LE TAMBOUR
Si forme U plus élémentaire. — Le tambour dans Tantiquité. — Son introduction en France. — La tarole ; la grosse caisse ; le tambourin ; le tambour de basque, le typanum, la timbale.
Le tainibourf ou caisse, est composé d'une caisse ronde en cuivre ou en bois^ dont les extrémités sont couvertes d'une peaud'âne^ de chèvre ou de veau^ tendue au moyen de cerceaux et de cordes.
Le tambour dans sa forme la plus élémentaire^ c'està-dire consistant en une simple peau tendue sur du bois ou du métal tourné en cercle, date de la plus haute antiquité. U en est fait mention dans un hymne à Cybèle attribué à Homère :
ce Le bruit des cymbales et des tambourins lui plaît, dit-il, et le son des flûtes et le hurlement des loups et le rugissement des lions horribles ; elle aime aussi les montagnes retentissantes, et les vallons couverts de fo-
rets. j> Dans les Bacchantes d'Euripide^ Bacchus recommande à ses suivants de prendre les tambours dont on a la coutume de se servir dans la ville des Phrygiens : oc Ces tambours inventés par moi, dit-il, et par Rhéa la grand'mère. -» Chez les Grecs, le tambour passait pour
Fig. 99.'— Acteur {masqué Jouant d*un grand tambour manuel. Mosaïque trouvée en 1761 dans une maison située tiors des murs de Pompéi.
avoir été inventé par les Phrygiens ; les Romains en attribuaient rinvention aux Syriens. Mais il paraît plus probable, d'après quelques auteurs, que les Grecs en ont reçu Tusage de l'Asie, et qu'ils l'ont porté dans les colonies des côtes de Tltalie, d'où il s'est introduit chez les
Romains. On en faisait surtout usage dans les fêtes de Bacchus et de Cybèle, ainsi que dans les sacrifices et les concerts.
Quelques-uns croient que le tambour nous vient originairement des Sarrasins. Ce ne fut qu'à l'entrée d'Edouard III dans Calais^ en 1347^ qu'on le vit et qu'on l'entendit en France pour la première fois. C'est à partir
Fig. 100. — Tambour birman. Fig. 101. — Tambour arabe appelé
darâboukkeh.
de cette époque que l'usage de la caisse s'est introduit dans les armées françaises.
Le tambour, qui est aujourd'hui spécialement affecté aux troupes à pied, était jadis en usage dans les régiments de cavalerie, mais les inconvénients que présentait cet instrument pour un cavalier, l'a fait abandonner pour la trompette.
On a pu apprécier à l'exposition de 1867 des taroleSj
LNSTRUMENTS A PERCUSSION. 349
OU petits tambours, dont le volume n'est pas plus de moitié du volume ordinaire de la caisse militaire. L'auteur voudrait le voir adopté dans l'armée française^ comme il Test, dit-il, dans plusieurs contrées de TÂUemagne.
Les principales batteries sont le rappel : ou la générale.
¥\g. 102. — Tarole Grégoire. Fig. lOS. — Caisse plate en cuivre,
à tringles.
Fig. 104. — Caisse claire ordinaire, Fig. 105. — Caisse claire ordinaire,
à cordes. à tringles.
pour convoquer les troupes ; la marche, la charge, la retraite, le ban, pour recevoir un officier à la tète des troupes; la breloque, pour prévenir les travailleurs; la diane, le roulement, Vassemblée, les batteries auco champs et au drapeau,
La grosse caisse est une espèce de gros tambour dont le son est plus grave et moins fort que celui des caisses
350 LES HARMONIES DU SOiN.
de marche. A TExposition de 1867 les grosses caisses, soumises à l'examen, n'avaient plus que la moitié de la longueur qu'on leur donnait autrefois, et ne faisaient entendre qu'un bruit mat et peu sonore, oc II est désirable, dit le rapport, qu'au point de vue de la musique on revienne en France et en Belgique aux anciennes proportions de la grosse caisse sonore, telles qu'elles existent «encore en Allemagne. j>
Fig. 106. — Grosse caisse en tôle, Fig. 107. — Grosse caisse en tôle,
à cordes. i tringles.
