‹ Les harmonies du son et l'histoire des instruments de musiqueChapitre 21 sur 82 · LES HARMOMLS DU SO.N · texte numérisé non relu

LES HARMOMLS DU SO.N

sur la nouveauté d'une mélodie ; néanmoins, outre que l'érudition musicale leur manque pour cela, combien de fois ne sont-ils pas dupes des ornements du chanteur, qui donne un air de nouveauté à des choses surannées? Que de vieilleries habillées à neuf au moyen d'accompagnements et de formes différentes, d'instruments nouveaux, de changement de mouvement, de mode ou de ton!

U harmonie est la science des accords; les sons peuvent être entendus successivement ou simultanément; dans le premier cas ils forment la mélodie^ dans le second ils composent V harmonie. L'harmonie est donc le résultat agréable du mélange de plusieurs sons que Ton entend à la fois ; elle concourt avec la mélodie à tous les effets de la musique , son but est d'accompagner la mélodie. Ainsi la mélodie résulte de la succession des sons et l'harmonie de leur simultanéité.

Il y a eu de vives controverses pour savoir si les Grecs et les Romains ont eu connaissance de l'harmonie. Fétis croit qu'il serait possible de démontrer par la naturede Téchelle musicale des Grecs, qu'ils n'ont pu faire usage de l'harmonie, dans le sens que nous y attachons : <{ Dans toute l'antiquité, dit-il , et chez les nations orientales de l'époque actuelle, la musique n'est constituée que par la mélodie et par le rhythme ; tandis que chez les Européens modernes et dans leurs colonies du nouveau monde, l'harmonie simultanée de sons s'est ajoutée aux autres éléments pour former un art complet *. »

* FÉTIS, Histoire générale de la Musique, t. !•', p. 5.

Plus loin y dans le même ouvrage , il ajoute : <c Mais , a-t-on dit, s'il n'y avait pas d'harmonie , pas d'accord dans la musique des Grecs , quelles pouvaient être les beautés de cette musique qui excitait l'enthousiasme d'un peuple aussi sensible qu'éclairé? Je Tai déjà dit, nous l'ignorons, parce qu'il ne reste rien qui puisse nous instruire à ce sujet ; mais il est hors de doute que cette musique était un art différent du nôtre, art tout entier renfermé dans les chants populaires et religieux , dans la déclamation chantée, enfin dans l'usage d'instruments bornés à un petit nombre de sons ^ . d

M. Fétis fait également remarquer qu'avant le septième siècle de l'ère chrétienne , aucune indication certaine de l'existence de l'harmonie simultanée des sons n'apparatt chez les écrivains. Isidore , évêque de Séville, est le plus ancien auteur connu à qui nous devons cette indication précise : <c La musique harmonique, dit-il, est (c la modulation de la voix , la concordance de plusieurs « sons et leur union simultanée ^. »

Les premières applications de l'harmonie se font apercevoir chez les écrivains du moyen âge, vers le neuvième siècle, mais elle resta stationnaire et dans un état tout à fait rudimentaire jusque vers le milieu du quatorzième, époque où quelques musiciens italiens commencèrent des formes plus douces; parmi ceux qui se distinguèrent le plus furent Landino , surnommé l'aveugle , à cause de son infirmité ; François, surnommé des

' Hiftoire générale de la musique^ t. I*^ p. 156. * ibid.y 1. 1•^ p. 157.

Orgues, à cause de son habileté sur Torgue, et Jacques de Bologne. L'harmonie se perfectionna ensuite entre les mains de deux musiciens français, Dufay et Binchois, et d'un Anglais nommé Dunstaple. Ils vécurent dans la première moitié du XV* siècle ; leurs élèves ajoutèrent à leurs découvertes; depuis lors Tharmonie s'est continuellement enrichie d'effets nouveaux, et de nombreuses publications élémentaires virent le jour.

Dans un ouvrage intitulé Harmonie universelle, publié par le P. Mersenne, se trouve une expérience qui a été répétée par plusieurs physiciens et analysée par Sauveur, de l'Académie des sciences, et que Rameau, habile musicien français, a pris pour base d'un système d'harmonie où tous les accords furent ramenés à un seul principe. Dans cette expérience, on avait remarqué qu'en faisant résonner une corde , on entendait, outre le son principal résultant de la totalité de la corde, d'autres sons qui produisaient la sensation de l'accord parfait. Rameau s'emparant de cette expérience, en fit la base d'un système dont il développa le mécanisme dans un Traité de r harmonie qu'il publia en 1722.

Faute de bien comprendre les lois posées par Rameau, son temps ne lui a pas rendu complète justice, dit M. Laugel; cependant l'analyse de M. Helmholtz, facilitée par la connaissance aujourd'hui précise et achevée des harmoniques, les a toutes justifiées \

En effet, la critique fut d'abord si sévère et si injuste pour Rameau, comme elle Test souvent chez nous pour

* La Voix, rOreilU et la Musique, chap. tiii.

LA GAMME, LA MÉLODIE ET L'HARMOiME. 301

les talents supérieurs, qu'un moment déconcerté par les railleries de ses détracteurs, il fut sur le point de renoncer à la carrière qu'il a si glorieusement parcourue.

Bacchus traîné \mT des tigres au son des instruments. Musée capitolin.

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