QUELQUES NOTES
JSUR LES HALLUCINATIONS
Nous voulons consacrer quelques réflexions aux anomalies intellectuelles qui, sur la foi des apparences, ont été attribuées à la faculté .de sentir.
C'est à dessein que je dis sur « la foi des apparences », car ces apparences ont pu égarer le jugement des auteurs, au point que Ton a cru devoir placer le siège du délire dans les sensations elles-mêmes, de faire des sensations malades, isolément, exclusivement à tout autre désordre ou modification de la faculté pensante, mieux encore, d'y faire participer Torgane même qui n'est que l'instrument de la sensation.
En désignant les sensations mentales dont il est question, sous le nom de délire des sensations, un de nos psychiatres les plus distingués, a traduit l'opinion commune dans son sens e^act.
L'observation intime contre le jugement de laquelle, quoiqu'en aient dit ceux qui ne veulent pas y avoir recours pou*
(1) Notes manuscrites du docteur J. Moreau, de Tours.
QUELQUES NOTES SCa LES BALLUCrNATIONS
pirer ou ne saurait s'élever avec quelqu'apparence de i aison .
S protesté contre cette manière de voir (').
s maintenant si une étude sévère du phénomène en lui
B que noua avons appelé Etal halludnaioire, ne confirme pas bernent.
Ms-je espérer, ainsi, lever enfin tout le voile qui cache la vé-
.blissons d'abord que loutcequi; nous avons dit de la napsyeho -physiologiquedu délire en général, ijoit, sinon juger àpriori, s'appliqueruu pliénomène de l'état hallucinatoire.
Ce phénomène, comme louslesaulres,e5tun mode de manife&talion de la faculté pensante, placée dans les conditions qui diffèrent de celles de l'état ordinaire ou état sain. Or, cette faculté dont les modes de manifestation sont variés est, suivant l'expression des écoles, esseolietlement une de sa nature, dans quelque condition qu'on lesuppose, à l'état mental comme à l'état sain, ou, si l'on aime mieux, n'agit que par une action d'ensemble, c'est-à-dire se trouve tout entier dans chacun de ses modes de manifestation; sensation, perception, imagination, mémoire, raisonnement, s'entend par un lieu commun nécessaire, se fondant tous dans la consciejicc, dans le moi. sans lequel ils ne sautaient être.
U résuite qu'aucun des modes de l'activité cérébrale ne sau- ']Cait être /es^ (phénomène du délire), sans que le moi participe à cette lésion.
En d'autres termes, comme le moi est au fond ou plutôt est l'élément vital de tout acte intellectuel à l'état normal, il est comme celui de tout acte mental k l'état morbide. Les troubles de l'esprit, quels qu'ils soient, ne sont en réalité que les expressions variées de la perturbation de la faculté pensante. Ce que l'on a appelé illusion, halludnalion. ne sauraient faire exception.
C'est là, on peut dire, une vérité nécessaire, vraie comme U nature de la chose à laquelle elle se rapporte, une de ces vérités
|1| J. MoREAu, du Tours. — Bu haehich et de l'aliénation, mentale. ■p^eLologiques. — Fortlor, Masson at C", éaitoura. Pfiriî. 1813.
QUELQUES MOim MtA LES RALI.VtlNATIONII
inél;i|ihysiqiies que Ip raison iieroetil force à admetlre, alon mt^me que nous iToirinns avoir, d'aillciii's, les nieilleurs mntjfi pour n'y pas croire. Elle pRiit n'»pparnll.re que plus ou moiUi patenle dans certains phénomènes, tels que ceux qui; Je nominaii tout à l'heure, mais elle n'en ext pas moins. Si uous ne l'y voyoni pas aussi clairenienl que dans certains autres troubles de l'es prit, c'est que nous n'avons pas su encore l'y découvrir.
Disons encore, en passant h un autre ^enre de démonstration
\ que les phénomènes du délire sensoriel n'ont rien qui les dis
tîngue des autres.
