L'ÉPINETTE, LE TYMPANON, LE* CLAVECIN, LE CLAVICORDE
Vépinetie est un instrument à clavier dont on se servait avant l'invention du clavecin, et dont les cordes étaient , comme dans le clavecin , mises en vibration par un bec de plume. L'épinette était en usage depuis le quinzième siècle, mais elle a cédé la place au clavecin comme ce dernier a cédé la sienne au piano.
Le tympanon a lui-même précédé Tépinette. C'est un instrument de musique à forme de trapèze , monté avec des fils de fer ou de laiton et qu'on touche avec une ou deux petites baguettes de bois. On lit dans les Mondes scientifiques j que lorsque l'Académie des sciences eut l'heureuse pensée de déverser dans le Conservatoire des Arts et Métiers ses collections diverses, on trouva dans ses greniers, séparé en morceaux, un charmant automate commandé par Louis XVI, qui représentait Marie- Antoinette jouant du tympanon , instrument qui fut l'enfance de Tépinette, du clavecin et du piano. M. le général Morin, voulant conserver à tout prix cette précieuse relique, l'avait confiée à Robert Houdin; l'habile artiste, après six mois d'un travail infiniment délicat, a pu rendre la vie artificielle à l'automate royal, qui faisait jadis les
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délices des petits appartements de Versailles, et qui est aujourd'hui une des perles du (Conservatoire.
On donne également quelquefois le nom de tympanon à une espèce de tambour; voir l'article consacré à cet instrument.
Le clavecin a succédé à Tépinette; c'est un ancien instrument de musique, formé de cordes sonores métalliques, tendues et accordées, qu'on.fait résonner en posant les doigts sur un clavier.
Fig. 111. — Qavecin du XV* sit-cle appelé Virginale, D^aprt's le livre de Martin AgricoU.
Cet instrument diffère peu du piano , qui n'est qu'un clavecin perfectionné. Dans le piano, les touches du clavier frappent les cordes à l'aide de petits marteaux qui sont fixés au bout de chaque levier, tandis que dans le clavecin, l'extrémité du levier porte une lame de bois nommée sautereau , armée d'une petite plume de corbeau : ce morceau de plume frappe la corde et lui fait rendre un son comme si elle était frappée avec Tongle.
On modifia d'abord le clavecin pour lui donner, comme à l'orgue, des timbres et des jeux différents; puis on
perfectionna le mécanisme et on arriva successivement à Tétat actuel du piano.
L'invention du clavecin ne parait pas remonter plus haut que le quinzième siècle; cependant ^ quelques auteurs le croient antérieur à cette époque.
Il est vraisemblable que les Italiens ont inventé^ il y a cinq ou six cents ans , le clavicorde y imité ensuite par les Flamands et les Allemands , et que cet instrument est le commencement du clavecin.
Fig. 112. — ^vicorde du commencement du XV« siècle. D'après le livre de Blartin
Agricola.
L'harmonie du clavecin , et la faculté qu'il a de représenter l'effet des différents instruments qui entrent dans la composition d'un orchestre, l'avait mis en crédit auprès des compositeurs et des maîtres de chant, avant que l'on connût le forte-piano.
On a fait des clavecins qui ont plus de vingt changements pour imiter le son de la harpe, du luth, de la mandoline, du basson, du flageolet, du hautbois, du violon et d'autres instruments.
Les mémoires de T Académie de Berlin de 17H donnent la description d'un clavecin qui , en même temps que Ton exécute, marque et note ce qu'on a joué.
A la suite des recherches de Kesteler, le Père Castel, supposant que les sept couleurs principales , produites par Teffet du prisme sur les rayons de la lumière, se rapportaient exactement aux sept tons de la musique , construisit un clavecin oculaire, et voici quelle était sa gamme :
Vut répondait au bleu.
L'ui dièze répondait au céladon.
Le ré répondait au vert-gai.
Le ré dièze répondait au vert-olive.
Le mi répondait au jaune.
Le fa répondait à l'aurore.
Le fa dièze répondait à l'orangé.
Le sol répondait au ronge.
Le sol dièze répondait au cramoisi.
Le la répondait au violet.
Le la dièze répondait au violet-bleu.
Le si répondait au bleu d'iris.
Vut répondait an bleu.
Uoctave recommençait ensuite dans le même ordre de couleur; seulement elles devenaient plus claires. En faisant ainsi paraître successivement toutes les couleurs , le Père Castel prétendait procurer à l'œil la sensation agréable que font sur l'oreille la mélodie des sons , et l'harmonie des accords.
Vers la même époque, l'abbé Poncelet jmagina le clavecin des saveurs. Ce singulier instrument, semblable pour la forme à un buffet d'orgue portatif, donnait un courant d'air continu produit par l'action de deux souf-
flets , et dirigé par un conducteur sur une rangée de deux tuyaux. Vis-à-vis de ces tuyaux était disposé un pareil nombre de flacons remplis de liqueurs qui représentaient les saveurs primitives ; ces saveurs répondaient aux tons de la musique : l'acide à Vuty le fade au ré, le doux au mi, l'amer au fa, Taigre doux au sol, l'austère au /a, le piquant au si.
Fig. 113. — Clavecin Tertical du XVI* siècle. D'après Sébastien Virdung.
On n'a pas donné suite à ce genre d'étude , quoique cependant il y ait des analogies frappantes entre les sons y les couleurs et les saveurs.