Denzingbr. n° 038, 95CL
BIBUOTHECA
'ter**
lice réel, le Sacrifice de la Croix continué, impliquant comme lui un prêtre, une victime, une offrande et une immolation réels, puisqu'elle ne fait qu'un avec lui. Si elle en diffère en ceci que le Sacrifice de la Croix fut sanglant, alors que le Sacrifice de la Messe ne l'est pas, cela n'entame pas la réalité du Sacrifice. Cette différence s'explique uniquement par le changement d'état qui s'est opéré dans le Christ depuis le Calvaire. Car le Christ ressuscité ne meurt plus. Mais le Christ prêtre et victime non plus ne meurt pas. Il n'a jamais rétracté l'acte de volonté par lequel 11 s'est offert à son Père pour racheter les péchés du monde. Cette volonté demeure ; elle est éternelle, ainsi que son humanité rédemptrice, où se perpétue, comme un effet dans sa cause, et la réalité et les mérites de sa Passion.
Sans doute encore, le Christ ressuscité ne mérite plus. Il a mérité une fois pour toutes et pour nous tous sur la Croix. Mais ces mérites acquis en bloc, si j'ose dire, il les applique à chacune de nos âmes au fur et à mesure qu'elles participent d'une façon ou d'une autre au Sacrifice de la Croix. Et la Messe a été
8A< REMEN I II SACRIFK l . 101
précisément instituée pour faciliter cette application en traduisant sous nos yeux, par des symboles sensibles, la réalité et la pérennité du Sacrifice de la Croix.
Encore un coup, il n'y a pas deux sacrifices: l'un, le Sacrifice de la Croix, qui aurait cessé d'être absolument avec la mort du Christ ; l'autre, le Sacrifice de la Messe, qui le rappellerait d'une façon symbolique. Il n'y a qu'un Sacrifice, celui du Christ s 'offrant à son Père comme victime de propitiation, mais qui, exprimé une fois d'une façon sanglante au Calvaire, se renouvelle tous les jours sur l'autel d'une façon non sanglante sous les symboles eucharistiques.
Détacher le symbole de la réalité, ce serait mutiler la Messe. Ce serait lui enlever ce caractère de sacrifice propitiatoire que l'Église lui reconnaît. L'élément symbolique de la Messe n'a été institué, au contraire, que pour nous permettre d'atteindre par lui la réalité. I .<• prêtre viable n'est que l'instrument du prêtre invisible, au nom duquel il sacrifie : hoc est corpus meum. L'offrande et l'immolation visibles ne font qu'exprimer pour nous Lof-
frande et l'immolation de la réalité invisible, à savoir, le Christ, qui continue de s'offrir à son Père pour nous appliquer les mérites de sa Passion.
Le Calvaire et l'Autel ne sont donc que les deux aspects d'une même réalité, à savoir le Christ s 'offrant Lui-même à son Père en sacrifice pour la rémission des péchés du monde, et appliquant à chacune de nos âmes sur l'autel les mérites acquis une fois pour toutes et pour tous sur le Calvaire.
Doctrine de saintThomas. — Le Sacrifice de la Messe et la Transsubstantiation. — Il s'agit maintenant de voir à quel titre et de quelle manière la transsubstantiation constitue l'acte essentiel du Sacrifice de la Messe.
Pour cela, il est nécessaire, a priori, qu'elle synthétise, sans en omettre aucun, tous les éléments essentiels dont nous avons dit qu'ils concourent à faire du Sacrifice de la Messe un Sacrifice à la fois symbolique et réel, où la réalité qui comprend un Prêtre, une victime, une offrande et une immolation invisibles se traduise à nos yeux par autant de symboles
représentatifs, sans entamer l'unité foncière du Sacrifice.
