S. Thomas, Summa theol., l!a llae. O. ,s5. a
qui constituent le sacriiice extérieur en général, que tout sacrifice réclame à la fois un sacrificateur et une victime, un prêtre qui offre et une victime offerte par la consécration el par l'immolation. Car si l'on peui concevoir l'oblation d'une victime consacrée à part de l'immolation, il n'y a pas d'immolation qui n'implique une oblation. L'immolation est le caractère propre du sacrifice.
Si l'homme eût été créé à Vétat de nature» il aurait dû, en justice, faire à Dieu des sacrifices qui fussent, par la consécration ou l'immolation de telle ou telle victime, comme les témoignages extérieurs de sa dépendance à l'égard de Dieu, et des sentiments d'adoration qui en sont la conséquence. Cest de droit naturel.
L'élévation de l'homme à l'ordre surnaturel, hien loin de détruire ce droit, n'a fait que le consacrer en le précisant et en le développant. Voilà pourquoi, dans l'Ancien Testament, ta question des sacrifices a été résolue avec un soin minutieux, aussi bien en ce qui concerna la qualité et les fonctions des prêtres que la nature et le nombre des victimes.
Pourquoi donc, dans la Nouvelle Loi, qui
i - Harmonies Eucharb-liqu. ^. j
n'est que le perfectionnement de l'Ancienne, la question du Sacrifice ne se poserait-elle pas? Elle se pose, au contraire, avec une acuité extrême ; car la grâce, bien loin d'y détruire la nature, la perfectionne plus encore que dans l'Ancien Testament. Il fallait, en conséquence, que l'Église eût son sacrifice, et un sacrifice qui exprimât de la façon la plus parfaite et la plus notoire, les sentiments de dépendance et d'adoration qu'est appelée à provoquer, dans toute âme sincèrement chrétienne, la vue d'un Dieu à qui l'humanité doit tout, son existence, son élévation à l'ordre surnaturel, et jusqu'au pardon de ses fautes sans nombre.
Telle est précisément la raison d'être du Sacrifice de la Messe, et des éléments essentiels qu'il comporte.
Cependant, l'Église est une société visible. Or, dans le Sacrifice de la Messe, le prêtre principal, la victime, l'offrande, et l'immolation sont invisibles. II fallait donc que l'Église, pour se conformer aux exigences de la nature humaine de ses membres, suppléât par des éléments visibles aux éléments invisibles du sacrifice. C'est à quoi le Christ, qui est le chef
de l'Église, s'est appliqué en instituant la Messe. Il n'a pas fait de celle-ci un sacrifice extérieur qui se superposerait en quelque sorte au Sacrifice de la Croix et ferait double emploi avec lui. Pourquoi deux sacrifices quand il est possible de n'en avoir qu'un qui, à lui seul, dépasse en valeur impétratoire et propitiatoire tous les sacrifices imaginables? Ce que le Christ a fait, c'est tout simplement de donner au sacrifice de la croix, désormais invisible, un revêtement symbolique, qui le traduisit extérieurement à nos yeux, sans que les symboles pussent nuire à la réalité du sacrifice, mais de façon au contraire à ce qu'ils fissent corps avec elle, en en dessinant exactement les contours.
Voilà pourquoi la Messe est appelée par l'Eglise une représentation du Sacrifice de la Croix ' ; car tout ce qui est visible dans la Messe est une figure de ce qu'il y a d'invisible dans le Sacrifice de la Croix.
Mais il ne s'en suit pas que la Messe ne soit qu'un symbole de Sacrifice. Elle est un sacri-