SA
« Mon ciiBK (îitiLLK.
« M.>ii cher petit cousin Henri se charge de vous porter («'ilr lettre cl Imite (si<) renterinaut le manuscrit complet des liunnn iiiet ;)U('/i</MC5 de Lamartine. Je dis complet ; néanmoins, il man que un feuillet, etc.. » — (îosselin a mauvaise mémoire; ou bien il tant croire qu'il avait perdu de vue, depuis un certain temp»*, le manuscrit lie Lamartine. Ln elfet, ce manuscrit est loin d'»Mre « complet» ; et ce n'est pas seulement un feuillet de telle ou telle pièce qui manque, ce sont des poésies entières, quelques-unes mêuu' des plus belles du recueil des //armonii's : la Lampe du /'i'inpU\ V Ihjmni' du soir, .\ovissiina verba, V//yjiiur de la Mort, la /'ristesse, tÀentiié delà nature, etc. M. Grille, en dressant la liste des pièces manuscrites, eut grand soin d'indiquer entre paren thèses ces lacunes. Le premier devoir d'un bibliothécaire n'est-il pas d'avoir le scrupuleux souci de l'exactitude ? Mais passons. L'intention de (îosselin était aimable et obligeante ; la suite de la lettre d'envoi le montre bien : « ... Je suis satisfait d'otlrir à un établissement dont vous êtes le chef une précieuse relique, et aussi d'enrichir la bibliothèque d'une ville où est née ma chère femme ainsi que la plus grande partie de sa famille .. »
La réponse de M. François Grille est du :if» décembre ; il y exprime sa reconnaissance pour le beau cadeau de Charles Gosselin et sa vive admiration pour Lamartine. En voici les principau.x passages :
« Mon coek v.i digmë. ami,
« Grâces mille fois vous soient rendues pour votre admirable cadeau. J'en suis profondément touché. Ce que vous faites là pour notre ville est un véritable sacrilice. J'ai ouvert la boite et reconnu le trésor. J'ai montré à Cosnier et à Favie (1\ deux écri-
tes principaux pas^iages a\ec l'aimable autorisation du bibiiothccaire de la ville d Angers, M. i.eroy, à qui j offre ici mes sincères remerciements. — Je tiens & remercier aussi une de nos étudiantes étrangères, Mi<s Mary O'.Mahony, dont l'obligeante et intelligente activité m'a beaucoup aidé dans mes rectierches et m'a permis de mènera bien celte petite étude. (.Note d'oct. 1910. — Miss O'Mahony est aujourd hui naturalisée française oct. Ii*i2 . \\) Il s'agit ici de Victor Pavie,.|ui fut lami de Victor Hugo.
vains et poètes en même temps que libraires, les étrennes que vous aviez envoyées à la Bibliothèque et ils en ont été éblouis.
« Je vais porter à midi à notre maire ces précieuses feuilles, et je ne doute pas qu'il partage mon bonheur à celte vue... »
Suivent quelques réflexions tristes, avec des allusions à des faits douloureux de la vie privée de M. Grille. Puis l'excellent homme reprend :
« Enfin celte châsse, que je reçois de vous, ce matin, fait pénétrer dans mon cœur un rayon de joie.
« Dans cent ans, que ces reliques auront de prix I Mais déjà qu'elles nous sont chères et que ces pages écrites par le génie ont de valeur, de puissance et de charme 1
« Votre billet sera placé dans la boîte comme préface des llarinonies et {sic) du grand homme, comme vous l'appelez, et du divin chantre de la création, de la liberté et de l'amour. »
Le bon M. Grille est un peu verbeux, et son admiration s'exprime en termes assez ampoulés ; mais n'oublions pas que nous sommes en i843.
Le manuscrit d'Angers est une copie faite par Lamartine pour l'éditeur. Cette copie, nous l'avons déjà fait remarquer, ne contient pas toutes les Harmonies. De plus, le texte n'en est pas définitif ; on y trouve bien des ratures et des variantes. Souvent même l'auteur laisse échapper des incorrections de langue, de métrique ou d'orthographe, ainsi qu'il arrive dans une copie faite rapidement ; j'en relève quelques-unes tirées du poème de Milly :
D'inaccessibles rocs quelquefois s'hérisser (v. 39). Qu'a choisi pour dormir Yombre de Virgile (v. 54). Garde à peine son buis sec qui montre ses racines (v. 62).
Le texte du manuscrit avait donc encore à recevoir la dernière main avant d'être imprimé. Tel quel, ce document nous fournil des renseignements qui ne sont pas sans intérêt.
— as —
/. I Itimpe du /••mpit' (/J(innuin< \, |, iv) est dut'' tl.ii.> '■ mauuscnl d'Auners: € Saiol-l'oint. 1" août iHi'J. •
Ici se pi)se un «le ces curieux proliU-me» d'iiislniro lilleraire lue nuus avoos di^jà vus s'utTrir à ouus à propos de V Hymne du n<ittii, ée Jt'hovah el de M Source dans let biiis (l). Le comniennre de la /.iinifir du 7'cmjilr n»>us dit que celle pii^-ce fui iospirt-e ai pot'le par uoe vi>ile qu'il lil, un soir, A une chapell»' dt-st-rh* ailuée dansles boisde Liiuone, près de Livouroe. l.aiiiarliiie s'elail égaré daos ces bois ; « surpris par la nuit », guidé par la lueur d uue « larope votive » qui hri'klait à l'iDlérieur du sauctuaire, il eulra daos la chapelle. Là, « pendant (|ue celle petite clarté vacillait au veut... daos sou vase suspendu de cristal, je composai, dit-il, deux ou trois de ces strophes ». La lune s'étant levée, il reprit le chemin du retour : « J'achevai ces strophes... en Iraversant lu plaine qui s'étend entre les montagnes de Limooe et la villa Palmieri (ij. »
(jue signifie donc riodication du manuscrit d'Angers : « l«r aoiU I8iy * ? Tout simplement que cette pièce est de celles que, une fois revenu à Saint-Point, Lamartine reprit, remania et acheva. C'est exactement de même qu'il s'était mis, quelques muit* auparavant, à remanier le beau groupe des quatre Harmonies : Jefinvah, le C/u'Nr, etc., Composition terminée le l*^' janvier 18:i9. N'oublions pas celte phrase signiticative, qu'il écrivait dans une lettre du 11 décembre 18i8 à Virieu : t Je fais ou rc/<iM quelques vers (.{) », ce (]ui indique bien que, aussitôt rentré dans sa tranquille et rêveuse solitude de Saiiit-Poinl, il avait rouvert ses albums d'Italie et entrepris de retoucher el de mener a bonne tin certaines pièces que, au milieu de ses graves, multiples et absor bantes occupations de chargé d'affaires à Florence, il n'avait pu (lu'ébaucher et laisser inachevées. A la fin de 1S-2S. Lamarlin»? entrev<»yait déjà le moment de traiter avec un éditeur pour deux volumes in-octavo au prix de 40.UOO francs. ^Lettres des i3 avril et 3 mai 18:!9.)
(1) Voir notre Lamartine en Toicane, pages 30, 38 et 29.
(2) Cr. Ibid., page 36.
(3) Ibtd., page 39. ,
La Bénédiction de Jïieu dans la solitude {Harmonies, I, v) figure dans le manuscrit d'Angers avec l'indication : « Saint-Point, 30 juillet 18-2!l. »
Le commentaire de celte pièce semblait bien indiquer qu'elle avait été composée « en 1829..., pendant l'été, à Saint-Point ». Mais ces indications ne concordaient pas avec d'autres fournies parle commentaire de r//v/mne de V Enfant {Harmonies, I, vu) ; et j'avais signalé celte incerlitude, sans oser donner sur ce point une conclusion ferme, mais en inclinant à penser que les deux Harmonies étaient du printemps de 1829(1) ; elles sont de l'été de 1829. — Tout cela prouve qu'il ne faut jamais ni accueillir sans examen ni rejeter absolument les renseignements donnés dans les(( Commentaires » ; il faut les soumettre à une discussion souvent délicate et qu'il n'est pas toujours aisé de conduire à une conclusion certaine.
