Archet de contre-basse, à vis en cuivre
15. — Guitare vénitienne en marqueterie (fin du xvi® siècle). m — Contre-basse de Dom. Montagnana (1735).
tinue d'être l'objet principal du travail des meilleurs luthiers de l'époque actuelle. Cependant on n'y remarque pas de progrès sensible depuis l'exposition de 1855. L'examen des produits de cette fabrication démontre que la lutherie française tient le premier rang dans l'exposition. Après elle vient immédiatement la Belgique, puis la Prusse, l'Italie, l'Autriche, la Bavière, la Saxe.
Quiconque n'est pas initié aux mystères de la fabrication sur une grande échelle , est étonné du bas prix auquel on peut livrer certains instruments. Ainsi, à l'exposition de 1867, on a vu certaines fabriques de France offrir pour i fr. 50 des violons trouvés bons ; un autre à 10 francs, un troisième de 30 francs, tous bien montés, et de beaucoup supérieurs à tout ce qui se fait en Saxe et dans le Tyrol. Le violon de 30 francs était relativement un violon d'artiste.
La lutherie de pacotille et d'exportation se fabrique dans de grandes proportions à Mittenvald, dans la haute Bavière. Dans certains établissements, les ouvriers luthiers ne travaillent que pendant l'hiver, dont la durée est de sept à huit mois dans ce pays; on y occupe également les femmes, dont le salaire est très-minime.
Telles sont les causes du bas prix des instruments qui en sortent. Ils produisent des violons depuis 4 francs jusqu'à 80 francs. Un violoncelle en très-beau bois, imité de Stradivarius, est au prix de 120 francs. A l'audition, parmi ces instruments, le violon de 4 francs est celui qui a le plus étonné le jury. La Saxe a également envoyé à l'exposition beaucoup de violons de pacotille avec toutes sortes d'ornements bizarres. Ces ins-
truments n'étaient pas très-bien conditionnés, mais on les a cotés au prix le plus bas. On y remarquait des violons de 3 francs SO.
La matière, la forme, les proportions et le poids de , l'archet sont d'une haute importance dans le jeu des instruments, fait remarquer Fétis dans son Rapport, ses formes ont souvent varié avant que Ton fût fixé sur les conditions essentielles qu'il doit remplir. Jusqu'en 1775, ni la longueur des archets, ni leur poids, ni leurs conditions d'équilibre dans la main, n'avaient été déterminés; ce fut un ouvrier français, François Tourte, qui les fixa par son esprit d'observation, et qui les réalisa avec une supériorité incontestable.
Éclairé par les conseils des artistes dont il était entouré, Tourte détermina la longueur de la baguette pour l'archet de violon à 74 ou 75 centimètres, y compris le bouton; celui de l'alto à 74 centimètres, et celui du violoncelle à 72 ou 73 centimètres. Il détermina également la distance du crin à la baguette par les hauteurs de la tête et de la hausse; il obtint, par ces proportions, l'angle nécessaire au crin pour l'attaque des cordes, en évitant qu'elles soient touchées de la baguette. Dans ces archets, la tête, plus élevée qu'autrefois, et conséquemment plus lourde, obligea Tourte à augmenter d'une manière sensible le poids de la partie inférieure, afin de
rapprocher de la main le centre de gravité, et de mettre
Fig. 117. — Le ménage des gueux , le mari raclant du violon ei la femme raccompagnant avec des cliquettes , d'après une ancienne estampe du dix-septième siècle.
Tarchet en équilibre parfait. Les précieuses qualités de ces archets en ont fait élever le prix à l'excès après la
mort de Tourte ; on les vend habituellement 2S0 à 300 francs. En 1865, un archet de violon fait par lui a été payé à Londres SOO francs.
M. Vuillaume ne s'est pas borné à imiter au hasard le travail de Tourte , comme on le fait généralement ; mais , avec une persévérance digne des plus grands éloges, il a étudié la courbe de la baguette et des décroissances progressives de ses épaisseurs, en a formulé les lois, et les a déterminées rigoureusement par des procédés graphiques. Il est ainsi parvenu à exécuter avec certitude des archets dont les qualités égalent ceux de Tourte. On ^ pu apprécier ses beaux modèles à l'exposition de 1867.
Les archets que Ton trouve dans le commerce ne sont pas facturés avec toute la précision dont il vient d'être question, et le bois dont ils sont faits est de qualité inférieure ; cependant on constate beaucoup de progrès dans leur fabrication , depuis les vingt-cinq dernières années ; ils présentent des qualités suffisantes pour l'orchestre.
M. Fétis fait également remarquer que la supériorité des anciennes cordes de Naples fut attribuée à diverses causes : on a cru, d'une part, que l'air pur de l'extrémité méridionale de l'Italie, dans lequel vit le mouton, donne à ses intestins une qualité spécijile qui exerce une heureuse influence sur la sonorité et la solidité des cordes fabriquées avec cette matière ; d'autre part, on a pensé avec plus de vraisemblance, que les eaux vives, froides, presque glaciales de Naples, dans lesquelles on fait macérer les boyaux , pour les dépouiller des parties graisseuses, est la cause principale de la supériorité des chan-
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terelles de Naples pour l'éclat ^ la pureté des sons ainsi que pour leur solidité. Les cordes françaises sont incontestablement mieux faites, mais dans les cordes italiennes, la matière est supérieure. Très-habiles dans leur art, les fabricants français éprouvent de grandes difficultés à mettre obstacle à la putréfaction des intestins, à cause de la nature des eaux, de Paris.