour décrire leurs diverses façons de se manifester, il faudrait entrer dans des développements qui cadrent mal avec le but de notre travail.

Du reste, il est malaisé de taii'c renirer clajis une classification méthodique, toutes les hallucinations, il faudrait, pour cela, en admettre autant d'espèces qu'il y a de sortes de sensibilités, et le plus souvent il serait impossible de les ranger d'une façon précise.

L'hallucination se montre très souvent sous cette forme isolée que nous venons de décrire, mais parfois aussi nous trouvons des hallucinations de plusieurs sens réunis.

Tantôt ces hallucinations n'ont aucun rapport entre elles, tantôt, au contraire, elles offrent des rapports intimes.

Dans le second cas, les images tout en ayant trait h des objets différents, s'associent, ou bien, ayant trait au mémo objet, se combinent.

A. Coopération des org-aues des sens à la production de certaines hallucinations. — Telle est la théorie corticale qui semble devoir rallier autour d'elle le plus d'adhérenis au.v dépens des théories psychiques, sensorielles et psycho-sensorielles.

Est-ce à dire pour cela que l'on doive refuser toute participation de l'intelligence et des sens externes dans la production de ce phénomène ? Assurément non.

Du reste, à mon avis, la coopération de l'un et de l'autre ne porte aucune alleinte à la théorie corticale, et est même nécessaire à la parfaite compréhension de l'hallucination.

Mais, tout d'abord, je dois bien faire remarquer que j'ai dit seulement que les sens et l'intelligence participaient simplement au 'phénomène, c'est-à-dire qu'ils jouent parfois

"Il rôle dans sa produclion et non qu'ils ou sont la cause du point de départ, le siè;^e unique.

En ce sens, la parlicipalioii de l'iiilelliftence a à peine besoin d'elle dénionlii^e. Fniil-il rappeler l'iiiiluence de l'attemion, de la W'flexioii. du jugeineiil. Les modiScations qu'impriment les préoccupai ions antérieures des malades, leur délire ui(^me dans la production des fausses perceplî«iiB ? Nous verrons plus lard la volonté même, avoir parfois une influence, indirecte il est vrai, mais seinblable à Celle qu'elle a sur la production même des idées.

Plus discutée esl peul-ètre l'influence des organes externes des sens.

Le D' P. Moreau, de Tours, nous communique l'observation d'irae de ses malades, qui montre bien que le rôle de ces organes n'est pas toujours aussi eiïaciS qu'il parait (Vire.

Les cas semblables, croit il, ne sont pas très rares, mais peu de recherches ont été faites dans ce sen?!

Madame C. est une vieille malade qui est entrée pour la ' première fois à la Salpêtrière, le 13 avril 1882. Elle n'accuse que peu de chose comme antécédents personnels et. quoique on ail lieu de croire son hérédité asseit chargée, elle ne reconnaît pour malade, dans sa famille, qu'une tante paternelle, qu'elle dit seulement hémiplégique, et que nous avons su depuis, être aliénée. Au moment de son entrée, elle manifeste surtout des idées de persécution, on met de l'arsenic dans son manger, on l'endort, la magnétise, etc.; elle sort au bout d'un mois, non améliorée.

Au mois de décembre 1887, elle fait une seconde visite, à son médecin. Mêmes idées de persécution; elle désigne deux hommes e( une femme comme cause de tous ses maux. Hallucinations de l'ouïe et de la sensibilité générale. Elle voit aussi, très souvent, des têtes, des figures anatomiques, des machines, etc.

■ octobre 1889, troisième visite à son médecin. LeS' tées de perséculion persistent ainsi que les hallucînatioi i' hallu cinations de la vue, entre autres, sont deve^

chapithb m

l.rès fr^qiiciiles. mais ceilt's-ri ii'oftraiil pus le carimU'Tc pénible dt's Hutres. lu iiiaUde! vU en assez bonne intelligence avec elles.

Madame C. est très myope. A dislance, les objets lui pamissent brouillés; or. ses hallucinations de la vue parlicipenl à son état défectueux de la vision. Fait remarquable: l'acconiniodalion est susceptible de leur reodre un certain degré de netteté, tout comme pour les perceptions normales, Enfin, lorsqu'elle veut voir distinctement ses hallucinulions, elle met ses lunettes et les distingue très bien.