Vient enfin la Cantate pour les enfants d'une maison de charité (Harmonies, III, xiv), pièce sur laquelle Lamartine n'a écrit aucun commentaire. Le manuscrit d'Angers donne cette date : « Saint-Point, 10 aoilit 1829. »
Il est presque inutile de relever l'indication : « Florence, 1828, » que donne le manuscrit d'Angers pour l'Harmonie : Souvenirs d'Enfance ou la Vie cachet, adressée à P. Gnichard de Bienassis {Harmonies^ II, xiv). La correspondance nous apprend, en effet, d'une manière positive, que celte pièce fut composée en mars 1828 (2).
Ainsi la moisson de dates nouvelles que nous fournil le manuscrit d'Angers est assez mince ; mais elle a cependant sa valeur : car elle nous permet de situer avec exactitude lachèvemenl de la Lampe du Temple, mnsi que la composition de la. Bénédiction de Dieu, de V Hymne de l'Enfant et de la Cantate pour les Enfants. Ce travail poétique fut exécuté après le séjour que fît Lamartine à Paris, au mois de juin 1829, et pendant lequel eurent lieu entre Sainte-Beuve et lui les entretiens intimes dont parle Sainte-Beuve dans la VP pièce des Consolations. Les Harmonies que nous citons sont exactement contemporaines de l'Epître à Sainte-Beuve (//armonies.^ III, vu).
(1) Lamartine en Toscane, page 44.
(2) Ibid., page 33,
ni
Lo manuscrit d'Angers conlient encore (juelquPH autres imlnalions qui ont Irur iniert'^t : cv sont de» Dumt!r<>> d'..rtlif altrit.n- s à certaines pièces. Expliquoos-Dous.
l.egdilTéreDles pièces de ce manuscrit se Miivtni rx.irtiiu.ni — kauf qut*lqu«'s pocsij'S qui maiH]uenl — dans le même ordre que dans les éditions imprimées. Mais, de plus, certaines d'entre elles Sont alTectées de I indication irmi», avec ou sans cliitTret». Aint»i V Hymne de l'Enfant^ l'Infini dans lé$ d'eux, portent l'indication : « Harmonie ii-mf » ; il'aulres poésies sont précédées d'un chilTre, par exeuiple « Harmonie :>'"»«», \'J/i/mne df laiS'uit. Il n'y a d'ailleurs qu'un petit nombre de pièces ainsi numérotées. Je relève les numéros qui ne se trouvent pas dans les alluifiis êludiés par M. desCognets :
« Harmonie I6'*"" » : /m perte det'Auio. « Harmonie Sl^)*'"" » : Ht-nMiciiou de Ifieu. « Harmonie 25'""'' » : La Vie cac/i'r(l). « Harmonie 30'''»" » : La Lampe du temple. • Harmonie 39'*™* • : Cantate pour les enfants.
H est évident que Lamartine, en faisant cette copie des Harmonies,ASi^xi eu l'intention de reproduire toutes les indications portées sur ses premi'-rs brouillons : numéros d'ordre, dates de composition, nombre de vers d« chaque pièce. Mais quelle besogne ingrate pour lui! 11 s'en lassa bien vite et finit par laisser de •'•le tous les chitrres.
J'aienumereces quelquespièces en suivant l'ordre desnuméros. .Mais il y a, ici, plusieurs remarque> a faire. Ce qui frappe d'abord, c'est que ces numéros ne correspondent en rien à la place que le poète ou l'éditeur a attribuée aux mêmes poésies en préparant l'impression du recueil. Ce sont de simples numéros d'ordre.
Peut-être, dira-l-on, représeuteut-ils l'ordre de composition ; j'inclinais fortement à le croire dans mon étude sur /.amarftn«'
fl) Cette pièce, dans le manuscrit d'Angers, a pour titre : ta Vie solilatr*.
en Toscane (1). Mais, aujourd'hui, après les indications fournies parle manuscrit d'Angers, cette idée ne me semble plus admissible sans réserves. Du moins l'estelle toujours pour les toutes premières Harmonies : VJnvocalion, V fh/mnc du Matin, la première ébauche de Jéhovali. Mais une fois qu'on arrive aux pièces numérotées de 20 à 30, l'ordre de composition se trouve souvent bouleversé. Ainsi la Vie cachée (à Guichard de Bienassis), composée à Florence en mars 1828, a reçu le numéro 25, après la Bénédiction de Dieu, écrite à Saint-Point, en juillet 1829, et numérotée
Voici, d'ailleurs, les numéros de classement qu'il nous est possible d'établir eu combinant les indications des albums des Cognets et celles du manuscrit d'Angers. Je rappelle la date d'achèvement des pièces :
Harm. 16'^"™e ^ Laperle de l'Anio (11,3) : février 1827.
— <j>fy^'^mB . Bénédiction de Dieu (I, 5) : juillet 1829.
— 24ième . la Source dans les bois (II, 6) : nov. 1828.
— 2o'ème . la Yig cachée (II, 14) : mars 1828.
— 2&''^'^^ : JéhovahJeChêne, elc. (11,9) : l^'-janv. 1829.
— 28'è"»e : Hymne de la mort (IV, 1) : février 1829.
— 30'^™^ : La Lampe du temple (I, 4) : août 1829.
— 32iè'ne ; la Retraite (III, 13) : nov. 1828.
— 39'^'^e : Cantate pour les enfants (ïll, 14) : août 1829.
Remarquons que la plupart de ces numéros d'ordre correspondent à des pièces composées ou achevées après le retour de Lamartine en France, au mois de septembre 1828. D'autre part, certaines pièces écrites, ou du moins commencées en Italie, ont évidemment changé de numéro. Ainsi nous savons déjà, d'après les albums des Cognets, que V Hymne du Soir était primitivement numéroté « 2'= Harmonie » et Jéhovah Harmonie V^. Or, dans le manuscrit d'Angers, Jéhovah est devenu la 26^ Harmonie ; et c'est à V Hymne de la Nuit qu'est attribué le chiffre 2, comme dans les éditions. De même, pour la Vie cachée el la Lampe du temple, il est d'une haute probabilité que ces deux pièces, composées la première à Florence en mars 1828, la seconde pendant l'un des trois étés que Lamartine passa à Livourne, ne reçurent pas tout d'abord les numéros 25 et 30, puisque le chiffre 24 fut donné à la Source dans les bois, datée du 10 novembre 1828.
(2) Voir notamment page 37.
CoD«idArnnt anfln ia /trlraite, lermioée le iH novembre tNSH.
\ I " .'•, c"e»t-;Vdir«' Imis iiittifià p^ioe aprA*» »i<n r«'t<'ur«D
II..: ..arlioe n'avait pus encore tifnte-deux Wannnuii'^ <!••
!* ; c'est donc, croyoDH-nou«, au prioteitipH de l'^ • [iiiiia I. recopia cellH pièce, t|u'il lui liouou !«• Qumi^ro Iti l'.m-
irc lui^iiif U)[ ce plus (ard, pendaul lesqualrt* ^raudii m<jisquil pas>a eu .MAcniiuais, de juillet A novcinlire IKJ*.». (les quatre mois, il les mit à prolil, duu seuleineut puur pu8er et faire suivre pur ses amis sa candidature k l'Académie Française, mais aussi pour tVrire des vers et pousser le plus avant possil)lo la coniposilion des deux volumes qu'il avait eu projet. (Juaud, au mois de noveml)re. il partit pour i'aris, atiii de s'acquitter des visites de remerciements auxquelles l'obligeait son élection à l'Académie, son recueil était à peu près complet. C'est pendant ces quatre mois, j'imagine, qu'il dut faire une dernière révision des poésies écrites avant la mort de sa mère et en établir le numérotage. Le numéro 3y, attribué à la Caiitatf' puur /< v /:itf(ints^ a certainement été inscrit alors. .N'oublions pas, d'ailleurs, que ce chitTre 3*.) équivaut en réalité à 43, puisque le poète devait couper en deux sa pièce 5ur l't lif truite et Taire de Jrhnrah quatre Harmonies (1). Kl si nous rappelons qu'après la mort de sa mère, Lamartine n'a guère écrit que trois ou quatre Harmonies, nous sommes bien près — dans l'automne de ISi'.i — du nombre total despoésies du recueil qui allait paraître quelques mois plus tard (i).
