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LA FLUTE, LE FLAGEOLET ET LE FIFRE

La flûte dont. on se sert le plus communément aujourd'hui est un tube cylindrique, d'environ six décimètres de long, formé de trois ou quatre pièces ajustées au moyen d'embottures. Le canal qui parcourt la flûte dans sa longueur est nommée perce ; il communique à Textérieur par Tune de ses extrémités, nommée pied; l'autre bout ou tète est fermée. On abandonne maintenant la perce cylindrique, pour revenir à l'ancienne perce conique. Les trous sont ordinairement au nombre de huit; les clefs que l'on a ajoutées à cet instrument en ferment quatre ou cinq.

Ou trouve des flûtes en buis, en ébène, en grenadille, en ivoire, en cristal et en argent; le buis est à peu près abandonné, comme trop poreux : le son qu'il produit a peu de timbre; l'ébène est infiniment préférable, mais le bois par excellence est celui que nous appelons grenadille et les Anglais coco; le son en est ferme, argentin, brillant et porte fort loin ; les flûtes en ivoire sont excès-

sivement rares, d'ailleurs elles ne valent rien ; les flûtes en verre coulé, dites en cristaly donnent un timbre un peu couvert, surtout lorsque Ton en joue longtemps de suite, néanmoins il a de la rondeur et de la sonorité; l'argent est considéré aujourd'hui, par quelques artistes,

Fig. 167. — Flûte en terre cuite trouvée dans les ruines de Berz-Nemrod, ai;Oourd'hui au musée de la Société asiatique de Londres.

comme ayant des qualités de sonorité supérieures aux bois de diverses sortes, et même à celui de grenadille.

La flûte a été complètement transformée par Gordon, modifiée par Bœhm, célèbre artiste bavarois, et perfectionnée par Coche et Buffet. On a pu remarquer à l'Exposition de 1867 la flûte refaite par M. Bœhm en 1847,

LES HARMOiNIES DU SON.

dans laquelle il abandonna la perce cylindrique du tube pour revenir à Tancieunç perce conique, exécutée avec un fini remarquable par M. Lot. Les flûtes exposées, faites d'après ce système, étaient en argent.

Outre la flûte ordinaire, que l'on nomme flûte traverstère ou flûte allemande, on se sert aussi de la petite flûte, dite également octavin et piccolo^ qui a la même forme que la précédente, dont elle sonne l'octave, quoique étant beaucoup plus petite : elle est longue d'envi-

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Fig. 1G8. — Flûte, syst(:me Bœhm.

Fig. 160. — Petite flûte, systOme Bœbm.

Fig. 170. — Flageolet, système Bœhm.

ron AO centimètres ; elle donne des sons aigres et perçants ; on s'en sert dans les orchestres pour obtenir des effets brillants et imiter des sons naturels.

Le flageolet est une petite flûte à bec de 15 à 20 centimètres, percée de six trous principaux, pour varier les tons, et garnie de plusieurs clefs. Le tube est terminé par un petit évasement, nommé patte, que le doigt annulaire peut boucher, pour obtenir quelques sons graves. On a augmenté la longueur du tube en lui ajoutant un tuyau fermé, nommé porle-verity et un bec d'os, d'ivoire

OU de bois par lequel on soufOe. Le son de cet instrument est fort aigu j mais agréable ; il convient aux scènes joyeuses; on l'emploie pour animer les danses.

On appelle flikie à bec y flûte douce ou flûte d'Angleterre, une flûte ordinaire dont la tète, au lieu d'être bouchée, porte un appareil nommé sifflet. On tient cette espèce de flageolet devant soi comme une clarinette, le

Fig. 171. — Joueui* de nây, ou flûte arabe.

bout éloigné du corps. On s'en sert pour imiter le chant des oiseaux, exécuter des airs de fantaisie, etc.

On trouve la flûte peinte ou sculptée sur un grand nombre de monuments antiques; son origine se perd dans la nuit des temps, mais les poëtes en attribuent l'invention à Apollon, à Pallas, à Mercure et à Pan. On employa d'abord à la confection des flûtes l'os de la jambe (le tibia) du cerf, de la biche ou de l'âne et le

métal y mais on ne tarda pas à substituer à ces matières le bois plus facile à mettre en œuvre.

La forme de la flûte a beaucoup varié; il y en avait de droites, de courbes, de simples, de doubles ou jumelles, de là l'expression youer rfes flûtesj employée quelquefois par les anciens. On distinguait les flûtes sarranes, phrygiennes, lydiennes; celles des spectacles qui étaient

Fig. 172. — Appareil appelé phorbeia, doDt se serraient les joueurs de flûte double à tubes séparés. D*après la peinture d*un vase de la collection Hamilton.

d'argent, d'ivoire ou d'os ; et celles des sacrifices qui étaient de buis.