Outre qu'ils marchent de pair avec ces dernieis. dans la plu
part des eus. si l'on envisage la maladie non pas a un instan
donné, mais dans toutes ses phases, j'ajoute, en parfaite coït
naissance de cause, que lors même qu'ils se montrent seuls, ist
lés. ou ce qui est plus exact., lorsqu'ils sont l'expression doiDi
nante, la plus facile h apprécier du trouhle intellectuel, alors
Icdis-je, l'observation exacte indépendamment de l'observatioi
t intense, mais dirigée par les lumières que poursuil ce geurt
(d'observation, découvre dans tout phénomène hallucinatoire
I les mêmes accidents ou conditions psychosomatiques anormales
l qui se retrouvent h la naissance de toutes les vésanies indisUnC
Vlemenl. Il me sullirii d'énoucer la première partie de cette pro
I {lositiou qui est admise parlout le monde. Ainsi donc pour noui
[.résumer, en procédant à priori, au point de vue mélaphysiquf
*t de l'observation, nousn'avons rien dit des phénomènes gêné
L^UA du délire, qui ne doive l'être également du délire seR'
lôriel.
r.'PoTir le délire sensoriel, comme pour les autres :
l*Concentration de la néomsilé dans l'organe où s'élabore (
i ignotum physiologique ;
2* Fixation des sens qui sont les instruments à l'aide desquels
ï faculté pensaute est mise en rapport avec le monde extérieur;
^'.■9* Vie intérieure, toute d'imagination, dans les limites, du,
îins, du fait pathologique, du phénomène d'hallucination,
' plutôt phénomène de la » vie des songes, pour parler 1<
f langage de Hiirdach, faisant irruption dans la vie de veille, j
Lorsqu'on étudie sur soi-même te phénomène des hallucinations, on est invariablement porté, sous l'impulsion de la conscience intime, à en placer l'origine dans un état psychîqye identique h l'état de rêve ordinaire.
Cependant, quand on rentre dans l'observalion intérieure, quand, au lieu d'étudier le phénomène sur soi même, c'est sur la foi des paroles d'autrui, sur la manière dont il paraît s'effectuer chez les autres, qu'on en juge, j'avoue que l'on sent ses convictions s'affaiblir ; on se prend presque à douter si l'on a bien vu, si l'on n'a pas été dupe d'une illnsion.
Je comprends que ceux qui manquent des lumières de l'observalion intime, n'admettent qu'avec une certaine diffi culte, l'identité des deux phénomènes. Je les comprends d'autant mieux que, placé moi-même entre le souvenir de mes impressions créées dans l'état hallucinatoire et celles, en apparence, d'une manière diamétralement opposée, que faisait sur moi le même état lorsque je l'étudiais sur autrui, pendant longtemps je n'ai pu vaincre le doute qui m'était imposé par deux évidences contraires. Je ne pouvais oublier que j'avais rêvé les yeux et les oreilles ouvertes, pendant que j'étais halluciné, et d'autre part, la plupart des hallucinés que l'on interroge, paraissent, ajoutons : sont si parfaitement éveillés alors même qu'ils disent voir, enten dce, des images ou des sons qui n'existent réellement pas, que je fus longtemps avant de pouvoir, sur ce point délitait de psychologie pathologique, me former une opinion * précise et arrêtée.
.... (1 Vous voyez cela, vous entendez ces sons el vous Unités que vous ne rêvez pas ? que vous êtes bien éveillé ?-,. » — Assurément je vois, j'entends, et je suis bien éveillé. Et cependant j'ai la profonde conviction que je suis en état de rêve moi, quand je suis halluciné; or, il ne peut pas y avoir deux manières de l'être. 11 faut qu'il y ait dans ce phénomène, certaines nuances psychiques difficiles k apprécier qui doivent échapper à des esprits non familiers avec une pareille élude.
QSKLQÛfiS NÔTB9 SUR LBS HA LLUIÎt NATTONS
Exaniiiioii» doue ce phénoiiitiie en lui iiiéiiiL', sniMiiclloiis le il une analyse rigoureuse et voyons, s'il est possible, de rendre compte de ces apparentes eoniradiclinns entre 1( \ témoignage de deux modes d'obscivatinn. de la conscienci I intime et des sens.
