‹ Les harmonies eucharistiquesChapitre 11 sur 36 · I. S. Thomas, Xumma thcol., III" P., q · texte numérisé non relu

I. S. Thomas, Xumma thcol., III" P., q

les raisons de convenance de la présence réelle. C'est seulement dans la réponse ad 3um de cet article que saint Thomas nous suggère le mode sacramentel de cette présence, par l'intermédiaire de la conversion : intelligimus corpus Chrisli esse ibi secundum modum proprium huic sacramenti.

Quel est ce mode ?

Saint Thomas répond à cette question négativement dans les deux articles suivants, en nous montrant ce qu'il n'est pas.

Et d'abord dans l'article deuxième : Utrum in hoc sacramento remaneat substanlia panis et vini post consecrationem, Saint Thomas nous fait voir que la présence réelle sacramentelle est incompatible avec la présence substantielle du pain et du vin.

Car si le pain et le vin demeuraient substantiellement après la consécration, c'est-à-dire en même temps que la substance du Christ, on ne pourrait s'expliquer comment le Christ est présent dans le Sacrement. Rien, en effet, n'indique celte concomitance substantielle. D'autre part, en dehors de l'hypothèse de la conversion substantielle du pain au corps du Christ,

il faudrait supposer que le Christ, tel qu'il est substantiellement et localement, dans le Ciel, se trouve aussi dans l'Eucharistie substantiellement et localement, ce qui est inintelligible. Car personne ne peut nier que dans l'Eucharistie il y ait un mode substantiel de présence; or, si ce mode n'est pas le résultat de la conversion substantielle, il doit être le résultat d'un changement local. Il n'y a pas de présence substantielle intermédiaire : Ad veritatem Sacramenti, dit saint Thomas (a. 2), pertinet ut verum corpus Christi in hoc sacramento existât.

On pourrait cependant s'imaginer que Dieu, de puissance absolue, mît le corps du Christ en relation de présence avec la substance du pain, sans que la substance du pain fût changée au corps du Christ, et sans que le corps du Christ se déplaçât localement?

De puissance absolue, ce n'est pas impossible. Mais nous sommes dans l'ordre des nécessités sacramentelles. Ceci est mon corps, voilà ce qu'il faut expliquer. Or, cela s'explique si l'on admet la conversion substantielle. Si l'on admet, au contraire, que la substance du pain

demeure conjointement avec la substance du Christ, quelle autre hypothèse pouvons-nous imaginer que celle d'une présence locale du corps du Christ? Où pouvons-nous trouver, dans le texte de l'Écriture, un mot qui signifie un autre mode de présence, sans même traiter pour le moment la question de savoir si le symbolisme du texte : hoc est corpus meum, n'est pas nié par le fait de la permanence du pain et du vin? Comment comprendre que ceci est mon corps, si la substance du pain n'est pas devenue le corps du Christ, ou si le Christ n'est pas là comme y est la substance du pain, c'està-dire localement, et par une sorte d'unité sacramentelle, légitimant le hoc est corpus meum ? Or, cette présence substantielle localisée dans le lieu même de la substance du pain qui demeure, est inintelligible. Elle est incompatible avec la présence locale du Christ dans le Ciel, et avec la présence locale du pain sur l'autel.

Saint Thomas signale d'autres inconvénients à cette coexistence, mais des inconvénients d'ordre moral et liturgique faciles à saisir ; je n'insiste pas.

Donc, la substance du pain ne demeure pas conjointement avec la substance du corps du Christ1.

Mais si la substance du pain ne demeure pas, où va-i-elte? — C'est à cette question que répond l'article troisième : Utruni substantia panis, post consecrationem huius sacramenti, annihiletur, aut in pristinam materiam resolvetur?

1° La substance du pain se résout-elle en ses cléments simples, comme se résout un corps soumis par l'analyse chimique à la dissolution? Non, car entre la disparition de la substance du pain et la présence réelle du Christ, il n'y a pas un instant de disponible pour cette résolution, celle-ci fût-elle instantanée. A plus forte raison si elle se faisait successivement, car au fur et à mesure de la dissolution, les accidents demeuraient sans support substantiel, ce qui est contradictoire.

2° La substance du pain est-elle annihilée? Il n'y a aucune raison de la croire. En soi, Dieu n'annihile rien, étant surtout créateur.

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