l'ne retlexion se présente alors a l'esprit. (Jue sur ses premiers brouillons manuscrits, Lamartine ait attribué des numéros d'ordre à ses IJarmotiies, cela n'a rien que de très naturel. De même il inscrivait souvent la date de l'aclièvemenl des pièces et le nombre de versqu'elles contenaient. Mais, d autre part, avons-nous dit, le manuscrit d'.Xngers reproduit l'ordre même ou les Harmoni-t se suivent dans les éditions imprimées, c'est-à-dire un ordre quelque peu capricieux, comme chacun sait. La distribution des poésies en quatre livres est déjà effectuée ; seulement la distinction de ces quatre livres n'est pas représentée par des chiffres ; il n'y a
^'indications se rapportant à ce fait que la suivante : « Harmonie li'*"" du i* livre : .4 r/ispritSaint. » D ailleurs, cela n'a rien qui doive nous arrêter. Oe qu'il est curieux, voulais-je dire, de remarquer, c'est que, dans cette copie qui nous offre en somme l'ordre définitif des pièces, Lamartine a maiuleuu des indicalious rappe-
(I) Cf. Lamartine en Toscane, page 47.
.2} Ce nombre tut«l. dant> l'édition f-rimrfu. es\ de qutrante-buit.
lantl'ordre de classemenl primitif. En quoi ces numéros : âO'*'"**, 3Qièmo^ ICiiMne Harmonie, pouvaient-ils l'intéresser ? C'est probablement, dirai-je, qu'ils lui rappelaient le moment, sinon de la composition, du moins de rac/irurmc?!< de ses poésies. Pour moi, je ne vois guère d'autre explication plausible. Parfois une dateprécise venait confirmer et justifier le numéro. Là où la date manquait, le numéro suffisait à lui suggérer de telles réflexions : «Cette poésie, je l'ai écrite à tel endroit, vers telle époque, avant telle pièce, aprt^s telle autre. «Tel peut être aussi, pour nous, l'intérêt de ces numéros d'ordre.
Il faut dire, d'ailleurs, qu'on trouverait encore, dans les poésies de Lamartine, d'autres exemples de pièces dont il a changé le numéro pour l'édition. Ainsi, dans les Premières Méditations, la pièce intitulée : V Homme, qui est dédiée à lord Byron et numérotée II, fut d'abord envoyée à Virieu le 20 octobre 1819, avec cette indication : « Méditation dix-septième. » Ce renseignement n'est pas sans intérêt au point de vue même de la composition du recueil ; car il nous montre à quel point en était le poète quatre ou cinq mois avant la publication de son premier chef-d'œuvre (1). — Mais revenons aux Harmonies.
Resterait à parler des variantes du texte dans le manuscrit d'Angers. Le jour où l'on se décidera à traiter nos grands romantiques comme des classiques, et à donner des éditions critiques de leurs œuvres, il faudra relever les variantes que présentent les manuscrits des poésies de Lamartine. Un travail analogue a été fait pour Montaigne, pour les sermons de Bossuet,pour lesPensées de Pascal ; plus récemment, MM. Glachant l'ont fait pour le théâtre de Victor Hugo, M. DimofF pour les poésies d'André Chénier, M. Christian Maréchal pour Jocelyn et pour le Voyage en Orient de Lamartine. Ce sont là d'excellents travaux, très utiles, très instructifs. L'intérêt de ces sortes d'études ne consiste pas seulement à surprendre la pensée de l'écrivain dans ses tâtonnements, dans ses hésitations, dans sa lutte avec toutes les difFicul-
(1) Rappelons que l'édition princcjos des Premières Méditations comprenait vingt pièces.
t(^Kiabt^rt*a(etià l'art de l'okéculioD. 11 y a an aulre prulU/l r«lir«r d'une telle «'lude : c'esl(|U«' l'examon don variaoleK aid)* lo Uctfur à l'oinpretidrf uu pMSHMgc oliscur, uut* exprcsKion iud< rm«<, un mol ({ui pitniil tiiiiili-llt^iMi*. J eu ai fait nioi-nu'iiie \t\
en (Mudiant certaïuspoèinesde la h^ijettde dfi Siedrt.Leh
diiDDt^es par Paul Meurice dans lea DOtes de la içraode édiliuo DAtiouale des n«uvres de Viilor Hugo vienDonl t^iairer parfois cutnine d'uu viT je( de lumière cerlaius pussa^fH du poète fort diiliciIeH a l'omprcudre.
Pour les /Jarmofurs de Lamurtiue, le maouscril d'An^erM noui» offre beaucoup de variantes ; toutes ne sont pas IrèsinléreKftantes et l'on peut dire, d'une façon générale, que le texte définitif vaut presque toujours mieux que celui du manuscrit. Qu'on me perliiftte toutefois de donner, simplement à titre de spécimen, quelques varianlts du poouie de Milly :
(>omm« le hruit de^ pas ou la voix d'un ami (vers i ...
La correction : • Comme les pas connus » évite la surcharge des génitifs.
Kt dans leur berceau vert, au sonfTIe du léphyr (v. 231...
C'était une notation assez jolie, mais qui ne pouvait subsister à c6léde : t Bercer sur lépi mùr, etc. »
H'inaecestiblea rocs parfois se hérisser (t. 39)...
Je regrette vraiment ce premier hémistiche, plus évocateur et d'une sonoritti beaucoup plus expressive que le texte imprimé : « de pics et de rochers ». — A. B. Je. me suis permis de corriger lu second hémii^tiche dont je signalais tout à Iheure l'incorrectiun.
En pente!) de gaxon a'arrondir et glisser (t. 49)...
« S'arrondir» est peut-être un peu impropre ; mais je u aime guère la bonorite de rhemisliche actuel : « ... plus loin fuir et glisser ».
Où le pauvre pasttur, après de longs efforts (t. 107)... Je trouve cette leçon plus précise, par conséquent plus inle-
ressante que le texte définitif, d'une touche assez banale : « ...où le vieillard qui puise... »
La laiae des brebis arrachée aux rameaux (v. 199)...
La correction : dérobée répond mieux à l'action des oiseaux, qui prennent au passage ce qui peut servir à tapisser leurs nids.
Mais, hélas ! l'heure glisse et va s'évanouir (v. 232),..
J'aime bien mieux le mot « glisse » que le mot« baisse », adopté dans le texte définitif, et qui me paraît impropre, appliqué à « l'heure ».
En somme, les corrections apportées par l'auteur à son texte primitif sont souvent heureuses ; parfois aussi, elles fontregretter les expressions de premier jet. D'ailleurs, n'est-ce pas ainsi que les choses se passent toujours, quand un écrivain corrige son œuvre ? Ces quelques exemples suffisent à montrer qu'il n'est pas inutile de congulter le manuscrit d'Angers, d'en étudier les variantes et de les recueillir. Il y a là un travail à faire et qui ne manquerait pas d'intérêt. On voit, en somme, que ce manuscrit, délaissé et négligé jusqu'ici, mérite d'attirer l'attention des lettrés et de donner lieu à des études critiques.
[N. B. — Ces lignes ont été écrites en octobre 1910. Pour conserver à toute cette étude son caractère de sincérité, je reproduis [le Postscriptum, daté du 22 octobre 1910, qui fut inséré à la suite de cet article d3ins\3i Revue des Cours et Conférences, n° du 1'^'' décembre 1910J.