Au temps d'Homère, pendant la célébration des noces, on jouait de la flûte et de la lyre ; dans la description du bouclier d'Achille, il est dit : « Vulcain représente encore deux belles villes, demeures des hommes : dans l'une on célèbre des noces et Ton fait de grands festins. A la lueur des flambeaux on conduit les épousées par la

ville, hors de la chambre nuptiale, et l'on invoque à grands cris Thyménée, de jeunes danseurs forment de gracieuses rondes; au centre, la flûte et la lyre frappent Tair de leurs sons, et les femmes, attirées sous leurs portiques, admirent ce spectacle ' . »

Les Étrusques inventèrent plusieurs instruments de musique (fig. 175), entre autres les flûtes tyrrhéniennes et le cor recourbé ; c'était au son des flûtes qu'ils faisaient le pain et battaient les esclaves.

Fig. 173. — Variété de flûte double désignée sous le nom de flûtes cjonointes^ publiée par Boissard , dans ses Antiquités de Borne,

La flûte était l'instrument militaire des Lacédémoniens ;

ils n'allaient au combat qu'au son de cet instrument,

afin, dit Thucydide, que marchant d'un pas égal et comme

. en cadence , ils fussent moins exposés à rompre leurs

rangs.

Plutarque dit également : ce Quand l'armée était rangée et qu'on se trouvait en face de l'ennemi, le roi immolait une chèvre, et il ordonnait à tous les soldats de mettre des couronnes sur leur tête, et aux musiciens déjouer sur la flûte l'air de Castor ; lui-même il entonnait léchant de guerre, signal de la charge. C'était à la fois un spectacle majestueux et terrible de les voir marcher en cadence

* Iliade, chant XVIII*.

au son de la flûte, chacun à son rang de bataille ; personne ne rompait; pas même une âme n'était troublée par la crainte : c'était d'un pas grave et d'un air joyeux qu'ils allaient, au son de la musique, affronter le péril. C'est qu'il est vraisemblable que les hommes avec les sentiments qui les animaient ne sont agités ni par la crainte, ni par la

Fig. 174. — Joueur de flûte double , dans la Grèce antique ; diaprés la peinture d'une coupe en terre cuite.

colère : ils sont pleins d'assurance, d'espoir et d'audace, et ils comptent sur la protection des dieux \ j>

A Rome, les joueurs de flûte étaient les seuls que Ton employait dans la pompe des sacrifices, dans les funérailles et dans les festins. Ils formaient un corps fort nombreux, et avaient la plupart le privilège d'être nourris dans le temple de Jupiter Gapitolin.

* Plutarque, Vie de Lycurgue.

Fig. 175. — Instruments de musique de TÉtrurie (Italie ancienne}.

Le rôle symphonique de la flûte est ainsi apprécié par une plume compétente : « La flûte a des sons pauvres en harmoniques; ses notes graves et douces se suivent à pas comptés, sans être enveloppées d'un cortège qui en trouble la cadence. Quel instrument pouvait mieux être

Fig. 170. — Flûtes à trois trous ; diaprés la peinture d'an vase grec.

approprié à l'idéal grec, qui cherchait la beauté dans l'ordre plutôt que dans la richesse, dans le repos et l'attitude plutôt que dans le mouvement dramatique, dans la pureté plutôt que dans le contraste. Beethoven, le plus grand génie harmonique de notre temps, avait bien compris la mystique puissance de la flûte : que de fois il s'en

sert pour conduire la mélodie au milieu du déchaînement de l'orchestre, et comme on est surpris, en exécutant ses symphonies , d'entendre si distinctement cette voix modeste et voilée au milieu de tant de tonnerres, de grondements et de cris * ! »

Le fifre est une espèce de flûte percée de six trous, et dont le son est très-perçant.

Fig. 177. — Fl&te oblique ou traversitre et syrinx & neuf tuyaux ; d*aprè8 un bas-relief étrusque.

Il fut en usage dans l'armée française à dater de François P'; on s'en est particulièrement servi depuis Henri IV jusqu'à Louis XYI ; il accompagnait toujours le tambour.

Depuis la révolution il n'a plus été employé que dans quelques corps, il est généralement remplacé par le piccoloy petite llûte moins glapissante et plus juste que lui, et par le clairon, instrument plus convenable et qui a plus de portée de son. Le fifre est encore usité en Allemagne et en Angleterre. Dans la musique ordinaire il sert quelquefois à accompagner le violon.

* Laugel, la Voix, VOreille et Ut Musique, VU.

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