Or, la transsubstantiation remplit-elle cette fonction synthétique ? Saint Thomas l'affirme, et ses principaux commentateurs avec lui l. Pour le comprendre, il faut se rappeler que la transsubstantiation qui, dans la liturgie, prend
1. S. Thomas, Summa theoL, III P., Q. 82, a. 4 ; ad 1". « Quod consecratio chrismatis vel cujuscumque al- » terius materiae non est sacrificium, sicut consecratio » Eucharistiae » ; à l'art. X de la même question, il dit : « Sacerdotes teneri ad sacrificandum, non solum propter » ministranda sacramenta populo, sed principaliter per » comparationem ad Deum, cui in consecratione hujus » sacramenti sacrificium offertur » ; et dans la répons? ad lum : « Hoc sacramentum perficitur in consecratione » Eucharistiae, in qua sacrificium Deo offertur ». — A la question 83, a. 1, il déclare : « Quod celebratio hujus » sacramenti dicitur Christi immolatio ». Or il est manifeste que le sacrement de l'Eucharistie est célébré à la consécration. C'est donc à ce moment-là que le sacrifice est réalisé. — Enfin dans l'article 4 de cette même question, saint Thomas, rappelant une à une les actions de la Messe, s'exprime ainsi : « Deindc accedit sacerdos ad » ipsam consecrationem, in qua primo petit consecratio- » nis effectum, cum dicit : Quam oblationem ..., (etc.); se- » cundo consecrationem peragit per verba Salvatoris ; » tertia excusât praesumptionem per obedientiam ad man- » datum Christi, cum dicit : Unde et memores..., (etc.) ; d quarto, petit hoc sacrificium peractum esse Deo accepi tum, cum dicit : Supra quae propilio..., (etc..) » Saint Thomas pense donc que, lorsque le prêtre dit ces paroles, le sacrifice est déjà achevé. Il consiste donc essentiellement pour lui dans la consécration.
Jean de S. Thomas, Q. 83: disp. XXXII, a. II.
104 LES HARMONIES M CHARISTIQUES.
le nom de consécration, peut être envisagée absolument, ou relativement.
Absolument, elle consiste dans le changement réel et substantiel du pain et du vin au corps et au sang du Christ, sous les espèces eucharistiques.
Relativement, elle consiste dans la séparation sacramentelle et mystique qui se fait du corps et du sang du Christ par les paroles de la consécration. Or, c'est sous cet aspect relatif, qui requiert la consécration des deux espèces, que la transsubstantiation constitue Y acte essentiel du Sacrifice de la Messe. Sous son aspect absolu de changement réel et substantiel du pain et du vin au corps et au sang du Christ, elle constitue le sacrement de VEuc ha ris tic \
1. Jean de S. Thomas, III P., Q. 83, disp. XXXII, a. II, § KL. « Dico essentialeni rationeni sacrifiai consistere
• in consecratione, non absolute, sed pront separativa » sanguinis a corpore saciamcntaliter et mystice, et ita
• essentialiter requiril consecrationem ulriusque speciei. Miae vero actiones (praesertim sumptio) possunt per- (inere de connotato et in obliquo, vel saltem ad integri-
i tatem sacrificii, quia ad hoc ordinatur sacrificium, ut » parlicipetur et sumatur. Dedaratur conclusio sic : Quia cum hoc sacrificium sit idem auod in cruce oblatum » est, sola ralione seu modo sacrificandi différons, ut ex » Tridenlino dictum est, et Bimiliter hoc sacrificium fiât
SACKLMEM ET SACRIFICE. L05
A la vérité, comme nous l'établirons plus lard, le Sacrifice est ordonné au Sacrement, si l'on ne peut contester que le Christ s'immole pour que nous participions à son sacrifice en nous nourrissant de sa substance \ Et, en ce sens, la communion fait partie intégrante de la Messe. Mais l'essentiel du Sacrifice de la Messe consiste uniquement dans la séparation sacramentelle et mystique du corps et du sang de Jésus-Christ que réalise la consécration des deux espèces.