I La thèse que je soutiens esl celle ci ; I L'hallucination, comme Ions les autres phi^nomf'nea di I délire, appartient h la vie des songes; c'est la sensation de Ci ! tat de rèvf. reproduit pendant l'état de veille.
Vous m'objecterez que les sens déploient une cerlaim activité dans le phénomène d'hallucination et que cette acti t Tilé' est exclusive de l'état de rc^ve I En conséquence, vous niez l'idenlité desdeu.\ phénomènea I Votre raisonnement pèche en ceci qu'il n'est pas vrai qu< l'toute aniinlé seiisorirlle soit conipl^tenienl et toujours L pendue dans l'état de rêve.
I Donc, eu accordant que les hallucinations impliquent UD( ■ certaine activité sensorielle, il n'en résulte pas qu'il n'y » rien de véritablement sensoriel ni dans le rftve ni dans U r délire. Ce qu'on a pris pour tel el qui est commun au rêv< I el au délire, on en a méconnu la véritable nature. [ Dans le sens où il faut l'entendre, pour être sensoriel. Il y phénomène d'hallucination n'en esl pas moins un phéna i mène de l'état de rêve. Cette activité existe, mais non dam [ le sens que vous l'entendez, dans un sens qui implique I Bécessairemeut l'état de veille; tout au contraire cette activité cimplique l'état de rêve. L'individu rêve par les sens comnM Kil rêve par les facultés purement intellectuelles ou instînc ttives; voilà tout; c'est toujours, répétons-le, le fait de li mpetarité rennersée, dans le cas particulier dont il s'agil, ntiix sens.
W II faut donc envisager le phénomène sous deux aspects dis ptincts : quant à sa nature réelle et quant à ses apparences, c' i'i-dire la manière dont il est exprimé et est manifesté f dehors.
I Dans le premier cas on ne trouve que l'état de rêve, acte Leie intra-cérébrale de la vie <
l38 QUELQUES NOTBS BOfl I.BB SALlOCMATKms
Dans le second, ce qu'il a de sensoriel, d'extérieur, se montre priocipalemenl. il devient presque un acte de la vie de veille. C'est parce qu'on ne l'a envisagé que de celte seconde manière, qu'on en a fait un phénomène de la vie de veille .
Mais en cela, on a négligé la réalité pour s'attacher aux appareoces, la chose même pour l'omhrede celte chose. Car, véritable phénomène de l'état de rêve, l'hallucination m'appartient qu'en apparence à la vie de veille.
Le- côlé, l'éléraenl prétendu seiisonel de l'hallucinalion a causé en partie toute l'erreur et égaré le jugemenl sur son appréciation. Ce côté, cet élément, loin d'exclure l'état de rêve, lui apparlienl essentiellement, comme on en est facilement convaincu si l'on sailJji^nJ,£.cs)J8ipi'ea,dW*H est des phénomènes de l'état de rêve ordinaire ou physiologique qui impliquent d'une certaine manière, dans un certain sens, l'action de la sensibilité. «Les organes des sens, dit Burdach, déploient réellement de l'activité dans les rêves ».
J'ai dîtdéjîi que Reconsidérais l'hallucination simple, isolée. non pasprécisénieut comme un rêve, mais comme un fait dé- > taché, un accident de l'état de rêve.
Les songes h proprement parler, pris dans leur plus large ac ceptiou, résultent de l'ensemble des activités intellectuelles; chaque pouvoir intellectuel y est pour sa part respective, la seasation au même titre que le jugement, la volonté, les affertions, les instincts.
L'hallucination, nous l'avons dil, c'est la sensation du rêve, (rest le même phénomène développé au sein de circonstances psychosomatiques dilïérentes.
Son caractère fondamental, quel est-il? "Le renversement de la polarité » suivant les expressions de Burdack ; au lieu de s'effectuer de l'extérieur à l'inférieur, c'est une voie opposée que suit la sensation rêve et la sensation hallucination.
