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LA HARPE

Différentes parties de la harpe, sa description, sa facture, son origine. —La harpe de Marie-Antoinette. — La harpe du roi-prophète. — La harpe chez les Grecs et chez les Romains. — La harpe en Ecosse et en Irlande.

La harpe est un instrument de musique composé de cordes de boyaux de longueur, de grosseur et de tension différentes, qui sont placées parallèlement en avant d'une

Fig. 142. — La magadis ou cilhare assyrienne montée de vingt cordes , d'après un bas-relief antique.

Fig. Ifi3 — Cithare h sept cordes , d'après Fig. 144. — Cithare à cordes doubles ,

un bos-relief antique. d'après une peinture d'IIerculanum.

caisse sonore, et qu'on fait résonner en les pinçant. La forme de la harpe est à peu près celle d'un triangle, reposant sur le sommet d'un de ses angles qui possède

Fig. las. — Le nablas des Grecs ou harpe à douze cordes , diaprés un vase peint de TApulie au musée de Munich.

une sorte d'empâtement servant de soutien. Le côté vertical est une colonne ornée; il est creux dans sa longueur ; le second côté , porté obliquement sur le pied, est une caisse de bois sec et sonore; le côté qui

ferme le triangle en haut , est une botte courbée qu'on nomme bande, dans laquelle sont cachées des séries de levier. Les cordes de la harpe sont peintes de différentes couleurs, pour que les musiciens les reconnaissent de suite.

Fig. IM. —Harpe à crochets, exécutée par Kadennan père, en 1780, pour la reine Marie-Antoinette. Conservée au Kensington , Muséum de Londres.

et ne soient pas exposés à attaquer Tune pour l'autre : tous les ut sont rouges, les fa bleus, et les autres cordes blanches; il y en a en tout 40 à 42, et même quelquefois 46 formant environ six octaves. Le mécanisme annexé

aux pédales permet à toutes de donner les demi-tons, et même un ton entier au-dessus de celui qu'elles donnent par elles-mêmes.

La perfection si rare en toute chose avait été atteinte par Sébastien Erard dans la harpe à double mouvement, dit Fétis, car on n'aperçoit pas en quoi elle aurait pu progresser encore, à moins de changer sa nature. Après lui on a essayé d'y appliquer un clavier (le clavi-harpe) ;

FJg. 147. — Psaltérion à cordes cintrées, Fig. ikS, — Harpe à huit cordes en usage Miniature d*un ms. du XiV* siècle. dans l'Ethiopie.

mais ce fut aux dépens de la belle qualité des sons. La fabrication des harpes était naguère une grande industrie. Sébastien Erard en vendit pour un demi-million, dans la première année où il fit connaître sa harpe à double mouvement. A peine aujourd'hui quelques ouvriers sont-ils occupés dans la même maison à la fabrication de cet instrument. En France tous les contrefacteurs de ces harpes ont cessé de travailler, et TAnglelerre n'en a pas envoyé à l'exposition de 1867.

Une des harpes de Marie- Antoinette a été offerte au musée du Conservatoire, en 1870, par la baronne Dornier.

Cet instrument de Naderman a été restauré par Alphonse Moreau, chef des ateliers de la maison Erard. Il est d'une élégance de forme remarquable. Les peintures qui ornent la console et la colonne sont d'une grande finesse. L'origine de la harpe remonte à la plus haute antiquité. Le roi-prophète en jouait pour chanter les louanges

Fig. 149. — Uarpe d'O^Brien, roi dlrlande, aa X* siècle. Consenée aqjonnrhui au Muséum du collège de la Trinité, à Dublin.

de Dieu ; mais la harpe de David était différente de la nôtre, car il n'aurait pu danser devant l'arche en jouant de cet instrument tel que nous le possédons. Tous les instruments à cordes pincées dont il est fait mention dans l'Écriture sainte et dans les ouvrages des anciens, tels que le Psallérion (fig. 147) et le kinnor des Hébreux fig. 149, n^23. 24 et 2o), la cithare des Grecs (fig. 143), la ctnnara des Romains, la sambuCy la hearpa des Celtes et des Cimbres, ont une certaine analogie

avec la harpe, telle qu'elle parait avoir été dans son origine primitive.

La harpe d'ivoire à sept cordes était propre aux Grecs; les Romains s'en servirent longtemps dans les sacrifices. Cet instrument était très-commun en France au temps de la chevalerie.

* La harpe était surtout familière aux anciens Irlandais et aux Écossais ; aussi est-elle la principale pièce des armoiries de l'Irlande et le signe de la liberté irlandaise.

L'histoire parle d'un joueur de harpe qui vivait sons Éric II, roi de Danemark, et qui, au rapport de Saxon le grammairien, conduisait ses auditeurs par degrés jusqu'à la fureur.

La harpe est l'instrument des grâces par excellence; les poètes en prêtent aux anges et aux dieux. Rien n'est comparable, en effet, aux beautés de sa douce harmonie. Elle passe du son le plus éclatant au murmure le plus doux par des nuances insensibles et produit des effets inimitables.

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