P, S. — Les choses vont vite de notre temps, et le souhait que je viens d'exprimer est déjà réalisé. L'étude des variantes du manuscrit d'Angers est faite — je viens de l'apprendre — et va bientôt paraître. L'auteur de cette publication est un jeune agrégé des lettres, M. Louis Hogu. Natif d'Angers, il y a longtemps qu'il connaît le précieux manuscrit et qu'il se proposait de l'étudier. Les circonstances l'ont obligé à différer jusqu'à maintenant la publication de son travail, et c'est ce qui m'a permis de publier la présente étude, que j'avais entreprise sans me douter qu'il se faisait quelque chose ailleurs sur le même sujet. Je l'ai même
igooré jusqu'au moment où, voulant donner e«l article à l'impreatino, je demanilni {'.lUtunKiiluMi (Ir* pulilier le» pniuipauK pasttgea de» lrttrt's(îosKcliii(irill('. MaiN hi, grâce à uu fiurount particulier de circonHtaruo ri k lu parfaite auiahililé de M. l.uuia Hogu.cetlf miiJeste étudt* u ainsi le priviU'^Ke de paraître avant sou prupr*' trnvail, je bui^^is avec (çraiid plaisir I'occuhiuu «t'en aiiuouctT la Iros prochain** pulilicatioii el de soubailer iï mon jeune confrère le auccè» qu'il mérite (1)
,r On Mit que le travail Je M l.uuis llogiï a paru dana la lUvue WHittoir*
hi'érai'f V II h'itii.-,- fascicule (la»ril juin l'Ml
Discussion de quelques dates
DiscrssioN DK Qi:i:i.oii:s i)Ari:s{i).
CHAPITUh; FHEMItK
BSSAI DE DATATION DE l'Ll'SIKl'RS « IIAHMONIES J».
Depuis la pul»lioalion de mon étude sur t.nvinrtine en 7'oscane(i), où j'avais entrepris de dater, aussi exacleinenl que possible, un certain nombre dV/armornVs, je n'ai cessé de continuer mes recherches dans l'espoir de trouver des renseinnemenls ou m»'me des documents nouveaux, qui me permettraient de poursuivre mon travail de datation. (Juelques résultats intéressants obtenus depuis dix-huit mois m'obligentaujourd'hui à remanier le tableau chronologique dressé en 1908. Sans pouvoir encore compléter entièrement ce tableau, j'y introduis les dates nouvelles fournies par le manuscrit d Angers, ainsi que plusieurs autres indications recueillies au cours de diverses lectures. Je ne reviens pas sur le manuscrit d Angers, ce précieux document dont j'ai déjà parlé dans le Journal des Uébats et dans la Itevue des Cours ot Confi'rences (3), et dont M. Louis llogu, un agréée de notre jeune l'niversité, a donné lareproduction intégrale dans la Uevue d'histoire littéraire (i) ; qu'on me permette seulement quelques explications au sujet des autres renseignements (jue je veux mentionner.
(1) EtDdes insérées dans la Revue des Cours al Con ^érenets, mus k \oin im. nous les avons augmentées de plusieurs développements.
2; In Vol. in-8», 19ÛH ; Société française d'imprimerie et de librairie.
(3) Journal des Débats du 12 novembre 1910. — Hevue des Cours et Conférences, n<"du n novembre et du 1" décembre liJlO.
(4) Fascicule d'avril-juin l'Ml.
iS —
L'Harmonie la Voix humaine (livre IV, tv) pourrait, avec assez de vraisemblance, être attribuée au printemps de 182G, alors que Lamartine, tout récemment installé à Florence, tout vibrant de joie et d'admiration, était si enthousiasmé des merveilles de l'illustre cité et de la cour de Toscane. La beauté de M'"" la comtesse de Bombelles, ambassadrice d'Autriche, et sa « voix céleste », n'étaient pas lés moins séduisantes de ces merveilles. Lamartine garda toujours de la grande cantatrice, devenue grande dame(l), une impression profonde, un souvenir ému ; on le sent bien en lisant son « commentaire » de la Voix humaine, quand il rappelle <( celle cour d'admirateurs passionnés, dit-il, dont nous l'entourions (la comtesse) dans son beau palais de l'Arno. » D'autre part, dans une lettre écrite de Florence à sa mère, le 6 avril 1826, il mentionne le départ « des Virieu » et ajoute : « Il ne nous reste plus que M'"^ la comtesse de Bombelles... et la princesse Aldobrandini, avec qui nous ayons des relations suivies, et douces, et sûres d'intimité. » Remarquons, enfin, que l'année 1826 est celle de ses trois années de séjour à Florence où il a écrit le plus de vers ; le printemps et l'été de 1826 furent pour lui une période de large production. « J'ai fait, dit-il à sa mère dans cette lettre du 6 avril, quelques hymnes nouveaux depuis que je ne vous ai écrit. J'en aurai bientôt un demi-volume. » J'inclinerais à penser que la Voix humaine fut un de ces hymnes composés alors dans l'enthousiasme des premiers mois, dans la fraîcheur des premières admirations, dans l'enchantement aussi des brillantes réceptions de l'ambassade, mais surtout avant les soucis, les préoccupations, le travail écrasant et les lourdes responsabilités qui devaient suivre le départ du marquis de la iVIaisonfort et justifier, dans l'hiver de 1826-27, l'inspiration mélancolique de l'Harmonie Millij.
A la même année 1826 se rapporte V Invocation pou7' les Grecs. Lamartine a lui-même inscrit en tête de son Harmonie cette date
(1) Sur M™ela comtesse de Bombelles, née Ida Brown, voir une note intéressante de M. F. Baldensperger dans la Revue d'histoire litLéraire de la France, fascicule de juillet-septembre 1911, page 671.
KigiiiluMlivi', main sans aulrt» rt'tis<i^ijpm«'nt pncis. Otle pièce lui fui iKidfUUHful luspin-e par la cliule et la dfslruciino de Mi»solou»;lii (ii-i3 nvnl IHiti), «alastroplie retenli«Baoto qui provoqua en 1 lu* si grande éinolioii. On »e rappelle l'une des plan
|»»»11 s du retueil d»'H (htfutal^s, iolilult'e let 7V/»-i du
Serait, tomposoe et publiée vu juin iHjr». C'est très prolialtl»in<-iil vers la roôine époque, en aoiU ou en septembre, après un srjuur de trois mois en France (mai-juillet), que Lamartine composa t»oi» Harmonie.
Chacun sait comment périt Missolonghi. Il faut lire dans Gervinus l'emouvaul réiil de te tra^i(|ue «vinemetit 1). Apri'S un siège de plusieuis mois, MihSolougln. étroitement bU)quée par llescliidpachaet Ibraliim, soumise aux ravages <lu bombardement, réduite à une situation critique qu'aggravaient emore la Tamine, la dysenterie et le froid, était, eu avril lHi»i. à bout de résistance. El pourtant elle était résolue à résister encore. Mais c'est en vain que Miaoulis essaya (l.'ilU avril) de forcer le blocus pour ravitailler la place, comme il y avait réussi au mois de janvier. Tout espoir étant donc perdu de pouvoir tenir plus longtemps, les défenseurs de Missolonghi pnreui la résolution de quitter la ville dans la nuit du ii aui3 avril et de «< se frayer, les armes à la main, un passage A travers le camp des ennemis ». 2.5()0 combatlants sortirent, divisés en trois corps. Mais les Turcs avertis veillaient; ce fut un choc terrible. Tandis que les simples habitants qui avaient suivi les soldats rebroussaient chemin pour rentrer dans Missolonghi, les troupes grecques chargèrent furieusement. Beaucoup d'hommes furent tues ; les autres, ayant pu traverser les rangs des ennemis, s'efforcèrent d'atteindre Flalanos.puisSalona. « Des centaines périrent encore de faim et d'épuisement pendant le trajet De tous les hommes armés qui avaient quitte .Missolonghi, 1.31KJ seulement atteignirent ce lieu derefuge et de salut. » Quant à la ville même de Missolonghi, les Turcs s'y livrèrent au massacre et au pillage. « Pendant toute la nuit, on entendit les hurlements des conquérants et les cris des chrétiens massacrés par eux, ainsi que le bruit des explosions qui ensevelirent vainqueurs et vaincus. » En effet, les Missulonghiotes, préférant se faire sauter plutôt que de se rendre, périrent sous les ruines de leurs édilices et de leurs maisons. Hsetail un moulin à veut, qu'on avait transformé en poudrière, et qu'on lit sauter le ii ; c'était le dernier point de cette résistance désespérée el héroïque. Seuls,
1^ Gervinus : Itifurreclion et régénération de la Grèce, tome II, cbap. i\.