Le tambourin est une espèce de tambour plus long que large, qui nous vient des Sarrasins ; il donne un son vif et gai.
Le joueur de tambourin le bat d'une seule main , et s'accompagne ordinairement de l'autre avec une petite flûte dite galoubet. Le tambourin entre quelquefois dans la musique des opéras-comiques : on s'en sert surtout en Provence pour faire danser les villageois.
et
On appelle tambour de basque, un petit tambour qui se compose d'un cercle de bois de 4 à 5 centimètres de large, avec une peau tendue du côté du cercle, et auquel sont attachés des grelots et des lames de métal. On frappe la peau du tambour avec le dos de la main, et Ton fait résonner les grelots soit en glissant le doigt sur la peau du tambour, soit en agitant celui-ci.
Le lypanum ou typanon consistait, chez les anciens, en une peau tendue sur du bois ou du métal tourné en
Fig. 109. — Grand tambour employé dans les cérémonies persanes.
cercle. On employait quelquefois à cet usage la peau de bœuf, mais le plus souvent celle de Tàne. On frappait cet instrument avec la main et les doigts ou avec des baguettes. Quelques-uns appellent également cet instrument iympanon, mais il nous semble que ce dernier nom devrait être réservé pour l'instrument à cordes qui a été Tenfance du clavecin ; nous renvoyons à l'article que nous lui avons consacré.
La timbale ou tabala était un tambour dont se servaient les Parthes.
Dans le passage suivant Plutarque semble parler des timbales : « Les Parthes y dit-il y ne s'excitent pas au combat par les sons du clairon et de la trompette ; mais ils font un grand bruit de tous côtés , en frappant sur des vases d'airain avec des marteaux creux couverts de cuir ; et ces instruments rendent un son sourd et aflreux, comme un mélange de rugissements sauvages et de roulements de tonnerre. Ils ont fort bien observé que le sens de l'ouïe est celui qui porte le plus aisément le trouble dans l'âme y qui émeut le plus vite les passions , et qui transporte le plus violemment Thomme hors de luimême V »
Cet instrument passe pour avoir été inventé par les Perses; les Sarrasins s'en servirent dès les premières croisades. Sous le règne de Louis XIY on prit des timbales aux Allemands, et on en introduisit Tusage dans notre cavalerie.
Aujourd'hui, parmi les instruments bruyants de percussion, les timbales tiennent la première place, parce que leur bruit est sonore, et que leurs intonations sont déterminées et s'accordent avec les instruments de Torchestre. La membrane qui recouvre la cuve hémisphérique, résonne sous la percussion d'une baguette terminée par un bouton garni de peau. Les intonations de la membrane se déterminent par la tension plus ou moins forte qui se fait au moyen de vis mobiles.
* Vie de Marcus Crasius,
LE BOUCUER CALÉDONIEN'.
L'instrument qui pouvait] être assimilé à notre tambour chez les Calédoniens , était leurs propres boucliers sur lesquels s'élevaient plusieurs bosses donnant des timbres différents, auxquels on avait attaché plusieurs significations : ils servaient à annoncer les ordres des chefs y la paix ou la guerre, etc : oc Sur le bouclier du roi s'élevaient plusieurs bosses que Ton appelait les voiœ de la guerre ^ parce que chaque bosse avait un son particulier et annonçait un ordre différent. Quand le roi se préparait à quelques expéditions, un barde se rendait à minuit dans la salle des fêtes. Il entonnait le chant de guerre, et invitait trois fois les ombres des anciens héros à contempler les exploits de leurs descendants; il suspendait ensuite à un arbre le bouclier du roi, et le frappait de temps en temps avec la pointe d'une lance en continuant le chant de guerre ^. »
Il fallait que les sons que rendaient ces boucliers fussent très-puissants, d'après ce qu'en dit Ossian : Un compagnon d'armes annonce à CuchuUin l'approche et
* Nous n'avons tu nulle part le bondier calédonien classé parmi les instruments de musique; cependant nous n'hésitons pas à lui donner place id; car, en lisant et en relisant les œuvres d'Ossian, il nous a été impossible de mettre en doute le double caractère de ce bouclier : il était tout à la fois une arme défensive et un instrument de musique. Il possédait des bosses métalliques qui donnaient des tons et des timbres divers, des sons puissants qui s'entendaient au loin ; on faisait résonner tantôt les unes, tantôt les autres, suivant les circonstances. Presque à chaque page du barde calédonien il en est .'fait menUon.