De l'une comme pour l'autre, il est également vrai de dire : « l'activité subjective de notre âme nous apparaît objective, car la faculté perceptive reçoit les produits de l'imagination comme s'ils (fMi>/tI des émotions sensorielles, n
En s'exprimant ainsi, Burdach entendait parler du rêve pur
QCBLQUKS HOTtS BUH LBS HALLranATIONS
L et simple ; je (Irmuiidemoi. qutillc mcillpiiredi'-fiiiilioii on \tniir- I rail donner de l'iialluoiaaiion'.'
f Ce qui vient d'iMi'e dît, oxpli(|Me d;uis quel sens, seinn nous, on doit entendre qu'une hallueination «si sensorielle. Bien ùxiileniment le sens que cache le mot ne saurait préjudicier en rien à la nature essentiiïlledu ph^noni^ne.
I II importe qu'on ne se méprenne pas sur ee que l'on dnil en pteudre par activité sensorielle ou parlicipalion des iirf;;inr.s dc) |':fiei)s ou phénomène rt'liallueiiialion.
t L'acte psychique se renouvelle de sa propre spontanéité, raomme s'il s'était effectué h l'aide des organes des sens, sous U ■Olème forme, pour ainsi dire avec les mêmes contours, le» Kiiéines traits, mais ces niéRie'B organo^ n*^' ont aucune part effee- ■iive. La sensation est toul, l'organe n't'st rien. ■ On sait, en effet, que les aveugles, les sourds sont hallucinés de la vue et de l'ouïe, comme lesnulres individus. Il y a plU! Kpour certains hallucinés, il y a une sorte de déplacement dp Bl'activité sensorielle, une Iransposi lion des sens, suivant les expressions du magnétisme animal. Ces malades s'imaginent voir fcar divers pninis des tégumenis, ou bien des sons, des paroles Béurs parviennent de différents points de l'inlérieur du corps, ■Sel'estomac, de la poitrine, de la région du cœur, directement ■iAns la tête, sans passer par leurs oreilles. K Au reste, les deux modes d'activité sensorielle ne heurtent Bas beaucoup plus l'une que l'aulre les lois physiologiques. Ni njin ni l'autre ne constituent un véritable phénomène de vision BbB d'audition, et si l'on aduiel que la sensation, c'est-à-diré' ^ncte psychologique élaboré dans le sensorium commune puisse K^re réfléchi dans les organes des sens, il ne saurait répugner B^urément que cet acte purement psychique aille retentir dans H(es parties aulrcs que ces organes. La sensation peut même Kégarer, ou mieux égarer la conscience intime, k ce point que Pans la rapportons k des parties de notre corps, qui en ont été' ^retranchées, ainsi que cela arrive à certains amputés. H< Lorsqu'on a reporté une sensation douloureuse dans un nieni'- Hk, il n'est pas, comme on le voit, absolument indispeusabl n|piious ayons encore ce membre pour éprouver cette nièiri
QltSLQUGS NOtBS SUR LES HALLCCINATIONS
douleur ; les organes de la vue, de l'ouïe, ne son! pas non plus nécessaires pour que nous voyons les images, que nous enien dions les sons qu'enfante noLre imagination, que nous voyions avee nos yeux, que nous entendions avec nos oreilles, comme l'amputé souffre avec sa Jambe ou son bras qu'il n'a plus.
Au reste, que l'état de rêve puisse s'allier avec le genre d'activité sensorielle, dont il vient d'être question, ainsi que nous soutenons que cela a lieu pour l'état ballucinatoire, c'est ce qu'un phénomène bien connu des songes démontre sans réplique.
