LE SACREMENT nE L'EUCHARISTIE ET LA VIE SURNATURELLE
Signes el causes de la grâce, c'est à ce double titre que les Sacrements de la nouvelle Loi, tous institués par le Christ, font partie intégrante de V Ordre surnaturel où précisément la grâce nous introduit, en nous faisant participer à la vie même de Dieu qu'elle nous communique.
Sans doute, à parler rigoureusement, la grâce sanctifiante qui, seule, possède ce pri-
vilège de nous transformer divinement, cl
detre un principe permanent de vie surnaturelle, n'est pas le produit immédiat des sacrements. Les sacrements ont pour résultat immédiat — et e'c^t leur fonction spécifique — d'imposer à la grâce sanctifiante une modification accidentelle, et apropriée aux circonstances dans lesquelles et pour lesquelles ils sont reçus : grâce de naissance par le Baptême ; de croissance par la Confirmation ; de nutrition par l'Eucharistie ; de génération ou nutrition de l'espèce par le Mariage : de gouvernement par l'Ordre ; de stabilité surnaturelle, au moment suprême, par l'Extrême- Onction \
Toutefois, parce que la grâce sanctifiante ne nous est jamais donnée ou n'est augmentée
l. S. rnoMAS, Summa theol., III» P., Q. f>2 ; a. 2. Utrum gratia sacramentalis add.it aliquid supra gratiam virtuttim of donorum ? Réponses ad 1, 2 et >">. Cajbtan, Commentaire, § If. Jean de S. Thomas, disp. XXIV, art. il. — • Sacramenta, inquit I>. Thomas, ordinantur ad
quosdam spéciales effectua in vita christiana, praeter
actus potentiarum animae, ut baptismus ad generani dura hominom in Christo, eucharistia ad cibandum,
etc. Ergo sicul virtutes addunf Fupra gratiam, quia f ordinantur ad ; ctus potentiarum supcrnaturaliter i le andos, ita sacramentalis gratia, quia ordinatur ad
^i LLS HARMONIES EUCHARISTIQUES.
par Dieu sans l'une ou l'autre de ces modifications sacramentelles, il est permis de soutenir en gros que les sacrements sont causes de la grâce, et donc de la vie surnaturelle dont lu grâce sanctifiante est la source profonde. Que pourrait bien être, en effet, une modification sacramentelle de la grâce sans la grâce ellemême? Quelque chose comme une courbe idéale que l'on voudrait tracer à la craie sur un tableau, sans la ligne à laquelle elle impose sa courbure, c'est-à-dire, en somme, quelque chose de proprement irréalisable.
Que les sacrements soient causes de la grâce, c'est là d'ailleurs un point de doctrine qui s'impose à la croyance de tous les fidèles.
Dans le décret aux Arméniens, il est dit expressément que les Sacrements de la nouvelle Loi, supérieurs en cela à ceux de l'ancienne Loi, qui n'étaient que de simples figures de la grâce, contiennent en outre celle-ci et la confèrent à ceux qui les reçoivent dignement:
y> spéciales eCfcctus practer actus poteptiarum, débet m addere di vint un auxtlium ut perficiantur talcs effectue ; » el t-ic patet quod sacramentalU erratir» addit supra » enfin m virtiHum et donorum ». Cf. Sumnia ihr-ol., !U» P., Q. '?, a 7, ad 3 ; De Veritate, Q. 27 ; n. 5; ad. 12.
LE SÀCHEMENT DF l'eL'CHARISTIF.. 35
confinent groivam et ipsam diyne suscipicniibus conferunt \
Le Concile de Trente, reprenant à son compte les mêmes expressions, déclare anathème quiconque dénierait aux sept Sacrements institués par le Christ le pouvoir de contenir la grâce et de la conférer2.
Alais comment faut-il entendre que les Sacrements contiennent et confèrent la grâce?
