‹ Les harmonies du son et l'histoire des instruments de musiqueChapitre 9 sur 82 · M 4 LES HARMONIES DU SON · texte numérisé non relu

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brement aux ondes mélodiques qui l'envahissent. Cette puissance de la musique est parfaitement exprimée en deux mots par une plume des plus compétentes : <k Sa puissance est de raconter à chacun de nous le drame de son cœur *. »

Mais si Tâme est dans un état d'indifférence et de dégoût, les paroles exprimant des idées et des sentiments en harmonie avec ceux qu'exprime la musique ajouteront leur influence à celle de la musique, aug* menteront son effet pour réveiller les idées et les sentiments assoupis. C'est peut-être ce qui fait que le commun des mortels est plus impressionné par la musique unie aux paroles, et que la généralité préfère l'art théâtral à l'art symphonique.

Il nous est facile maintenant de voir ce qu'est la musique au point de vue de la morale.

Une musique qui marque la mesure, le rhythme, qui égayé l'esprit et aide au travail, est naturellement une bonne chose, un don de Dieu, au moins au même titre qu'un aliment fortifiant, qu'un breuvage généreux produisant des effets analogues.

Mais la musique n'agit pas seulement sur le mouvement et rintelligence, elle agit également sur la sensibilité et sur les sentiments.

* Marquise de Blocquetille, Soirées de la villa des Jasmins, t. III, p. 197.

Elle peut réveiller tous les sentiments et leur donner une puissance d'un entraînement irrésistible. Cela est vrai.

Les airs exprimant le courage, s'appliquent à toute espèce de sentiments courageux ; or, il y a une infinité de sentiments courageux qui difTèrent pour chaque individu, et dans le même individu ces sentiments varient sans cesse et prennent une foule de nuances.

Fig. 35. — Musiciens sacerdotaux Jouant de la harpe k sept cordes, du luth et de la flûte traversière pendant une cérémonie religieuse, où Ton brûle de Tencens devant une divinité. Bas-relief de Tantique Egypte, au musée de Lej'de.

Les airs exprimant la douceur, la bienveillance, l'amour, ou une passion (|uelconque, s'appliquent également à toutes les nuances infiniment variées de tous ces genres d'idées ou de sentiments.

Cette propriété que possède la musique, d'exprimer les généralités, lui donne une puissance qu'elle n'aurait pas si

son expression était plus précise et qui permet de déterminer son caractère moral.

La musique excite en nous le courage, mais ce courage peut également servir le bien ou le mal, suivant les dispositions de Tâme, suivant la volonté de l'individu.

Lorsqu'une musique guerrière se fait entendre, peu à peu rémotion gagne, Tardeur se réveille et le cœur le plus pusillanime se remplit d'un courage qui ne demande qu'à agir. Mais cette même musique guerrière qui anime de son esprit indomptable le valeureux soldat au champ d'honneur, peut également exciter le brigand et le pirate dans leurs coups de main les plus sauvages.

Suivant la disposition dans laquelle Tâme se mettra, suivant la direction qu'elle donnera à ses pensées et à ses sentiments, la musique excitera en elle aussi bien l'amour de Dieu, Tamour de la patrie, l'amour de la famille, ou l'amour désordonné de la créature. Sous l'influence d'une musique d'où s'épanchent les sentiments les plus tendres et les plus célestes, unie aux paroles des hymnes sacrées, Tâme pieuse s'exalte pleine d'une sainte ivresse pour son Dieu, elle s'abime dans des extases ineffables. Mais celte même musique appliquée à des paroles exprimant un amour profane, ou séparée par la pensée des hymnes sacrés qu'elle accompagne, et pliée par une âme passionnée aux sentiments terrestres qui l'animent, alors cette musique prêtera à la passion tous ses magiques accords et produira un entraînement irrésistible. Ainsi, une même mélodie peut porter une personne à répandre son âme débordant d'amour dans le sein de son créateur, ou à s'abandonner à l'amour de la créature^

selon les dispositions avec lesquelles elle se soumet à son iofluence.

La musique, en un mot, excite le genre d'idées et de sentiments dans lequel l'âme peut se bercer naturellement, instinctivement^ ou volontairement et par choix, ayant de l'analogie avec le motif qu'elle exprime.