— oO —
3 ou 4.000 habitants survécurent au massacre et à la catastrophe ; ils furent vendus comme esclaves.
Voilà ce que nous apprendrhisloire. 11 ne faut pas, bien entendu, demander à Lamartine un récit exact de ces faits ; pas plus ici qu'ailleurs, il ne faut vouloir trouver dans ses vers aucune précision de détail. Le poème de Victor Hugo : les Tètes du Sérail, est un drame épique dont la marche progressive présente trois moments :« Missolonghi fumante nous réclame » ; — « Missolonghi succombe » ; — « Missolonghi n'est plus. » Le poète y célèbre quelques-uns des glorieux héros de l'indépendance de la Grèce : Canaris, Marco Bolzaris, l'évoque Joseph, Cortas le palicare, etc. Lisons, au contraire, l'harmonie de Lamartine ; tout y est fuyant et fluide, et l'ensemble ne laisse qu'une impression vague. Il y a bien cependant quelques notations un peu moins imprécises ; ainsi le poète rappelle
Les livides lueurs des cités enflammées ;
il évoque les « bandes désarmées » des enfants, des vieillards et des femmes, livrés aux fureurs des Turcs ; il admire la vaillance de ce peuple qui a crié : « Seigneur, sauve-moi ; nous tombons en ton nom » ; il dit enfin le sombre dénouement '
Le bois de leurs vaisseaux, leurs rochers, leurs murailles
Les ont livrés vivants à leurs persécuteurs :
Leurs têtes ont roulé sous les pieds des vainqueurs...
Nous sommes assez loin, on le voit, de Gervinus et de la réalité historique. Mais qu'importe au poète des Harmonies ? Tout cela est enveloppé dans une magnifique envolée de lyrisme ; et, pour Lamartine, le lyrisme suffit à tout; mais il faut savoir ou deviner qu'il s'agit ici de Missolonghi.
Il n'y a pas d'ailleurs à s'y tromper. En effet, la chute de Misso-' longhi eut alors un immense retentissement. C'était là une de ces grandes, une de ces terribles tragédies dont l'écho se prolonge au loin dans l'espace et le temps, dans le temps présent et futur, dans l'âme des contemporains, dans l'imagination des poètes et dans les récits des historiens. On peut dire que le sort de la Grèce était devenu alors en Europe, mais surtout en France, « un souci public, une préoccupation universelle ». Ces grands noms glorieux d'Athènes, de Sparte, d'Argos, de Corinthe<( gravés dans
i 11!.- , s nu'iuoiri's », coB combats doul l'héroïsme rapptrUil ' N . iiilatH de la (irùco aiiliquf, et qui se livraient, pour ainiii lirf, Mius U's rt-^HTils d«' ri!ur"|M' ; (••'S lutinn, ce» lui' - NMUfmriils rciuuHicut luuf» U*«« iii'ur». exiillaieul l<>u i .
KioatioDS. iuapiraient les chants deH poi'^tea comme les écrits des ; -tleurs, lt»s meloilies (les compositeurs comme le crayon el le .-.iU <!«"* arli>les. La lillio^rapliit'. la peintur»?. la musique elle lu- »tp,j j)opulari>aienl les faitH«'l le» horreurs df celle guerre (!)...» I aul-il ajouter d'ailleurs (jue les (irecs it étaient pas heuleinent des « iosurgAs a qui « comballaienl pour recouvrer leur indépendance >. mais aussi des c soldais de la croix » qui « déTendaienl tu même temps leur foi religieuse contre le sahre musulman (-)» \ tous points d«* vue, la chute de Missoloiighi était un gr.iiid désastre, qui semblait devoir consommer déliuiliveinenl la ruine de la Grèce.
In tel événement avait bien de quoi inspirer un pnète. Mais taudis que V. Hugo cite quelques noms glorieux et quelques faits précis, I^marline, ici comme tant de fois ailleurs, néglige et semble vouloir de }>arti pris elFacer, écarter loin de sa pensi-e tout ce qui est trop particulier, tout ce qui appartient au détail (3) ; il s'atlache uniquement (cela est bien caractéristique de sa manière) I considérer rélémenl gt'W'ial que contient toujours en soi le moindre fait, à plus forte raison un fail important, et qu'un esprit médilalif el capable de philosopher sail toujours dégager des contingences qui entourent ce fait. En d'autres termes, Lamartine t-lève son sujet au plus haut «legré de généralité p«>ssible. Pour lui, la catastrophe de Missolonghi est un fail d une haute signitica lion ; c'est un fait teprésentatifde tous les malheurs de la Grèce et des cruelles destinées qui l'altendenl. El, préoccupé uniquementd'expriiner une impression d'ensembleoii il englobe tous les di'>aslres des Grecs, il chante leur immense infortune, leur douleur, leur appel désespère à Dieu... Le secours divin n allait pas tardera leur venir sous une forme concrète et humaine par l'intervention des armées el des Hottes anglo-franco-russes. La victoire de .Navarin (ocl. 18i7 eut un double effet : l'écrasement des Turcs et l'iqdépendance de la Grèce.
1) A. de VaulabcIIt?, Histoire dts dtux Hettauralions, tome Vil. cbap. mu. p. 394-5.
(2j Id., ibid.
3) Cf. tupra, le l.ijrumt de Lamartine, pages ib-21.
En aoiU 185G, I^amarline composait l'Harmonie : Aux chrrAicns dans les Irmps d'épreuve (livre I, vi); c'est lui-même qui l'a datée, et l'indication est intéressante. Il y a, en efîel, semble-t-il, entre cette pièce et V Invocalion pour les Grecs une certaine analogie d'inspiration : nonque rilariiionie Aux chrétiens ait aucun rapport avec le drame de l'indépendance de la Grèce ; mais on peut trouver que le mouvement général, l'élan lyrique, lesappels ù Dieu et à la foi des croyants, enfin une sorie d'exaltation religieuse, font apparaîlre entre les deux Harmonies une assez notable ressemblance et donnent l'impression qu'elles ont jailli en même temps de la môme source d'émotion douloureuse et d'angoisse.
De quelle pensée procède l'Harmonie Aux Chrétiens ? — M. Christian Maréchal, dans son très intéressant ouvrage sur Lamennais et Lamartine (1), l'a nettement établi. L'idée initiale de la pièce se trouve énoncée dans une lettre du poète au chevalier de Fontenay(Florence, 20 avril 1826) : « Je voudrais voir la religion toute entre Dieu et l'homme, et en dehors de la politique. Les gouvernements la profanent quand ils s'en servent comme d'un instrument. » Cette formule est juste et saine, elle fait honneur au poète qui, tout en étant « religieux et royaliste », se déclarait éloigné « deWiltracisme en tout genre » (môme lettre). Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer avec M. Maréchal que, dans ces idées de Lamartine, on retrouve l'influence de Lamennais et de son récent ouvrage : la Religion dans ses rapports avec l'ordre politique et social. Ce livre comprenait deux parties publiées, la première en mai 1825, la seconde le 8 mars 1826. La lettre du 20 avril, que nous citions tout à l'heure, lut écrite peu après la lecture de celle seconde partie ; et, lorsqu'au mois d'août suivant, dans V Uar morne Aux chrétiens, « Lamartine leur reproche d'avoir trop longtemps et trop souvent eu recours au bras séculier, il ne fait que reprendre et traduire poétiquement les idées de Lamennais (2) ».
(1) Paris, Bloud, in-16, 1907.
(2) Chr. Maréchal, Lamennais el Lamarlinc, p. 161-162
Ce» rH|' ■> oui hifii uii'
A dire • r nu milieu .
rieurr se pUceat cr« diiïcrcols écrits.