A la ligueur, je pourrais me dispenser de traiter ici cette question préliminaire. Cependant, résolue dans le sens extrêmement réaliste que lui donne saint Thomas, elle projette sur la nature, l'importance, et la valeur de vie exceptionnelle du Sncrement de l'Eucharistie une si vive lumière, que je n'ai pu me résoudre â la passer complètement sous silence. La
1. Denzikger, »;<T>. [lia enim [antiquac legia] non rairsabant gratiam, sed eam solum per passion»*™ Christ i dandam »*ssc ri^ur.*<bnnt : haec vero nostra cl continent gratiam, et ipsam digno suscipientibus conférant.
2. Denzinger, S40 Tan. 0. si quis dixerii sacranieula novae legis non enntincre Q\ otiam quam siu'fiifii ant. aut gratiam ipsam non ponentibaa obicem non ton ferre, quasi signa tantum externa sint accepta?, per fidem gpatiae vcl justhiae, et notae qtiaedani christinnac professio nia, qnibiis npurt tiomim-.- fîi-ccrnuiUur fidèles al» infidelihn- : \. S.
20 EES HARMONIES EUCIIAR1STIQÏ ES.
suite de cette exposition doctrinale fera voir si j'ai été en cela bien inspiré.
Oh sait que, depuis des siècles, la question de la causalité des Sacrements est livrée aux disputes des théologiens, et il y a de fortes raisons de croire que l'accord sur ce point délicat ne se réalisera pas de si tôt, s'il se réalise jamais. Quoi qu'il en soit, l'opinion de saint Thomas ne me paraît pas douteuse. Il soutient hardiment la causalité instrumentale physique des Sacrements, par opposition à une causalité morale qui, en dépit de tous les artifices de raisonnement, et des ingéniosités de style, serait la négation même de la causalité.
D'autres théologiens, au contraire, même parmi ceux qui se réclament de la doctrine de saint Thomas, opposent à la causalité physique dont ils croient que le Saint Docteur n'a pas toujours été partisan, la causalité morale, qu'il aurait lui-même expressément soutenue, dans le Livre des Sentences.
Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur ces divergences d'interprétation. Comme nous allons le montrer brièvement, la pensée tlo
LE SACREMENT DE L EUCHARISTIE. 2t
saint Thomas est tellement claire et expressive à ce sujet, qu'il serait plutôt cruel d'insister. C'est, au fond, pour des raisons systématiques, et en vertu de positions prises ailleurs, que des théologiens, inconsciemment ou non, l'ont détournée de son sens obvie, et rétrécic aux proportions de leurs propres systèmes. Mai<. ce qu'il importe de noter à leur décharge, el en faveur de notre thèse, c'esl qu'en soumettant la pensée de saint Thomas à une exégèse plus ou moins artificielle, ces défenseurs intrépides de la causalité morale n'ont jamais eu lidée de diminuer par là le rôle efficace joué par les Sacrements dans la production de la màce. Nous en avons une preuve saisissante dans les efforts qu'ils ont entrepris pour corriger, même au prix de contradictions verbales, le caractère incolore et inexpressif de leur formule favorite. Les uns nous ont parlé d'une causalité morale efficiente, d'autres d'une causalité instrumentale intentionnelle. Abandonnons-les à leurs querelles de mots, dernier refuge de l'esprit de système, et revenons à <=nint Thomas.
(est, en effet, clans son Commentaire du Maître des Sentences \ que saint Thomas s'est posé pour la première fois avec une grande netteté la question capitale de la causalité des Sacrements. Selon lui, dans cet article* les Sacrements ne sont pas causes même instrumentales de la grâce, mais seulement d'une disposition à la grâce, disposition qui se confond avec le caractère sacramentel pour le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, et avee une sorte à. ornement spirituel pour les autres Sacrements qui ne produisent pas de caractère dans l'âme, au moment de leur réception.
Vous voyez donc bien, concluent quelques adversaires de la causalité physique, que saint Thomas lui-même, dans le Livre des Seîden- <ces, admet la causalité morale des Sacrement^.