En février 1894, sa vue a encore baissé; ses hallucinations sont toujours très troubles et ses lunettes ont toujours le pouvoir de leur rendre leur netteté,

11 est assez intéressant de rapprocher de celte observation, celte remarque que fait Mnury (') : " J'ai la vue basse et iiiaiivaise. et ne saurais distinguer nettement par la fenêtre, une personne qui passe dans la rue. Eh bien, j'ai plusieurs fois, en rêve, cru apercevoir des gens par ma croisée, et je ne les distinguais pas niieu.x que je n'eusse fait en réalité. »

Le D' Despine (Ànji. mM. psy. iSSI) nous monire, de son côté, des ballucinations de la vue devenant doubles sous l'influence d'un slrabisnie artificiel.

Le D' IMck de Ragues, dont nous avons déjà parlé, signale des visions hémiopiques.

M. Féré (') donne la preuve que si, dans certaines hallucinations, l'on place un prisme devani les yeux des malades, ceux-ci voient immédiatement deux images, et toujours l'image formée est placée conformément aux lois de la physique.

Autant d'expériences, aillant d'observations que l'on aurait pu, cette fois, avec plus d'autorité, faire valoir à ceux qui supposent quelque analogie d'essence entre la représentation mentale et l'hallucination.

MaisWundt, de sou côté, en monirani que le vert apparais-

BALLUCINATIONS

r comme cou

leur

npU^i

niairo du rouge, uon seuleii

chez cPiix qui avaient vu Ip rouge. luuis aussi chez les p neH qui eu avaient eu une représentation mentale vive, de trouver k son tour une nouvelle analogie, non seul enli-e la représentation mentale et riiallucinalion, mais encore entre l'un et l'antre de ces phénomènes et la sensation correspondante.

Et dn reste, que peut-il y avoir d'élonnanl ù ce que le nerf soit modifié à sa terminaison dans les organes sensoriels, pendant l'hallucination et même pendant la représentation mentale'? Pourquoi le cerveau étant modifié sur un de ses points, ne ferait-il pas participer le nerf qui y correspond, Ji celte modification? Comme si cerveau et nerfs ne faisaient pas partie d'un même système; comme ai même au point de vue anatomique. ceux-ci n'étaient pas l'expansion de celiii-li.

Poussant pins loin l'analyse, le point de départ, le siège unique de l'hallucination, peut-il élre dans les sens externes ?

Le siège unique non. Nous croyons l'avoir déjà sufBsamment démontré pour ne pas avoir besoin d'y revenir.

Quant au point de départ, il semble que oui dans certains cas; mais alors l'excitation externe n'agil que comme cause provocatrice. Sans elle, l'hallucination ne se serait peut-être pas développée; mais ce n'est pas dans les sens externes que s'élahore l'hallucination, et si ceux-ci, ainsi que nous l'avons vu, viennent participer au phénomène, ce ne sera que secondairement et sôus une autre forme que la forme primitive.

Je m'explique.

Un homme a des hallucinations de la vue par exemple, à la suite d'une lésion de la cornée. Que se produit-il ? A un certain moment, sous l'influence de son état morbide, le nerf optique subira une modification telle, que, chez une personne saine n'ayant aucune susceptibilité particulière des centres sensitifs, elle serait perçue comme une sensation lumineuse et rien autre. Chez lui, au contraire, cette modification venant apporter un nouvel ébranlement à des cellules qui, rendues d'une leptibilité extrême, ne demandent qu'à entrer en action, cette modification, dis-jc, donnera lieu à une hallucination r*

CHAPITKE HI

leiilaiit pai' exemple, un r^f^iinciit de cuirassiers, Dès lors, ' ■■à l'on ndmet que les organes des sens prennenl une part dans rhiilUtciiialion, ils seront inifHessionnés à nouveau, et celle impression, qui st^-a semblable à celle que donne nonuuleuient la vue d'un ré^'iinenl de cuirassiers, viendra masquer la inodificulion première.

Je sais bien que l'on peut m'objeeter que ceci ressemble autant h une illusion qu'h une hallucination.

Loin de m'en défendre, je reconnais au contraire loule la vérité de cette objection et je dis même plus, e'rst que je crois qne o'esl là le mécanisme de bien des illusions.