En effet, si, comme l'enseigne le Concile de Trente, le Sacrifice de la Messe est le même qui a été offert sur la Croix, à une différence de mode près, et si ce sacrifice est offert au nom du Christ (in persona Christi), par un
» a -acerdote in persona Chiisli. ita quod Christus sit
■ principalis offerens, sacerdotes autem solum sunt minifltri cl instrumentales causae ejus, illa actio essentia-
i liter constituit sacriticium, in qua per se et essentialiter concummt istae conditione- : il a quod maxime et propriîssime repraesenlel effusioneni sanguinis Chrisli, iae cruente facta est in cnicc, sacramentaliter autem mystice in hoc sacramentali separatione, cl similitcr • per se i s! essentialiter fit in persona Chrisli. Hoc autem non reperitur in alia actione, quam in consecra-
■ tione sic consid^rata. »
1. h»., ibid. k Quia ad li<»< ordinatur sacrificium ut . parlicipetur ci sumatur. »
prêtre qui n'est que son ministre, l'instrument de son sacerdoce, l'acte essentiel du Sacrifice de la Messe sera celui qui réunira toutes ces conditions. Or, la consécration seule les réalise, dès qu'on l'envisage sous le rapport d'une séparation mystique et sacramentelle du corps et du sang de Jésus-Christ. Car, sous ce rapport, elle implique la présence réelle de Jésus- Christ prêtre et victime, et elle représente l'effusion de son sang, en quoi a consisté le sacrifice de la croix. Le prêtre qui prononce les paroles de la consécration ne parle pas en son propre nom, mais au nom du Christ en personne : hoc est corpus meum.
Quant à l'offrande que le Christ fait de Luimême à son Père, elle est impliquée dans l'acte même de la consécration qui sépare sacramentellement son corps et son sang. Cet acte, en effet, ne signifie-t-il pas que c'est bien au titre de victime que le Christ est là, puisqu'il y sépare sacramentellement de son corps le sang qui a été répandu réellement sur la Croix?
Mais la communion, dira-t-on, surtout la communion par le prêtre sous les deux espèces ne représente-t-elle pas mieux encore l'immo-
lation réelle du Christ sur la Croix ? En mangeant la victime ne l'immolons-nous pas, et ne donnons-nous pas au Sacrifice de la Messe son vrai caractère d'holocauste? Et dès lors, le Sacrifice de la Messe ne consiste-t-il pas essentiellement aussi dans la Communion ?
Nous ne le croyons pas. Nous pensons, au contraire, que ceux qui soutiennent cette opinion sont victimes de leur imagination. D'abord, on peut répondre que la communion sous les deux espèces suppose déjà faite la séparation sacramentelle et mystique du corps et du sang du Christ par la consécration, en vertu de quoi le Sacrifice de la Messe nous rappelle
1. Jkax de S. Thomas, Q. 83, a. II ; § XLVIII. « Nulluin » esse inconveniens eamdem actionem secundum diver- )i sas formalitates esse consecrationem et oblationem, » cum ipse S. Thomas dieal verbis supra relatis in ipsa
i onsecratioie offerri Deo sacrifîcium, et ipsa celebra-
»ne sacramenti fieri immolationem Christi. quatenus
» fi* repraescntatio passionis ejus. Sic ergo eadem actio
• est praeparativa et factiva victimae quatcnus est phy-
)> sica et realis conversio substantiae panis et vini in
orpus et sanguinem Christi. Est autem ohlatio et sa-
rrifiratio, quatenus est toKs actio sacramentalis, séparas ex vi verbonim mystice sanguinem a corporc, ut
ropraesenl.int effusionem cruentam crucis, quae sunt » formalitates valde distinctae, et de potentia absoluta » possent séparai, quia bene posset converti panis in » corpus Christi sine conversione sanguinia seorsum a i (<»rpore. »
108 LES HARMONIES EVi HAR1SJ KM 1 S.
l'effusion réelle du sang du Christ sur le Calvaire, sans différer réellement du Sacrifice de la Croix, puisque, sur l'Autel comme au Calvaire, nous avons le même Christ, prêtre et victime. Or, le Concile de Trente ne requiert pas autre chose pour la constitution essentielle du Sacrifice de la Messe \
En outre, la communion ne se fait pas in persona Chris'ti, comme la consécration. Elle est, au contraire, un acte personnel du prêtre ou des fidèles, qui les fait participer au fruit du sacrifice 2.