Non, en vérité, je ne vois pas cela, mais je m'aperçois, au contraire, à lire attentivement €t sans parti pris systématique cet article de saint Thomas, que la conception hybride de la causalité morale n'y a même pas effleuré son esprit.
1. .S. Tn., IV Lib, Sent. ait. IV; Quaestiunciib V; Solulio 1».
LE SACREMENT DE l'f.L'CIIARISTIE. 29
Voici, en substance, à quoi se ramène son argumentation. Dieu seul produit la grâce dans 1 ame de ceux qui s'approchent des Sacrements. Mais, pour qu'une âme reçoive effectivement et efficacement cette grâce dont Dieu seul est l'auteur, deux sortes de dispositions en elle sont requises: une disposition physique d'ordre surnaturel, qui prépare la nature à entrer sans heurt dans cet ordre, et tomme de plain-pied — c'est précisément le 1 Ole du caractère baptismal, — ou à en remplir connaturellement les fonctions — tel, par exemple, le caractère sacerdotal ; — puis des dispositions morales qui mettent moralement l'Ame en état d'entrer par la grâce en relation vivante avec Dieu.
L< -s dispositions morales, il dépend de notre volonté, sous l'action de Dieu qui la meut, de les acquérir.
Mais la disposition physique, comme la grâce elle-même à la réception de laquelle elle nous prépare intérieurement, en toute rigueur ne peut être produite que par Dieu. Cependant, Dieu se sert des Sacrements,
comme d'instruments, pour la faire éclorc dans rame.
Sans doute, celte disposition, dont les Sacrements sont des causes instrumentales effectives, autant qu'il est en elle, réclame la grâce, puisqu'elle ne nous est donnée que pour cela. Mais elle n'a pas, dans son ordre, plus d'influence sur sa production que les dispositions morales. Comme celles-ci, quoique à sa manière, elle met simplement l ame en état de recevoir la grâce. Elle n'est qu'une condition subjective mise par Dieu, moyennant les Sacrements, à sa réception. Mais c'est Dieu seul, sans intermédiaire, qui est cause de la grâce.
Alors, que vient-on nous parler de causalité morale des Sacrements? Serait-ce à cause de la nécessité morale qu'il y a pour Dieu à nous donner la grâce, une fois cette disposition physique acquise par les Sacrements, si, par ailleurs, nous sommes dans les conditions morales voulues? Mais qui ne voit que cette nécessité n'a rien de commun avec une influence quelconque exercée par les Sacrements sur la production elle-même de la grâce? Sans
LL SACREMENT DE [/EUCHARISTIE. o\
celle disposition physique, et sans ces dispositions morales, Dieu ne produirait pas la grâce dans l'âme. C'est à celte double condition, au contraire, qu'il la produit. Mais une condition subjective, même nécessitante, n'est pas une cause. Identifier ces concepts, c'est porter atteinte aux lois fondamentales qui régissent l'esprit et la réalité.
Telle est, en substance, la doctrine de saint Thomas, dans le Maître des Sentences, sur la causalité des Sacrements. Il n'y est question Thomas, dans le Maître des Sentences, sur la disposition à recevoir la grâce, nullement d'une causalité morale concernant la grâce elle-même l.
I. Inquantum sunl instrumenta divinac misericordiac justificantis, [sacramenta] pertingunt instrumcntaliter ad alkpiem effectum in ipsa anima, quod primo corresponde! sacramentis, sicut est character, vcl aliquid hujusmodi. Ad ultimum autem effectum, quod est gralia, non pertingunt ctiani instrumcntaliter, nisi disposilive, in quantum hoc ad quod instrumentaliter effective pertin- (limt, est. dispositio, quac est nécessitas, quantum in se (>L ad gratiae susceptionem. — Au début de l'article, saint Thomas a expliqué le caractère nécessitant de cette disposition physique par opposition aux dispositions morales : sunt [sacramenta] causae disponentes tali dispositione quae est nreessitas, nisi sit impedimentum ex parte recipientis.
Puisque cette disposition physique est causée effecti-
o'J LES HARMONIES EL'C HARISTIQUES.