Lorsqu'un chant est adapté à des paroles et que Ton suit le sens des paroles, que l'on s'en inspire, la musique y ajoute sa puissance, son entraînement soit pour le bien, soit pour le mal; si l'on fait abstractioii des paroles, la musique seule excitera, elle ajoutera aux pensées et aux sentiments dans lesquels on se bercera naturellement, s'ils sont de même nature que ceux exprimés par la musique; dans le cas contraire elle pourra les contrarier^ les aflaiblir, les neutraliser.

Cette double influence a été observée et décrite avec une exquise perspicacité dans une œuvre où se trouvent de lumineuses entrevues; l'auteur met dans la bouche d'un de ses personnages : « La musique produit en moi beaucoup d'effets divers. Nature essentiellement vibrante, je reçois l'impression qu'elle a été destinée à produire sauf à réagir contre cette impression quand elle a été dangereuse ou malsaine. Je comprends vraiment comment le docte Clément d'Alexandrie déclarait : ce qu'il fallait employer surtout les instruments de musique à louer Dieu, car l'influence de la musique est en effet redoutable quand elle n'est pas hautement bienfaisante \ »

Nous lisons dans un remarquable travail : « Cet art

* Marquise db Blocqueville, Soirées de la villa des Jasmins, t. III, p. 120.

us Les harmonies du son.

sans égal pour le bien et pour le mal, porte au comble les passions les plus sublimes et les instincts les plus pervers, transformant l'homme au point de rendre brave un individu timide et sanguinaire des natures douces habituellement ** »

Ainsi, la musique possède une puissance d'autant plus redoutable qu'elle est plus grande, car chacun peut la rendre pour soi bonne ou mauvaise, suivant les dispositions auxquelles on veut faire servir son influence.

Platon, sans peut-être se rendre raison des faits, avait bien senti cette vérité : « Le rhythme et Tharmonie, ditil, ont au suprême degré la puissance de pénétrer dans rame, de s'en emparer, d'y introduire le beau, et de la soumettre à son empire, mats c'est quand r éducation a été convenable; le contraire arrive quand Véducation a été mal faite *. j>

Ainsi, la musique est une force qui peut augmenter toutes nos puissances. C'est donc une bonne et excellente chose en elle-même, comme toute force physique, intellectuelle ou morale mise à notre disposition.

Il est vrai qu'on peut faire mauvais usage de cette force, de cette puissance, comme d'une force, d'une puissance quelconque, mais alors est-ce la faute de la musique? — Non certainement, mais bien de la volonté qui en détermine l'usage.

* Henri Bàudrillard, Séances et trav. de V Académie des sciences morales et politiques, 1873, !"• li?.

2 Platon, République, liv. \\l.

Cependant, on est obligé de reconnaître que Temploi que l'on en fait généralement dans nos théâtres, dans nos salons, est profondément démoralisateur, à cause de l'impulsion que les circonstances, les paroles passionnées, ou triviales et grotesques qui souvent accompagnent la mu-

Fig. 36. — Joueur de flûte accompagnant le chant des prêtres , pendant un sacrifice chez les Romains. D*après un bas-relief antique*

sique communiquent aux âmes; le poëte a pu dire avec raison :

La muse, de nos temps ne se fait plus prêtresse, Mais bacchante^ et le monde a dégradé ses dieux.

A. DE Musset.

Un éminent écrivain dit également : a Quant au plaisir, aux langueurs, aux rêveries, à l'amour, l'institution moderne du drame musical ou de Topera... les hommes n'inventèrent jamais une effémination et une corruption plus délicieuse, mais plus dangereuse de la virilité des âmes *. i> Cette manière de voir de M. de Lamartine ne doit pas être prise dans toute sa généralité, mais enGn elle exprime une vérité relative.