Oo était alors souft l'odieux ^ouveraemeol Urs i'ilrat, «oua !« r^giie de Oharles X et le ministère Villèle, avec la chambre c re-
-. On était en pleine lutte couln* ce r«''^iine d»- n
l contre le rHiiutiMiie du « parti prtMr*' », du purii litiotiN-iidus aujiiurd liui. (le n'e>t | ns aux tminmeK de iKurc temps qu'il est hesiMU d'apprendre quel danger a toujours crée diiisIKtat ce parti. aoiin(> de l'esprit d'oppres^iou et d'intolérance. ic <le doiinnalion. toujours refoule, titujtiurs renaissant et -sif. IMus puisnaiil <|ue jamais, il comprenait alors « la »^onj<re- . i u », les Jésuites, les ullramoiilaïus et exer(;ail sa toule-puis- ^ii.^e sur le roi et les ministres. Souverain maître du pouvoir, il venait d'obtenir le vote de l'abominable loi ■ sur le sacrilège • (février-avril lHi.*î); il v«'uail d'impt)serau ministèredes poursuites o«>nlre deux journaux libéraux, if Cuitstttutionin'l el le ('ourn<r françtitf, qui furent d'ailleurs acquittés ; il venait enlin de faire célébrer avec toute la magniliceuce des pompes ollicielles et religieuses le « grand Jubilé » de 18^0(15 février-la aoiU) ; et les immenses processions publiquesqui entraînaient à travers les rues de Paris le roi et la cour, les deux Assemblées législatives, la jus tice. l'admiuistratiou et l'armée, montraient assez. ;\ la masse de la population parisienne élounée, inquiète et railleuse plutôt {u'editiée, que le pouvoir était aux mains du clergé (i).
C'en était trop ; c'était vraiment, pour reprendre le mot de Lamartine, trop tiullractwii'. Lu tel étal de cboses ne devait pas tarder à provoquer une vive opposition.
Klle se déclara parmi les royalistes mêmes. Le comte de Montlosier, royaliste libéral, publia le Méuioire à consulter, où il denont,Mil rintluence du « parti prêtre » sur le miuistère et réclamait l'exécution des anciens édits contre les Jésuites. - Les quatre .grandes calamités, écrivait-il, signalées au présent mémoire, -^voir : la Congrégation, le Jésuitisme, l'Ultramoiitanisme et le vslème d'envahissement des prêtres, menacent la sûreté de lEtat, celle de la société, celle de la religicju, etc.*».
Ce mémoire avait paru le 1"^ mars 1K20 ; quelques jours plus tard (8 mars) parut le second vulume de l'ouvrage de Lamennais :
(!) Sur tootaa ms eérAmonie* pabliqoM. Iir« a. <ii> V!iiiUb<>il«> m*! ir^ df deux Htilauratiotu, Vil. cb. t, p. 2!s i24
la /leligion dans ses rapporls, etc. Cet ouvrage, dont M. Maréchal a bien pu détacher des passages empreints d'un certain libéralisme (l), était, en réalité, « une sorte de contre-manifeste des ullramontains, tout pénétré de l'esprit de Grégoire VII et d'Innocent III (2) » ; il ne fit qu'exaspérer les passions. N'oublions pas qu'alors Lamennais était encore attaché à Rome ; il n'était pas encore le fougueux et admirable visionnaire des Paroles d'un Croyant. Son livre De la Relifiion fut déféré aux tribunaux. D'autre part, l'abbé Frayssinous, ministre des afTaires ecclésiastiques, ayant publiquement reconnu à la tribune (25, 26 et 27 mai) l'existence de la Congrégation et la rentrée des Jésuites en France, deux faits tant de fois niés officiellement depuis dix ans, M. de Monllosier adressa à la Cour de Paris sa Dcnoncialion contre la Congrégation, les Jésuites et ceux des évêques qui avaient loué les doctrines ultramontaines de Lamennais (16 juillet). On sait que la Cour se déclara incompétente.
Voilà donc dans quelles circonstances et à la suite de quelles graves affaires Lamartine écrivit son Harmonie Aux Chrétiens ; voilà ce que signifie cette date, août 1826.
On comprend, dès lors, quel devait étreTétat d'esprit de Lamartine en composant cette Harmonie. IVous parlions, tout à l'heure, d'émotion douloureuse et d'angoisse. Pour lui, en effet, fils d'une mère très pieuse, ancien élève des Pères de la Foi (3), — Société fondée par les Jésuites — disciple enfin de Lamennais, ce devaient être des « temps d'épreuve » que ces temps troublés où l'on
(1) Ce qui me paraît, d'ailleurs, ressortir principalement des passages cités par M. Maréchal, c'est l'idée d'une séparation nécessaire de l'Eglise et de l'Etat.
(2) Voir Lavisse et Rambaud, Histoire générale, tome X, chap. ir, § III : le Gouvernement des Ultras, p. 130.
(3) Cette dénomination de « Pères de la Foi » était d'ailleurs une de celles que, par prudence, prenaient les Jésuites quand ils se mirent à rentrer peu à peu en France à la fin de l'Empire et sous la Restauration. Voir ce que dit à ce sujet A. de Vaulabelle : « Devenus plus entreprenants dans les dernières années de l'Empire, mais n'osant prendre encore que les dénominations de Ligoristes, Paccanaristes ou Pères de ta Foi, ils avaient rapidement grandi en nombre et en richesses après le second retour des Bourbons. » {Histoire des Deux Restaurations, tome V, page 335.)
(léinaKquail les Jt'suites reolrétt m France au m««priii de loulea Ici urdouiiancet» rosaleii. <>u l'on ullaquitil ft puursuivail un livre dtf Lainenuais, ou l'on peroùculuil onlin « ifh chrétitMis », dil-il ; entendez, les tieuls vrais rlirélienH h BCt yeui, les «eul» digne» de ce nt)iu, les talli<ili<jueH ulliaintmluins; \on nallicant* euxnu^meii, pour lui louiiiie pour l.arnciiuais, ne incrileol aucune estime.
Les « chrtMiens • auxquels il s'adresse sont d'urdenls et violents militants, qui trouvent que la foi
De ce monde attiédi retire ses rayon*.
veulent venger le « Christ insulté », parlent de se lever, de « saisir le ^lalve », de prendre en main « les droits du ciel », et prétendent eutin « se charger des justices de Oieu » (strophes 1,2 et 3). — « Arrêtez, insensés ! » réplique le poète pour refréner leur zèle, et il leur rappelle que la religion du (Ihrisl est une religion, non de violence, mais de « pardon » ; il ajoute que ce rôle belliqueux et vengeur ne leur convient pas, et (]u'ils font le plus grand torl ù la religion. Cette altitude, ces prétentions sont, de plus, souveraicieinent impoliliques et fournissent au pouvoir des prétextes pour agir contre eux. « On fait grand bruit », disait-il au chevalier de Fouteuay dans celle lettre du ."JU avril !82»» que nous citions plus haut (1), « on fait grand bruit des pn-tenlions religieuses. J'ai toujours craint que le prétexte ne vint de là. » Aussi voudrait-il, on s'en souvient, voir la religion rester « en dehors de la politique » et ne pas être « profanée » par les gouvernements qui «I s'en servent comme d'un insirument ». Ce sont ces pensées <|u'il traduit en vers dans l'Harmonie Aux Chrétieut. «Ah' nous n'avons que trop », dit-il, « aireclé », c'est-à-dire ambitionné « l'empire du monde » ;
Nous avoDS des pouvoirs confcDdu tuus les droits, Entoure de faisceaux les chefs de lu prière...
(allusion aux archcTèques et évëques. qui avaient été créés
membres de la Chambre des Pairs et formaient le « banc des
évéques » ; ordonnances royales des 3 novembre 1822, 8 janvier 18i3 et 30 mars 1824).
(1 Voir page 52
Ahl nous n'avons que trop aux maîtres de la terre Emprunté, pour régner, leur puissance adultère.. Mêlé la voix divine avec la voix humaine... Voilà de tous nos maux la fatale origine.