La vraie difficulté que soulève cette doctrine n'est d'ailleurs pas là. Elle git tout entière dans le rôle instrumental et physique accordé aux Sacrements pour la production de la disposition à la grâce, et saint Thomas, qui a po.»>é cetle difficulté, devait fatalement être amené un jour, pour la résoudre, — le jour où il parlerait non plus en commentateur d'un Maître, mais en Maître — à pousser jusqu'au bout la logique de son système. Si, en effet , les Sacrements sont capables de produire réellement, en qualité d'instruments aux
vement dans l'âme elle-même par les sacrement?, elle réclame la grâce, autant qu'il est en elle. C'est pour que la grâce puisse être produite effectivement dans l'âme par Dieu que les sacrements la causent instrumentalement. Donc, elle appelle la grâce. Mais il ne s'en suit nullement qu'elle ait sur la grâce aucune influence causale.
Le mot lui-même de disposition est assez significatif ; il n'a qu'une saveur de passivité. Saint Thomas réserve la qualité d'instruments aux seules dispositions physiques, comme le germe, les semences d'où sortiront les êtres qu'ils contiennent virtuellement, et ne seront que ces dispositions épanouies, transformées, ce qui n'est pas le cas des dispositions physiques à la grâce, telle que le caractère sacramentel, qui demeure tout entier et toujours ce qu'il est, une puissance spirituelle, irréductible à la grâce. Au surplus, la graine, les semences sont considérées par saint Thomns comme des instrument a physiques de production. Il n'y a dune pas trace, dyna cet article, de causalité morale.
main- de Dieu, une disposition physique à recevoir la grâce, du même ordre qu'elle, surnaturelle comme elle, pourquoi ne pourraientils, au môme titre, produire la grâce ellemême?
C'est précisément à cette question que saint Thomas a répondu dans la Somme, et dans ses ouvrages postérieurs, où nous trouvons l'expression définitive et absolument claire de sa pensée *.
En voici les éléments essentiels. Certains Sacrements, comme le Baptême, la Confirmation, l'Ordre, continuent de produire, en qualité d'instruments, le caractère, et celte disposition physique, autant qu'il est en elle, (ex consequenti) appelle la production de la grâce. Pourquoi Dieu, en effet, par l'intermédiaire des Sacrements et du caractère qu'ils réalisent dans l'Ame, nous mettrait-il physiquement en état de recevoir la grâce et de remplir connalurellement certaines fonctions surnaturelle-, si ce n'était pas pour nous donner la grâce elle-même, par quoi nous pénétrerons dan9
l. S. Th., Summa theoL, l!Ia P., q, 62; M Contre Gente», cou. 67; De Veritate, q. XXVII, a. I.
I • Harmooka Eucharistiques.
l'ordre surnaturel, et y remplirons les fonctions du culte divin?
Sur ce point, saint Thomas n'a pas changé d'opinion. Mais, ce cpii prouve bien qu'il
n'avait jamais songé à attribuer aux Sacrements une causalité quelconque relativement
à la grâce, c'est que, dans la Somme cl partout ailleurs, il leur attribue désormais une causalité physique. En qualité d'instruments aux mains de Dieu, déclare-t-il, les sacrements produisent dans l'âme deux effets surnaturels: un effet principal qui est la grâce, et un effet secondaire qui est le caractère. Or, ces deux effets, dont la réalité surnaturelle dépend, dans son fond, de Dieu seul, ils concourent à les produire au même titre, c'est-à-dire comme causes instrumentales dont l'activité, toute d'emprunt, reflète nécessairement l'aspect réel, physique, voire même métaphysique de l'activité divine qui les utilise, en les surnaturalisant. Il ne saurait donc être question ici de ( ausalité morale l.
