L'HARMONIUM OU ORGUE EXPRESSIF
Malgré sa richesse, sa variété, sa puissance, l'orgue n'avait pu jusqu'à ce jour lutter avec avantage contrf^ la masse d'instruments qui compose un orchestre , faute, avons- nous dit, d'une propriété des plus précieuses en musique, celle de l'expression ^ que Ton arrive cependant à lui communiquer maintenant jusqu'à un certain point. C'est cette propriété principalement qui exprime le sentiment et fait naître l'émotion. Elle consiste à passer des sons forts aux sons doux d'une manière insensible ou suivant les motifs que l'on joue.
Les orgues auxquelles on a tenté de communiquer cette propriété se nomment orgues expressives ou harmoniums. L'architecte Claude Perrault parait être le premier qui ait dirigé ses investigations dans ce sens , « afin, dit-il, de donner à cet instrument la faculté de pousser des sons différents en force, pour imiter les accents de la voix et le fort et le faible que le maniement de l'archet et la variété du souffle produisent dans les violons, dans les flûtes, etc. » Une note, dans sa traduction de Yitruve, donne l'explication de son idée; mais ce n'est que vers la fin du dix-huitième siècle que l'on s'en est de nouveau occupé.
Sébastien Érard, chargé de construire un piano pour Marie- Antoinette, arriva après de nombreux essais à un résultat relativement excellent, et qui fut apprécié par les hommes de l'art, surtout par Grétry. Grenié, ama-
leur de musique, continua l'œuvre commencée par Erard. Il termina, en 1810, un petit orgue de chambre à anches libres, dont l'expression résidait dans la disposition et l'action des soufflets , subissant des pressions variables ; ces soufflets permettaient de modifier à volonté la force du vent dans les tuyaux et donnaient ainsi au son le caractère et l'accent des instruments à vent. C'est d'après ce système perfectionné par Grenié lui-même et par M. MuUer, son élève^ que l'on a construit depuis quelques années un assez grand nombre d'orgues expressives y mais il sera toujours bien difficile, sinon impossible, de communiquer cette précieuse propriété à tous les jeux des grandes orgues de cathédrales, à cause du volume considérable des grandes colonnes d^air, que Ton serait obligé de modifier instantanément et à volonté pour produire l'expression.
V harmonium j ou orgue expressifs est construit d'après le principe de l'anche libre ; son clavier ressemble à celui du piano, et le soufflet qui le met en jeu est manœuvré à l'aide de deux pédales.
Nous ne pouvons mieux faire, pour compléter ce que nous avons dit de cet instrument en parlant de l'orgue, et pour donner une idée de son état actuel, que de suivre le rapport du Jury international sur l'Exposition universelle.
Par les dispositions des cases où sont plongées les lames sonores, et à l'aide du voisinage de tables d'harmonie, le facteur d'harmonium obtient des modifications de sonorité que Ton désigne sous le nom de jeux. Ces jeux sont divisés en deux registres, qui, suivant qu'ils sont ouverts ou fermés, font entendre ou la partie grave ou la partie aiguë du jeu sous la main de l'artiste. Un harmonium,