La musique est donc, lorsqu'on se laisse aller à son impulsion, comme. une deuxième âme qui nous envahit et nous impose tour à tour son calme et son ardeur, ses joies ou ses tristesses; elle se rend maîtresse du logis tout entier: la circulation du sang, les battements du cœur, les mouvements nerveux finissent même par lui obéir. Elle excite, elle calme, elle entraine comme la poésie, comme l'éloquence, et de même que ces puissances, entre les mains de l'homme elle devient une épéeà deux tranchants suivant qu'on l'applique au bien ou au mal. Pour moi, la musique des Mozart, des Haydn, des Beethoven, est vraiment une puissance ivre d'extase qui vient se verser dans mon âme et en prendre possession. L'instrument, le timbre n'y fait rien, c'est le mouvement, le rhythme qui s'impose à mon être comme un génie invisible. Je suis alors son esclave, et tout en moi subit sa loi. Toutes les fibres de mon organisation, tous les mouvements de mon être, souples et obéissants se plient sous l'influence d'une volupté divine. Ah, si le devoir impérieux ne s'imposait pas à tous ici-bas, je vivrais dans

* De LA.MA.RTINE, Entretien 29*, p. 296.

ane atmosphère d'harmonie, et par anticipation, je jouirais du ciel sur la terre. Cest à ce point que je suivrais pendant tout un jour dans les rues de Paris, un orgue de Barbarie, parce qu'aussitôt que les ondes mélodiques ont frappé mon oreille, ce n'est plus l'orgue que j'entends, mon âme idéalise tout de suite, et c'est un chant céleste qui m'envahit. Ces dispositions ont peut-être beaucoup contribué à me permettre de spécifier les diverses influences de la musique ; ce qui n'avait pas été fait jusqu'à ce jour ; voir les chapitre 2* et 3*.

La musique, avons-nous dit, est née des émotions profondes, des pensées élevées jointes aux grands sentiments qui, débordant du cœur humain se sont épanouis dans le chant; c'est unjangage qui conserve la propriété de réveiller dans nos semblables des pensées, des sentiments analogues à ceux qui lui ont donné naissance et d'exciter aux grandes actions.

Nous devons conserver à la musique cette noble destination qui lui est naturelle; c'est aller contre l'ordre des choses et profaner une beauté céleste, que de la faire servir aux pensées vulgaires, indifférentes ou triviales et aux sentiments, aux émotions qui les accompagnent,- à Texcitation des passions mauvaises, a Chanter, c'est éclater devant l'homme ou devant Dieu. Tout chant est une explosion du cœur et de l'esprit '. » Cela devrait être, si cela n'est pas.

Un des savants qui ont le plus approfondi ce sujet, s'exprime ainsi : a La seule chose qui ressorte bien claire-

* De Lamartine.

^n LES HARMONIES DU SON.

ment des notions que les plus anciens philosophes nous ont transmises sur la musique, c'est qu'autrefois la musique avait un caractère auguste et sacré; qu'elle était étroitement unie aux croyances religieuses et non moins étroitement associée aux pratiques du culte comme aux actes les plus importants de la vie publique et privée ** »

Un grand nombre de nos gravures rappelle Fusage que l'antiquité faisait de la musique dans les cérémonies religieuses.

La musique est le langage le plus élevé et le plus entraînant; c'est l'interprète de toutes les grandes et nobles passions; elle doit traduire nos aspirations vers rÉternel, nos sentiments pour la patrie, pour la famille, en un mot notre ardeur pour le bien.

Elle a le don de graver d'une manière indélébile au fond de l'âme humaine, les paroles qu'elle accompagne et les sentiments qu'elle exprime* Quel immense parti ne pourrait-on pas en tirer dans Téducation, si dès l'enfance, on faisait répéter en chants simples et gracieux les préceptes divins que l'homme ne doit jamais oublier, et les sentiments élevés qui doivent le guider ici-bas.

C'est Tusage principal qu'en faisait l'antiquité et que nous oublions trop. Platon envisageait les choses ainsi, lorsqu'il a donné de la musique cette admirable définition , qui exprime ce que la musique devait être si elle n'exprime pas ce qu'elle est toujours « C'est l'art qui, réglant la voix, passe jusqu'à l'âme, et lui inspire le goût de la vertu *. J>

* G. Kastner, de Tlnslitut; Parémiologie musicaley p. 4. 2 M. Fouillée, la Philos, de Platon, l. V\ p. 372.