Tout le monde sait ce que l'on entend par image fantasiique. Il arrive fréquemment qu'un peu avant d'être complètement en- •dorini, ou bien au moment où l'esprit n'a pas secoué entièrement les liens du sommeil, on voit voltiger devant ses yeux, certaines images bizarres, de forme variée, plus ou moins net leinent dessinées, k contours le plus souvent mal arrêtés, mal définis (')
Les circonstances psychosomatiques dans lesquelles se développent les images fantastiques ne permettent pas de douter qu'elles ne soient un phénomène véritablement de l'étal de rêve. M Les images fantastiques de l'assoupissement, dit Burdach, ne s'offrent à nous que quand nous avons cessé d'être maîtres de nous mêmes. )} (Ces paroles en disent assez.) Pour qu'elles surviennent, il faut que nous soyons entièrement passifs. . . Cependant la volonté excercc encore quelque influence sur elle... Mais nous ne sommes pas non plus entièrement dépourvu de volonté en songe..,))
D'ailleurs le même auteur appelle les images fantastiques : nUnTêee r:ommen<;anl n. Brandès et Grinlhuisen se méprenant sur la nature réelle de l'activité sensorielle, ont cru devoir attribuer les rêves à iélaC de veille de quelques sens qui seraient jnoins fatirjuii que les autres ('). Burdbac combat cette manière de
(1| Flèpétnns-te : il n'y a \li ni tision, nï audilion, pas plus qu'il n'y a douleur; 11 n'y â qu'un modo d'acllvUi^ anormal de la senKibililâ, il n'y a i|u'un [iliËnomÉDe latra-uërâbral ou d'imagioaliun puri', uo pliânomëne isulé de l'état de rave,
(i| PaiHonK remarquer, en passant, et à cetle occasion, que ce mode d'explication B«t celui qu'adoptent, sans s'en douter, ceux qui lonl des ha llucln niions (dans la dâtire) d''s phénomènes de veille.
QIT8I.Qt:B9 NOTES SUR LES RALt.rCINAT10FI<l
, voir fi'nppuynnt sur ce que « de tous les organes seuBurirls l'œil est celui qu'on fatigue le plus peailani la veille, et qui déploie le plus d'activité durant le sommeil, ii D'ailleurs, ajoute til, il serait impossible qu'une cause d'activilL- sensorielle isolée don-
■inat lieu jamais à un rêve cohérent, u
■ D'après Mûller, les images fantastiques ou sensorielles iront lot ■ïB^mesque celles des sonpes, plus l'activité de l'orfiaue extérieur. ■.{Activité ne l'oublions pas qui ne s'exerce qu'en vertu du rentversenient de la polarité).
■ Après avoir parlé des phénomènes de vision qui s'observent Buvant de s'endormir, peudant la veille, et dans l'état inlerméniîaire entre la veille et le sommeil — ceci vaut la peine d'être wemarqué — des hallucinations qui se présentent chez tous left' ^woninies pendant l'état de santé. Millier ajoute : >< 11 a été prouvé ^précédemment que les images qu'on voit en songe ami des phi' ^lomènexdumhiii- ijenn: ; car celles qui continuent de flotter devant: Klêsyeux au moment du réveil, ne diffèrent pas de celles qu'on ^^perçoit pendant la durée même du rêve . »
K Cependant, il ne faudrait pas donner k cette intervention des B|àns une extension qu'elle ne comporte pas. f.'activité seoso- Rdelle a des limiles.
K Ainsi elle ne semble possible qu'autant que la cause h laquelle ni faut rapporter ce phénomt'-ne est peu intense, trop faible Hbour concentrer a l'intérieur toute la névrosilé. toute l'action ^Bltale, et par conséquent, éteindre ou suspendre toule activité Hiensonelle.
■ C'est la première période du rêve, c'est celle du début du Bitt^îi*^^ '^'^^^ l'époque, dans le premier cas, des images fantasliyftp ies. C'est l'époque, dans le second cas, des jllusionx et de Cer ^Bilns phénomènes analogues aux images fantastiques du rêve' ^m^inaire. tels que : lumières, corps bizarres à formes étranges Bfljli voltigent devant les yeux, bourdonnements, bruits de clo- B^e. de coups de fusils, de sons inarticulés, de brnils confus, de Er^ix inintelligibles, etc., etc.
