LA MUSIQUE
Moralement la musique est-elle bonne OU est-elle mauvaise? ~- Nature de l'expression musicale. — Analogie et différence de la musique et de la parole. — Spécialisation des divers effets de la musique au point de vue 'de la morale. — La musique dans l'antiquilé. — Sa destination naturelle. — Faits mémorables et curieux. — Immense parti que l'on pourrait tirer de la musique dans l'éducation des peuples. — Réformes urgentes.
Au point de vue de la morale , la musique est-elle bonne 9 la musique est-elle mauvaise?
Parmi ceux qui ont discuté cette question avec le plus d'autorité, les uns la trouvent excellente, les autres voudraient la proscrire à cause des dangers qu'elle présente. Les hommes les plus compétents ne s'accordent pas en ce point.
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Mais y SOUS ce rapport , de même que pour ses effets physiologiques y il me semble que l'on n'a pas suffisamment déterminé, spécialisé ses diverses influences et sa manière d'agir, pour résoudre rigoureusement, scientifiquement cette question.
Il y a des faits simples qu'il faut distinguer de faits complexes avec lesquels on les confond; il faut décomposer les phénomènes, en démêler les parties distinctes, si Ton veut arriver aux lois sur lesquelles ils reposent.
C'est ce que nous allons essayer de faire.
La parole peut exprimer les personnes, les choses, les. objets les plus simples, leurs qualités particulières, les détails les plus insignifiants, en un mot elle peut analyser les idées et les sentiments dans leurs nuances les plus délicates , les plus imperceptibles.
La musique n'exprime pas ces détails ; elle n'exprime, pour ainsi dire, que les familles d'idées et de sentiments.
En minéralogie, les traits caractéristiques d'une famille, d'un genre, d'une espèce de minéraux peut s'appliquer à un grand nombre de corps qu'ils déterminent tous en général, mais aucun en particulier.
De même en botanique, de même en zoologie; les traits caractéristiques des familles , des genres, des espèces, peuvent s'appliquer à des milliers d'individus sans en déterminer un seul.
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Eh bien, la musique n'exprime également que les traits caractéristiques dès catégories , des familles d'idées et de sentiments, eh sorte que le même air peut s'ap-» pliquer à des milliers d'idées et de sentiments qui présentent tous ces mêmes caractères généraux,, mais qui peuvent, sous d'autres rapports, complètement différer entre eux; de même que les espèces , les variétés , les races, les individus appartenant au même genre ou à une même famille en histoire naturelle.
C'est ce qui fait que tout le monde comprend la musique dans ce qu'elle a de général , mais que personne ne s'accorde dès qu'on veut préciser son expression et lui faire dire ce qui n'est pas en sa puissance, du moins dans son état actuel.
La parole a des effets plus précis que la musique, mais elle n'en a pas d'aussi puissants ; en un clin d'œil la musique fait parcourir à l'âme toute l'échelle des sentiments. Elle peut faire passer de la joie la plus vive à une profonde tristesse; de l'abattement aux élans les plus audacieux. Gomme une* divine enchanteresse, elle évoque en un instant tous les sentiments, toutes les passions qui sommeillent ou reposent inaperçus en nousr mêmes.
Un des mattres éminents qui ont approfondi le sujet s'exprime ainsi : « L'amour, le désir, la joie, la tris-
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tesse, le plaisir, la douleur, l'enthousiasme, Tardeur guerrière, toutes ces grandes émotions sont merveilleusement rendues par le chant. Mais gardons-nous, même dans la sphère où il excelle, de demander au chant trop de précision. Une voix de femme module un chant d'amour : est-ce son ami , sa sœur, son enfant qu'elle aime? Je n'ose Taffirmer, et le chant sans paroles ne me le dit pas avec une telle clarté que nulle erreur ne soit possible. Une autre voix chante, tou-
Fig. 53. — Scène religieuse représentée sur un bas-relief de Koyounjek ; ou y remarque le roi, vraisemblablement Sennachérib, s*arrétant devant un autel et répandant une libation sur des lions morts, produit de sa chasse ; du côté opposé de Tautel , sont deux Jeunes musiciens , Jouant du psaltérion et paraissant chanter en même temps un h>inne d'action de grâces, pour la victoire du roi et la conservation de ses jours dans cette chasse dangereuse.
jours sans paroles , une plainte déchirante. Que pleure cette âme? Est-ce un père, un fils, une fille, une amie? Il est arrivé à tout le monde d'essayer de le deviner et de prêter au compositeur une intention tout autre que la sienne*. »
La musique ne peut donc pas être , comme plusieurs
* Ch.LÉvÊQUE, derinslitut, La Science du Beau, t. If, chap. v, page 162.
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le professent, la traduction littérale de la parole, mais elle doit être d'accord avec les idées, les sentiments généraux exprimés, suivre leurs contours et leurs nuances; elle ne doit pas leur être étrangère, elle ne doit pas en être indépendante , comme quelques-uns le pensent également; pour une composition de deuil et de tristesse, il serait malséant et même ridicule de faire une musique gaie.
On est naturellement conduit à cette question :
la musique avec paroles ou la musique sans paroles, quelle est la préférable , pour la puissance des effets?
Cela dépend des dispositions de l'âme. Quand l'âme se berce naturellement de sentiments analogues à ceux que la musique exprime , elle préfère la musique sans paroles ; elle a moins de distractions et se livre plus li-