1. S. Th., Swnma theol., III« P., q. fi?. Dr pffeclu ppin- (ii».-ili sacramentorum qui est gratia ; -- Q. 0?,. De alio effeetu sacramcntoriifli qui esl character. Dan? la réponse
Car, pour le dire en passant et une fois pour loutes, lorsque nous parlons de la causalité physique des Sacrements, c'est uniquement par opposition à la causalité morale qui n'est,
ad la» de l'art, i de celle question d'à9, sain' Thomas établit avec une grande netteté les rapports «pie soutiennent entre eux le caractère et la grâce. Character autem directe quidean et propinque disponit ani.nam ad ea quae sunl divini cultus exequenda : et quia haec idoiïee non fiunl sine auxilio gratiae. ce conséquent: divina largitas recipientibus characterem gratiam largeur, per quam digne mipleant ea ad quae deputantur. Pourquoi, en effet, rccevrions-nous une disposition physique, une puissance spirituelle, qui nous met en état centrer dans l'ordre surnature] et d'y exercer des fonctions cultuelles, si nous n'avions pas la grâce qui nous permettra d'exercer dignement ces fonctions ? En conséquence, le caractère appelle la grâce, mais il n'y est pas ordonné comme une cause, même instrumentale, à son effet. Ce .-ont la deux réalités spécifiquement différente- qui. tout en s'inférant mutuellement, n'ont pas le même but, et ne répondent pas aux mêmes fonctions.
— Sur la causalité physique des Sacrements, par rapport à la grâce elle-même, les textes abondent. Nous avons cite les principaux. Il serait, superflu de les rite:- !<>u.-. Et Cajetan, et Jean de Saint Thomas n'ont pas pu les dénaturer, en le- commentant, parce que le commenta re -impose de lui-même.
\ l'article V de la question 63, sain' Thomas Be demanda si la vertu causale des Sacrements dérive de la passion du Christ? Sa réponse est fort belle-. C'est là, en effet, qu'il amorce la question de la causalité instrumentale du Christ f>ar son humanité, en qualité d'instrument • enjoint à la divinité. Le Christ est cause de la grâce, comme cause morale, non instrumentale, mais propre; par les mérites de sa passion; il est cause efficiente de
au demeurant, qu'une contrefaçon de la causalité. En réalité, la causalité des Sacrements leur venant de Dieu môme est plus métaphysique que physique. Mais cela même accentue, loin de l'amoindrir, le caractère réel de celte causalité, si rien n'est plus physique, plus efficace, plus profond que la causalité métaphysique, en vertu de quoi Dieu atteint les êtres, non à leur surface, mais jusque dans leur moelle, autrement dit, dans leur être même1. Ainsi donc, d'après saint Thomas, les Sacrements de la nouvelle Loi exercent sur l'éclosiou de la grâce dans l'âme de ceux qui y sont préparés physiquement et moralement une véritable causalité, une causalité analogue à celle
la grâce, comme cause instrumentale physique, par son humanité qui contient virtuellement sa passion. Les sacrements sont des instruments séparé», mais ils exercent la me" me causalité efficiente. Nous reviendrons plus loin sur ce point, à propos de la question 48. a. G: l>c Yerbo incarnato.
1. Sur la nature de la causalité instrumentale, et de sa valeur réelle, voir dans saint Thomas, Summa Iheol, I* P., <\. 45, a. 5, et ses deux grands commentateurs, Cajetan et Jean de Saint-Thomas, au même endroit de la Somme. Leur interprétation diffère par certaines nuances, mais tous le« deux s'entendent sur le caractère transcendental cî physique de îa causalité de. l'instrument aux mains de Dieu.
EE SACREMENT DE l/EUCHARISTIE. Lm
de Dieu même qui s'en sert et en lait ses instruments d'action surnaturelle.
Cette grâce que les Sacrements produisent dans l'âme est proprement une modification accidentelle de la grâce sanctifiante, appropriée aux circonstances dans lesquelles et pour lesquelles celle-ci est causée par Dieu de toutes pièces dans les âmes qui ne l'ont pas encore reçue ou l'ont perdue ; ou simplement augmentéè dans les âmes qui l'ont conservée.
Mais à quoi reconnaître le caractère propre à chaque grâce sacramentelle?
