‹ Les Harangues de l'exil (volume 2)Chapitre 21 sur 27 · CÉLIMÈNE · texte numérisé non relu

CÉLIMÈNE

Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre, Un tel avis m'oblige; et, loin de le mal prendre, J'en prétends reconnaître à l'instant la faveur, Par un avis aussi qui touche à votre honneur ; Et, comme je vous vois vous montrer mon amie, En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie,

Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux, En vous avertissant de ce qu'on dit de vous. En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite, Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite, Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien, Firent tomber sur vous, madame, l'entretien. Là, votre pruderie et vos éclats de zèle Ne furent pas cités comme un fort bon modèle ; Cette affectation d'un gravé extérieur, Vos discours éternels de sagesse et d'honneur, Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence, Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous, Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous, Vos fréquentes leçons et vos aigres censures Sur des choses qui sont innocentes et pures : Tout cela, si je puis vous parlez franchement,

Madame, fat blâmé d'un commun sentiment.

A quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste.

Et ce sage dehors que dément tout le reste?

Elle est à bien prier exacte au dernier point :

Mais elle bat ses gens et ne les paie point.

Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle ;

Mais elle met du blanc et veut paraître belle.

Elle fait des tableaux couvrir les nudités;

Mais elle a de l'amour pour les réalités.

Pour moi, contre chacun, je pris votre défense.

Et leur assurai fort que c'était médisance ;

Mais tous les sentimens combattirent le mien,

Et leur conclusion fut, que vous feriez bien

De prendre moins de soin des actions des autres,

Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres ;

Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps

Avant que de songer à condamner les gens;

Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire

Dans les corrections qu'aux autres on veut faire ;

Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,

A ceux à qui le ciel en a commis le soin.

Madame, je vous crois aussi trop raisonnable,

Pour ne pas prendre bien cet avis proûtable,

Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets

D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts,

... H ne tiendra qu'à vous qu'avec le même zèle

Nous ne continuions cet office fidèle,

Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous,

Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous.

ARSINOE.

Ah! madame, de vous je ne puis rien entendre ; C'est en moi que l'on peut trouver fort à reprendre.

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