2 OssiAN, trad. de P. Chrislian, p. VII.
d56 LES HAIUtfONIES DU SON.
les menaces de Tennemi : oc Jamais, s'écria Cuchullin, jamais je ne céderai à un homme ! Va , va frapper de ma lance le bouclier sonore qui est appendu aux portes de Tura. Que ses sons réveillent Tesprit de la guerre : on l'entendra sur les montagnes \ y>
Dans une autre circonstance Cuchullin ordonne également de frapper le bouclier, afin que ses guerriers réveillés en sursaut prennent les armes pour de nouveaux combats : ce Le son du bouclier se répand au loin : les guerriers se lèvent de toutes parts; debout^ ils ressemblent à autant de chênes pliant sous leur ramure, lorsqu'ils sont battus par l'ouragan d'hiver, et que les vents font craquer leurs branches desséchées ^. »
Du haut d'une colline, Fingal voit la nombreuse armée d'Erin se développer dans la plaine : <ic Aussitôt il frappe son bouclier et donne à ses guerriers le signal de la mêlée. Leurs lames se croisent étincelantes aux rayons du soleil. Leurs boucliers sonores font retentir, en se heurtant, les échos voisins. Les fantômes de la peur volent sur l'armée ennemie. Fingal, la force et l'appui deMorven, leur promet la victoire *. »
Plus loin : <r Son bouclier repose sur deux lances : c'était le signal de la mort ; c'était ce bouclier terrible qu'il avait coutume de frapper, lorsqu'il devait mener luimême ses guerriers à l'ennemi *. y>
La description du bouclier de Cathmor est des plus
* OftsiAif, p. 3.
2 /Wrf., p. 18.
' OssiÀN, la guerre de Temora, chant V.
4 Ibid,, chant VI.
significatives : oc Cathmor prend ses armes , et marche vers l'endroit où son bouclier était suspendu à un arbre audessus des ondes du Lubar. Sept bosses s'élèvent sur son bouclier. Ce sont les sept voix du roi, que les vents apportent à ses chefs, et les chefs distribuent ses ordres à ses tribus.
ce Sur chaque bosse est gravée une étoile de la nuit. On y voit Caumathon avec ses longs rayons {tête de l^ours) ; Colderna sortant des nuages (rayon ohMqt^e et perçant) ; Uloicho enveloppée dans le brouillard (guide nocturne) j et les doux rayons de Cathlin qui brillent sur un rocher (rayon des flots). On aperçoit dans le lointain Reldurath^ dont la lumière tremble dans les ondes de l'occident (étoile du crépuscule). L'étoile rougeâtre de Bertin {feu de la colline) f semble regarder au travers d'un bois épais le chasseur qui revient à pas lents, chargé de la dépouille des chevreuils. Au milieu brille, pure et sans nuages, la lumière de Thontena (météore des vagues)^ Thontena qui éclaira sur les flots agités la course de Larthon. .. Cathmor fait résonner sur son bouclier la voix qui réveille les bardes : ils arrivent de toutes parts en touchant leurs harpes. Le roi se réjouit à leur vue, comme le voyageur brûlé par le soleil, quand il entend le murmure lointain d'un ruisseau qui tombe d'un rocher dans la plaine *. 7>
Une foule de passages curieux se pressent sous notre plume, mais nous devons nous borner; les citations que nous venons de donner suffisent pour faire ressortir le rôle que remplissait le bouclier calédonien comme instrument de musique.
* OssiAN, la guerre de Temora, chant VI.