^t Sous l'influence d'un mouvement concentrique de la seusibi- ^^^ plus énergique, d'une sorte de reflux plus complet ou U H^^A sensibilité vers sa source qui est le seiisorivm commune, V\
QUKLQUI8 NQTHS SQH LES HALLVCINA.T10NS
Hté sensorielle peut être encore plus ou luoiiis apparenl
i n'existe réellement pas; la seule habitude, comnie d'enpjre avec les oreilles, tic voir avec les yeux, etc., lui donne ^mulacre de réalité; aussi le phénomène est il exactement Renie pour les sourds et les aveugles que pour eeux qui en lent et qui voient,
tour Burdach, il ne peut-être question d'activité sensorielle Bpourles images fantastiques, jamais pour les véritables illus qui ne peuvent être que le produit d'une imagination Irou î soit par les maladies, soit par les rêves ('). pX'intuition des images fantastiques, dit cet auteur, esl réellent sensorielle. i>
,( les illusions véritablement dignes de ce nom, ue uvent exister que dans une imagination malade ou dans le . Les illusions sensorielles pures sont ou amorphes ou tout blus délerrainables mathématiquement ; tuais elles n'ont ja- ^ une forme vivante. Il n'y a qu'une imagination malade et Rieversée qui puisse entendre des champs, des paroles. k images de la vie réelle, n
yoi^J
tiusi que nous le faisions remarquer précédemment, c'est gicipulement dans son application au phénomène d'hallucina- |L que la doctrine de l'identité du délire et du rêve a paru à Mques-una impossible à admettre.
pie ne saurait se soutenir devant ou en présence des faits. raflirmatious les plus précises, des hallucinés eux-mêmes. PiL a reproduit avec des variantes, les explications données par ïebranche, par Bonnet ('). toujours en ne tenant compte que Fia partie superficielle du fait, ne voyant ([ue ce qu'il a d'ex-
il} ItcmarquonK bien que Burdacti do le priMiait pas pour l'idrnllté ilea deux ^ets. Il n'»vait pninl à e'en nccupei' ai b tmcllre une opinion it cri 6gari 11 jsoDsLaCe un tait purpmBnt et Himplement : à savoir dans quelles conditions anormains l'hallucinaliou preni! naissance.
(S) Et nous aus9i nous les adaptons ce« expiicationa mats sous réservi>, snus celle-ci, qu« tel qu'il est tl£Qnl. dËr.rit pur ses auteurs, le fuit d'hallucluatton rentre forcâment parmi il
QUELQUES NOTES SOll LIÎS FIALLUCrNATIOXS H3
lérieur, sans péni^trer jusqu'il sa ualurc iiiliiiic. son individualité psychologique.
Cependant, depuis la publicalion du livre où pour la première fois, ont élé exposées mes idées, il a paru un Iravail Jont l'auteur s'écartant des sentiers battus et s' appuyant sur dos données purement psychologiques, est arrivé à foruiuler la même doctrine, presque dans des termes identiques.
Je ne me fais point illusion ; je sais que la doctrine de l'écrivain doni je parle, diffère fondanienlalcmenl do la mienne, et J8 dirai tout à l'heure en quoi elle diffère, mais je ne puis m'empêcher de faire celte remarque qu'à s'en rupporler au langage seul, les deux théories offrent une parfaite similitude.
A notre sens, l'auteur de 1' u Amulelti: de Pascal», s'est arrêté au moment de toucher le but ; un peu plus et il montrait la vérité qu'il n'a fait qu'entrevoir. C'est pour celte raison que nous croyons devoir nous approprier ses propres arguments et leS faire servir à élucider et à établir plus solidement l'opinion qae nous soutenons.
Pour M. Lélul, l'hallucination est le retour des idées à leur point de départ, à leur forme s^-nsoriellc primitive.
Après avoir constaté la double origine, la double face psychique et somatique de l'idée en général, M. Lélut étudie la nature des altérations qu'elle peut subir sous l'empire de diverses circonstances.
Ces altérations ne sont autres qu'une revivification des idées sous leur forme première, en d'autres termes, leur transformation eu sensation.