Il faut citer enfin les vers supprimés par le poète dans l'édition desNarmonœs, mais que M. des Cognets a lus sur le manuscrit original, et que M. Maréchal reproduit à son tour (1) :
Rompez, rompez tout pacte avec la force humaine, Bornez aux soins d'en haut votre divin domaine, Des intérêts mortels cessez de vous troubler.
Autrement dit: restez à l'écart de la politique, dissociez résolument le spirituel du temporel, et — allons jusqu'au bout — sénarez l'Eglise de l'Etat. ^
Que disait le comte de Montlosier dans son Mémoire à consulter'! (i Vous voulez inspirer du respect pour les prêtres? Au nom de Dieu, ne les mettez ni dans le monde ni dans les aflfaires » (2); c'est-à-dire laissez-les en dehors des choses politiques.
Ce langage est celui de la raison, de la sagesse et de la prudence politique. Mais les fanatiques, avides de dominer pour exercer leur intolérance oppressive, sauront-ils jamais entendre la VOIX de la raison ? Le parti clérical est aussi incorrigible et indestructible que l'orgueil humain, que l'esprit de domination et d'intolérance ; et, tant qu'il y aura des gens qui s'attribueront le droit de gouverner et surtout d'opprimer les autres au nom d'une vérité c( révélée » dont ils se prétendent les détenteurs privilégiés, il y aura aussi, au plus grand dommage de l'Etat et de la paix publique, un parti clérical.
C'est à la fin de cette féconde année 1826 que fut probablement composée aussi l'Harmonie: « Une larme ou Consolation. » (Livre I, ix). A propos de cette pièce, M. Léon Séché, dans un chapitre sur les Harmonies qui contient des indications utiles (3), —
(1) Lamennais et Lamartine, page Wi.
(2) A. de Vaulabelle : Ilis/oire des Deux Restaurations, tome VII, pa^^e 226 "i) Lamartine de 1816 à 1830, édition in-18; page 227. "
je rfgrelle de o avoir pan fooDu ce chapitre avaui d écrire mon élude »ur l.nmartmr en /'oieane (|). — M. Léon S., h.. ranp,.||e tepasHaKe d'une leUre de Lamarlin.. à Virieu (Honu. .-. m , vit-r iHiT « J,. ppotif nuNsi scMiv.-nià r».||i- puuvn- M"" Vi-m. t,, (l'«mu.dt. I.a .Je lui euverrai quHqu.' Harmonie cooao.
lalrue. c,uai..l , a d.-jà o.nsulée par le temps el par la main
i.vin,v . M. ^.-ohe aurait pu eiter aussi la leltn- du î» no%..mt.nl^i».. ou Lamartine disait à Virieu : c Voici un mot in. M'"» Yéméni/. quo lu lui remellras. etc.. C'est un vwi <y,
u, malfinir. u M"" Vt^m.'niz venait, en elFet', de . •'«* t^'nq ans. Nous avons la lettre où Lamennais uioilrildes consolations;. Ce ne sont point les pan.les de 1 lu.mme ., lui disait-il. . qui peuvent consoler ; c'est l'action puissante de la grAce qui a^il inléruurement. Suive/ ses d«u< es impressions, sans ellort. sans trouble, avec une simplicité d'enfant^ Nous soulFrez. allez à celui qui ^-uérit ; vous pleurez, aile/ •à celui qui a dit : Heureux ceux qui pleurent ! etc. » (2).
Il faut avouer que l'Harmonie de Lamartine ne rappelle en rien le ton de profonde rompassion et d'onction chrétienne qui caractérise la lettre de Lamennais, et que si, vraiment, les strophes du poêle ont ele écriies /.our M- Véméniz. ./ /Vcaiio». de son « atfreux malheur ., elles sont bien froides, bien faibles bien dépourvues d'émotion humaine. Kn somme, cette pièce' nesl guère que le déxeloppemeut dun thème banal et impersonnelet SI Lamartine l'a vraiment envoyée à M'"« Yeméniz,cette femme distinguée, dont lui-méme appréciait hautement l'esprit le jugement et le goût littéraire (3). dut trouver cette Harmonie peu • consolatrice . et penser que, p.,ur adresser des paroles de condoléances a une mère qui a perdu son enfanl, le prèlre savait
.oil'd^jlti^TT^lT"* '""' '"*^° ''^''^ -' '^ — -t «^Angers ;
/l.ll'.J''!"'7>'**^T""**'** *•"• '*'*'»*'»«. publiées par M. C. Latreille {Recu^Jc Parts l. ma, !y05). - Pour comprendre la commission Z
ÎLnl n^ H habitaient t.yon. ou Nicolas Y éménii avait fondé une
grande maison de soieries ; ,1s avaient pour voisins M. et M- de Vineu (\. lettre de Lamartine a Virieu. 2 juillft 18 >y )
JlZnl'vu' *^" '" n'^î' *''^*V ^•'"""«'^ ^""^-"ie » Virieu les strophes qu. ^S sî.n il 7"°'* 't"- ' •''«°'"-'"- d'»-". ^ M- Veménix et a Krem'n. T lie. s, tu les trouves bons ces vers . . - Dans une autre lettre, ecnte de Livourne. le 13 septembre mi. il prie son «mi de montrer à M- Vemen , les premières strophesdel Harmonie />e,„.> Je, ,.or/.,quU appelle D.7oZdi'
Ta.! r^r '";%?" ""■"' ''■"'■' "'^"'^ apprendre M^"^ Veméni. iraiu" saii les htti'ices de Manzuni.
mieux s'y prendre que le poète. Ce qui est probable, c'est que Lamartine n'avait pas composé son Harmonie tout de suite après l'événement et sous le coup de l'émotion qu'il en avait éprouvée ; il avait dil attendre et laisser s'atténuer, se refroidir, s'évanouir peu à peu l'émotion du premier moment ; sa pièce s'en ressent, elle manque d'inspiration.
A l'année 1827 appartient encore l'Harmonie Désir (livre II, xvi). M. Léon Séché l'a datée exactement (1) en rappelant la lettre de Lamartine à Virieu (Florence, l^'' juillet 1827) : « Tu peux faire voir à l'abbé de Lamennais le Désir, etc. » — Je me contenterai donc d'ajouter simplement quelques mots empruntés au commentaire dont Lamartine fait suivre cette pièce : « C'est l'époque de ma vie (l'époque du séjour à Florence) oii ma pensée... se tourna le plus habituellement vers le ciel, et où tous mes chants étaient des hymnes. » Puis le poète nous dévoile sa psychologie intime; son âme est de celles chez qui « l'adoration », dit-il, est «un parfum d'été qui s'exhale dans les rayons de joie ». La douleur le rend « silencieux et stérile » ; le bonheur — citons exactement ses paroles — « me féconde et m'invite à me répandre en reconnaissance et en cantiques. J'étais heureux ».
Ces quelques lignes sont intéressantes, parce qu'elles contiennent quelques-uns des caractères essentiels de la poésie lyrique de Lamartine ; cette poésie est un hymne perpétuel d'élévation et d'adoration religieuse, son âme s'y exhale tout entière, avec le trop-plein d'émotion heureuse dont elle est gonflée. Cette émotion même n'exclut pas une certaine mélancolie douce, qui n'a rien d'amer; ne sait-on pas, en effet, que les plus intenses et les plus profondes impressions de bonheur sont, le plus souvent, mouillées de larmes de tendresse ?
tout près de ton sourire
Brille une larme dans tes yeux (2).
C'est qu'alors nous sentons notre faible cœur
Pliant sous sa félicité
Comme un roseau qu'un souffle abaisse (3)...
(1) Lamartine de 1S16 à 18.W, édition in-18, page 228.
(2) Nouvelles Méditations, les Préludes.
(3) Ibid.