Mais nulle part; au point de vue religieux, la musique n'a joué, dans les temps anciens^ un rôle plus important que chez les Hébreux; sous le saint roi David elle était considérée comme un puissant moyen d'élever vers Dieu les âmes des fidèles; un corps nombreux d'artistes divisé

Fjg. S7. — Cérémonie Juive devant rarche sainte. Fac-slmile d*une gravure sur bo\s de rimprimerie de Troyes, au seizième siècle.

en diverses sections fut chargé de la musique sacrée ; chaque chœur de chanteurs et chaque orchestre avait en tête un virtuose qui dirigeait l'ensemble et qui chantait ou jouait les solos.

Les Hébreux faisaient un usage continuel de la musique; elle ne manquait jamais dans leurs festins et leurs réjouissances, elle mêlait aussi ses accents lugubres aux chants

de deuil, et dans les combats, dès le temps de Moïse, quelle importance n'avait pas la trompette guerrière? Ils font d'ailleurs remonter l'origine de la musique à des traditions antédiluviennes (voir la troisième partie) '.

Nous voyons, dès les temps les plus reculés, toutes les prières, toutes les lois, toutes les notions qui fontrhommede bien, l'homme d'honneur, Thomme religieux comme le bon citoyen, accompagnées de musique.

« Osiris régnant en Egypte, retira incontinent les Égyptiens de la vie indigente, souffreteuse et sauvage, en leur enseignant à semer et à planter ; en leur establissant des lois, en leur monstrant à honorer et à révérer les Dieux : et depuis, allant par tout le monde, il apprivoisa aussi, sans y employer aucunement la force des armes, mais attirant et gagnant la plupart des peuples par douce persuasion et remontrances couchées en chanson et en toute sorte de musique '. »

Parlant du voyage de Lycurgue en Crète, il dit : a Au reste il persuada par ses prières et par ses témoignages d'amitié, à l'un des hommes dont on estimait le plus la sagesse et les lumières politiques, de quitter la Crète et d'aller s'établir à Sparte. Il se nommait Thaïes : on le croyait simplement poëte lyrique ; mais sous le couvert de la poésie, il remplissait au fond, la charge d'un excellent législateur. Ses odes étaient autant d'exhortations à l'obéissance et à la concorde, soutenues du nombre et de l'harmonie, pleines à la fois de gravité et de charmes, et

* Nous donnons dans la troisième partie . plusieurs gravures représentant les divers instruments dont il est parlé dans les psaumes. ^ Plutarque d'Isis et d'Osiris, trad. d'Amyot.

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qui adoucissaient insensiblement les esprits des auditeurs, leur inspiraient Tamour du bien, et faisaient cesser les haines qui les divisaient. Il prépara donc, en quelque sorte, les voies à Lycurgue pour Tinslruction des Lacédémoniens *. »

Il ajoute : <( Il y avait dans leurs chants un aiguillon qui excitait le courage et inspirait les belles actions. Le style en était simple et mâle, les sujets graves et propres à former les mœurs ^ . »

Athénée, célèbre rhéteur grec, nous assure également qu'autrefois toutes les lois divines et humaines, les exhortations à la vertu, la connaissance de ce qui concernait les dieux et les héros, les vies et les actions des hommes illustres étaient écrites en vers et chantées publiquement par des chœurs au son des instruments.

On Ht dans l'étude critique sur Ossian :

oc Ce qui contribua surtout à affermir l'autorité des chefs . dans leur tribu, et le pouvoir du roi sur les chefs, ce furent les chants des bardes... L* usage de répéter les poômes historiques dans toutes les occasions solennelles et de les enseigner aux enfants, a suffi pour les conserver longtemps sans le secours de l'écriture. Cette chronique auriculaire, s'est perpétuée chez les Germains jusqu'au VHP siècle. . . A l'armée, tous les bardes se réunissaient dans les occasions mémorables et chantaient en chœur, soit pour célébrer une victoire, soit pour déplorer la mort d'un personnage distingué ^.

* Plvtàrqub, vie de Lycurgue, ^ Ibid.» Vie de Licurgue.

» Christian, p. IV et V.