Sous l'influence d'une préoccupation violente, d'une puissante émotion, de la contention d'esprit, de la concentration inlellectueUe qu'exigent les cri^alions des arts et de la poésie, on voit les idées s'imager de plus en plus, et u par une sorte d'exagéra-' tion de la nature, de retour i leur origine, reviîlir déplus en plus le caractère de sensation. »
Mais il n'y a pas de métamorphose complète, l'idée ne devient véritablement sensation que dans l'état de rêve, du sommeil et du somnambulisme. H y a ici substitution de la sensation ï l'idée. L'idée, image qui était restée jusqu'ici complètement
QUELQUES KOTKS BtlK LES HALLUCINATIONS
iiitérieuiT, se porte au dehors, iabjerlire, devient une sensation que le moi, dans le plus grand imnilire des ras allrihupra h l'aclîoa du monde extérieur.
Daus l'élal de rêve. donc, l'idée suliil le plus haut degré de rolléralion possible; la iransformalion de la pensée se laisse aller plus loin.
Cepeudaiil. le fait de la transformation sensorielle des idées se retrouve dans d'autres circonstances que celles du sommeil el du somnambulisme: on le voit se renouveler dans des circonstances diamétralementopposées, dans l'état de veille.
On le désigne alors sous un autre nom : on l'appelle haUvcination.
En constatant ce fait psychologique, M. Lélut paraît admettre une différence fondamentale réelle entre lui el le phénomène précédent. M. Lélut lui même n'a-t il pas résolu la question par l'affirmative, en disant que la sensation rêve, la pensée devenue sensation par le fait de l'état de rêve, parque le dernier terme des transformations possibles de la pensée '?
Mais en quoi le phénomène a-t-il changé de nature"? Y a t-il autre chose de changé que les conditions dans lesquelles on le voit se développer ?
■ Le phénomène avait lieu dans le sommeil naturel ; il persiste alors que le sommeil a cessé ; tel il était dans le sommeil, tel on le retrouve dans l'état de veille.
S'il en était autrement, l'idée devenue sensation en dehors des conditions ordinaires du sommeil, n'olîrirait-elle pas quelque caractère particulier qui la différencierait d'une idée semblable née dans le sommeil? Sans aucun doule ; et s'il n'en est rien, c'est que ces phénomènes sont véritablement, nonpaaseulement analogues, mais identiques.
En faisan! ces réilexions qui, du reste, ne font que reproduire presque textuellement ce que nous avons dit dans notre premiet" ouvrage, nous avons la conviction que nous ne faisons que donner à la propre pensée de l'écrivain que nous citons, toute l'extension qu'elle comporte nécessairement. Nous pensons y être autorisés suffisamment par les paroles mêmes dont Use sert lorsqu'il voit le phénomène se produire dans d'autres circonstances que celles du sommeil.
r QlIBLQrf;» NOTEN S1!H LES HALLCCIKATIOflS V
L Ne dil-îl pas, en cirel.. cq cherchant Ji rendre conipto do m E.Be passe lorsqu'un îiidivitlu devieni halluciné, que riiiia»inatioi [ après avoir riT^dans leHomineil, va commencer a rêver dans li [ veille? "Que riiallurination par excellence, c'esl-i-dire la sen I sation fausse prise et acceplL-e pour unnsensalion véritable qui L représente le plus haut degré de transformation sensorielle di ['l'idée, le fait des préoccupations dans les actes élevé h sa der LuiÈre puissance, est surtout le "fait des r^ves transporté di sommeil à la veille, n
Voilà donc qui est bien entendu; c'est chose prouvée pBl
M. Léliit, comme pour nous: l'hallucination, c'est-à-dire l'idée
transformée en sensation, est un phénomène du sommeil, uj
I rêve se reproduisant, et selon l'expression de Burdhac, faisant
I irruption dans la veille.