Mais i*e u'esl \i\ qu'uoo tnf lancolie pannagiTe (*l toute pénétrée d'optiinisiiK». I/Aine de I^iiiiartinc est prorondémcnt opiuniHle. A I - r«'prisHS. lo doute a Itien pu I «•llh'urer ; on IrnuMi (nêrne
! '.ivi lui des notes de pessimisuie. MaiH «le lelh'S ^u^^e8-
tions, chez lui, ne sont que mouientatiees et fugitive!) ; elle» s'elTacenl anse/, vite. Lamartine n'e»t paf», en e(T»'t, de toux (|ui s'altaehent à sonder les iusonduMes prohit-me». qui b'eiTorccnt de -;«isir riii('onriais>al)le ; il admire, s'iucliri)*, adore et remer<Me, l.iinarliue n'est pas de ceux «|ui, «tomme Vigny, douî'H d'une pensée plus puissante et d'une plus grande Turce d'analyse ptiilosopliique, sentent avec douleur, avec désespoir, l'incurable pessimisme qui est au fond de toutes choses. Le pessimisme !t)ui, il en ressent parfois l'altcifite Ifgtre, comme serait rall<juchemfnl d'une aile noire qui vous ellleure eu passant ; mais il ne s'urr<He pas a ces troublantes penst^es. De m^me qu'il accepte les bornes [utsees ù la raison humaine, il trouve «lue toutes choses sont bien ainsi ; et rendant à l)ieu le « sublime hommaga » qui est le «levoir pr«>pre de I T'ire humain, il est «le ceux qui s'«^crienl : /•lat volutilas (lia (1)! Lorsque, enliu, viendra sou tlernier jour, il se soumettra à l'ordre de ce Dieu qui le rappellera à lui, et dira simplement : t J'ai dit sa gloire, et je meurs. » C'est la formule finale de l'Harmonie Dtsir.
Viennent ensuite plusieurs Harmonies que, dans les « Commentaires », Lamartine date de Florence, 1828. Ces pièces ont pour titres : Eternité de la nature, Brii'velé de l'homme (livre II, x\). Encore un hijmne (livre ill, i), Pourquoi mon âme est-elle trislf .' (livre 111, XII). On sait quelle prudence il faut mettre toujours a suivre les « Commentaires » de Lamartine. Les trois pièces que nous venons de citer ont-elles été réellement écrites à Florence en 1828? Peut-être oui, peut-être non ; il est permis de douter; car elles ne contiennent rien qui puisse nous servir d'indice sutnsant pour nous faire incliner dans un sens ou dans l'autre Nous pouvons donc admettre qu'elles aient été inspiréesà l'auteur et él)auchées en Italie, puis reprises et achevées en France ; mais il est impossible de leur attribuer une date précise.
De même pour deux autres Harmonies : L fkrident (livre II,
(1 L'Infini dans les deux [Harmonies, livre II, i\ i.
11), hnpressions du matin et du soir (livre II, iv) ; l'une manifestement inspirée par le spectacle d'un coucher de soleil au bord de la mer, sans doute pendant une villégiature d'été, aux environs de Livourne ; la seconde « écrite, dit Lamartine, à Florence, sur le bord de TArno, un soir, en voyant coucher le soleil (1) ». Il nous est impossible de les situer exactement ni l'une ni l'autre dans les trois années du séjour de Lamartine en Toscane. Tout ce qu'on peut dire, selon toute probabilité, c'est qu'elles ont été composées pendant ce triemiium.
Les strophes i4M if?os5i^no^ (livre IV, vni) ont dû l'être vers le printemps de 1829. Le commentaire de Lamartine nous apprend qu'elles furent « écrites à Saint-Point, dans le- petit bois de haute futaie, etc. » Et, en effet, certains détails de la pièce (strophes 2 et3, 6, ilet 12, 14 et 15) paraissent bien plutôt convenir à un paysage du Maçonnais qu'aux collines des environs de Livourne ; d'autre part, comme, une fois revenu en France dans l'automne de 1828, Lamartine ne s'est guère, semble-l-il, remis aux vers avant la fin de novembre (2), — époque de Tannée où l'on n'entend plus le rossignol, — la pièce peut être datée du printemps ou de l'été de 1829.
Nous avons à parler maintenant de l'Harmonie adressée à Reboul : Le Génie dans Vobscurité (livre III, xi). Celte question n'est qu'une partie d'une question plus générale, qui est celle des relations du poète nîmois Jean Reboul avec Lamartine. Ces relations sont encore assez mal connues ; elles seraient intéressantes à étudier ; car, si Jean Reboul a osé publier ses premières poésies, s'il a connu le succès, s'il a même joui d'une certaine illustration, c'est grâce aux généreux encouragements et à labienveillanle protection de Lamartine. L'envoi à Reboul de l'Harmonie le Génie dans Vobscurité fut une des premières marques de cette haute estime et de cette protection littéraire qui devaient être si précieuses pour Reboul. La composition de cette pièce se place à l'origine même des relations qui s'établirent entre les deux poètes, en 1828, et que les circonstances allaient rendre peu à peu de plus en plus étroites ; si bien qu'au mois de juin 1832, comme il se rendait de Lyon à Marseille, où il devait s'embarquer pour
(1) « Commentaire » de Lamartine.
(2) Nous savons, par la correspondance générale, qu'il passa à Paris le mois d'octobre 1828 ; rentré à Saint-Point, il se sentait « le cœur plein de poésie » ; mais c'est seulement vers la fin de novembre et en décembre qu'il retrouva assez de loisir et de calme d'esprit pour écrire des vers. — Voir les lettres des 21 et 29 novembre et du 11 décembre 1828.
— (il —
rOrienI, Lamartine sarnMa ^ NlmoH pour Tairo visilc au f>oulauger poèlt*. — Il n'osl pas iiiulik* d'iiisisUT j>ur (juelqufs-uns de es faits pou cuonus.
N. //. — Nous rappi'lioij^, (oui .1 llieuri', i educalioa |m. rf(;u»« par Laniiirline rlu'i^ les l'«reî».ie la F<»i. Selon IteuaD, Il vtTsile aurait été « iiicapahlu de former uu Lamartine » ; les l'tres de la Foi, c'esl-a-dire les Jésuites, <mt mieux réussi. Et. à ce propos, M. Léon Séché, dans un livre récent (1\ après avoir cite le m<'l .lu « sceptique ■ ('^ Kcnaii, a éprouvé le liesoio d'écrire une violeule diatribe rontre ri'niversilé, « foyer dirrelinion », etc. ; lliéme connu, attaques malveillantes et profondément injustes. Kt naturellement, il s'est plu. d'après ses sympathies personnelles, a vanter les mérites et à chanter les louanges de l'enseignement clérical. — Kh hien. soit ! louons, si l'on veut, l'heureuse el bienfaisante inilueuce qu'ont peul-ètre exercée les Pères de la Foi sur la formation de l'Ame de Lamartine. Mais, alors, comment expliquer que le plus intime ami de Lamartine, Aymon de Virieu, f.rmé par le même enseignement au collège de Belley. ait rèsi.stè a cette même inlluence ? « Son guide elail Montaigne > , lisons-nous dans les Confidences (Iwre \\. ch. \vi). Le livre de Montaigne était son vade-mecum. Dès l'âge de douze ans. il savait par cœur presque tous les chapitres de cette encyclopédie du scepticisme. » — M. Léon Séché dit lui-même quelque part que, dans sajeunesse, Virieu éiait particulièrement sceptique uu sujet de la vertu des femmes ; el j'imagine volontiers qu'en homme d'esprit qu'il était, Virieu dut être quelque peu sceptique, — bien avant certains universitaires de notre temps, dont M. Séché ne parait pas avoir garde un très bon souvenir, —dut être, dis-je. quelque peu sceptique, avec un sourire indulgent, à l'égard des romanesques amours, plus ou moins platoniques (après tout, qu importe?) de Lamartine et d'Elvire. En tout cas, il faut avouer que le scepticisme « rationaliste » de Virieu était un échec pour ces Messieurs du collè^;e de Belle\ ; et, pourtant. l'Luiversite n'y était pour rien.
lll/.^^ Xiniii.tie Lamartine, l'.Ml.