Cependant, dans beaucoup de cas, la cause provocjilrice est tellement faible, et l'image tellement développée, que vénitablemenl. s'il fallait se prononcer entre illusion el hall ucina Lion, le mieux serait peut-être de rester dans le doute.

Je ferai remarquer aussi que dans ce genre d'illusions et dans les hallucinations, les cellules corticales des centres sensitifs so comportent de la même fa(,ioii ; que l'état primitif, véritable cause du phénomène, esl tuujoursl'étal hallucinatoire.

}l. Rôle du cerveau intellectuel dans la production de certaines hallucinations, —■ Nous avons dit plus haul que l'intelligence jimail cerlainenieni un rôle dans l'haUucinatioii. Nous voudrions cependant dire plus ; car avec la théorie moderne, l'on est tenté de ne donner dans la production de -ce phénomène, qu'une part, très secondaire et même tout à fait effacée au cerveau inleltpcluel.

Et cependant, comment expliquer sans lui les hallucinations suggérées? comment expliquer les hallucinations volontaires ?

Certes, plus la théorie est simple, plus elle est facile !i comprendre el à retenir, et aussi, plus facilement elle esl acceptée par tous; mais encore faut-il que malgré sa concision, elle ne laisse aucun Joute sur les faits qu'elle doit expliquer.

Bien de plus simple, en effet, qne la théorie corticale.

Voilà une série de centres, visuels, olfactifs, gusialils, auditifs, etc.

, Ifm- poseï- des qiicslions et qui en «islam à un véritable spectacle, suit

\ Qu'une, eaiisi^ pullinlnjîiiini.' vienne h afîir sur l'un ou sur l'an- , il fera jaillir une vision, une audilion, un fçoût, une odeur, , lout rornine dans un de ces lirs à surprises, suivant qu'en, mchanl lel ou tel point noir. c"esl une cloche qui sonne ou S polichinelle qui inonlre la lèle..

JOrtes, il ne me viendrait pas à l'idée de nîpr que les choses sent se passer ainsi, je crois luéme que cela se produit fréiirnent, mais non loujou

oyez ce malade à qui ses halluciualioiis lieiinenl de longs icours.

[ autre qui s'aniu ait des réponses.

let autre encore, qu % péripéties d'un drai

I faut admettre, cette fois, une lésion palholof^ique joliment' tobiie et joliment intelligente. C'est un véritable pianiste, et bcore un pianiste habile qui est capable, dans un temps relavenient si court, de loucher une pareille variété de notes. IJe sais bien que l'on peut me faire valoir qu'une image en Jft surgir une autre, que la cellule qui vibre fait vibrer la Ulule voisine, ou bien celle avec laquelle elle a l'habitude de tbrer. C'est encore vrai, c'est même absolument nécessaire ■ la compréhension des associations et des combinaisons llucinatoires ; mais c'est insuffisant.

s ne trouverez jamais, avec ces éléments, de quoi compot un discours, de quoi représenter une scène suivie, lesquels tot formés sans doute du souvenir de perceptions déjà acqui^ , mais, arrangées, combinées, transformées, et formant un , ayant en un mot une suite, un comniencemcnl et une

pie pianiste dont nous parlions tout a l'heure, ce pianiste "bile et intelligcul. est pour cela indispensable ; c'esl le cer-* W mtellectuel. '

Bès lors, nous n'avons plus besoin de cette lésion localisa qu^' ml ébranler elle-inéme les cellules des centres corticaUSj, î cerveau qui va s'en charger, tout comme il fait dans U] pirâsentation mentale ordinaire. Nous devons sinipleim

54 CHilPlTRE III

supposer aux cellules de Técorce, une sensibilité exagérée, une délicatesse exquise qui va forcer Timage mentale à dépasser son but physiologique en la faisant s'extérioriser.

Voilà en quel sens Ton peut interpréter la parole de Lelut. (( L'hallucination n'est presque pas autre chose que le résultat un peu forcé de Tintelligence ».

U hallucination nen est pas moins pour cela, en effet, un phénomène morbide, car, cette sensibilité nouvelle de la cellule va s'acquérir grâce à une, transformation pathologique, grâce à un état psycho-organique nouveau, l'état hallucinatoire.

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