1 Nous pourrions ici invoquer un autre ordre de considération ri l'appui de notre opinion. Ces considérations, M. Lélut, préocï eupé des seuls phénomènes psychologiques, lésa complètement l négligées. Comme font trop souvent les psychiatres modernes, L ila étudié le fait en lui-même, isolément, en dehors des circons- I tances dans lesquelles il s'est développé. Ce qui revient à dii k^'il a porté ses investigations sur ce qui est le résultat de l'oruane en action, sans tenir compte de l'organe. C'est i'écueil il Ivitable contre lequel se buttent tous ceux qui croient devoir aé- ■Oarei' ce qui est inséparable, ce qui est indivisible, l'organisme Rffit les fonctions, de quelqu 'ordre que soient ces dernières. I . Pour nous qui ne" saurions admettre cette distinction, nous ■tenons grand compte dans l'appréciation de tout phénon Konctionnel des conditions de l'organisme qui en est la sou MioHH jugeons les résultats d'après les raodiOeutious organiques Bnii le produisent.
■ Or, dans quelles conditions psychologiques autres que celles Eât] sommeil ordinaire voit-on s'opérer la transformation de la Rpensée en sensation? Nous l'avons établi surabondamment pour V^OB autres phénomènes du délire; elles ne sont autres que les IciftoiMilitions psychologiques de l'état de rêve, partiel ou général, feçasoriel, intellectuel, affectif, k $fi toute circonstance, la simple vivifîcation des idées, ou
QUBLQDES NOTES SUR L8s UAlXliaKÀtlOSS
des iniQgcs, leur niélamorphose successive d'abord, et par t de plus en plus vive ea sensalioii, est le résultat de la intration graduée, puis complète de la seusibililé de l'exji l'inlérieur, de quelque manière, d'ailleurs, que cette coiiceutration : lentement, par un effort spontané, des lois délerniinées, périodiques, comme datis le somproprenienl dit, ou bien par l'inlluence de eauses extérieures, physiques ou morales, comiiie dans les mouvements congestiosnels du cerveau, les préoccupations forles. les efforts d'attention, les émotions violentes, etc.
En définitive, le fait d'hallucination est un phénomène patho' logiqve, dans quelque circonstance qu'on l'envisage ou qu'il se produise ; comme les autres phénomènes du même ordre, il a sa raison d'èlre ; c'est elle qui engendre ces derniers. Aussi l'hallucination proprement dite est-elle la compagne ordinaire de délire et l'illusion qui, ainsi que nous l'avons établi le première), sauf quelques différences dans la forme, n'est au fond qu'une hallucination ordinaire, se rptrouve-1-elle loujours (') au début du délire.
Il ne saurait y avoir, il n'y a point d'exception pour les cas où l'hallucination se montre isolée, seul fait anormal au sein de l'intelligence qu'il soit nu non apprécié par la conscience intime.
Le trouble intellectuel profond, radical qui est la condilion essentielle do toute anomalie mentale et que pour cette raison j'ai appelé fait primordial, est toujours là ; il peut, par la suite, s'amoindrir, disparaître même complèlemeiil, après avoir ap-
(I) Ou haschich.
(£) TovJ'iurs ? Noua malntenoDs ce mot coutrairfment aux iiJëos reculs. Eu ido .«enlotmant it ces iilées, J'aurais illi : prrsquc loujiinrs. Mais, j'ui la cunvlcUoD que aï tous les malailng pouvaient rendre un' compte exact de ce qui se passe b l'Apo* ~^uede l'invasion de la ninluilic, Us signaleraipnl lous des invasions plus ou moins Wmbreuscs ; cela se conçoil lai^ilemeni si l"on rôOectiil qu'il suHlt pour Ips liroddlre du troul)le le plus passager, du l'exailaliun menlHJO la plus Jf'-^ov il iin'îl «it impossible que ce Iroubli?, neUo excitailon n'aient pas lieu su di!'liiit ii<^ loiite affection mrnlale. J'ai vu beaucoup d'iudlvidus, (|uol'|ue troubii^s i|u'ils rusaunl par le haschisch, qui n'avaient pas <l hultnclDations proprement dllps. Je n'en al Jamais vu qui ne reconnurent pas avoir de nombreuses illusions. Jaivu leméme- IM ae reprod uirc chez un grand nombre d'aliéntia.