Dans le domaine des choses terrestres, lorsque nous nous servons d'un instrument pour agir, il est relativement facile de reconnaître dans le produit de notre action la nature de l'instrument dont nous nous sommes servis. Nous ne pouvons pas tout faire avec n'importe quel instrument. La nature de celui-ci, en même temps qu'elle impose à notre activité des limites, lui imprime sa marque, et cette marque se retrouve dans nos œuvres. Entiv un dessin à la plume et un portrait au crayon. la «liftérence est assez sensible pour qu'on ne s'y trompe pa*.
Au contraire, Dieu peut produire le même effet, naturel ou surnaturel, avec toutes sortes d'instruments, a condition qu'il s'agisse d'un effet déterminé. Car, pour ce qui est de la production de l'être même, Dieu ne peut se servir d'aucun instrument. En limitant volontairement sou action créatrice aux conditions d'un instrument déterminé, il la restreindrait forcément aux proportions de cette détermination, et s'interdirait d'étreindre l'être lui-même.
Mais, à part ce domaine exclusif de furtivité créatrice, et sur ce fonds d'être que Lui seul est capable de créer sans intermédiaire, Dieu peut broder des dessins multiples, dans l'ordre de la nature et de la grâce, avec n'importe quel instrument.
S'il ne ce fût agi que de Lui, Il aurait pu avec la matière et la forme du Sacrement de Baptême, causer en nous la grâce qui est réservée à la m;.- Mère et à la forme du Sacrement de Pénitence, ou inversement. Seulement, nous y aurions perdu notre latin. Et comme, d'une part, les Sacrements ont été institués pour nous et non pour Dieu (Sacramenta propter hommes), et que, d'autre part, la grâce
LE SACREMENT DL LLCCIIARISTll.. 39
qu'ils sont appelés à l'aire jaillir, ou à augnienler dans L'âme, échappe à toutes nos intuitions, alors cependant qu'il est si urgent que nous en prenions connaissance, Dieu a limité son choix d'instruments de la grâce aux réalités les plus capables, par leur matière et leur forme, de la symboliser à nos yeux.
En conséquence, c'est au symbolisme de la réalité sacramentelle que nous reconnaissons le caractère de la grâce que Dieu produit dans l'âme à l'aide de cette réalité, sans que l'activité divine soit autrement limitée que par des raisons de convenance humaine1.
Ceci posé, voyons de quelle nature est la grâce dont nous sommes redevables au Sacrement de l'Eucharistie.
C'est une grâce de nutrition. Nous avons, pour nous en rendre compte, la matière employée par Notre-Seigneur Lui-même dan-; l'institution solennelle de ce Sacrement, et tes paroles qu'il a prononcées sur elle, en vue de la grâce à produire.
Il pril du pain, le bénit, le rompit et le donna
l. S. Th.. Summa theoL, r« P., q, <;.) ; a. I. Ulrum sacrainenta tint in génère si'jni.
'jO LES HARUONIES EUCHARISTIQUES.
à ses disciples en disant : Ceci esl mon corps. Alors il prit du vin, rendit grâce, et le donna à boire à ses disciples en disant : Ceci esl mon, sang \
Et pour que le moindre doute sur l'usage de cette matière et le sens de ces paroles ne pût effleurer l'esprit des disciples étonnés, Il a va il pris soin à l'avance d'en faire publiquement le commentaire, en disant : Mon corps esl vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. En vérité, je vous le dis, si vous ne mangez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous n'aurez pas en vous la vie; mais quiconque mangera ma chair et boira mon sang, vivra éternellement2.
Les apôtres ne s'y sont pas trompés, ni les Pères, ni les Docteurs de l'Église non plus. La clarté éblouissante de ces paroles du Christ a même arrêté Luther, dans la destruction qu'il avait entreprise de tous les Sacrements. Enfin, le Concile de Trente, après beaucoup d'autres, et conformément à l'enseignement una-
1. S. Mvr-rmEu, ch. XXVI ; S. Map<~, ch. XIV ; S. Lire, ch. XXII.