Le p. Salvaterra, surnommé VApâlre de la Californie^ abordait les sauvages les plus intraitables sans autres armes qu'un luth^ dont il jouait supérieurement. Il se mettait à chanter : En vous je crois au mon Dieu ! etc. Tous l'entouraient alors et Técoutaient en silence. Les missionnaires qui ont si bien compris l'influence de la musique, et les mélodies qui convenaient à Télévation des idées religieuses, traduisaient la religion sous forme

Fig. 39 et 40. — Pièces de monnaies hébraïques représentant la trompette dont se servaient les prétRs au moment du Jubilé.

Fig. ki k ftS. — Médailles d'argent du temps des Machabéet, représentant des cithares employées par les Hébreux.

de cantiques, auxquels ils adaptaient la musique des grands maîtres.

Le Mercure de France citait le fait suivant : « On a trouvé naguère dans une île du fleuve Penobscot, une peuplade sauvage qui chantait encore un grand nombre de cantiques pieux et instructifs en indien, sur la musique de rÉglise, avec une précision que Ton trouverait à peine dans les chœurs les mieux composés; Tun des plus

beaux airs de l'église de Boston vient de ces Indiens, qui l'avaient appris de leurs maîtres il y a plus de quarante ans, sans que dès lors ces malheureux Indiens aient joui d^aucune espèce d'instruction * . »

Voici un fait analogue : a On raconte que M'*" de Cheverus s'étant égaré dans les immenses forêts d'Amérique, après être resté plusieurs jours loin de tout chemin tracé, fut frappé un matin d'un chant que lui apportaient de lointains échos. C'était un dimanche. Prêtant l'oreille à ces accents, avec quelle joie il put reconnaître une mélodie religieuse populaire, chantée par une peuplade sauvage, sans prêtre depuis cinquante ans, et qui n'en était pas moins restée fidèle à solenniser le jour du Seigneur*. »

Nous croyons qu'il y a bien des réformes à faire, et bien des améliorations à introduire chez nous dans l'usage de la musique, et nous ne sommes pas seul à penser ainsi. Il n'est pas inutile de reproduire le passage suivant d'une lettre ministérielle écrite en 1872, à M. Ambroise Thomas, président du comité des études musicales ; elle est pleine encore d'actualité :

a J'ai été souvent frappé de n'entendre chanter, dans

* Mercure de France, 5 jaillet 1806.

- H. RÉTT, Élude historique sur le chani religieux, etc., p.

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les réunions d'ouvriers ou de paysans, que des airs trèsvulgaires. Il n^ d que cela dans la mémoire de nos compatriotes. Autrefois, l'Ôpéra-Comique fournissait le répertoire des rues; à présent ce sont les cafés-concerts. La lubricité et la sottise des paroles servent de véhicule à des airs qui ne sont ni moins plats, ni moins sots. On chante ces vilenies, ou plutôt on les hurle à plein gosier, pour le seul plaisir de faire du bruit *.... d

Il y a, évidemment, un service immense à rendre au pays, en adaptant à des chants simples, à la portée de tous, des paroles qui élèvent l'âme et excitent aux nobles actions.

En résumé, au point de vue de la morale, la musique est une force, une puissance qui peut réveiller, entretenir et augmenter nos forces organiques, intellectuelles, sensitives et sentimentales; en un mot, toutes nos énergies.

Mais nous pouvons faire un bon ou un mauvais usage de cette force, de celte puissance, comme nous pouvons faire un bon ou un mauvais usage des forces que nous donne un excellent aliment qui agit sur le physique et sur le moral; quand nous mésusons de ces forces, qui en elles-mêmes sont bonnes, ce n'est pas la faute de

* Lettre de M. Jules Simon, alors ministre de l'Instruction publique.

la musique ou de l'aliment , mais de notre volonté perverse et des dispositions dans lesquelles nous nous trouvons.

La musique est donc une bonne et excellente chose ^ au même titre que tous les autres dons de Dieu ; mais, on le voit , il en est de la musique pour l'hygiène morale comme pour l'hygiène physique : elle doit être employée avec prudence et sagesse partout où l'on a souci de l'amélioration de l'homme. Alors, elle peut être un moyen puissant d'éducation, aussi bien de l'homme fait que de l'enrant; il est profondément regrettable de voir qu'on la néglige généralement ou qu'on en fait un usage souvent déplorable.

Sacrifice antique aux sont de la double flûte, d'après une peinture de Pompél.

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